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Interview de Robin Hobb pour “La Cité des anciens”

Par Nak, le mercredi 3 novembre 2010 à 16:03:33

Nouvelle sagaAprès des séries aussi connues que L’Assassin Royal ou Les Aventuriers de la mer, Robin Hobb revient avec une duologie – seulement – : Dragon Keeper et Dragon Haven. Comme leur nom l’indique, l’histoire reprend en partie celle des dragons rencontrés dans Les Aventuriers de la mer.
Confrontation entre ces grandes créatures et les humains est au menu mais pas seulement… Pour en savoir plus et vous donner l’envie de lire les livres, voici pour vous une interview de l’auteur !
En France, la première partie, re-titrée Dragons et serpents est sortie en septembre et la deuxième et dernière arrive ce mois-ci.

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L'interview traduite

Dragon KeeperPouvez-vous nous présenter vous-même Dragon Keeper?
Je me suis éloignée pendant assez longtemps des Rivages Maudits, et du monde qui encadre les séries Farseer Trilogy, Liveship Traders et Tawny Man (NdT : disponibles en France sous les titres de L'Assassin royal et Les Aventuriers de la mer). C’est mon grand retour ! Je voulais écrire un unique roman qui pourrait servir d’introduction sympathique à ce monde pour les nouveaux lecteurs. Malheureusement (ou peut-être pas !) je me suis laissée emporter et le manuscrit est devenu trop long pour être publié en un seul roman. Par conséquent, Dragon Keeper est le premier tome des Rain Wild Chronicles. Le second tome, Dragon Haven, suivra en mai 2010, donc il n’y aura pas une trop longue attente entre les deux livres. Chronologiquement, Dragon Keeper a lieu après les évènements des Aventuriers de la mer. Les marchands du Désert des pluies se rendent compte que remplir leur part de marché avec le dragon Tintaglia est plus difficile que ce à quoi ils s’attendaient. Les dragons qu’ils espéraient voir éclore et s’envoler s’attardent au contraire, dépendant des humains car ils sont incapables de chasser par eux-mêmes. Avoir une horde de dragons intelligents et agressifs en bordure de la ville peut poser plus d’un problème. Donc des Gardiens sont engagés, de même qu’un bateau et son capitaine, pour escorter les dragons le long de la rivière et au large. Mais pour où ?
Qu’est-ce qui a amené la décision de diviser Dragon Keeper et Dragon Haven en deux livres séparés ? Quelle a été votre réaction ?
C’est ma faute. Pour faire simple, je me suis impliquée dans les histoires, j’ai apprécié les personnages et j’ai commencé à examiner trop de questions et d’intrigues. Donc le livre a grandi, et je me suis retrouvée à revenir en arrière et à ajouter des éléments au début, pour que les actions des personnages aient du sens pour le lecteur. Mais en ajoutant davantage d’histoires de départ, le manuscrit est devenu de plus en plus long. Donc quand je l’ai soumis (en retard, je suis désolée de le dire !) il était trop long, à la fois pour le temps alloué à l’édition et pour le sortir en un seul roman. Donc nous avons dû en faire deux volumes. Ma réaction face à cela ? J’ai besoin de plus d’autodiscipline !!!
Le livre fait la chronique de deux personnages féminins très forts – Alise et Thymara. Pourquoi leurs aventures sont-elles si importantes à raconter ?
Quoi ? Seulement deux ? Ah, quel coup de poignard dans le dos. Oui, l’histoire suit Alise et Thymara, mais je pense que les histoires de Sedric et de Leftrin sont toutes aussi importantes. Comme tous les personnages de romans, leur aventure est celle de la découverte de soi ainsi que celle qui implique d’apprendre ce qui arrive quand il faut non seulement prendre soin d’une créature carnivore arrogante qui se considère supérieure à vous, mais aussi y survivre. Je pense que chaque personnage a fait l’expérience de la déception dans sa vie et tous doivent faire face aux conséquences de leur comportement. Pour moi, la façon dont les vies des personnages s’entremêlent, dont ils changent en fonction les uns des autres, dont ils grandissent et mûrissent constitue une grande part de l’histoire qui consiste à voir comment les dragons et leurs gardiens apprennent à survivre et à interagir alors qu’ils voyagent dans un environnement hostile jusqu’à un sanctuaire légendaire et peut-être mythique. Tout au long de l’aventure, j’ai énormément apprécié construire à partir de ce que les lecteurs savent du Désert des pluies, des Anciens, de l’ancienne civilisation qui a précédé Bingtown et Buckkeep, et comment l’histoire a affecté ces deux villes. Donc je pense que c’est une bonne petite histoire qui mijote là, il y en a pour tous les goûts.
