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Interview de Brandon Sanderson !

Par Thys, le mercredi 1 mars 2006 à 15:45:55

Et un second entretien avec l'auteur d'Elantris, un !
Dans cette nouvelle traduction d'une toute récente interview de Brandon Sanderson, celui-ci revient sur son premier roman, l'écriture, et bien d'autres choses, toujours avec décontraction et humour.
Rappelons que son roman arrivera en français chez Calmann-Lévy.

Interview de Brandon Sanderson

Cher Brandon,

Laissez-moi tout d'abord vous remercier d'avoir eu le gentillesse de prendre un moment sur votre emploi du temps certainement chargé pour répondre à ces questions.

Pour ceux d'entre nous qui ne connaissent pas votre travail, sans trop en dire, donnez-nous un aperçu de l'histoire de Elantris.


Bien. Elantris est l'histoire d'une cité, qui était considérée à une époque comme la cité des Dieux, qui est tombée.

Dans le royaume d'Arelon, il y avait une force qui choisissait au hasard certains membres de la population et leur accordait des pouvoirs divins. Ces gens allaient alors à Elantris et il devenaient les gouverneurs du royaume. Cependant, il y a dix ans, la force magique a cessé de bénir les gens, sans explication, et à commencé à les maudire à la place. Les Elantriens ont perdus leurs pouvoirs magiques, et ils ont subit ce terrible fléau qui les transforme en quelque chose proche des lépreux.

Le royaume s'est pratiquement effondré. Les gens normaux étaient terrifiés par la maladie, et ils ont enfermé les Elantriens maudits à l'intérieur de leur grande cité d'Elantris. Elantris est devenue une ville-prison pour tous ceux qui attrapaient le mal. Mais ce n'est pas vraiment transmissible – cela tombe au hasard sur les gens, venant de la même force magique qui bénissait à une époque la population.

Dans le premier chapitre, Raoden – un prince d'un nouveau royaume qui s'est élevé – attrape ce mal et est envoyé dans la cité sans loi remplie d'ex-dieux aigris. Sa part de l'histoire décrit comment Raoden tente de découvrir ce qui s'est passé il y a dix ans et qui a fait tomber la cité, mais en même temps, il essaye d'aider ceux qui vivent à Elantris a regagner un peu de l'humanité qu'ils ont perdus.

Pendant ce temps, la fiancée de Raoden se présente sur les quais de sa cité, espérant se marier. En tant que princesse d'un autre royaume, on a arrangé son mariage politique avec Raoden sans qu'ils se voient. Comme le roi Arelon ne veut pas que qui que ce soit apprenne que son fils a attrapé le terrible mal, il dit au royaume que Raoden est mort – et cela laisse Sarene sans homme à épouser. Cependant, comme il s'agissait d'un mariage politique, le traité implique que le mariage tient même si l'un des deux vient à mourir avant que la cérémonie n'ait lieu. Donc, l'histoire de Sarene se concentre sur le fait qu'elle tente d'élucider le mystère de la disparition de Raoden, tout en essayant de protéger sa contrée natale des tourments de forces hostiles.

Quelle est votre force en tant qu'écrivain/conteur ?

Il y a deux ou trois choses dans lesquelles je semble bien me débrouiller. La première est plus une tendance qu'un talent. J'ai lu tant de fantasy que je me suis lassé de nombreux standards et stratagèmes des scénarii. J'aimais lire les quêtes standards de fantasy épique lorsque j'étais plus jeune, mais je n'ai vraiment pas envie de lire – ou d'écrire – des livres qui ne font qu'imiter ce qui a déjà été fait.

Je ne suis pas le seul dans ce cas , dieu merci, mais ceux qui lisent mes livres n'y trouveront pas d'elfes ou de nains. Ils ne verront pas non plus souvent de jeunes paysans qui partent en quête pour vaincre les seigneurs du mal. Je n'aime pas vraiment les histoires qui se centrent sur un voyage ou qui retracent la collecte d'objets magiques. Mon inclinaison générale est de dire que si je l'ai déjà vu faire – surtout en fantasy – je vais éviter de le faire moi-même. Cependant, j'ai envie d'écrire de la fantasy qui ressemble à de la fantasy, qui a le goût de la magie, du mystère, et la grande envergure qui m'a faire aimer le genre. C'est une bonne ligne de conduite !

