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Interview de Guy Gavriel Kay sur Under Heaven

Par Nak, le vendredi 19 août 2011 à 16:30:21

Under HeavenUne petite présentation rapide de l’auteur et d’Under Heaven avant d’attaquer le vif du sujet : Guy Gavriel Kay est l’auteur de nombreux romans de fiction prenant place dans des univers inspirés de la réalité – Italie de la Renaissance, âge d’or de l’empire Byzantin… Pour l’univers d’Under Heaven, Kay s’est inspiré de la Chine de la dynastie Tang. Nous vous proposons aujourd’hui d'en savoir un peu plus sur son processus d’écriture et sur le voyage qu’il a effectué en Chine en juin 2010.
Bonne lecture, n’hésitez pas à tenter une lecture en VO assez accessible (la seule version française disponible sera le fait de l'éditeur québécois Alire l'année prochaine), et venez discuter de tout ça sur le forum !

L'interview traduite

Vos romans sont tous inspirés de détails historiques ou géographiques réels, comment choisissez-vous la période de l’histoire sur laquelle vous vous concentrez ?
Quand je finis un roman je ne sais jamais ce qui viendra ensuite (les interviewers demandent toujours ça !). Je commence à lire un peu de tout et jusqu’ici quelque chose en est toujours sorti pour attirer mon attention sur une époque, un lieu et un thème sur lesquels concentrer mon intérêt.
Pourquoi avez-vous choisi d’exploiter le thème de la Chine et plus spécifiquement de la Dynastie Tang dans votre dernier roman, Under Heaven, et comment cette influence se reflète-t-elle dans le roman ?
Comme pour la première réponse, ça n’a pas été un allons en Chine formel. Ca a plutôt été un intérêt grandissant pour les Tang. C’est juste de dire que j’ai commencé par la poésie, la suprême magnificence de figures comme Du Fu, Li Bai, Wang Wei, Bai Juyi. Mes premières idées étaient d’écrire un livre plus centré sur la Route de la Soie, mais avec le temps mon intérêt s’est focalisé davantage vers la période Tang.
Avez-vous passé du temps en Chine pour faire des recherches pour ce roman, et si non, pourquoi, et comment avez-vous poursuivi vos recherches ?
Je n’ai pas eu l’opportunité de voyager pour celui-là, une raison pour laquelle je suis si content d’être invité à voyager en Chine en juin (NdT : 2011). Mes méthodes de recherche sont devenues au fil des années un mélange de lectures de sources originelles (traduites), des meilleurs travaux universitaires les plus détaillés que je puisse trouver, et ensuite correspondre (ou prendre un café !) avec des universitaires qui ont passé leur vie professionnelle à travailler sur les sujets qui m’intéressent. Je peux dire que pour tous mes livres, sans exception, la réponse de la communauté universitaire a été incroyablement généreuse. Ils semblent comprendre le sérieux de ce que je fais, malgré un léger a priori envers le fantastique. Au-delà des universitaires, je contacte également une grande variété d’autres personnes. Dans le cas d’Under Heaven, par exemple, je suis toujours en contact avec l’une des meilleures joueuses de pipa de l’Occident, car j’avais des questions concernant l’évolution des techniques à travers l’histoire.
Quelle a été votre motivation pour écrire Under Heaven ?
S’il y a une motivation constante, sous-jacente, pour moi c’est d’explorer et de révéler les façons qu’a le passé pour être toujours avec nous. Comment des éléments et des thèmes d’il y a très longtemps peuvent continuer à avoir des répercussions et une influence aujourd’hui, et comment le passé est incroyablement différent et pourtant remarquablement similaire à aujourd’hui. Avec Under Heaven tout cela faisait vraiment partie de ce que je voulais faire, et en plus je savais que je travaillais au sein de et avec une culture qui était éblouissante, et trop peu connue dans l’Occident.
Est-ce que vous vous inspirez de personnes de votre entourage quand vous créez vos personnages, ou est-ce que vous avez pris des mesures spéciales pour être sûr que les personnages de l’histoire étaient crédibles et ne semblaient pas fades face à une toile de fond montrant un décor incroyable ?
J’ai toujours dit et écrit qu’un roman convaincant implique des choses intéressantes qui arrivent à des personnages intéressants, le tout écrit d’une façon intéressante. (Ca semble si simple, mais c’est tellement difficile d’y arriver !) Je ne m’inspire pas de personnes de mon entourage (sauf pour un geste de temps en temps, ou une façon de s’asseoir ou de bouger, des détails d’observation qui peuvent venir d’étrangers) mais j’accorde énormément de poids au fait d’essayer de rendre même les personnages secondaires attachants, complexes et intéressants. Au fil des années les lecteurs et les critiques ont écrit combien leur réaction émotionnelle face à des personnages pouvait être intense, et je suis quasiment sûr que cela vient du fait que je donne à mes personnages des nuances et des résonnances.