Les dragons jouent bien sûr une grande part dans vos histoires. Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans ces créatures ?
Je pense que l’humanité est une intelligence isolée. Je ne suis pas la première lectrice de SF/Fantasy à penser cela. Je regarde nos relations avec nos animaux de compagnie, et des projets comme le SETI (NdT : Search for Extra-Terrestrial Intelligence). On écoute les baleines et on essaie de comprendre leurs chants. On établit un contact avec les grands singes par langage des signes. En tant qu’espèce, nous cherchons à établir un contact dans toutes les directions. Donc c’est génial de jouer au et si avec des questions comme : comment l’humanité changerait si nous devions partager notre monde avec une autre espèce douée de conscience. Qu’est-ce qui nous arriverait si nous devions admettre, fondamentalement, que les éléphants ont une culture et que les baleines sont intelligentes et que peut-être nous n’avons pas le droit de diriger cette planète comme si nous étions les seuls habitants importants. Donc je joue avec des dragons, qui nous menacent exactement de la même façon que nous avons traité les espèces qui partagent notre habitat.
Je ne veux pas que ça fasse comme si j’écrivais des allégories écologiques ou des romans avec un message. Ce n’est pas le cas. Pour moi, il s’agit toujours de faire tomber tout un tas d’ingrédients disparates dans un bol, de touiller un bon coup et de voir quelle sorte d’histoire apparaît dans les bulles. En mettant des humains et des dragons dans un monde, tous aussi agressifs et arrogants, je vois une infinité d’histoires possibles. Dragon Keeper n’explore qu’une seule des voies possibles.
Pourquoi, selon vous, les contes et les histoires sur les dragons sont-ils si populaires auprès des lecteurs ?
Dans différentes cultures, les dragons ont joué différents rôles. Ils peuvent être source de sagesse, symboles du pouvoir de la nature, des bêtes voraces dévorants les jeunes filles ou une force naturelle qui maltraite les humains. Ou une douzaine d’autres rôles. Je pense que nous sommes, comme je l’ai dit plus tôt, une espèce isolée. Donc des histoires racontant un partage de notre monde avec une autre intelligence sont captivantes pour nous. Mais je pense aussi que nous sommes attirés par les créatures de pouvoir, qu’elles soient malveillantes ou bienveillantes. Depuis longtemps maintenant nous voyons des histoires de vampires, de loups-garous, d’anges, de démons, de dragons, de licornes et d’autres créatures puissantes et surnaturelles qui interagissent avec les humains. Souvent la romance devient un aspect de l’histoire. Il y a aussi la question de la loyauté à découvrir. La Fantasy nous offre un grand terrain de jeu pour explorer les relations entre des individus au pouvoir inégal. Le vampire qui choisit de ne pas prendre pour proie la jeune fille sans défense, ou le puissant dragon qui devient le serviteur d’un guerrier pour l’aider à gagner une bataille de plus grande envergure, par exemple. Je pense que les gens ont toujours été fascinés par de tels liens.
Pouvez-vous nous dévoiler un spoiler de votre prochain livre Dragon Haven qui sortira en mai ?
Un spoiler ? MOI ? Ciel, non ! Je trouve qu’il n’y a rien de plus frustrant que de lire une critique qui dévoile le dernier rebondissement de l’intrigue. De ce point de vue, je trouve que les critiques de films sont particulièrement mauvaises quand c'est le cas ! Mais, bien que je ne dirai rien sur les personnages ou l’intrigue, je vous dirai que Dragon Haven, la seconde moitié de l’histoire, ira à un rythme bien plus soutenu que Dragon Keeper. Ce sont deux parties d’un livre, et avec toutes les mises en scènes et l’introduction des personnages faites dans la première partie, la seconde partie peut filer à toute allure.
Que faites-vous quand vous n’êtes pas en train d’écrire ? Pendant votre temps libre ?
Qu’est-ce que vous voulez dire par cette expression temps libre ?