Pour revenir à la question, il y a plusieurs choses que je pense bien faire. J'aime faire un point de vue à la troisième personne qui soit très profond et intense, qui m'amène vraiment dans la tête de mes personnages. Donc, on m'a dit que je pouvais faire quelques personnages sympathique. Hrathen – l'antagoniste dans Elantris – en est un exemple. J'aime aussi faire des intrigues qui se construisent lentement, avec beaucoup de retournements, et qui arrivent à des conclusions dramatiques (mais heureusement, surprenantes !). Les gens qui me connaissent ont appelé ça « L'Avalanche Brandon » en parlant de ces moments dans mes livres où tout commence à tomber en pièce et à se réunir en même temps.

(Bien sûr, ces deux « forces » peuvent aussi être des faiblesses, selon la manière dont on les perçoit. Par exemple, quelques personnes trouvent ma méthode d'intrigue trop lente au début et trop précipitée à la fin – il y a souvent un tournant dans mes livres vers la page 200. Et pour ce qui est des personnages, certains lecteurs se sont plaints que l'un des personnages les touchait tellement qu'ils se désintéressaient du point de vue des autres en comparaison !)

Quel auteur vous fait soupirer d'admiration ?

Un seul ? Il y en a tellement qui font du bon travail. Récemment, j'ai souhaité avoir la même profondeur pour mes personnages que Victor Hugo, et la capacité à mener une intrigue d'Orson Scott Card. Mais j'admire aussi des gens comme L.E. Modessitt Jr. pour leur résistance au dur travail sur la longueur, pour s'être posés comme des forces consistantes dans le genre. J'admire beaucoup la capacité de George R. R. Martin pour la narration sans pour autant aimer ses histoires, et je pense que Neil Gaiman est l'auteur qui surfe entre les genres le plus étonnant qui ai jamais existé ! Et, bien sûr, pour la pure écriture fantasy, Robin Hobb et Tad Williams ne cessent jamais de m'impressionner.

Si on vous envoyait sur une île déserte pendant un an et que vous deviez choisir un livre, un film et un CD à emporter, que prendriez-vous ?

Eh bien, je partirai avec l'anthologie de Robert Jordan (qui devrait bientôt sortir, n'est-ce pas ?) parce qu'elle serait assez énorme pour m'en faire un radeau au cas où je sois coincé sur l'île. Le film serait Kuzco, l'empereur mégalo, parce qu'il a cette capacité magique de pouvoir être vu un million de fois sans vieillir. Et le CD serait Bat Out of Hell de Meat Loaf, parce que si je dois être coincé sur une île pendant un an, il me faut quelque chose que je puisse chanter en écoutant le CD.

Tor est maintenant reconnu comme étant l'un des meilleurs éditeurs de fantasy. L. E. Modesitt m'a dit un jour que Tom Doherty était probablement l'un des hommes les plus mal aimés en fantasy. Etes-vous d'accord ?

Absolument. Les gens ne comprennent pas que Tom Doherty est l'âme de cette entreprise. Il l'a lancé à partir d'un rêve, et en a fait ce qu'elle est aujourd'hui – une énorme force sur le marché qui a encore l'ambiance d'un éditeur familial.

Tom agit avec classe. Il est PDG et fondateur de l'entreprise, mais il a lu Elantris pour me donner des conseils éditoriaux – à moi, un inconnu avec juste un petit contrat donné par un assistant éditorial. Il savait ce que ça représenterait pour mon éditeur, et pour moi, et il a lu le livre. Et je suis sûr qu'il veut garder un œil sur sa société et avoir la certitude que ce qui est publié cadre avec son idée pour l'entreprise.

Pensez-vous que les présidents de Random House ou de Pocket lisent les livres et donnent des conseils à leurs écrivains bestsellers, sans même parler des nouveaux auteurs ?

Je dois avouer que ce qui m'a convaincu de prendre Elantris, la première fois, est l'illustration de couverture. Quelle importance a cette illustration pour vous, en terme d'outil marketing ?

Ah ! Je pense que vous avez mis le doigt sur ce qui est le plus stressant pour un auteur dans le processus de publication. On a le contrôle sur presque tout sauf sur la couverture et – comme vous pouvez l'imaginer – on s'inquiète de la manière dont vont être gérer les choses.

Pour mon premier livre, Tor m'a montré quelques-uns des artistes auxquels ils pensaient, et j'ai pu dire lequel je préférai – et ils ont fini par le choisir. Je suis très satisfait de la couverture d'Elantris. Stephen Martiniere est un artiste brillant, et j'ai été émerveillé par la couverture lorsque je l'ai vue.

Pour revenir à la question, je pense que la couverture est très importante. Les livres se vendent de deux manières : par le bouche à oreille et après avoir survolé le texte. La couverture est très importante pour le second. Peut-être plus, même, que le contenu.

