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Neil Gaiman répond aux questions d’Elbakin.net

Par Gillossen, le jeudi 6 septembre 2007 à 13:50:22

Au mois de mars dernier, grâce aux bons soins de l'éditeur Au Diable Vauvert, nous avons eu l'occasion d'interviewer en tête à tête l'un des auteurs les plus fameux de la scène fantasy actuel, mister Neil Gaiman himself !
Pour se faire, nous n'étions pas trop de deux à unir nos forces, entre Zébulon et votre serviteur, Gillossen. Avec toujours un peu de retard comme c'est le cas sur n'importe quel salon et encore plus avec le Salon du Livres de Paris - de quoi faire monter un peu plus la pression, nous nous sommes donc retrouvés en face de lui, pour un moment qui semble évidemment toujours trop court !
L'occasion de découvrir un auteur visiblement fatigué par plusieurs jours de tournée européenne, mais très sympathique et toujours pince-sans-rire, exactement tel qu'on l'imagine. Au moment du départ, après avoir gentiment accepté de signer quelques uns des ouvrages que nous avions pris avec nous (dont Les Chasseurs de Rêves qui parut l'intriguer), il glissa au passage que retrouver Death en comics, mieux valait ne pas trop y compter...
Aujourd'hui, à l'occasion de la nouvelle publication de Stardust avant que son adaptation n'arrive en salle le mois prochain, découvrez donc cette fameuse interview !

L'interview

Comment se passe cette tournée européenne pour l'instant ? Vous êtes allés en Europe de l'Est, vous repartez ensuite à Londres…

On est presque à la fin et je travaille toujours.

Vous écrivez encore un livre ?

En fait, j'écris une nouvelle en ce moment. J'ai passé les 8 premiers jours de la tournée à y penser. Et puis pendant le voyage à Paris, j'ai commencé à l'écrire. Et j'espère avec un peu de chance la finir dans le train pour l'Angleterre.

Passez-vous un bon séjour à Paris ?

Je crois que oui. A la fin de la journée, je serai toujours debout, et ma main aura encore du boulot à abattre. Je ne sais pas, le truc avec les tournées, c'est que ça continue sans cesse, il n'y a pas de répit. Vous levez la tête et vous êtes à Varsovie, il y a 700 personnes, vous faites des autographes pour elles toute une après-midi, vous levez la tête et vous êtes à Paris, il y a une centaine de personnes et … vous n'arrêtez pas.

Est-ce que Stardust occupe toujours un place à part dans votre cœur ?

Hé bien, c'est le seul conte de fée long que j'aie jamais écrit , et c'est le premier livre que j'ai écrit, avec Charles Vess bien sûr aux dessins. Et je suis encore très attaché aux personnages qui ont pris vie dans ce roman, mais c'est en fait le cas avec tous mes personnages.

Et êtes vous à l'aise avec les changements apportés au script par rapport au livre ?

J'ai appris il y a longtemps que lorsque les choses passent d'un média à l'autre, certaines changent. J'aime plusieurs de ces changements, je suis content que ce soit à ma manière dans le livre… mais Robert de Niro a un très… vous savez le rôle de Robert de Niro dans le livre est très très mince. Dans le livre, quand ils échappent à la sorcière à la fin et qu'ils sont récupérés … ils se tiennent les nuages et sont récupérés par les écoutilles du vaisseau volant. C'est des vacances, ça a été très très intense jusqu'à ce point, et ça ne leur prend pas plus de, disons, deux ou trois pages pour guérir et … et changer. Et ils font la même chose dans le film, mais d'abord ils rendent en fait le rôle plus consistant à jouer. Et maintenant, ils sont capturé par les pirates du ciel, et c'est … et c'est De Niro, et ils ont de nouvelles péripéties. Alors, j'adore ça. C'est vraiment marrant. Je suis très content de l'avoir fait à ma manière dans le livre et d'en avoir une autre version, avec quelques différences, notamment pour la fin. C'est marrant.
Et en fin de compte, si vous filmez le livre tel que je l'ai écrit, il vous faudrait un film de sept heures pour pouvoir tout caser.

Beaucoup trop long.

