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Guy Gavriel Kay et sa façon d’écrire…

Par Nak, le vendredi 17 février 2012 à 12:02:39

GGKNous vous proposons aujourd'hui une petite interview très intéressante de Guy Gavriel Kay.
Il revient sur sa façon d'écrire, ses inspirations, ses influences. Il nous explique aussi comment naît une histoire. Et on découvre la technique à l'origine de son merveilleux style (ce n'est certainement pas la seule, mais peut-être cet aspect sera-t-il développé dans une prochaine interview ? J'ai hâte !).
Régalez-vous !

L'interview traduite

En quoi vos lectures de Tolkien pendant vos études ou le travail réalisé avec Christopher Tolkien sur le Silmarillion vous ont-ils influencé dans votre carrière d'écrivain ?
J'ai énormément aimé le Seigneur des Anneaux. Je suis d'une génération qui est passé de cet auteur J. R. R. Tolkien à d'autres géants et grands classiques (Eddison, Dunsany, Cabell, Morris, Peake…) plutôt qu'aux clones et aux séquelles. Ceci étant dit, ma passion quand j'étais jeune, et c'est toujours le cas aujourd'hui, c'est l'histoire et la fiction historique. L'année passée à travailler sur le Silmarillion a eu une influence importante sur mon travail et ce de bien des façons. Cela m'a donné une leçon que je n'ai jamais oubliée – l’importance de la patience et de la réécriture, éviter la précipitation dans mon travail et toujours rester concentré.
Quels travaux littéraires vous ont le plus influencé, et pourquoi ?
J'ai aimé tant de livres, depuis mes six ans au moment où j'ai lu Les quatre filles du Docteur March (mon maître au CP avait dit à ma mère que j'étais capable de le lire dès les vacances de Noël). Mais l'influence est une autre question, et assez compliquée. Si je dis Shakespeare, Yeats et Dylan Thomas (dans ses jeunes années), c'est fondamentalement vrai, mais ce n'est pas vraiment ce que vous voulez (je le sais) ! Robert Graves et Joseph Campbell. Mary Renault, Dorothy Dunnett et George Garrett – tous des auteurs de fictions historiques magnifiquement conçues. L'influence peut aussi être spécifique et à court terme, sur un seul livre. Les premiers écrits de Milan Kundera sur la vie sous une tyrannie ont eu une influence majeure sur les thèmes de Tigane. De même que de superbes histoires de la Renaissance. Les sagas islandaises sont dans toutes les pages du Dernier Rayon du Soleil. Les poètes incomparables de la dynastie Tang, Du Fu et Li Bai, ont infusé Under Heaven. Et ainsi de suite…
Pourquoi l'histoire ? Quelles caractéristiques doit avoir une figure historique pour qu'elle vous attire ?
Il n’y a pas de formule, ni de modèle. En général je suis d'abord attiré par une période, plutôt que par un personnage. C'est à partir de lectures sur une époque et un lieu que les personnages émergent – que ce soit ceux que je vais inventer, ou les réels dont je m'inspire pour en créer d'autres. Une exception à cela, d'une certaine façon, a été le couple de la Mosaïque, car je savais que j'allais travailler avec Byzance, mais je n'étais pas sûr de la période à laquelle planter le décor. Plus j'ai appris sur Justinien et Theodora, plus j'ai voulu explorer cette période spécifique.
Est-ce que vous pensez revisiter un jour la fantasy épique, ou bien est-ce que vous pensez avoir tout couvert avec La Tapisserie de Fionavar ?