Quelle est l'étincelle qui vous a amené à écrire Elantris au début ?

Ca tient à mes habitudes d'écriture – je n'écris pas de livre sur une simple étincelle. C'est peut-être pourquoi j'aime poster des idées d'histoires sur mon blog. Je les livre aux gens, je les laisse examiner les germe d'idées pour qu'ils puissent, peut-être, motiver leur propre écriture.

Pour moi, un livre découle d'une intéressante combinaison de plusieurs idées. Par exemple, dans Elantris, plusieurs idées se sont combinées de manière intéressante. La première était l'idée d'écrire une histoire sur quelqu'un qui se retrouve dans une communauté magique de lépreux. La seconde était l'idée d'une personne liée par un contrat de mariage mais dont le mari décède avant même qu'ils se soient rencontrés. Une autre idée est celle d'un « missionnaire maléfique » qui travaille pour convertir le plus grand nombre, pas pour la foi. Et puis, il y avait l'idée du langage, qui était séparée de celle de dessiner des runes dans l'air. Tout s'est assemblé, et j'avais un roman !

Quel effet cela vous fait-il de pouvoir maintenant partager vos livres avec des gens du monde entier et dans différentes langues ?

C'est génial ! Je ne m'attendais vraiment pas à le vendre à l'étranger. Après tout, c'est mon premier livre, et je pensais que ça allait prendre quelques temps avant que des éditeurs étrangers s'y intéressent. Mais je crois que le fait que les gens en parlent beaucoup a aider parce que nous l'avons vendu en douze langues pour le moment. (Ca étonne encore mon agent. C'est rare qu'un nouvel auteur vende tellement à l'étranger.)

Pour éviter de prendre la grosse tête, je me dis qu'une bonne part de ce succès vient du fait qu'Elantris est un one shot, ce qui est assez rare en fantasy de nos jours. Je pense qu'un livre seul comme celui-ci encourage les éditeurs à risquer leur chance. En plus, le fait que Tor choisisse un nouvel écrivain fait vite tourner les têtes. Nous avons tout d'abord vendu en Russie, et ils n'avaient même pas encore vu le livre – ils avaient simplement entendu que Tor avait acheté un one-shot d'un nouvel écrivain, et ils le voulaient.

Sans trop en dire que pouvez-vous nous apprendre sur Mistborn ? Etes-vous content de la manière dont a évolué le livre ?

Eh bien, j'ai posté un chapitre sur mon site : www.brandonsanderson.com/book.php?id=2&section=10

Mais laissez-moi vous parler un peu du livre. L'idée de départ était un peu différente de celle d'Elantris . Ce livre (l'intrigue tout du moins) vient de deux idées.

La première partie vient de ma vision du film Ocean's Eleven. J'ai toujours aimé ce genre de film – les films de cambriolages comme Sneakers ou The Italian Job. Je me demandais pourquoi personne n'en avait encore fait une version fantasy – une sorte de scénario à la Mission Impossible avec un groupe de personnages très spécialisés, chacun ayant un pouvoir magique différent.

Le second concept qui a éveillé mon intérêt est le thème récurrent en fantasy du jeune héros qui sauve le monde d'un pouvoir maléfique. On a déjà vu ça une douzaine de fois. J'ai pensé « Et si ça échouait ? Si le Seigneur des Ténèbres tuait le héros, et prenait le pouvoir sur le monde ? »

Donc Mistborn est un livre sur un monde dans lequel le méchant a gagné. La prophétie a trahie le genre humain, et un millier d'années a passé dans ce monde gouverné par un empereur-dieu maléfique. Un groupe d'escrocs décident qu'ils en ont assez, et montent un plan pour renverser l'empereur. Ils vont voler son trésor, et utiliser l'argent pour soudoyer son armée.

Le livre a évolué mieux que je l'espérais. Il montre vraiment ce que je peux faire – voilà maintenant sept ans que j'ai écris Elantris ! Je pense que je me suis amélioré avec les personnages, et ma magie dans Mistborn est la meilleure que j'ai jamais écrit. Les idées au-dessus ont été l'étincelle. Alors que j'écrivais le livre, je me suis retrouvé à me concentrer plus précisément sur deux des personnages, à la différence d'un vrai livre de cambriolage, qui aurait plutôt été concentrés sur l'intrigue. A la place, le cambriolage est passé au second plan derrière quelques personnages très intéressants. Je suis très fier du résultat.

