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Imaginales 2008 : les interviews !

Par Linaka, le 05/07/2008 à 14:00

Notre entretien avec Robin Hobb

Robin HobbEt voici enfin l'interview de Robin Hobb, dernier auteur à avoir répondu à nos questions aux Imaginales, le matin du dernier jour. Malgré sa fatigue, elle a su rester aussi courtoise qu'à l'accoutumée, et nous en a appris un peu plus sur son travail - attention aux spoilers en bas de page. Bonne lecture - et passez donc nous dire ce que vous en pensez en forum !

Quand avez-vous commencé à écrire ? Qui ou qu'est-ce qui vous y a poussée ?
Quand j'étais petite, je savais que je voulais écrire ; depuis l'âge de ... sept ou huit ans. Et je crois que c'est parce que j'aimais lire certains genres d'histoires, et que je souhaitais qu'il y en ait plus – je pensais donc que j'allais en écrire plus.
Qu'est-ce qui vous a amenée vers la littérature de l'imaginaire ? Pourquoi vous attire t-elle ?
A nouveau, je pense que depuis le tout début c'était ce que je préférais. J'aimais les contes de fées, les mythes, la mythologie et les légendes. Dès mes premières lectures, c'était le genre d'histoires que j'appréciais.
Quel livre conseilleriez-vous à quelqu'un de lire en premier afin de l'initier à la fantasy ?
Oh là là ! Il y en a tant. Cela dépend tellement du genre de personne... Le Seigneur des Anneaux reste une pierre de touche pour moi, mais beaucoup de personnes y jettent un oeil et disent : « C'est une oeuvre bien trop longue pour commencer. » Alors ... Je pense qu'il faudrait que je rencontre la personne, pour savoir ce que je lui recommanderais.
Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
Oh, j'ai recommandé Brandon Sanderson, en tant qu'auteur ; j'ai apprécié ce qu'il a écrit. George Martin, bien sûr ; je m'intéresse à ses livres dès qu'ils paraissent, et je les relis souvent. Pour ce qui est d'un auteur qui est nouveau, récent pour moi, je recommanderais probablement Brandon Sanderson.
Certains écrivains doivent s'isoler presque complètement du monde pour pouvoir écrire : est-ce votre cas ? Comment travaillez-vous ?
Cela m'apparaît comme un luxe merveilleux ; je pense que si je pouvais simplement avoir du calme et de l'espace, j'écrirais sans doute beaucoup plus que je ne le fais. Mais dans ma vie ce n'est pas possible, alors j'écris quand je peux et où je le peux.
Même s'il n'y a que quinze minutes, on peut toujours commencer une partie de l'histoire. J'ai appris que ce qui était préférable était d'avoir un bloc de deux ou trois heures pour écrire. Mais si l'on n'a pas cela, on peut toujours écrire.
La fantasy a-t-elle sa place à l'université ? Est-ce qu'elle pourrait et devrait être étudiée ?
Je pense que la fantasy a autant à dire aux gens que n'importe quelle autre forme de littérature. Je crois qu'en fait on étudie la fantasy à l'université, ce n'est simplement pas reconnu comme tel. Si vous étudiez les mythes et légendes des gens, alors vous étudiez leur fantasy. C'est donc étudié ; mais je pense que la fantasy moderne a elle aussi sa place dans la littérature.
A votre avis, d'où provient cette fascination humaine pour le mythe, la fantasy, l'imaginaire ?
Comme on nous l'apprend à l'école, je crois que le mythe est une manière d'expliquer un phénomène pour lequel les gens n'avaient initialement pas d'explication scientifique. Je pense que quand on écrit une histoire, de n'importe quel genre, nous essayons d'imposer un ordre dans le monde, afin de donner sens à ce monde qui n'en a souvent aucun.
