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Interview de Guy Gavriel Kay dans Locus : Vue du Nord

Par Luigi Brosse, le mercredi 21 avril 2004 à 22:28:23

Kay dans LocusGuy Gavriel Kay a grandi Winnipeg, où il a lu la mythologie grecque et les contes de fées alors qu'il était enfant. Il a obtenu un diplôme de philosophie à l'Université de Manitoba, est allé à l'Université de Toronto d'où il est sorti avec un diplôme, puis il s'est mis à écrire en tant que producteur associé, et écrivain principal de 1982 à 1989, pour une série radio mettant en scène des cas légaux réels.
A Manitoba il a rencontré Christopher Tolkien, fils de J.R.R., et l'a aidé à terminer le Silmarillion inachevé, publié en 1977. Il a commencé à publier des romans en 1984 avec L'arbre de l'été, premier tome de La tapisserie de Fionavar. Plus tard sont arrivés Tigane (1990), qui a remporté un Prix Aurora, La chanson d'Arbonne (1992), Les lions d'Al-Rassan (1995), La Mosaique de Sarance, qui comprend Le chemin de Sarance (1998) et Le Seigneur des Empereurs (2000). Son dernier roman est The Last Light of the Sun.
Il vit avec sa famille à Toronto.

Nous vous proposons ci-dessous la traduction d'une partie de l'interview qu'il a accordé à Locus en avril 2004.

Extraits de l'interview

Chacun de mes livres est différent du précédent. J'ai une sainte horreur de me répéter qui date de l'époque où je suis passé de Fionavar à Tigane et où tout le monde voulait un autre tome de Fionavar. Mais quand j'ai fait Le Seigneur des Empereurs et que j'ai commencé à penser à ce que je pourrais faire après, j'ai réalisé que le point commun de mes trois derniers romans était l'exploration de sociétés immensément sophistiquées.
Traitant de troubadours, il faut avoir un niveau culturel de sophistication remarquable pour que l'idée d'une Court de l'Amour menée par une femme fasse partie de votre dispositif social.
L'Espagne mauresque, cet extraordinaire Age d'Or qui dure du VIIIème ou IXème siècle jusqu'au XIème ou XIIème siècle, les relations internationales entre les cultures Musulmane, Chrétienne et Juive, dont j'ai fait ma base pour Les Lions d'Al-Rassan est une autre culture extrêmement sophistiquée. Quand on va à Byzance, ce que j'ai fait avec La Mosaique de Sarance c'est une autre version d'une culture de cours décadente, dans laquelle on devient Mère de l'année si l'on a pas crevé les yeux de son fils ! J'ai composé avec ces cultures très décadentes, excessives.

L'une des choses que je voulais faire avec mon prochain livre est de voir ce qui se passerait si j'allais à l'autre bout du spectre culturel. J'ai commencé à chercher, et j'ai commencé à écrire The Last Light of the Sun pour aller vers le Nord. Ce livre utilise à nouveau la fantasy pour se structurer et travailler avec des thèmes historiques qui sont toujours pertinents de nos jours. J'essaye de jouer un triple jeu, d'utiliser la fantasy pour examiner l'histoire - ces parties de l'histoire qui semblent profondemment et activement en rapports avec le présent - à travers le prisme du fantastique, des conquêtes Viking, Anglo-Saxonnes et Celtes (surtout les Gallois, avec quelques éléments Irlandais). L'interaction de trois cultures, deux religions, et un monde remarquablement récalcitrant : très difficile, intraitable, naturel. La manière dont je le vois est celle-ci La soie n'a pas cours dans le Nord. Donc nous sommes très loin du genre de culture qui s'exprime à travers des mosaiques, de la soie, de la joaillerie délicate, des discussions sur la philisophie et l'esthétique, ces choses n'ont pas de place dans ce monde. Certains peuvent aspirer à avoir ce genre de vie, mais la plupart n'y pensent même pas. Ils pensent d'abord à passer l'hiver et nourrir leur famille, ou préserver leur royaume des pillards qui arrivent par bateaux.

L'une des choses que je ressens fortement est le potentiel inexploité de la fantasy pour les discours significatifs. Ca parait pompeux, mais je veux dire que ce genre est vu comme étant une évasion légère. Il n'y a rien de mal à ça - nous en avons tous besoin, on ne peut pas passer sa vie à lire Schopenhauer et Proust (En tous cas, moi je ne peux pas !).
La fantasy peut servir de divertissement-divertion-loisir aussi bien que n'importe quel autre divertissement, mais elle ne devrait pas être un style uniquement défini par ça.
Je veux des lecteurs qui restent éveillés jusqu'à trois heures du matin pour finir un livre, et je veux qu'ils pleurent à cause de l'engagement émotionnel qu'ils ont avec les personnages, mais je veux aussi que, 6 mois ou un an après qu'ils aient fini le livre, ils regardent quelque chose qui se passe ici ou là et l'interprètent grâce à ce que leur a suggéré l'un de mes romans à propos de la manière dont marche le monde.

Je pense que les Canadiens ont une manière différente de voir les choses. Je généralise dangereusement là, nous n'avons pas de fierté nationaliste agressive, le sentiment péremptoire de la Nation que certains Américains ont. Cela nous rend plus ouverts aux images qui viennent d'ailleurs, aux idées, aux motifs, aux thèmes, dans un monde plus vaste qui s'oppose au renfermement de la "Forteresse Américaine". L'instinct sous-jacent des Américains est de laisser l'Europe se débrouiller avec ses problèmes : Nous avons laissé l'Europe se sortir de tout ce sang et ce chaos, et nous voulons notre propre espace.
L'Amérique Impérialiste n'est pas la valeur sous-jacente - c'est l'Amérique Isolationniste. Je pense que le Canada a un flux d'échanges avec les autres cultures est les autres pays qui est plus libre, une tendance vers la pollenisation croisée.

Comme je l'ai dit depuis des années, un bon roman doit impliquer des choses intéressantes qui arrivent à des gens intéressants. Beaucoup de livres ont l'un ou l'autre, un sénario rapide avec des personnages vraiment plats, ou alors des personnages intenses, observés avec soin mais qui n'ont pas de verve ou ne mènent pas bien la narration. Le défi est de mettre les deux ensembles, de manière équilibrée.

Traduction réalisée par Thys


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