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Claire Couturier fait le point sur Mnémos

Par Luigi Brosse, le mercredi 20 janvier 2010 à 18:46:45

Claire CouturierRencontrée à l'occasion des dernières Utopiales, Claire Couturier, nouvelle venue chez Mnémos, a gentiment accepté de répondre à nos questions. De son parcours (qui laisse rêveur) à son travail quotidien, en passant par ses premières impressions de vedette, cette interview a essayé de faire le tour du phénomène Claire pour vous en livrer tous les secrets.
La demoiselle étant également responsable de la communication chez Mnémos, nous en avons aussi profité pour lui poser une foultitude de demandes : des plus conventionnelles aux plus indiscrètes.
Nous espérons donc que cette interview des plus complètes vous plaira. Bonne lecture !

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Nos questions / ses réponses

Partie I

Pour commencer cette interview, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi, quel est ton parcours et comment tu as abouti chez Mnémos ?
Je sors tout droit de mes études que j'ai effectuées à Grenoble avec un parcours somme toute assez classique ; j'ai fait prépa Lettres, puis une licence de Lettres modernes. Je me suis ensuite demandée que faire et me suis dit que l'édition me plaisait beaucoup. J'ai donc regardé les masters d'édition, et par chance il y en avait un à Grenoble. J'ai donc continué dans cette voie. Les masters d'édition sont des masters professionnels, qui permettent de faire des stages. C'est comme ça que j'ai effectué mon stage de M1, de trois mois, à Mnémos.
Ce stage s'est très très bien passé et Célia (NdT : Chazel, ancienne responsable éditoriale de Mnémos) m'a demandé de revenir pour un stage de six mois lors de mon M2. J'ai terminé en juin dernier avec une promesse d'embauche à la clé. Mon contrat a commencé juste en août.
Si tu es resté chez Mnémos, c'est sans doute parce que tu en avais l'opportunité, mais tu devais également avoir quelques atomes crochus avec l'imaginaire. Comment est-ce que tu es tombée dans cette marmite-là ?
Bien évidemment. Ce qui est rigolo cependant, c'est que j'ai effectué mon premier stage en me disant : c'est mon stage de trois mois, je peux me faire plaisir. Du coup, je vais dans un milieu qui va être inaccessible pour moi, je ne me fais pas d'illusion, je n'aurais pas de travail dans ce domaine-là. Mais j’en profite, et mon stage de 6 mois, je le ferai dans le scolaire chez Hachette.
Il se trouve donc que oui, je lis de la fantasy depuis toute petite, comme tous les gens qui sont dans le milieu, je pense. Pour parler de parcours de lecture, ça a commencé effectivement très tôt avec la base, c'est-à-dire Tolkien.
J'ai lu Bilbo le hobbit à 12 ans, je crois, pris dans la bibliothèque familiale. Ce qui était sympa, c'est qu'à cette époque-là, je croyais que c'était l'œuvre principale de Tolkien. Ça m'a tellement plu - je ne connaissais pas encore Le Seigneur des anneaux - que je soutenais mordicus que Bilbo le hobbit était l'œuvre majeure de Tolkien, qu'il n'y avait rien de mieux. J'ai découvert juste après qu'il avait écrit de gros tomes qui s'appelaient Le Seigneur des anneaux
Ensuite, parcours de lecture normal, ça passe par les Anglo-Saxons : Gemmell, Eddings, Hobb, emmenée par mon grand frère, qui est comme moi un lecteur acharné. J'ai donc été nourrie par ses achats. Puis, ça s'est fait très rapidement, je me suis diversifiée. Les Français sont venus plutôt sur le tard et Mnémos s'imposait. Quand on allait dans une librairie, globalement c'était Bragelonne, l'Atalante et Mnémos (je suis désolée pour les autres que je ne cite pas, mais à l'époque, c'était mon champ de vision).
J'ai donc candidaté auprès de ces maisons-là et Mnémos m'a répondu. Et me voilà !
Quand tu parles de ta découverte de Mnémos, ça remonte à quelle époque environ ?
Ça remonte aux Gemmell, En fait, c'était plutôt l'auteur qui m'attirait. J'ai dû commencer avec Waylander chez Bragelonne, puis avec Le Lion de Macédoine chez Mnémos. C'est donc cet auteur qui m'a ouvert en grand les portes de l’Imaginaire.
