Vous êtes ici : Page d'accueil > L'Actualité fantasy

Interview de Robin Hobb aux Utopiales 2008

Par Graendal, le mardi 19 mai 2009 à 11:45:04

Robin Hobb Mieux vaut tard que jamais!
Voici une interview réalisée par Elbakin.net aux Utopiales de Nantes en novembre 2008, qui trainait dans nos tiroirs depuis quelques temps.
Du ton calme et posé qui la caractérise, Robin Hobb avait pris quelques minutes dans son emploi du temps chargé pour répondre à nos questions. Elle nous a parlé de Fantasy bien sûr, mais aussi du processus d'écriture et de ses projets.

Discuter de l'interview de Robin Hobb sur le forum

L'interview en français

J'ai lu que vous aimez lire des romans de Fantasy écrits par d'autres auteurs. Trouvez-vous la qualité des livres de Fantasy publiés ces temps-ci satisfaisante ?
Oh, je crois que 99% de la Fantasy est... nulle (rires). Mais vous voyez j'ajouterais que d'après la Loi de Sturgeon, 99% de toute chose est nul. Je pense qu'il faut être responsable de ses choix... Un livre ne peut pas être bon pour tous les lecteurs. Je suis sûre qu'il existe des livres que j'ai adorés et que d'autres lecteurs rejetteraient, dont ils diraient ça n'a aucun sens ou je n'aime pas ça. Je pense que nous avons besoin qu'un large éventail d'histoires soient publiées pour que chacun puisse trouver ce qu'il recherche.
Que pensez-vous en lisant la liste des meilleures ventes de livres ? Y a-t-il un auteur en particulier que vous aimez et qui ne se vend pas bien ?
Par exemple le top 10 du New York Times ?
Oui.
Je trouve toujours surprenant le nombre de livres dans les grands classements des meilleurs ventes qui sont en réalité de la Science Fiction ou de la Fantasy, mais refusent de l'admettre. (rires) Euh, est-ce que je connais des auteurs qui selon moi mériteraient un lectorat plus important ? Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'entre eux, je pense, n'ont pas la renommée qu'ils méritent, mais une fois encore, chacun d'entre nous lit ses propres livres, et ce que j'ai apprécié n'est peut-être pas ce que le grand public apprécierait.
Y a-t-il quelque chose en Fantasy que vous trouvez trop commun ou que vous n'aimez pas ?
J'aime les œuvres très originales. Je n'aime pas les histoires qui sont, par exemple, basées trop fortement sur des mondes qui ont été visités des dizaines de fois auparavant. Vous pouvez avoir un livre avec des elfes sans qu'il y ait également des nains. Et il n'est pas obligatoire pour les nains de vivre sous terre, d'être mineurs et d'avoir des haches. Je trouve que trop souvent, les gens prennent les stéréotypes sans les modifier ni les renouveler avant des les utiliser. Ils ne se demandent pas comment cela pourrait se passer. Si je rencontrais un elfe, est-ce que je le saurais immédiatement ou est-ce que c'est beaucoup moins perceptible ? Ne pas regarder les choses de façon différente, je suppose que c'est ça qui me dérange.
Votre style d'écriture est parfois décrit par vos fans ainsi que par vos adversaires comme féminin. Est-ce votre avis et pourquoi ?
Est-ce que mon style d'écriture est féminin ? Je crois que c'est un des sujets qu'un écrivain aurait du mal à examiner de façon impartiale. Une des raisons pour lesquelles j'ai choisi le nom de plume Robin Hobb, à l'origine, est qu'il est à peu près asexué. Et au moins les trois premiers livres (NdT : The Farseer Trilogy en VO, les 6 premiers livres de La Citadelle des ombres en VF) allaient être racontés du point de vue d'un homme. Et encore à l'heure actuelle, je reçois des e-mails et des lettres adressées à Monsieur Hobb, alors je pense qu'il est possible que les gens y réfléchissent après-coup, en sachant que je suis une femme. Parce qu'ils le savent, peut-être qu'ils y pensent et se disent c'est une écriture féminine, mais je ne suis pas certaine que si on donnait le livre à quelqu'un à froid, il dirait cela. Il y a beaucoup d'internalisation dans le livre, d'étude de ce que les gens pensent et ressentent, mais je ne crois pas que cela soit une compétence féminine. Je pense que les hommes ont également des émotions. (sourire)
