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L’année 2018 en fantasy : la parole aux éditeurs

Par Gillossen, le mercredi 21 février 2018 à 17:20:00

Les Editions du Bélial' en 2018 - Olivier Girard

Futur

Alors que 2017 se termine à peine, quel serait votre premier bilan, à chaud ?
D’un strict point de vue comptable, en librairies, nous sommes en léger recul par rapport à l’année 2016. Qui était une année exceptionnelle liée aux 20 ans de la maison et aux diverses opérations menées autour de cet anniversaire. Nous avions explosé les objectifs sur cette période, avec un CA en hausse de plus de 40 %. On fait - 6 % sur l’année suivante : ça reste donc assez satisfaisant. D’autant que les abonnements à Bifrost sont en hausse et la VPC également (une hausse modérée, mais une hausse tout de même). Bref, c’est pas mal, surtout dans un contexte électoral peu propice à la librairie dans son ensemble.
A titre personnel, hors parutions, un événement vous a-t-il particulièrement marqué ou surpris au cours de cette année écoulée (un prix, un salon, etc...) dans le paysage des littératures de l'Imaginaire ?
D’une manière plus générale, 2017 a été l’année du lancement du Mois de l’Imaginaire (en octobre), une opération commerciale qui est aussi devenue, suite à l’impulsion de quelques éditeurs indépendants, l’occasion d’un important travail présenté sous l’intitulé général d’États Généraux de l’Imaginaire (avec un premier point d’orgue lors des dernières Utopiales, à Nantes). J’ignore ce que donneront ces états généraux, sur quoi ils déboucheront (même si l’opération du Mois de l’Imaginaire est d’ores et déjà reconduite), mais tout cela est né de la collaboration d’un grand nombre d’acteurs éditoriaux du domaine, et c’est ça que je veux retenir cette année : l’association de diverses structures éditoriales totalement indépendantes les unes des autres dans la poursuite d’un but commun (à savoir, ici, la défense et la meilleure reconnaissance de nos littératures, de notre travail à tous). C’est inédit, et en ce sens absolument remarquable. Nous avons pris nos responsabilités ; c’est un début, mais c’est quelque chose dont nous pouvons être fiers et qui dit beaucoup sur la volonté de chacun.
Avez-vous un coup de cœur éditorial plus marqué que les autres pour 2018 ? Et quelle place pour la fantasy dans votre programme ?
Comme tous les ans, à cette question rituelle, je réponds rituellement qu’il m’est impossible de hiérarchiser notre programme de parution. Après, bien entendu, il y a des titres qui représentent un enjeu particulier pour diverses raisons (souvent économiques, mais pas uniquement). Ainsi, le 15 février prochain, nous publions La Quête onirique de Vellitt Boe, de Kij Johnson, l’auteure d’Un pont sur la brume, publié au Bélial’ en 2016, et qui avait raflé le Grand Prix de l’Imaginaire 2017 (après le Hugo et le Nebula, quand même…). Ce texte, lui-même lauréat du World Fantasy Award 2017, revisite les Contrées du Rêve sous un angle radicalement inédit, un angle, sinon féministe, en tout cas féminin : une gageure chez Lovecraft ! Le récit de Kij, haletant, propose un vrai voyage dans les Contrées autant qu’un méta discours sur la place des femmes dans l’œuvre du père de Cthulhu proprement passionnant. Sur ce titre, notre ambition était aussi de concevoir un objet éditorial. D’où le travail de Nicolas Fructus sur la couverture (qui bénéficie de rabats et d’un rendu softouch), mais aussi à travers la grosse vingtaine de dessins produits pour fin d’illustrations intérieures… Ce même mois de février, on sort également Issa Elohim de Laurent Kloetzer dans la collection « Une heure-lumière ». Un nouveau Kloetzer, c’est toujours un événement, d’autant qu’il s’agit-là du deuxième titre signé par un auteur français dans la collection. En mars, changement radical de cap : c’est notre mois « pulp », notre mois SF débridée, fun, hommage à l’âge d’or, dépaysante, optimiste, bourlingueuse… Avec Le Défi, d’abord, le troisième opus de la série du Capitaine Futur par le grand ancien Edmond Hamilton, mais