Mnémos a connu pas mal de bouleversements ces derniers temps. En particulier parce que tu es arrivée, mais aussi parce que Célia Chazel est partie. Est-ce que tu peux nous faire un point sur la situation à l'heure actuelle, sur votre structure ?
Avec plaisir. Il y a beaucoup de changements, et je pense que c'est vraiment agréable pour tout le monde de travailler avec une nouvelle équipe. Je regrette de n’avoir pu travailler que six mois avec Célia, mais elle avait envie de se lancer un peu plus dans la traduction…
Il y a du nouveau parce qu'il manquait un poste dédié à la communication. Maintenant, c'est une réalité puisque je centralise toutes les informations entre les différents intervenants de Mnémos : les directeurs d'ouvrages : Sébastien Guillot, Hélène Ramdani et Charlotte Volper et les intervenants extérieurs : les illustrateurs, les graphistes, les libraires et notre diffuseur.
Avec ces quatre directeurs d'ouvrages comment se passe le travail ? Comment cela se coordonne, est-ce que c'est toi le chef ou bien tout le monde sait ce qu'il a à faire ?
Il n'y a absolument pas de chef. En fait, il n'y a pas de hiérarchie, à part Frédéric et Nathalie Weil, qui sont les directeurs de Mnémos depuis le début. Il n'y a pas de hiérarchie parce que nous n'avons tout simplement pas les mêmes postes. C’est un travail d’équipe. Nous avons des réunions éditoriales où chaque directeur d'ouvrages présente les futurs projets qui sont alors discutés et validés. Chaque directeur d'ouvrages encadre l'auteur depuis le manuscrit qu'il choisit jusqu'au départ en fabrication du livre. Parallèlement, après validation du plan de communication, je passe au travail concret sur les ouvrages : contact presse, organisation de dédicaces, création des outils de comm’…
Tout ce qui touche la couverture, c'est ton domaine de compétence ou de celui du directeur d'ouvrages ?
C'est le directeur d'ouvrages. Le directeur d'ouvrages s'occupe du texte, du suivi maquette, du suivi illustration. Je récupère évidemment tous ces éléments puisque j'en ai besoin pour la communication.
On parle maintenant à Mnémos de communauté. Je pense que ce mot prend tout son sens puisque nous sommes vraiment obligés de travailler en interaction. C'est aussi ça qui est positif pour notre nouvelle structure.
Pour revenir à ton rôle clé de communication, c'était à une époque plutôt Audrey Petit qui s'en occupait. Est-ce que tu l'as connue ?
Alors je suis arrivée un peu trop tard. Je connais Audrey et je l'ai rencontrée par la suite mais elle avait déjà quitté Mnémos. Nous nous sommes croisées lors de certains événements et j’avoue que c’est une personne avec qui je discuterais bien plus. Je suis assez admirative devant tout ce qu’elle arrive à faire, et avec quelle qualité !
En plus de ce renouveau au niveau du personnel, Mnémos inaugure deux nouvelles collections : Dédales et Ourobores. Quelles sont leurs particularités et pourquoi ces deux collections ? Et finalement, n'est-ce pas se diversifier un peu trop alors que jusqu'à présent Mnémos était sur une collection unique ?
Ce n'est pas se diversifier tant que ça.
Il vaut mieux que j’aborde dans un premier temps nos deux collections de romans que sont Icares et Dédales et je parlerai ensuite d’Ourobores. Icares et Dédales obéissent à l'esprit de Mnémos depuis un certain temps. À Mnémos, il y a toujours eu la volonté de s’axer sur les Français, et de publier des textes à la fois divertissants, originaux et de qualité. Nous avions remarqué que notre unique collection, Icares, regroupait des ouvrages qui n'étaient pas tous homogènes et qui avaient plusieurs publics. C'est donc par rapport aux lecteurs que l'on a créé ces deux collections.
Chien du heaumeIcares est donc plutôt une collection d'aventures, mettant en avant le plaisir de lecture. Lire de bons récits, de manière fluide, sans trop réfléchir… On en a profité pour sortir dans la nouvelle maquette des titres épuisés comme la série de l’Agent des ombres de Michel Robert ou Renégats de Gemmell. À côté de ça, on a sorti des inédits comme Homo vampiris de Fabien Clavel ou Chien du heaume de Justine Niogret. Avec Icares, on veut publier des textes d’auteurs qui manient remarquablement les mots, mais qui ont privilégié, dans ces livres-là, l’aventure et le divertissement.