Les livres que vous avez publiés sous le nom de Megan Lindholm sont différents de vos livres en tant que Robin Hobb en terme de contenu et de style d'écriture. Vous avez également déclaré être meilleure écrivaine de Fantasy que de Science Fiction, malgré votre goût pour les deux genres. Pourquoi, à votre avis ?
Je crois que la Fantasy et la Science Fiction ont leurs propres règles tacites. Je pense que je suis plus à l'aise avec le genre Fantasy qu'avec le genre Science Fiction... De la même manière que je suis plus à l'aise avec l'écriture de la Fantasy que d'un roman d'amour, d'un western ou d'un roman d'aventure. En fin de compte, je pense que l'on écrit ce qu'on préfère lire.
Et est-ce que vous pensez écrire un autre livre de Science Fiction un jour ?
Le monde est rempli de tellement d'interrogations et d'hypothèses que... Hum, oui j'adorerais le faire un jour, mais le nombre d'heures dans une journée est limité, ainsi que le nombre de mots que je peux écrire par jour. C'est parfois difficile de se dire si j'écris un livre par an, combien de livres est-ce que je vais pouvoir écrire dans le temps qu'il me reste à vivre ? et de savoir que j'ai des centaines et des centaines d'idées de livres dans la tête et que je vais devoir choisir !
Lorsque vous êtes en train d'écrire un livre, avant sa publication, est-ce que vous retournez souvent à vos écrits pour les corriger ? Et est-ce que vous les faites lire à d'autres ?
Oh oui, je fais beaucoup de réécriture. Mon style d'écriture n'est pas linéaire, il est plutôt... tissé. La première étape est de capturer l'histoire sur papier. Si je suis bloquée ou que je n'arrive pas à commencer le chapitre suivant, je reviens au début du livre ou plusieurs chapitres en arrière et je les relis, j'ajoute des morceaux, je change des mots, je corrige des dialogues, ou j'ajoute des dialogues, ou je modifie tout, parfois. Donc quand j'ai fini un livre, il a déjà été réécrit au moins dix ou quinze fois. J'utilise Word et il garde trace du nombre de fois qu'un fichier a été ouvert et modifié : il arrive que j'ouvre un fichier, fasse des changements, ou vérifie quelque chose 70 fois. Je réécris constamment. Pour moi, c'est l'essence de l'écriture. Le premier jet sert juste à coucher sur le papier. La vrai écriture, selon moi, c'est la réécriture. Quand vous y revenez et que vous transformez le texte, que vous le rendez ingénieux, que vous le rendez plaisant... Voilà, pour moi, la meilleure part dans l'écriture, la partie que j'apprécie le plus.
Pensez-vous que vos ouvrages publiés pourraient être améliorés ? Changeriez-vous des choses si vous le pouviez ?
Oh oui, je trouve toujours des erreurs après-coup. Je ne vous dirais pas lesquelles ! (rires) Mais quand je reviens sur un livre, je pense toujours Oh, j'aurais dû condenser cette séquence d'action pour la rendre plus active, peut-être, ou peut-être que j'aurais dû faire une allusion ici, parce qu'apparemment les lecteurs n'ont pas bien compris ce qui allait se passer entre ces personnages. Donc je pense que si je n'avais pas de date limite, je réécrirais constamment.
Dans toute votre œuvre, des valeurs morales fortes reviennent de manière répétée (le besoin de tolérance, respect, empathie...). Est-ce que vous souhaitez transmettre ces valeurs morales dans votre œuvre ou est-ce qu'elles apparaissent dans vos histoires au fur et à mesure ?
Je n'aime pas les auteurs et les histoires qui contiennent un élément ou donnent l'impression que l'écrivain vous dit voici comment il faut penser et voici comment il faut se comporter. Je pense que, oui, l'écrivain doit communiquer quelque chose au lecteur, et les lecteurs doivent connaître les valeurs des personnages, même si elles diffèrent des valeurs modernes ou si elles diffèrent des valeurs du lecteur. Je crois que l'auteur doit laisser les personnages être eux-mêmes, poursuivre leurs propres intérêts et se comporter comme ils veulent se comporter dans leur vie et leur monde, au lieu de se conduire comme moi je me conduirais. Je ne crois pas être suffisamment sage pour dire à quiconque comment ils doivent vivre leur vie, mais lorsque mes personnages subissent quelque chose, je fais savoir à mes lecteurs ce qu'ils pensent.