Vous savez, rien que le premier chapitre … le héros ne naît pas avant la quatorzième page. C'est Dallas. Au rythme d'une page par minute, vous en seriez à la quatorzième minute de l'histoire.
Au cinéma, il est nécessaire que le héros soit né au bout de la quatrième minute, pas plus. Nous avons quatre minutes pour que le film y prépare, et ensuite, c'est la naissance du héros. Donc, c'est sûr, il y a des changements, comme il y a un changement de média. J'ai eu l'occasion de tous les considérer en amont, et j'en aurais fait certain, et pas d'autres.

Au sujet du trailer qui a filtré sur Internet la semaine dernière (le vrai est bien plus réussi) en provenance de Russie…

Ce n'était même pas un trailer.
Personne ne semble savoir ce qu'était ce qui a filtré … Je veux dire personne ne sait pourquoi ça se retrouve sur le net de cette manière. Après les gens disent « Ah, le trailer de Stardust, ça ne va pas du tout, on ne reconnaît pas du tout le roman, etc. » Mais ce n'est même pas une vraie bande annonce !

Ça n'avait jamais été prévu pour être une bande annonce ?

Non, c'était comme si quelqu'un avait mis des trucs bout à bout, et l'avait mis sur DVD, ou l'avait ramené chez lui et hop, ça a filtré sur la toile, mais là, c'était simplement de la camelote. Ce n'était même pas … Ce n'était même pas un trailer, je le répète. Je veux dire, j'ai vu tous les différents trailers qui ont été préparés au cours des huit derniers mois, et il y en avait d'assez mauvais, d'autres assez sommaires, et certains très réussis. Mais ce n'était aucun de ceux-là, quoi que cette chose ait pu être réellement.

En visionnant le trailer, l'ambiance du film m'a rappelé Princess Bride, trouvez-vous approprié de comparer les deux films ?

Bien sûr…
Je pense que The Princess Bride est la chose la plus proche de Stardust qui existe, dans l'esprit. C'est une très bonne chose de les comparer. Ils parlent tous les deux de roman … (se reprend) Ce sont tous les deux des romances, avec de l'amour, dans un pays imaginaire, avec de la magie, et un humour bien particulier.

Justement, en parlant de tout ça, quelle est votre opinion sur la piraterie ?

La piraterie ? Quelle sorte de piraterie ?

Celle qui touche les livres, les films …

Oh d'accord, pas Johnny Depp ! Je croyais … on peut parler de la piraterie, si vous voulez. Vous savez c'est un concept romantique, jusqu'au moment où vous vous retrouvez pendu à la fin, à moins que vous ne deveniez gouverneur de Jamaïque. Mon avis sur la piraterie des films et livres est que c'est une mauvaise chose. Quelle est votre avis sur la copie de livres ? Je veux dire, je ne peux pas concevoir de croiser quelqu'un quelque part et de dire « whoa, j'aime le piratage ». Vous savez forcément que ce n'est pas bien. Ce n'est pas une bonne chose quand des gens font un travail de création et n'en sont pas récompensés.

Je ne conçois l'attirance à voir un film avec la tête des gens dans le champ, et de temps en temps ceux qui se lèvent pour passer devant en allant aux toilettes. Je sais qu'il y a des gens qui se sentent spéciaux parce qu'ils voient ces trucs sur Internet mais je n'accroche pas à cette mentalité. Cela dit, je pense aussi que le piratage existe essentiellement pour remplir un vide.
Je pense que toutes ces dérives prennent corps quand c'est difficile ou impossible d'obtenir les choses que vous voulez. Moi-même, avec un ami, on s'échangeait bien des cassettes audio dans ma jeunesse, mais il fallait bien avoir l'album à la base. Vous savez, avant Itunes, il y a avait des compagnies de disques qui emprisonnaient des gens pour partages de fichiers, sans rendre possible pour les gens d'en acheter. Je pense qu'un monde dans lequel il est impossible d'obtenir quelque chose légalement ouvre la porte au piratage.

Vous êtes déjà l'un des grands noms des comics ou de la fantasy mais avec le film Stardust et le prochain film de Robert Zemeckis, et d'autres projets ciné comme Black Hole, vous serez encore plus célèbres dans les mois à venir. Etes-vous prêt ou à l'aise avec ça ?