Les histoires ont un début et une fin, ce qui est en fait, vous savez, très différent de nos propres vies. Vous n'allez pas vous arrêter demain et dire : « Et aujourd'hui, je vivrai heureuse pour toujours. » Mais avec beaucoup d'histoires, quelles qu'elles soient, l'écrivain mène le lecteur jusqu'à un endroit où les choses vont être calmes et paisibles pour un temps et dit : « Et ici s'achève l'histoire. »
Nourrissez-vous plutôt votre imaginaire avec le monde réel qui vous entoure, ou plutôt avec vos lectures passées ?
Je pense que c'est toujours une combinaison de plusieurs sources. On ne peut vraiment les séparer. Le germe d'une histoire de fantasy démarre souvent à partir de cette question : « Que se passerait-il si ?... » Cela peut arriver quand vous marchez dans la rue : vous voyez quelque chose et pensez : « Que se passerait-il si cela était différent ? »
A partir de là, vous allez devoir faire des recherches, parce qu'ensuite surviennent plusieurs : « Si cela était ainsi, que se passerait-il alors ? » Et il vous faut chercher plus loin pour voir comment les choses en seraient affectées.
Avez-vous un lieu favori parmi tous ceux que vous avez inventés, un lieu où vous aimeriez vivre ? Y a-t-il un personnage qui soit particulièrement cher à votre coeur ?
Je pense que ce sont tous des endroits que j'aimerai visiter, mais finalement je suis plus heureuse dans mon propre monde. Ces autres lieux reflètent souvent des fractions de mon monde.
Mais j'aimerai visiter n'importe lequel d'entre eux ; néanmoins si vous me proposez de m'envoyer faire un long voyage en mer dans un navire à l'ancienne, je répondrai probablement : « Hmm, non merci ! » (rires)
Tous les personnages sont mes amis ; par beaucoup de côtés, j'écris les amis que j'aimerais avoir. Cela paraît peut-être très pathétique...
Non, non, pas du tout.
Même les méchants sont des personnages que je trouve intéressants, même si je ne voudrais pas passer beaucoup de temps à leurs côtés.
Voici une question touchant presque au mysticisme : croyez-vous vous-mêmes au petit peuple, aux fées, à un monde qui nous serait caché et dont proviendraient toutes nos légendes ?
Ce qui est certain, c'est que je crois en le Récit, et j'ai essayé d'expliquer auparavant ce que je ressens à ce propos : j'ai le sentiment que c'est comme une rivière ou un courant, et que quand quelqu'un fait un excellent travail de conteur, cette personne a trouvé le courant, elle est dedans. Et il y a des livres qui donnent l'impression d'être attachés au quai, ils refusent d'aller là où ce Récit veut les mener.
Je pense donc qu'en tant qu'êtres humains, nous crééons une réalité partagée, avec des choses que nous nous accordons à considérer comme réelles, et cela diffère légèrement d'une culture à l'autre. Mais ça ne veut pas dire qu'une culture a raison et que l'autre a tort, nous sommes en accord avec notre réalité. Si l'on dit : « Un arbre n'est qu'un arbre », alors pour nous c'est le cas, si nous disons : « Un arbre a une vie, et même si l'on a besoin de l'utiliser, avant de le faire nous devons nous excuser et lui demander la permission avant de l'abattre », alors c'est une autre réalité. Je ne pense pas que ma réalité soit nécessairement plus vraie que celle de quelqu'un d'autre.
Pourquoi avez-vous ressenti ce besoin de revenir à Fitz et à son univers, après la fin de L'Assassin Royal, quand vous pensiez en avoir terminé avec lui ?
Eh bien, je travaillais sur Les Aventuriers de la Mer, et je me suis surprise à écrire avec sa voix, que ce soit dans un email ou dans une note à propos d'autre chose.
Et, parce que j'étais tellement persuadée d'en avoir terminé avec cette histoire, c'était un peu embêtant ! Alors je me suis assise pour écrire juste un chapitre de plus pour moi seule, pour voir où il en serait et ce qu'il serait en train de faire, et très facilement je suis retombée dans le flot de cette histoire - j'ai réalisé qu'en fait il y avait bien d'autre choses à en dire.