L’écriture de Fantasy suit une longue tradition, quels nouveaux éléments votre roman apporte-t-il au genre ?
Les traditions en Fantasy sont très complexes, et elles varient énormément au sein des traditions littéraires. En Amérique Latine par exemple, le réalisme magique a été établi comme un aspect central du courant littéraire principal. En Europe de l’Est des commentaires politiques ont souvent été faits à travers l’écran du fantastique. En Chine il y a une longue et riche tradition, comme vous le savez, de contes populaires, de légendes, d’éléments du surnaturel dans un conte ou un poème. Des histoires sur la femme-renard, ou des poèmes (même de la dynastie Tang) qui incorporent le chamanisme, des fantômes ou l’autre monde. Même l’Histoire des Trois Royaumes le fait à certains passages. Je me suis senti très à l’aise pour faire ma petite entorse habituelle aux noms et aux lieux réels pour avoir un cadre qui s’inspire et évoque ces éléments réels mais n’est pas identique. Je fais cela depuis des années, en grande partie pour montrer mon respect : on ne sait pas, par exemple, quel genre de personne était vraiment Yang Guifei (NdT : évitez de chercher qui c’est avant de lire le livre, c’est un spoiler !), quelle conversation elle pouvait avoir avec l’empereur ou les courtisans. Je ressens une liberté créative et morale émerger du fait que je ne prétends pas tout connaître, en mettant mes mots dans sa bouche (et c’est pareil avec d’autres personnages). Mes personnages évoquent les figures réelles, mais reconnaissez qu’aucun d’entre nous aujourd’hui ne peut vraiment les connaître, ou connaître leur vision du monde. J’ai écrit des essais et des discours sur ce sujet au fil des ans – je peux devenir très vite ennuyeux là-dessus !
En ce qui concerne les nouveaux éléments, on me crédite – ou on m’accuse ! – d’avoir carrément inventé ce mariage de lecture pointilleuse de l’histoire et d’éléments fantastiques ajoutés en guide de décor, et ce dès les romans que j’ai écrits dans les années 90 (qui ont été publiés en Chine ce printemps).
Combien de temps avez-vous passé à faire des recherches pour ce roman et à écrire, et est-ce que les deux processus sont incompatibles ?
J’ai pour règle de faire des recherches pendant un an à un an et demi, et ensuite je me prends environ un an et demi pour écrire le roman – bien que, comme vous l’avez suggéré, les recherches continuent pendant la phase d’écriture car des questions surviennent tout le temps sur des choses que je dois connaître.
Quel est le livre sur la Chine que vous recommanderiez et pourquoi ?
C’est très difficile. Les deux histoires illustrées de la Chine par Cambridge et Oxford sont très joliment présentées et bien conçues pour un aperçu général. J’ai trouvé le livre de Susan Whitfield Along the Silk Road engageant et original. C’est un exemple d’érudition populaire vivant et divertissant. Et un écrivain que Whitfield reconnaît comme source d’inspiration m’a aussi inspiré : le brillant Edward H. Schafer, dont The Golden Peaches of Samarkand peint un tableau vivant de l’étendue et de la richesse de la dynastie Tang.
Qu’espérez-vous que vos lecteurs retiennent de cette histoire ?
Mes aspirations sont toujours multiples. Je veux que mes lecteurs soient réveillés jusqu’à trois heures du matin, tournant les pages aussi vite qu’ils le peuvent, pour savoir ce qui va arriver. Je veux surtout que la fin les satisfasse, parce qu’en tant que lecteur j’ai été si souvent déçu par un livre qui marche jusqu’à un certain point, mais qui ensuite se délite vers la fin. Mais en plus, après ce désir (un peu sadique) de gâcher le sommeil de quelqu’un, je veux que mes lecteurs gardent en tête des images et la connaissance de l’histoire pendant longtemps. Je veux que mes livres s’attardent et – sans être didactique parce que j’ai horreur de ça – leur laissent des visions de plein de différentes périodes du passé, et de comment celles-ci ont toujours des implications et une importance aujourd’hui. Under Heaven n’est pas différent. Cette culture étincelante et magnifique, qui était si vulnérable en son sein – ça fascine.

Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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