aussi avec Les Ferrailleurs du Cosmos, du Britannique Eric Brown, un livre résolument moderne (il date de 2014), mais qui s’inscrire en plein dans la pure traduction « pulp ». Et puis, publier Eric Brown vingt ans après son formidable recueil Odyssées aveugles, c’est un énorme plaisir. Après, on a plein de choses hyper excitantes en magasin. La Ballade de Black Tom de Victor LaValle, Prix Shirley Jackson 2016, dans la collection « Une heure-lumière » (encore un retour sur Lovecraft, mais pour cette fois décortiquer la dimension raciste de la nouvelle « Horreur à Red Hook », un texte assez dégueulasse, il faut bien le dire), le retour de l’incontournable Lucius Shepard, Les Coureurs d’étoiles de Poul Anderson, ou encore, bien entendu, le très beau Aux douze vents du monde, de l’immense et regrettée Ursula K. Le Guin, une manière de best of de sa première période (les années 70), peut-être sa meilleure, celle des Dépossédés et de La Main gauche de la nuit, un must, rien de moins. On aura aussi un nouvel auteur de SF anglais, Gavin Chait, avec Complainte pour ceux qui sont tombés, une SF humaniste, littéraire, riche et passionnante, ambitieuse. Et aussi un nouvel auteur de SF français, Jean Baret. Celui-là, c’est un coup de tonnerre. Son roman, BonheurTM, est un OLNI monstrueux et hilarant, une satire sociale sous perfusion d’idées SF comme je n’en ai tout simplement jamais lu : l’improbable mariage entre le Philip Dick d’Ubik, le Warren Ellis de Transmetropolitan, et le Norman Spinrad de Jack Barron et l’éternité, un truc improbable, on ne peut plus politiquement incorrect et on ne peut plus salutaire — l’essence même de la SF, en somme, dont on reparlera assurément… Et puis il y aura l’intégrale de Bankgreen de Thierry Di Rollo dans la collection « Kvasar », sous une couverture de Guillaume Sorel, roman salué par la communauté Elbakin, rappelons-le, et le début (peut-être) d’un énorme projet après lequel on court depuis plusieurs années : l’intégrale hors cycles des nouvelles de Jack Vance, toujours dans la collection « Kvasar » soit plus de soixante nouvelles ! Sans oublier la revue Bifrost, et Heinlein, et Baxter, et Dozois, et, et… bref. Du grain à moudre, et de la meilleure souche…
Quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
A l’heure où je réponds à cette question : traverser la crue de la Seine sans trop y laisser de plume. C’est la deuxième fois en 18 mois. Sincèrement, ça commence à faire beaucoup pour le Bélial’…
Pour le reste, je dirais, à titre perso : survivre au Salon du Livre de Paris, une manifestation dont je ne suis pas fan, mais à laquelle nous participons avec l’essentiel des éditeurs de genre qui comptent. En plein bouclage du numéro 90 de Bifrost, ça va être amusant…
  1. Albin Michel Imaginaire en 2018 - Gilles Dumay
  2. Les Editions de l'instant en 2018 - Patrick Dechesne
  3. Les éditions Actusf en 2018 - Jérôme Vincent
  4. Lunes d'encre en 2018 - Pascal Godbillon
  5. Les éditions Critic en 2018 - Simon Pinel
  6. Folio SF en 2018 - Pascal Godbillon
  7. Les éditions Voy’el en 2018 - Corinne Guitteaud
  8. Les éditions HSN en 2018 - Dimitri Pawlowski
  9. Les éditions Libretto en 2018 - Eric Lahirigoyen
  10. Les Editions du Bélial' en 2018 - Olivier Girard
  11. Les éditions du Rouergue en 2018 - Olivier Pillé
  12. Les éditions Mnémos en 2018 - Frédéric Weil
  13. Les éditions Pygmalion en 2018 - Florence Lottin
  14. Fleuve Editions et Pocket en 2018 - Stéphane Desa
  15. Les éditions Scrineo en 2018 - Jean-Paul Arif
  16. Les Editions du Chat Noir en 2018 - Mathieu Guibé
  17. Les éditions Lynks en 2018 - Mathieu Guibé
  18. Mü éditions en 2018 - Davy Athuil
  19. Le Livre de Poche Imaginaire en 2018 - Laëtitia Rondeau
  20. Les éditions Le Héron d'Argent en 2018 - Vanessa Callico
  21. Les éditions Leha en 2018 - Jean-Philippe Mocci
  22. Les éditions Balivernes en 2018 - Pierre Crooks
  23. Les éditions Callidor en 2018 - Thierry Fraysse
  24. Les éditions L'Atalante en 2018 - Mireille Rivalland

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