C'étaient en effet des personnages avec qui j'ai vraiment apprécié de passer du temps, pas seulement Fitz ou le Fou, mais Umbre et Burrich, et Patience, et par bien des aspects je ne voulais pas que mon temps avec eux se termine. Je ne pouvais pas vraiment les quitter.
Alors il vous a fallu affronter la mort du loup ? Qu'avez-vous ressenti en écrivant cette scène ?
Je sentais que c'était inévitable. J'avais l'impression que c'était un évènement qui avait eu lieu, plutôt que quelque chose que j'avais provoqué - étant donné le personnage d'Oeil-de-Nuit et qu'il n'avait pas voulu, de beaucoup de façons, que Fitz interfère avec qui et ce qu'il était.
Beaucoup de lecteurs m'ont envoyé des mails et m'ont dit : « Pourquoi Fitz n'a-t-il pas utilisé l'Art ou le Vif pour sauver la vie du loup ? »
Ma réponse à cela était qu'il n'avait pas le droit de le faire. Il respectait Oeil-de-Nuit, c'était le choix d'Oeil-de-Nuit de partir, et il a convié Fitz à partir avec lui, mais ce n'était pas son heure. C'était une scène très difficile à écrire, oui.
Est-ce qu'un jour nous en apprendrons plus à propos du Fou : son enfance, le pays dont il est originaire ?
Je ne sais pas ; si j'ai une idée pour une histoire absolument magnifique, je n'hésiterai pas à l'écrire. Mais je ne veux pas en écrire plus à propos de lui simplement pour vendre un autre livre. Ce serait une tricherie, pour moi-même et pour le lecteur. Il faut qu'il y ait une intrigue aussi bien qu'un décor.
Je pense que l'une des raisons pour lesquelles votre écriture est si puissante est votre capacité à créer des personnages très subtils. Mais d'où vous vient cette perspicacité, cette finesse psychologique ?
J'aime regarder les gens, les observer. Parfois j'ai l'impression d'être plutôt une personne qui observe qu'une personne qui agit. Si l'on combine le tout, c'est une forme de recherche en soi, je pense. Décrire les gens par écrit, et se dire : « Peut-être que cela devrait le rendre heureux, mais peut-être que ce n'est pas le cas », fait partie de la caractérisation.
Vous aviez dit à la conférence de Paris que l'Assassin Royal avait commencé avec cette question : « Que se passerait-il si la magie était addictive ? » Qu'en est-il alors de la magie présente dans Le Soldat Chamane ?
Le système de la magie de ce monde était complètement différent ; ici c'était plus une force utilisant Jamère que Jamère tentant de maîtriser une magie pour s'en servir. La magie lui prête parfois sa force, mais il est toujours incapable de s'en emparer et de l'utiliser comme bon lui semble.
Pourriez-vous nous en dire plus à propos de Dragon Keeper, le livre sur lequel vous travaillez, juste pour nous mettre l'eau à la bouche ?
Ce roman prend place dans le Désert des Pluies. Les évènements surviennent chronologiquement, après la fin de l'Assassin Royal. Cela traitera des dragons qui ont émergé de leurs cocons dans le Désert des Pluies, ceux qui étaient des serpents dans Les Aventuriers de la Mer. Un nouvel ensemble de personnages sera présent ; il peut être fait mention de personnages que l'on connaît déjà, mais l'histoire ne sera pas centrée sur eux.
Que vous a apporté la construction d'un nouveau monde, avec le Soldat Chamane ?
C'était une très bonne expérience d'explorer un temps différent dans la fantasy, et de me dire, vous savez : « Peux-tu écrire une histoire de fantasy qui ait le pouvoir de la poudre et les commencements d'autres technologies, tout en ayant toujours un bon récit de fantasy ? »
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