Sérieusement, il n’y en a pas beaucoup par ici. En ce moment, nous sommes en train de rénover complètement la vieille maison que j’avais achetée juste après avoir vendu mon premier roman à Ace. L’acompte que j’ai versé était mon avance pour le livre. La maison était une structure basse toute en longueur qui servait à l’origine de poulailler, mais qui avait ensuite été convertie en maison quand la vieille ferme a brûlé dans les années 1930 et les propriétaires n’ont eu d’autre choix que de déménager dans le poulailler. On y a vécu pendant une quinzaine d’années en rafistolant comme on pouvait, et nous l’avons ensuite louée à des gens pendant une douzaine d’années. Là on en est finalement à la démolition et à la reconstruction. C’est un peu comme des fouilles archéologiques puisqu’on démolit les murs. C’est mon projet majeur. Les projets à côté incluent la peinture et la rénovation d’une chambre dans notre maison de Tacoma, essayer de prendre soin du jardin et une demie douzaine de projets d’écriture à côté. La semaine dernière, directement après une séance de dédicaces pour Dragon Keeper, je me suis changée rapidement et j’ai passé l’après-midi à sortir des clous de planches de cèdre que nous voulons récupérer et utiliser pour la maison. En fait j’adore ce genre de tâches. Ça laisse le temps à mon esprit de vagabonder parmi les intrigues, tandis que je suis dehors à l’air libre à faire quelque chose d’utile.
Lisez-vous beaucoup de Fantasy d’autres auteurs ? Quels livres appréciez-vous ?
La Fantasy et la SF restent mes genres préférés, avec les mystères qui arrivent en deuxième position. Je suis abonnée aux Asimov et au Magazine de Fantasy et de Science Fiction. Je pense que certains des travaux les plus excitants dans ce genre sortent dans les catégories les plus courtes et c’est une super façon de repérer les auteurs qui montent. L’histoire qui m’intéresse le plus en ce moment c’est A Song of Ice and Fire par George Martin. Au contraire de certains de ses lecteurs, je suis prête à attendre aussi longtemps qu’il le faudra pour avoir la suite. Je préfère qu’il s’en tienne à sa vision et fasse quelque chose de juste plutôt que de se dépêcher. C’est une histoire géniale et si vous ne l’avez pas encore commencée je vous la recommande vivement. J’aime les travaux de Brandon Sanderson, surtout Mistborn. Je guette la sortie de Spell Wright de Blake Charlton. Kate Elliott est un vrai plaisir à lire, tout comme l’auteure australienne Fiona McIntosh. J’ai été très attristée par la nouvelle de la mort de Robert Parker. Je suppose qu’une partie de moi espérait qu’il y aurait toujours un autre livre de Parker à lire.
Comment avez-vous célébré la sortie de Dragon Keeper ?
J’ai bien peur que, comme pour tant d’autres étapes importantes dans ma vie, j’étais déjà concentrée sur la prochaine chose que je voulais faire !
J’ai beaucoup apprécié les séances de dédicace et les lectures que j’ai faites pour Dragon Keeper. Comme certains lecteurs le savent, il est sorti en juillet 2009 au Royaume-Uni, donc j’y suis allée pour visiter et faire des lectures et des dédicaces. Et nous avons pris des vacances en famille à la fin de mon voyage professionnel et je pense que c’est la meilleure chose que nous avons faite depuis longtemps. Nous avons pris le temps de nous promener dans Londres, puis un ami écrivain Terie Garrison nous a emmenés visiter Stonehenge. C’était magnifique, mais je dois admettre que nous avons ensuite visité Avebury, qui m’a plus impressionnée que n’importe quel autre château, palais ou cathédrale que j’ai pu visiter. Donc ça a été ma plus grande célébration de Dragon Keeper.
Quand un livre est enfin publié, l’écriture est souvent terminée depuis un an voire plus. Donc ça me semble être un évènement complètement différent du moment où je me dis (en général à moi-même, dans un bureau sombre vers les trois heures du matin) Ca y est. C’est fini. Quand je finis le manuscrit d’un roman, il y a une période de 24 heures pendant laquelle j’adore ça. Je me promène dans la maison, en gloussant et en me demandant comment l’endroit a pu devenir aussi désordonné.
Malheureusement, c’est souvent suivi de deux semaines où je découvre tout ce qui ne va pas et que je dois reprendre. Mais ces 24 heures de Ca y est. C’est fini ! sont une récompense parfaite pour une année d’écriture.
Merci pour votre temps ! Y a-t-il autre chose que vous voudriez ajouter ?
Comme toujours, mes remerciements les plus profonds et les plus sincères à mes lecteurs, qui me permettent de vivre de ce que j’aime tant faire !

Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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