A votre avis, pourquoi est-ce que la religion joue un aussi petit rôle dans vos écrits, particulièrement sachant vous êtes catholique pratiquante ?
Je crois que pour moi écrire à propos d'un monde Fantasy et le parsemer ensuite de ma religion ne marcherait pas, pas plus que prendre la littérature de ce monde et dire voici le livre qu'ils ont lu ou ils ont préparé cette variété de cookies comme ceci. A mon avis ça ferait violemment sortir le lecteur de l'histoire que j'essaie de raconter. Certaines personnes dans mes livres sont croyantes, d'autres ne le sont pas. Dans ce monde j'ai des amis qui sont profondément croyants et d'autres qui n'ont jamais mis les pied à l'intérieur d'une église ou qui pratiquent de façon désorganisée ! Alors, je crois qu'on apporte sa spiritualité à ses écrits, qu'on le veuille ou non. Je pense qu'il me serait impossible d'écrire d'une façon qui ne reflèterait pas ma spiritualité, de même qu'il me serait impossible de gommer complètement ma nationalité ou ma langue maternelle dans mes œuvres.
Vous avez déclaré que vos personnages sont comme des amis que vous aimeriez avoir. Mais est-ce que certains d'entre eux se rapprochent de personnes existantes ? Est-ce que l'un d'entre eux vous ressemble ?
Encore une fois, je ne crois pas... Je crois que mes personnages ont probablement des traits de caractère de personnes que je connais, mais je ne regarderais jamais mon voisin en me disant oh, je vais en faire un personnage de ce livre, parce que ça ne marcherait pas. Les personnages doivent être partie intégrante de leur propre monde plutôt qu'une personne qui aurait été tirée de notre monde et propulsée là-bas, qu'on chercherait à intégrer, parce qu'alors les sensibilités ne correspondraient pas. Parfois, quand je lis de la Fantasy et que c'est situé à une époque médiévale, mais que la protagoniste est une femme libérée avec des valeurs du 21e siècle, pour moi c'est très difficile d'entrer dans le monde, parce qu'il faut toujours que je me demande où a-t-elle acquis ces idées ? et comment a-t-elle réussi à grandir avec l'intolérance ?, parce qu'en général dans ce type de mondes ça ne serait pas toléré. Donc je pense que les personnages doivent être partie intégrante du monde décrit dans le livre. Un personnage véritable doit être un produit du monde Fantasy, pas quelqu'un qui serait transplanté là à partir de notre monde.
D'après un article de Amanda Craig en 2005 Je considère toute fiction comme une évasion. Je dirais que la littérature classique est un sous-genre de la Fantasy, elle essaie d'imiter la vie réelle dans ce qu'elle a de plus déprimant et oppressant (I see all fiction as escapism. I’d say literary fiction is a sub-genre of Fantasy, trying to mimic real life at its most depressing and oppressive) Aimez-vous la littérature classique, ne serait-ce qu'un peu ?
Oui, et non. C'est tout-à-fait vrai, ce que j'ai dit, ma vision de la littérature classique. Très souvent je vais prendre un livre de la liste des meilleures ventes, le lire, et me dire c'est un livre qui va être populaire pendant 6 mois à un an, mais dans 20 ans personne ne se souviendra de son titre. Je pense qu'avec la littérature classique, parfois vous prenez un livre, vous le lisez, et vous vous dites c'est un livre qui qui va traverser les âges. Et d'autres fois c'est un livre qui est comme un journal, qui se rattache à cette minute, et pas à l'avenir. C'est un peu comme la musique populaire, quand on y pense. Les chansons qui repasseront à la radio 10 ou 15 ans plus tard ne sont pas toujours celles qui bondissent au sommet des charts et sont le tube n°1 pendant quelques temps. J'apprécie la littérature classique, mais parfois je pense qu'elle se prend trop au sérieux, et que comme elle se prend trop au sérieux, elle ne divertit pas. Quand je prends un livre, je veux qu'il me divertisse, je ne veux pas qu'on me fasse la leçon ou qu'on m'améliore.