(Le livre sort en juillet 2006. On peut déjà le pré-commander sur Amazon).

Si vous aviez le choix, préféreriez-vous être bestseller du New York Times ou remporter un World Fantasy Award? Pourquoi ?

Waouh ! Vous posez des questions difficiles, Pat. Voyons voir…

Je prendrai le bestseller. J'ai toujours eu un faible pour la popularité, en opposition avec le littéraire. J'ai un master en Anglais, je suis donc familier avec l'aspect récompenses littéraires de la chose. Mais je préfèrerai que plus de monde lise mes livres. Ca ne serait pas tant une question d'argent mais plutôt de savoir que mes livres trouvent leur public.

Pensez-vous honnêtement que je genre fantasy sera un jour reconnu comme de la véritable littérature ? Pour dire la vérité, je pense qu'il n'y a jamais eu autant de livres de qualité que maintenant, et pourtant, il y a toujours aussi peu de respect (pour ne pas dire aucun) accordé au genre.

Je pense que oui. Vous avez raison sur ce qui se passe en fantasy aujourd'hui, mais le problème est qu'il s'agit toujours d'un jeune genre. Nous avons les années 80 et 90 où la fantasy a quelque peu dérivé (ce que je conçois avec une grande tendresse et beaucoup de respect pour la plupart de ces auteurs).

Nous avons vu la SF être lentement acceptée, et je pense que nous allons voir la fantasy acquérir le même respect. Le problème est que nous sommes tellement populaires. Si vous regardez les films, les jeux vidéos, etc – la SF et la fantasy font le gros des recettes. Le succès signifie que les genres sont de plus en plus acceptés par le public, ils sont de plus en plus grand public. Ce genre de succès joue un peu en notre défaveur dans la communauté littéraire actuelle.

Mais donnez-nous une centaine d'années, et je pense que les gens regarderons notre époque et verrons la SF et la fantasy comme l'un des courant littéraires dominant de notre génération.

Elantris est la preuve vivante qu'Internet peut faire beaucoup de pub à un livre. Pensez-vous que de nombreux éditeurs ne comprennent pas encore tout le potentiel de cet outil, en terme d'exploitation de la richesse des sites fantasy, des forums et des blogs ?

Oh, j'en suis sûr. Ce n'est d'ailleurs pas surprenant. Vous voyez, les éditeurs ont généralement été laissé un peu derrière lorsqu'il s'agit du marketing, c'est juste une histoire de business, le service publicité de Tor n'est pas très important.

Le problème est que dépenser beaucoup d'argent pour promouvoir un livre – surtout ce genre de livre – n'a pas donné beaucoup de résultat. Mais je pense qu'on peut faire beaucoup de choses avec Internet. Le gros problème est que les éditeurs et les publicitaires sont débordés.

Vous avez déjà écrit beaucoup de livres, essayez-vous de les vendre en ce moment ?

Eh bien, j'ai toujours envie de faire publier mon travail le plus récent, et donc, le meilleur. Donc, je considère tous ces vieux livres comme des sources d'idées (j'ai par exemple volé le système de magie de Mistborn à l'un de ces livres). Mais je pense que si je les publiais, les gens remarqueraient la baisse de qualité, et ce serait une mauvaise chose pour ma carrière.

J'ai joué avec l'idée de les mettre sur mon site web, ça pourra se faire un jour, mais pour l'instant, je n'essaye de vendre que les manuscrits écrits ces dernières années.

Quels auteurs fantasy actuels lisez-vous et aimez-vous ?

Robin Hobb, L.E. Modesitt Jr., David Farland, George R. R. Martin, et Orson Scott Card pour n'en citer que quelques-uns. Récemment, j'ai lu dans la littérature pour jeunes adultes, parce que je pense ne pas en connaître assez sur ce genre. J'ai aimé Les Royaumes du Nord de Pullman et Howl's Moving Castle de Diana Wynne Jones.

Y a-t-il des auteurs moins connus ou nouveaux dont vous voudriez nous parler ?

Bien sûr. Lisez du Tobias Buckell si vous voulez un bon auteur original en fantasy. Il faut aussi surveiller Eric James Stone. Il a commencé par écrire des nouvelles, mais chacune de ses histoires que j'ai lue est excellente.

Merci beaucoup de m'avoir répondu. Je vous souhaite beaucoup de succès pour votre carrière et puisse la sortie en poche d'Elantris vous amener encore plus de lecteurs !

Merci de m'avoir posé ces questions ! C'était une super interview.

Brandon

Article originel par Patrick St-Denis, le 13 février 2006.


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