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Hommage à JRR Tolkien, conférence à la BNF, janvier 2004

Par Foradan, le dimanche 1 février 2004 à 23:34:51

Léo Carruthers - L’influence de la littérature médiéval anglaise sur Tolkien

Leo Carruthers commence par cette citation tirée du film, quand Eowyn présente la coupe à Aragorn : "Westu Hal", qui en vieil anglais signifie "Hail to thee", c'est-à-dire "salut à toi". Toute cette scène, y compris les mots, est tirée directement d'un poème en vieil anglais. C'est un clin d'oeil de la part de Peter Jackson au fait que, pour Tolkien, ce qui comptait c'était l'aventure des mots : son imagination y trouvait sa source fécondatrice. Il a consacré sa vie à l'étude des langues anciennes et de leur évolution. D'ailleurs, il a rédigé lui-même des textes en vieil anglais, il savait parfaitement comment évoluait une langue. Tolkien avait commencé à créer l'elfique quand il était adolescent, à partir de deux langues qui l'ont fasciné, à cause de leur beauté et leur musicalité, ainsi que de leur étrangeté : le finnois (qui n'est pas une langue indo-européenne) et le gallois (langue indo-européenne mais celtique). La langue est venue avant le roman lui-même : il s'est demandé après l'avoir créée quel type d'êtres pouvait parler cette langue. Il a commencé en 1916, et à sa mort, en 1973, il n'avait toujours pas fini. C'était d'ailleurs une des raisons pour lesquelles il ne se sentait pas prêt à publier Le Silmarillion. Tolkien était incompris : pourquoi "perdait-il son temps" à inventer des langues, à créer la Terre du Milieu, alors qu'il aurait pu écrire des tas de choses sur les langues réelles ? Il croyait que quand un auteur crée une oeuvre, il participait de la création divine. Il fallait que sa création soit logique, que tous les détails tiennent, et reconnaissait le SDA comme une séquelle du Silmarillion, non du Hobbit.

Toute langue vivante est en constante évolution, sinon c’est une langue morte. Pour faire évoluer les langues qu’il avait créées, Tolkien a donc imaginé les êtres qui pouvaient les parler, les Elfes. Si Tolkien n’avait pas été philologue, il n’y aurait jamais eu de Terre du Milieu.

Tolkien a été très marqué par Beowulf, le plus grand poème de la première partie du Moyen Age dans toutes les langues germaniques. Il a été rédigé en vieil anglais. Il existe dans un manuscrit unique qui a été redécouvert, publié et traduit au 19ème (mais Tolkien pouvait le lire tel quel). Ce texte est derrière le Seigneur des Anneaux : c'est une histoire de lutte entre le bien (Beowulf, le héros) et le mal (des monstres, des dragons). La mort du dragon, tué par Beowulf, est d'ailleurs reprise exactement dans le Hobbit, quand Bilbo vole le trésor de Smaug (le vol de la coupe existe de la même façon dans les deux textes). De même, dans le SDA, la lutte entre Shelob et les hobbits est calquée sur la mort du dragon, lors de la double attaque de Beowulf et de son cousin. On peut également faire le parallèle avec la mort du Roi-Sorcier, tué par Eowyn et Merry.

Remarques diverses

Pour les auteurs de Fantasy, il est difficile de s’affranchir de l’influence de Tolkien (d’autant que le lecteur fait des raccourcis qui n’existe pas : la trilogie de la Moïra de Loevenbruck n’est pas inspirée par la Moria), sauf à puiser dans le folklore français. Par ailleurs, Loevenbruck a regretté ne pas avoir eu de professeurs avec lesquels parler de Fantasy quand il poursuivait ses études (et a reconnu qu’il serait aujourd’hui moins doué au flipper). Concernant les traductions, Alain Névant concède qu’il n’y a pas de consensus général (il y aura toujours des mécontents quelle que soit la solution retenue), tout dépend du feeling du traducteur. Pour le regard des media sur la Fantasy, c’est le même reproche que pour les jeux de rôle : nuisible pour la société, pas sérieux, déforme l’imagination de la jeunesse …

  1. Vincent Ferré - Pourquoi lire Tolkien ?
  2. Alain Névant - Qu'est-ce que la fantasy ?
  3. Anne Besson - Tolkien et les romans-mondes
  4. Michaël Devaux - Pourquoi prendre au sérieux l’histoire de la Terre du Milieu
  5. Léo Carruthers - L’influence de la littérature médiéval anglaise sur Tolkien

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