Petits Arrangements avec l'éternitéDédales touche un public plus âgé, plus averti. Typiquement, nous visons des gens avec un parcours de lecture traditionnel, qui ont dévoré les grands noms et qui veulent maintenant découvrir autre chose. Nous comptons présenter des auteurs avec des plumes un peu plus compliquées, ou bien des mélanges de genres (ce qui a toujours plu à Mnémos, si on regarde les nombreuses uchronies qui « mixent » les genres dans notre catalogue). Rien ne nous survivraDepuis la création de la collection, on trouve ainsi du fantastique comme Petits Arrangements avec l'éternité d'Eric Holstein, qui revisite le mythe du vampire avec une approche - et une langue ! - assez surprenantes ou encore notre premier Dédales, Rien ne nous survivra, celui de Maïa Mazaurette qui est un roman d'anticipation, un peu choquant, un peu provoc', qui va pousser un peu la réflexion des lecteurs avec sa guerre entre les jeunes et les vieux, sa violence un peu gratuite. On va donc aborder des sujets qui sont plus durs, qui vont interroger plus le lecteur tout en gardant évidemment ce côté plaisir de lecture.
Dans cette nouvelle collection Dédales, est-ce que vous allez faire basculer des anciens titres qui étaient précédemment classés en Icares ?
Pour l’instant, nous n’avons pas prévu de passer d’anciennes éditions en Dédales. Nous le ferons au besoin, si un titre est épuisé.
Par contre, ce qui va se passer pour Icares, c’est qu’il aura forcément un moment de transition. Il y a des séries qui sont sorties dans l'ancienne collection Icares dont le volume 2 va à présent se positionner en Icares. C’est le cas pour les romans de Charlotte Bousquet, Arachnae et Cytheriae, qui se passent dans le même univers même s’ils ne sont pas des suites. En revanche, on a l’opportunité de ressortir Djeeb le Chanceur en Icares, en même temps que sa suite, en juin. C'est parfois un peu compliqué à gérer, il faut être indulgent parce qu'il va y avoir des différences de maquettes.
Et donc pour la collection Ourobores ?
AbymeAvec la collection Ourobores, on commence fort, avec Abyme, dans l’univers de Mathieu Gaborit, sorti en novembre dernier. Nous ne ferons de toute façon pas plus d'un livre-univers, voire deux par an. Ce sont des livres graphiques, tout en couleur, richement illustrés, avec cependant pas mal de texte pour faire découvrir l’univers dans un rendu de livre d’art – couverture cartonnée, papier glacé, signet... Dans le cas d'Abyme, on a cette découpe en quatre cadrans, dans lequel chaque personnage va se promener en pointant aux lecteurs les différents endroits intéressants de la ville.
Ce sont donc bien évidemment de gros projets qui demandent beaucoup de temps pour les illustrations et la maquette. De fait, ça limite le nombre de parution par an. Néanmoins, c'est une collection qui nous tenait particulièrement à cœur parce qu'il s'agit de très beaux objets. Et nous avons envie de faire de beaux objets - comme l'attestent également nos dernières couvertures.
Et un deuxième Ourobores est prévu pour fin 2010.
Quel est le public visé pour cette collection ?
Ce serait plutôt un public de fans. On cherche à toucher de grands ensembles, ce qui explique qu'on ait commencé par Abyme, avec son public de rôlistes qui connaissent Mathieu Gaborit en plus des lecteurs des Chroniques des crépusculaires. Mais l’objet en lui-même est suffisamment riche pour que des lecteurs s’y intéressent sans connaître l’univers.
Ma question suivante concernait les auteurs français chez Mnémos mais tu as déjà commencé à y répondre. Néanmoins, tu n'as pas évoqué la possibilité pour des auteurs débutants de commencer à Mnémos.
Pourtant si, totalement. Il suffit de jeter un œil à notre catalogue pour voir qu'on leur laisse une belle place. Les jeunes auteurs trouvent qu'il n'y a jamais assez de place pour eux. Mais pour Mnémos, c'est déjà beaucoup ! Dans l’édition, on sait pourtant que ce n'est pas facile de lancer de nouveaux auteurs. Mais Mnémos est une maison jeune, dynamique et on lance de nouveaux auteurs, de jeunes illustrateurs aussi, car nous sommes persuadés qu’ils ont des choses à partager. Évidemment, on continue ensuite avec eux, je pense par exemple à Julien Delval qui a débuté chez nous.