Je ne suis pas fou (j'espère !) au point de penser que quelqu'un pourrait jamais couvrir quelque chose d'aussi prodigieux que la fantasy épique. Je pense qu'en termes de fantasy classique, Fionavar a été ma contribution à un moment de ma vie. D’ailleurs - peut-être n'est-ce pas très sage -, je n'apprécie pas les trilogies en quatre volumes, ni les auteurs qui restent collés de façon trop rigide à un cadre et à des thèmes. Vous ne grandissez plus en faisant ça. J’ai donc essayé d’explorer des aspects différents dans mes romans, toujours avec l’histoire comme thème unificateur. Ceci dit, Ysabel était certainement un retour à l'exploration du surnaturel et des légendes, et Le Dernier Rayon était centré sur l'interaction entre le féérique et son déni monothéiste ! Je n'ai jamais complètement abandonné ces éléments. Le degré avec lequel ils entrent dans une histoire donnée est dicté par cette histoire et son cadre. Je ne ferai pas de la magie juste pour le faire, j'ai trop de respect pour cette art (et pour mes lecteurs, je suppose).
L'artiste joue toujours un rôle à part entière dans vos romans. Qu'est-ce qui, dans un artiste, vous pousse à écrire sur lui ?
Les artistes d'un type ou d'un autre sont les grands interrogateurs d'une culture. Il s’agit presque de leur définition, ils examinent et observent leur propre époque. Ils peuvent (et doivent ?) se placer à contrepied du pouvoir et de grands événements. D'une autre façon, plus spécifique, ils entrent dans le cadre que j'ai exploré. Dans Tigane, par exemple (et Arbonne aussi, en fait) la mobilité au sein de la société est relativement réduite et seuls les musiciens ont le droit de voyager, ce qui joue un rôle dans les deux intrigues. Les Lions d'Al-Rassan montre, pour une grande part, la chute d'une culture extraordinaire, dont l’art est une clé. Il était donc cohérent qu'un poète soit présent, tout comme dans Under Heaven – sous la dynastie Tang, le talent en poésie était fondamental si vous vouliez gravir les rangs de la cour !
Est-ce que vous voudriez pouvoir revenir sur l'un de vos travaux et le refaire différemment ?
Chaque fois que je termine un livre, j'ai le sentiment que, si j'avais une demi année de plus, je pourrais encore l'améliorer. C'est peut-être faux, on peut trop aimer son propre travail, le contrarier, le dorloter. Mais du fait que je suis l'un de ceux qui pensent qu'un travail n'est jamais fini, mais abandonné, je pourrais probablement passer le reste de ma vie à ajuster et réviser des livres déjà publiés ! Si je devais recommencer, je reviendrais sur un bout que j'ai coupé sur Sharra à la fin de La Voie Obscure. Mon instinct (et même quand j'écris ceci je pense que j'ai probablement raison) était que çela aurait été une fin trop évidente, que les lecteurs sauraient, à partir de ce qu'ils avaient appris sur elle, ce qu'elle allait faire après la fin de l'histoire. Mais beaucoup de gens au fil des années me l'ont spécifiquement demandé, je pourrais donc m'incliner dans ce cas (pas facile !). Il pourrait y avoir quelque chose de plus puissant que je ne l'avais réalisé, un besoin pour une fermeture nette. J'ai pour principe de ne pas aimer les fermetures trop précises. Mes lecteurs savent que je préfère l'idée que la vie continue à la fin d'une histoire, et que nous ne savons pas tout ce qu'il va se passer. Toutefois, je pourrais réintégrer cette notion pour Sharra.
Qu'est-ce que vous lisez actuellement ?
En vrac. Je fais des recommandations pour des livres à intervalles irréguliers sur les forums de brightweavings.com, et ils trouvent toujours un écho sur la page Facebook et le compte Twitter de Bright Weavings (grâce à des gens super, donc je peux me concentrer sur l'écriture de livres). Cette année, entre autres livres, et sans ordre particulier, A Visit From the Goon Squad, Lord of Misrule, The Tiger, Dervish House, The Sisters Brothers, Motherless Brooklyn (il a mis du temps à me revenir celui-là !), Alone Together… il y aussi beaucoup de livres que je n'ai pas aimé, mais je n'en dirai pas plus !
Merci Guy

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Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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