Je ne pense pas être vraiment célèbre, pour être honnête. Je crois qu'aussi longtemps que … (s'interrompant) Je peux marcher dans la rue sans être dérangé, et je pourrais marcher avec Frank Miller sans que nous ne soyons importunés. Et, à vrai dire, je pourrais marcher dans la rue bras dessus bras dessous avec Frank Miller, Jim Lee et Georges R. R. Martin sans qu'aucun de nous ne soit ennuyé en chemin.
Vous savez la seule personne qui semble toujours devoir être dérangée, c'est Stephen King, et il dit que ça n'a commencé que lorsqu'il a fait une pub pour American Express (ndt : En 1980, on peut la voir sur Youtube). Alors je ne pense pas que j'en sois encore là… Stardust va sortir au cinéma, serais-je plus célèbre ? Peut-être. Cela va-t-il apporter des changements à ma vie ? Non pas vraiment. Si ça arrive au point où je sois contraint de sincèrement m'inquiéter d'être dérangé en marchant dans la rue, alors ça pourrait effectivement être un problème.
C'est plus le genre de problème quand ils vous demandent de présenter American Idol (ndt : version originale de La nouvelle star). Heureusement, en Amérique, les écrivains ne sont pas célèbres. On ne vous demande pas d'aller chez Jay Leno, et vous n'avez pas à y aller. Alors … je pense que ça va.

Oui, mais vos livre plus connus que d'autres, alors pourquoi ne pas aller chez Jay Leno ou au Saturday night live ?

Parce que je n'ai pas à y aller. Au Saturday Night Live ou au Tonight Show de Jay Leno, peu importe. En fin de compte, c'est la façon dont vous êtes à l'aise avec votre célébrité. J'aime que mon nom soit plus connu que ma propre personne.
Si je téléphone à quelqu'un et qu'ils savent que Neil Gaiman a appelé, je serais rappelé. Qui que ce soit. Si j'appelle Tom Cruise, je recevrais un appel de Tom Cruise.
Mais si je suis dans un restaurant avec Tom Cruise, personne ne va me remarquer. Et j'aime ça.

Vos livres sont connus, mais vous préférez qu'ils le restent plus que vous.

Oui. C'est intéressant, j'ai des amis qui sont acteurs ou chanteurs qui ont des gens qui les abordent, et leur demandent des autographes. Moi, ça doit m'arriver tous les quatre ou cinq mois, et ça me terrifie quand ça m'arrive (fait semblant d'avoir peur, se cogne la tête contre l'étagère du stand… Un peu fort d'ailleurs !)

En tournée, est-ce que votre blog est un outil important pour vous ?

(répète la question) Parfois, oui. Si des trucs surviennent en tournée et si c'est important, s'il y a des choses utiles à dire au monde.
Le trailer russe, par exemple … Je voulais poster là-dessus parce que j'étais énervé, parce que j'avais entendu « Hey, il paraît qu'il y a un trailer qui vient de sortir en Russie », et je savais que nous avions tous ces trailers prêts à être diffusés de leur côté, et je pensais « C'est génial, l'un d'eux doit être sorti », alors je l'ai lancé, j'ai regardé ce truc en me disant « c'est horrible. Ce sont de vieux effets spéciaux tout moches, ce ne sont pas pas nos effets spéciaux. C'est la musique de Pirates des Caraïbes … C'est moche, c'est quoi ce truc ? »
Alors j'ai mis un truc sur le blog expliquant « c'est une cochonnerie, ce n'est pas notre trailer, et notre trailer sortira bientôt. » Et ce qui a été chouette, c'est que tous les sites disaient « le trailer de Stardust est naze », mais ensuite, ils ont pu dire « Neil Gaiman dit que ce n'est pas un trailer ». Et du coup, le vrai trailer est sorti un peu plus tôt que prévu. De cette façon, au moins, les gens sont prévenus en temps réel de ce qui se passe.

Ca vous donne un moyen de réagir plus rapidement que dans un livre ou un magazine.

Le web est immédiat. Ce qui se passe sur le web, se passe tout de suite. Et à l'inverse, ça nous donne accès à tout.

Et donc la rumeur a été dissipée rapidement.