Chaque année apporte son lot de nouveaux auteurs. C’est pour nous la base de notre ligne éditoriale. Mnémos se veut un défricheur de talents. Dans notre domaine, nous sommes l’une des rares maisons à accepter les manuscrits. Il y a de bons textes et on a envie de les sortir. Ce serait injuste de priver les lecteurs de belles et fraîches plumes.
Passons à présent au planning pour les mois à venir, vu qu'il doit déjà être bien avancé. Quelles sont les surprises que Mnémos nous réserve ?
Alors, pour ce mois de janvier, on a une traduction espagnole assez attendue : La Sagesse des morts, de Rodolfó Martinez, un Sherlock Holmes fantastique illustré par Benjamin Carré. On verra, mais il pourrait y avoir d’autres histoires de ce célèbre héros dans le même univers par la suite.
En février, c’est le mois de deux nouveaux auteurs français : il y aura le premier volume d’un diptyque de Frédéric Delmeulle. Son nom vous dit peut-être déjà quelque chose, car Nec Deleatur avait été remarqué par Gérard Klein lors de sa première sortie chez un éditeur peu connu. Frédéric nous avait envoyé entre-temps la suite, qui nous a beaucoup plu. Et on s’est alors arrangé pour récupérer les droits du tome 1, qui s’appellera La Parallèle Vertov. La suite, Les Manuscrits de Kinnereth, sortira en juin.
L'Ange blondÀ côté, je lance Laurent Poujois avec une uchronie SF, intitulé L’Ange blond. Je peux encore mieux en parler puisque c'est moi qui suis ce projet – car parallèlement au travail de comm', je compte m'occuper d'un manuscrit par an. Et cette année, j'ai jeté mon dévolu sur celui de Laurent. Il s'agit d'un manuscrit trouvé dans la pile, mais Laurent a déjà sorti deux romans jeunesse chez Milan. J'ai particulièrement été séduite par sa plume, ses formules qui marquent. Ce sera un Icares car il s'agit d'un roman d'espionnage haut en couleur ; l'histoire est servie par Aurore, un ange blond, extrêmement féminin, voire féministe, à la fois frivole et dure. Elle a un caractère bien trempé qui me plaît énormément. C'est un livre-cinéma avec de l'action et des explosions, le tout présenté par une plume agréable, légère et alerte.
Est-ce que ce titre est ton chouchou ?
Dit de la Terre plateJe n'ai pas le droit de dire que c'est mon chouchou vu que je m'en occupe ! Je vais rester impartiale puisque je n'ai pas à défendre plus le titre que je publie qu'un autre. Il y aura de nombreux titres excellents dans l'année à venir. Je pense notamment à la réédition en deux très épais volumes du Dit de la Terre plate de Tanith Lee. Dit de la Terre plateC’est notre titre phare du premier semestre 2010 : une célèbre saga de fantasy épuisée depuis quinze ans, qui sera disponible dès avril en deux tomes de 900 pages pour le prix d’un Mnémos habituel ! Le Dit de la Terre plate, c’est un ensemble de contes inspirés des Mille et une nuits qui plonge le lecteur dans un monde merveilleux. Tantih Lee a une écriture légère et poétique. J’en ai parcouru quelques pages et j’ai personnellement hâte de pouvoir lire la suite. En plus, les couvertures d’Alain Brion sont magnifiques !
Voilà, je pourrais continuer longtemps, car il y a plein de projets intéressants qui arrivent, mais j’espère au moins avoir donné un aperçu intéressant de certains…
Changeons de sujet à présent. La plupart des maisons d'éditions soignent, aujourd'hui, de plus en plus leur présentation sur internet. C'est aussi le cas de Mnémos, notamment via votre groupe Facebook. Est-ce que c'est une nécessité à présent ?
