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Lombres

Titre VO: Un Lun Dun

ISBN : 978-284626214-9
Catégorie : Jeunesse
Auteur : China Miéville

Prix Elbakin.net 2010 : meilleur roman fantasy jeunesse traduit

Deeba et Zanna menaient une vie tranquille jusqu’à ce qu’elles se fassent attaquer par un mystérieux nuage toxique. Et les choses ne s’arrangent pas lorsqu’elles découvrent une porte ouvrant sur une dimension parallèle : la ville de Lombres, véritable cité des merveilles regorgeant d’étranges surprises.
Tous les objets perdus et cassés, toutes les personnes égarées et brisées finissent un jour dans ce pays. La ville de Lombres, sous l’emprise du sinistre Smog, attend le héros brave et courageux qui la délivrera.
Avec l’aide d un groupe d’habitants de Lombres et d’un livre magique pas toujours de bon conseil, nos deux héroïnes parviendront-elles à stopper Smog, le dangereux nuage toxique, avant qu’il ne brûle tout sur son passage ?

Critique

Par Luigi Brosse, le 16/03/2008

Attention, quand China Miéville s’attaque à la littérature jeunesse, ça peut faire mal, très mal ! En toute honnêteté, on pourrait se laisser aller à dire qu’il se positionne en digne héritier de Lewis Carrol ou de Roald Dahl. Excentricité, comique, magie, Miéville a bien retenu la leçon et nous livre ici un magnifique roman.
Commençons par le point fort de China Miéville : que ce soit dans Perdido Street Station ou dans les Scarifiés, il sait comment rendre un univers consistant. Cela passe notamment par la construction d’un monde, qui, s’il est farfelu et alambiqué, n’en reste pas moins merveilleusement crédible. On reste stupéfiait, ébahi devant l’originalité de ses inventions, la maîtrise avec laquelle il détourne le vocabulaire pour créer de nouveaux mots correspondant à ses nouveaux concepts. On rit d’admiration aussi tant certaines innovations tombent sous le sens. Bref, c’est un régal à la fois littéraire et imaginaire.
Un autre point fort de ce roman sont les illustrations, conservées lors de la parution française. Le style de Miéville est en lui-même merveilleusement illustratif, mais quand en plus il prend lui-même le pinceau, cela donne un résultat des plus agréables. Les dessins, parfaitement intégrés au texte, apportent un complément d’information visuel des plus appréciables.
On pourra également prendre plaisir à voir l’auteur tordre le cou consciemment à la quête classique et à son cortège de prophéties, telles que bien trop souvent mises en scène en fantasy. Cela donne matière à plusieurs passages croustillants entre les défenseurs des traditions, gardiens du savoir absolu et à venir, et l’héroïne, pas choisie, mais qui veut pourtant sauver Lombres. Sans verser dans la parodie, ce débat peut facilement être élevé au niveau d’une discussion sur la figure traditionnelle de la quête. On devine facilement de quel côté penche Miéville, même s’il ne remet pas méchamment en cause le rôle de la quête (il l’utilise après tout au début du livre). En tout cas, il tient à montrer que l’on peut s’en affranchir, jouer avec et ainsi donner lieu à quelque chose d’inattendu.
Enfin… Inattendu la plupart du temps ! Malheureusement, sans être un monstre de perspicacité, de nombreux points de l’intrigue se devinent assez (trop) facilement. Sans entacher le plaisir de lecture, le fait de savoir un peu trop ce qui va se passer grève néanmoins le suspens. Le combat final pâtit particulièrement de cela, l’auteur en ayant trop révélé précédemment pour que l’on frémisse vraiment pour l’héroïne. Cependant, on peut se dire que le jeune public a de grandes chances de passer à côté de certains indices.
Il faut noter également que bien que destiné à des enfants, le roman ne saura pas convenir aux vraiment très jeunes. Sans entrer dans les détails, le Smog et ses alliés sont assez terrifiants, les dessins les représentant n’aidant pas à en avoir une meilleure image. Mais même sans cela, Lombres n’est pas une ville digne d’héberger Winnie l’ourson et ses amis, où alors ces derniers ont mangé du lion avant de venir.
Voilà donc un immanquable, facilement accessible en anglais. Si la langue de Shakespeare vous rebute, la version française est plus que correcte. Le vocabulaire imaginé par Miéville ainsi que ses nombreux jeux de mots ne pâtissent guère de la redoutable épreuve de la traduction.

8.5/10

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