Oui, même si vous ne pouvez jamais vraiment dissiper une rumeur sur Internet. Parce qu'il y a toujours des imbéciles là-bas qui ne suivent jamais les choses. Regardez Wikipédia…
Mais ce que vous avez avec le net, c'est la capacité à… A ce moment, les gens pouvaient au moins se balader sur Internet pour dire « Neil Gaiman dit que ce n'est pas un trailer, et le vrai sortira sous peu ».
Et maintenant, le vrai trailer est disponible, et les gens disent « ok, c'est le bon trailer » contrairement à ce qu'ils aurait dit la semaine dernière, simplement « un meilleur trailer vient de sortir ».

Comment définiriez vous votre relation avec votre éditeur français ?

Très bonne.
Je pense que comme vous pouvez vous en rendre compte, nous ne couchons pas ensemble. Mais nous partageons des repas très agréables, et on se saoule ensemble ensuite le soir.
C'est géant.

Est-ce que vous êtes allé les trouver, ou est-ce l'inverse pour publier vos livres ?

Je ne me rappelle pas comment ca s'est fait. A l'origine, j'étais chez « J'ai lu » et « J'ai lu » me publiait en poche. Et Marion (Marion Mazauric, fondatrice du « Diable Vauvert ») était chez « J'ai lu » à cette époque, et quand elle est ensuite partie pour fonder le « Diable Vauvert », j'ai pu la suivre et elle m'a embarqué avec elle. Et brusquement je me suis retrouvé publié en grand format, et pris très au sérieux, et ils republiaient mes anciens livres. C'est un éditeur génial, et je suis toujours autant fasciné par leur petit diable (en montre un ), vous savez, leur logo, regardez, celui-là a même un pénis dans une bouteille.

Toutefois, Sandman a connu deux changements d'éditeurs ici en France.

Seulement deux ? Je pensais que c'était juste pour le début ça. Mais peut-être. Il me semblait que c'était plutôt deux ou trois éditeurs différents.

Avez-vous été consulté à ce sujet ?

J'ai toujours été à la fois fasciné et déçu par cette situation. Vous savez, l'intégrale de Sandman est disponible en Pologne. Mais ça pourrait être n'importe quoi d'autre quelle que soit votre envie.
Ici, pendant des années, Sandman n'a pas été imprimé, s'est retrouvé sans éditeur. Mais, quand à la fin, ils en ont publié un tome, il a gagné le prix du scénario à Angoulême l'année suivante. Alors, je me suis dit, ok, c'est très étrange de gagner le prix Angoulême pour un truc qu'on a écrit treize plus tôt.
Bon, c'était sympa, mais je ne sais pas, je suis très déçu par les français avec Sandman. C'est très bizarre, mais en France plus que dans les autres pays du monde, et la France est un pays relativement éclairée en matière de bande dessinée (en français dans le texte), mais ici je suis surtout connu en tant que romancier, et il y a plusieurs journalistes qui sont venus pour m'interviewer sans jamais avoir entendu parler de Sandman, ils ne sont tout simplement même pas au courant que j'écris des comics.

Qu'est-ce qui est finalement le plus dur pour vous à écrire ? Le premier ou le dernier paragraphe ?

Oh en fait, généralement, le premier paragraphe est très facile, et le dernier est très facile lui aussi. Ce sont les vingt mille entre les deux qui sont probablement les plus durs (rires) à concevoir. Commencer une histoire, c'est en général toujours facile, et la terminer… Eh bien, arrivé au dernier paragraphe, on sait comment conclure !

Pourriez-vous nous dire quelques mots au sujet de ce que vous écrivez actuellement, The Graveyard Book ?

Eh bien, pour l'instant j'ai écrit le chapitre quatre, et le chapitre un, et je travaille maintenant sur le chapitre deux (NdT : depuis, Neil Gaiman a terminé le premier jet du roman). C'est un livre pour enfants, mais les trois premières pages sont ce que j'ai écrit de plus effrayant. Alors on verra bien ce que va se passe, si elles resteront ou pas dans la version finale.
Et cette histoire concerne un enfant dont la famille est assassinée et qui est ensuite recueilli par des morts dans un cimetière et élevé dans le cimetière, par tout le cimetière, et enseigné ce que savent les morts.

C'est vraiment pour les enfants ?

Je l'espère.
J'aurais adoré ça quand j'étais gamin. C'est tout ce que je sais. La seule règle que j'ai jamais eu quand j'écris, c'est que j'écris ce que j'aimerais lire moi-même. Et j'aurais vraiment aimé lire ce livre si j'avais onze ans. Alors je l'écris.


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