C'est une nécessité. Le groupe Facebook est une très bonne idée, suggérée initialement par Charlotte (NdT : Volper). Cela nous permet de pallier l'absence momentanée de site internet, puisque depuis quelques mois, notre site actuel est en veille afin de préparer le nouveau. Il s'agissait d'un vieux site, très lourd à gérer, source de bugs dès qu'on y touchait. Là, je travaille sur une version plus souple, plus facile à faire évoluer, avec notamment des choses plus attractives pour l'œil. J'espère de tout cœur qu'il sorte fin février…
Nous avons extrêmement besoin de ce site, mais nous garderons également la communauté Facebook car le contact avec le public est beaucoup plus direct. Et finalement, cette proximité s'inscrit dans la logique d'ouverture que nous poursuivons actuellement à Mnémos. Facebook est un outil formidable pour ça – même si parfois, les gens sont un peu trop directs, quand ils nous envoient une question sans bonjour, ni merci, ni pourquoi !
Je sais que Bragelonne a un forum depuis très longtemps, ne serait-il pas plus pertinent pour vous d'en avoir un chez vous ? Cela permettrait d'avoir vos « fans » à la maison plutôt que de passer par une application tierce.
La question s'est posée lors de la refonte du site. Il n'y en a pas de prévu pour l'instant, mais c'est un élément qui peut être installé. Dans un premier temps, on veut lancer le site. Ensuite, plus tard, on réfléchira à un forum. En effet, ça prend énormément de temps et comme je ne m'occupe pas uniquement de la comm' à Mnémos, la charge de travail commence à être assez élevée.
Par ailleurs, il existe des forums très actifs. La question que nous nous sommes posée était de savoir si la communauté de lecteurs se retrouverait sur un site d'éditeur. Il est évident que nous allons essayer de créer une communauté de lecteurs sur notre site, en leur proposant des choses à télécharger, des extraits à découvrir, des fonds d'écran, une galerie d'images. On va essayer de leur montrer des choses attractives, j'espère donc que les lecteurs viendront. Mais qu'ils viennent ensuite pour en parler… Il existe déjà nombre de sites, peut-être même trop pour qu'il s'avère pertinent de rajouter un forum de notre part. Mais à voir.

Partie II

Passer de stagiaire à grand chef, ça fait quoi ? Comment on se sent quand on arrive dans la cour des grands ?
Il n'y a pas de grand chef, pas de hiérarchie !
Mais, c'est sûr que, d'un coup, se retrouver propulsée grâce à Célia, côtoyer tout le monde, venir aux Imaginales et aux Utopiales et avoir une interview, c'est formidable ! J'ai eu énormément de chance de tomber au bon moment. Je pense que l'édition c'est ça, ce sont des stages qui vous font côtoyer des gens. Quand ça se passe bien, après, on peut être rappelé quand il y a un poste qui se libère.
Une question qui me turlupine à l'heure actuelle, c'est est-ce qu'il y a encore de la place pour une structure de taille moyenne comme Mnémos dans le paysage éditorial de l'imaginaire français ? D'un côté, il y a les « gros » qui mangent tout et de l'autre, les « petits » qui s'en sortent grâce à des marchés de niche. Mnémos se situe un peu entre les deux, comment faites-vous ?
On joue effectivement un peu sur les deux tableaux. On essaie de trouver des locomotives comme toute maison d'édition, des titres qui vont toucher un large public pour faire, à côté, des choses un peu plus particulières qui vont peut-être plaire à moins de lecteurs.
Depuis mon arrivée et un petit sursaut au niveau de la comm', ça se passe mieux parce qu'à présent je peux parler de nos titres, chose que Célia n'avait malheureusement pas le temps de faire toute seule. Mnémos sera désormais plus présent sur les salons – notamment aux Imaginales, avec notre partenariat renouvelé en 2010, où l’on publiera l’anthologie Magiciennes et sorciers – mais surtout plus présent sur internet, et ça se ressent en librairie. Les libraires sont d’ailleurs très contents d’avoir un interlocuteur privilégié - d’ailleurs, pour ceux qui n’ont pas encore osé, n’hésitez pas à m’appeler si vous avez des projets !
Donc voilà, on essaye d’équilibrer sur nos différents titres. Et vu que nous sommes pratiquement les seuls à faire des Français, on a aussi un public fidèle, des libraires comme des lecteurs. Évidemment sans le soutien de certains irréductibles libraires, on n’y arriverait pas…
Mnémos a été fondé en 1995, Bragelonne en 2000. Comment peut-on expliquer la différence d'échelle entre les deux structures à l'heure actuelle ?
C'est une question piège…
Ça peut déjà s'expliquer en partie par une différence au niveau des projets éditoriaux de départ. Bragelonne a voulu saisir immédiatement de fortes locomotives et les utiliser au maximum. C'est ce qui l'a catapulté à sa place actuelle.
Mnémos a choisi de rester sur sa ligne éditoriale et de publier des Français. En même temps, je n'étais pas là en 1995, donc il m'est difficile d'en dire plus.
Et malgré tout, dans votre planning, il reste de nombreux Français. C'est courageux !
Homo VampirisOui, tout à fait, on défend complètement les Français. Ce sont des auteurs qu'on aime et qu'on suit, je pense à Fabien Clavel, qui a sorti en octobre dernier Homo Vampiris, mais aussi aux petits nouveaux qu'on lance : Charlotte Bousquet, Laurent Gidon, Éric Holstein, Justine Niogret... Tous ces auteurs-là ont un potentiel, quelque chose à apporter à la fantasy, qu'on ne trouve pas forcément chez les Anglo-Saxons. C’est une autre manière d’aborder l’imaginaire. Nous ne partageons pas tout à fait la même culture, donc nos auteurs vont avoir d’autres images en tête, d’autres références et peut-être d’autres exigences. On ne va donc pas les abandonner, ce n'est pas possible !
Qu'est-ce que cela veut dire être éditeur d'imaginaire à l'heure actuelle, et qu'est-ce que cela « être un bon éditeur » ?
Oh, la question du bon et du mauvais chasseur !
Je vais répondre de façon classique, je m'en excuse puisque la question était plutôt drôle.
Un bon éditeur, pour moi, c'est quelqu'un qui va énormément suivre ses auteurs, qui parraine en quelque sorte son auteur, qui va passer énormément de temps sur le texte mais qui doit également conjuguer ce travail avec les exigences et les attentes du public. Par conséquent, il doit trouver la couverture qui va propulser le livre, celle qui va le démarquer de la surproduction dans les rayons de l'imaginaire. Il faut que le livre ressorte.
Globalement, c'est accompagner le livre depuis les mots de l'auteur jusqu'à la quatrième de couverture qui doit être accrocheuse pour lui donner toutes ses chances. Ce n'est vraiment pas facile ; il faut concilier ses goûts personnels, puisqu'il faut bien l’admettre, un livre se choisit aussi sur ce critère-là, et les attentes du public.
Question qui fâche. On reproche depuis pas mal de temps à Mnémos de nombreuses coquilles : mots manquants, fautes d'orthographe… Comment endiguer le phénomène, que peuvent faire les éditeurs puisque vous n'êtes pas les seuls à qui on peut le reprocher ?
(Exclamation virulente) Ça va changer !!!
La chasse à la coquille c'est vraiment difficile dans l'édition. Jusque-là, on était à la course au planning. Ça fait partie de la réorganisation : on prend désormais plus de temps pour la phase de correction. Je suis consciente que c'est désagréable et que cela peut gêner la lecture. Mais je dirais surtout que maintenant nous sommes quatre : Hélène, Sébastien, Charlotte et moi. Avec moins de parutions pour chacun, les projets ne pourront qu'être mieux suivis. C’est logique.
On parle de plus en plus du livre numérique et de la révolution qu’il est censé apporté à une industrie du livre assez morose. Quel est ton point de vue là-dessus, en tant que lecteur et éditeur ?
Ah oui, on ne parle que de ça. J’ai mon petit côté XIXème qui frémit à cette idée. En tant que lectrice, je ne suis clairement pas prête à dématérialiser ma lecture. Si je suis partie dans l’édition, c’est parce que j’aimais avant toute chose l’objet livre. D’ailleurs, le meilleur moment dans le mois, quand je suis à Mnémos, c’est la livraison des nouveautés, car soudain, tout ce qu’on a préparé depuis des mois sur ordinateur devient concret. C’est enfin le moment où je peux me reposer un peu les yeux sur autre chose qu’un écran. Donc je n’aime pas trop ce qui se prépare dans l’édition. Après, je reste lucide, je sais bien qu’il faudra s’adapter. Et d’ailleurs, je ne suis pas trop en reste dans le domaine de l’informatique. C’est juste que je regrette souvent de travailler autant devant un ordinateur. Du coup, j’apprécie d’autant plus mon travail éditorial, que j’effectue encore sur papier.
Merci pour cette longue interview.

Interview réalisée par Luigi Brosse


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