Donc vous ne pensez pas écrire un jour de la littérature classique ?
Pas intentionnellement (rires)
Par le passé, vos histoires ont été racontées à la première personne ou par un narrateur omniscient. Quel sera le point de vue dans votre prochain livre, Dragon Keeper ?
Celui sur lequel je travaille maintenant a des points de vue multiples. Il n'y a aucun personnage qui sache tout, ce n'est pas le "ils ne savaient point que par-delà la colline..." omniscient, rien de ce genre. Le récit passe d'un personnage à l'autre, et reste dans les limites du point de vue de chaque personnage. Le but est de pouvoir raconter l'histoire plus pleinement parce que dans cette histoire-ci aucun personnage ne va voir tous les évènements importants qui vont se produire. Donc je passe de personnage en personnage pour raconter l'histoire sous plusieurs angles, à mesure qu'on avance dans le livre.
Savez-vous sur quoi vous allez travailler après ce livre ?
En 2009 j'espère travailler sur un recueil d'histoires qui va comprendre à la fois des écrits plus courts par Robin Hobb et certaines œuvres de Megan Lindholm. Je veux écrire de nouvelles histoires et apporter quelque chose de nouveau au recueil.
L'Assassin Royal a été édité en BD en France, et un certain nombre de livres de Fantasy ont été adaptés en films et en séries télévisées. Si vous deviez monter un projet pour mettre une de vos œuvres sous un autre format, quel livre et quel format choisiriez-vous ?
Oh! C'est un choix difficile. Hum... (quelques secondes de réflexion) Je reviendrais peut-être à des œuvres antérieures sous le nom de Megan Lindholm, je pense que ça pourrait être amusant de voir Le Dernier magicien en film. C'est une histoire contemporaine qui se passe à Seattle, et je pense qu'on pourrait peut-être en faire un film. Mais ce n'est pas quelque chose que je ferais. Je n'essaierais pas plus de réaliser le film que je n'essaierais de faire une BD. Je crois que je suis un écrivain, je sais ce que je suis. Ça serait intéressant de voir quelqu'un d'autre adapter une partie de ce que j'ai fait. Mais je ne me vois pas tenir la caméra ou écrire le scénario.
Avez-vous quelqu'un en tête, qui pourrait le faire ?
A ce stade... C'est un domaine que je ne connais pas bien, je ne fais pas attention à qui fait les films que je regarde. Je suis comme une enfant, je vais au cinéma, et j'aime ce que j'aime.
Maintenant, une question qui est un peu politique... (sourire, mais avec appréhension) J'ai trouvé que certains aspects de la trilogie du Soldat chamane pouvaient être interprétés comme un message politique contre la guerre en Irak. Cette interprétation est-elle correcte ?
Il faut que vous vous rendiez compte que j'écris les livres et qu'ils sont publiés un an plus tard. Donc, je n'ai pas tenté de faire un commentaire politique. Il y a peut-être une remarque générale sur ce qui se produit quand des cultures différentes s'entrechoquent. Je considère cela comme des moyens pour l'humanité d'échanger... Malheureusement, c'est un des principaux moyens que nous avons de nous mêler les uns avec les autres et d'échanger pas seulement du matériel génétique mais aussi des aliments et des modes de vie. Il se produit un énorme échange culturel lorsque nous nous faisons la guerre. C'est un curieux effet secondaire. Donc je n'ai pas essayé de faire un commentaire à propos d'une guerre en particulier, mais c'est à propos de la guerre, et du conflit culturel en général.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Non, je pense que nous avons couvert un éventail intéressant de questions...
Merci beaucoup pour cette interview !

Interview réalisée par Graendal

  1. L'interview en français
  2. L'interview en anglais

Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :