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Hommage à JRR Tolkien, conférence à la BNF, janvier 2004

Par Foradan, le dimanche 1 février 2004 à 23:34:51

Alain Névant - Qu'est-ce que la fantasy ?

Alain Névant a commencé par dire qu'il aurait du mal à nous donner une définition de la fantasy en une demi-heure, puisque cela fait 12 ans qu'il travaille dessus et qu'il n'était toujours pas arrivé à la définir. La fantasy, au sens premier, reflète ce que nous sommes : c'est une chose qui nous fait aller de l'avant, qui nous fait progresser, qui nous fait dire « et si je faisais ci, et si je faisais ça » : il y a un phénomène de projection. Sartre est cité : "l'acte d'imagination est un acte magique". En fait, la fantasy est hermétique à toute définition. La fantasy, c'est le plaisir d'être. Et dans ce cadre, le mal consiste à renier l'existence. "La fantasy est une forme de fiction qui provoque l'émerveillement". C'est la littérature de l'évasion par excellence. Plusieurs critiques, notamment le critique français Joseph Anglais, disent que le problème de la fantasy, c'est qu'elle est "fourre-tout". On ne peut pas la cloisonner. Si on essaie de le faire, elle s'échappe. Revenons à l'étymologie du terme : dans le dictionnaire, cela viendrait des mots grecs "fantasia", qui renvoie à la musicalité (inspiration des Muses). Mais on peut également le renvoyer au terme "fantasma", qui évoque l'idée de projection, de rendre visible (représentation interne). Ces termes se traduisent en latin par "imagination" (lien avec l’imaginaire).

Deux formes de fantasy sont possibles:

==> Celle qui présente un autre monde (secondaire), basé sur d’ « anciens textes », chroniques, archives ...

==> Celle qui présente notre monde, comme Homère, ou Beowulf.

L'utilisation du référent médiéval en fantasy est due au souci de réalisme qui régit les oeuvres. William Blake est le maître de la Fantasy romantique. Sa philosophie se fondait sur une opposition entre l'imagination et la raison, à laquelle il ne faut pas succomber. La notion de temporalité est importante. Dans le genre fantastique, la cassure intervient pendant le récit avec qu’en fantasy, la cassure débute avant et se poursuit pendant et après le récit. Il y a en plus une intervention du merveilleux, que l’histoire se déroule dans notre monde ou dans un monde imaginaire. La fantasy est le besoin de toucher au divin, à ce qui va nous transcender (exemple d’Indiana Jones : simple professeur d’archéologie qui se retrouve à la recherche de l’Arche d’Alliance ou du Graal…).

Au 19ème, c'est la montée du courant réaliste (Balzac, Zola) qui bride l’imaginaire, avec une volonté de la part des éditeurs de se lancer dans une littérature différente de la littérature passée. Par conséquent, des auteurs comme Kipling, ou Carroll, se retrouvent "le bec dans l'eau", et sont cantonnés à une soi-disant littérature de jeunesse. A la fin du 19ème, c'est le début du déclin de la littérature d'aventures. Howard et Lovecraft font un retour volontaire à la littérature d'aventure par le biais du feuilleton, plus pratique pour les auteurs au début du 20ème siècle. Il faut faire la distinction entre la fantasy en tant que genre littéraire et les différents labels d’édition qui existent : la classification (dark-fantasy, high-fantasy, light-fantasy, etc …) sert essentiellement à dire au lecteur : « tu as aimé tel livre, donc tu aimeras ça ». La high-fantasy correspond à l'imaginaire maximum (Tolkien). Par opposition à celle-là : la low-fantasy (exemple : dans Harry Potter, le monde réel est présent, on prend un train pour aller dans l'autre monde). Tolkien a mis la barre très haut : en 1800 pages, il y a tout. Impossible de faire plus riche (le marché éditorial ne le permet même pas) : il y a une dynamique d'usine, c'est une question de rapidité : il faut produire du bouquin.

Question : Que pensez-vous de la qualité des traductions ?

Réponse d’Anne Besson : C’est un problème, mais cela dépend aussi de la qualité de la version originale (le style n’est pas toujours très recherché car les auteurs doivent produire beaucoup en peu de temps). En fonction des maisons d’édition, le temps accordé à la traduction peut également être variable.

Ensuite quelqu'un a demandé pourquoi la fantasy lui avait amené à lire plus, lui avait donné l'envie de lire. Réponse d'Alain Névant : la Fantasy, c'est l'émotion

Question : Pourquoi est ce que j’aime la fantasy ?

Réponse d’Alain Névant : A cause des émotions que cela procure, qui rapprochent des joies de l’enfance, émotions que l’on veut revivre en relisant encore et encore de la fantasy : il y a un travail sur les humeurs, les sentiments. On veut revivre les émotions à l'état brut, encore, encore et encore. C'est une littérature d'espoir.

Question : Pourquoi la production est-elle majoritairement anglo-saxonne, pourquoi la fantasy n'a-t-elle pas pris en France?

Réponse de Leo Carruthers : Dans les pays nordiques, il y a une tradition ancienne d'oralité, et une attirance pour les légendes, les mondes inconnus, l'invisible. Mais la parole écrite, qui consiste à extérioriser les pensées, a provoqué un décalage entre le système de pensée des peuples nordiques et des peuples du sud. (cf. "La Germanie", de Tacite -1er siècle après JC-, où il fait la différence entre les peuples lettrés et les non lettrés).

Dernière remarque : le mot Fantasy disparaît au 16ème siècle, il est remplacé par "fantastique". D'un point de vue purement éditorial, la fantasy est le genre qui produit le plus depuis 30 ans. Pourtant le terme n'est toujours pas dans le dictionnaire (==> pas attesté comme genre littéraire).

  1. Vincent Ferré - Pourquoi lire Tolkien ?
  2. Alain Névant - Qu'est-ce que la fantasy ?
  3. Anne Besson - Tolkien et les romans-mondes
  4. Michaël Devaux - Pourquoi prendre au sérieux l’histoire de la Terre du Milieu
  5. Léo Carruthers - L’influence de la littérature médiéval anglaise sur Tolkien

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