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Interview : Audrey Petit et le nouveau label Orbit en France

Par Altan, le mercredi 9 septembre 2009 à 02:06:20

bientôt la mise sur Orbit...A la fin du printemps, nous apprenions le remplacement de la collection Calmann-Lévy Fantasy par l’arrivée du label Orbit, acteur important du marché britannique et américain.
Arrivée au poste de directrice éditoriale de Calmann-Lévy Fantasy au tout début de l’année 2009, après une expérience avec la collection fantasy du Livre de Poche, Audrey Petit désormais à la tête de la collection Orbit France a trouvé le temps de répondre à nos questions, malgré l’arrivée des premières parutions dans moins d’un mois.
Audrey Petit nous éclaire sur les spécificités et les volontés accompagnant l’installation du label Orbit en France, avant de nous illustrer en détail et avec passion les premier auteurs qui marqueront l’empreinte de la collection : Sanderson, Lawhead, Jones, Cashore, et dans un futur plus lointain l’arrivée de N.K. Jemisin et le retour de Paul Kearney !

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Notre interview d'Audrey Petit

En quelques mots, pourriez-vous nous expliquer comment s’est faite l’arrivée d’Orbit en France ? À quand remontent les premiers contacts par exemple ? : Nous connaissions déjà le travail des équipes anglo-saxonnes et leur catalogue. L’idée était de donner au sein du groupe Hachette (qui abrite un nombre important de structures d’édition, publiant chacune des livres très différents) un espace de déploiement privilégié à la fantasy et à la science-fiction. C’est aussi la fonction du label en Angleterre et aux États-Unis. Nous nous sommes donc rapprochés des personnes en charge du label là-bas, il y a un peu plus d’un an, pour réfléchir avec elles au développement d’Orbit en France. L’idée d’importer la marque, prestigieuse outre-Manche et outre-Atlantique, s’est imposée très vite, et très vite nous nous sommes dits
pourquoi ne pas lancer le label en France ? L’aventure, avec ses enjeux, son côté inédit et bien sûr ses promesses nous a tous rapidement tentés !
Sur le plan de la ligne éditoriale, doit-on uniquement s’attendre, en toute logique, à des auteurs issus des différentes branches d’Orbit ? Quid de la SF ou de l’Horreur ?
Orbit France publiera évidemment des auteurs publiés par Orbit en Angleterre, aux États-Unis ou en Australie, mais il n’y a pas de règle préexistante et rien n’est figé. L’arrivée de la marque en France correspond à un espace de liberté, elle est une porte ouverte sur des possibles, et non pas une somme de contraintes ou un enfermement. Chaque pays possède ses lignes de force, son lectorat. Les catalogues Orbit sont sensiblement différents selon les pays. Certains romans seront parfois édités dans les quatre pays, mais la réflexion se posera au cas par cas.
Quant à la science-fiction ou au fantastique, ils sont très présents dans les catalogues anglo-saxon, et Orbit UK/US publie nombre d’auteurs connus et reconnus dans le genre – citons Iain M. Banks ou Charles Stross, par exemple. En Angleterre, les publications SF représentent environ 30 % des parutions, ce qui n’est pas rien. D’une manière générale, les catalogues Orbit existants proposent quasiment tous les genres de l’imaginaire.
Les échecs de Point avec sa collection de poche ou de J’ai Lu en grand format ont montré que les « gros » éditeurs attendent des résultats quasi immédiats. Ressentez-vous une forme de pression particulière ? Ou Hachette a-t-il choisi de s’inscrire dans la durée ? : Il existe toujours une forme de pression dans ce type de travail, et heureusement
c’est aussi exactement ce qui le rend si passionnant, les défis, les paris, les stratégies… Orbit est appelé à durer, et nous souhaitons bien sûr l’inscrire dans le temps, faire que ses auteurs comptent (la marque existe depuis 1974 en Angleterre, et elle est n°1 sur le marché SFF !). Des succès immédiats et de bons résultats permettront de poursuivre sereinement le plan de développement, d’entériner nos choix. Il y a aujourd’hui une volonté affichée et sincère chez Hachette de publier des romans d’aventure. L’arrivée d’Orbit en est la preuve.
Pourriez-vous déjà nous toucher deux mots de votre planning futur, à moyen terme par exemple (Russell Kirkpatrick ? K.E. Mills ? Brian Ruckley ) ? Quel serait votre rythme de parution idéal ?
Pour les parutions 2009, rendez-vous à la dernière question. En 2010, en plus des suites des cycles parus cet automne, nous vous proposerons à la fois des nouveaux romans d’auteurs connus et reconnus, mais aussi des nouveaux auteurs, avec des romans passionnants, certains déjà bestsellers dans leur pays d’origine, d’autres qui ne sont pas encore sortis là-bas, mais qui sont déjà très attendus… Citons pour le moment Brandon Sanderson, qui confirme avec son cycle Mistborn son incroyable talent. C’est l’un des meilleurs cycles de fantasy qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps ! Demandez à Mélanie Fazi, sa traductrice, qui me disait il y a quelques jours qu’elle avait été littéralement « bluffée » par la fin… Je peux aussi évoquer une certaine N.K. Jemisin, dont on reparlera longtemps. Il y a un buzz hallucinant, et mérité, autour du premier tome de sa trilogie… Sans oublier le retour de Paul Kearney, l’excellent auteur des Monarchies divines, avec son dernier roman 10 000. Avis à tous les amateurs de ses premiers cycles, et à tous les fans de 300 !
Des auteurs français seront-ils un jour édités ou s’agit-il avant tout pour Orbit de maîtriser les traductions de ses auteurs en France ? En cas de parutions francophones, cela pourrait-il favoriser l’exportation d’auteurs français, tel Pierre Pevel chez Bragelonne ?
Rien n’est a priori exclu. Orbit a cette année et l’année prochaine plutôt vocation à publier des traductions, mais…
Quant à exporter les auteurs français, pourquoi s’en priver, si c’est possible ?
Orbit possède une image très forte et bien établie sur le marché anglo-saxon. Mais pour le grand public français, pensez-vous que cela changera vraiment quelque chose par rapport à l’étiquette Calmann-Lévy ? Comptez-vous accompagner le lancement du label avec un site officiel français, un forum, etc. ? : Calmann-Lévy est une structure historique, elle a été fondée en 1836, et elle a publié entre autres des auteurs comme Balzac, Baudelaire, Dumas, Flaubert, Hugo, Stendhal… Aujourd’hui la maison publie avec succès des livres qui n’ont pas grand chose à voir avec la SFF (des polars, comme ceux d’Andrea H. Japp ou de Donna Leon, par exemple, mais aussi des essais et documents, comme ceux d’Anthony Beevor – notamment son D-Day, qui cartonne en ce moment). L’ancienne collection fantasy de Calmann-Lévy n’était pas aisément identifiable. Orbit est certes hébergée par Calmann-Lévy, mais la marque possède un fonctionnement et une ligne complètement autonomes
entièrement dédiée au genre, elle n’est soumise à aucune contrainte graphique ou éditoriale préexistante. Orbit, c’est aussi un nom propre, identifiable, qui signifiera pour le public l’assurance de retrouver sous le label les titres SFF qu’il aime. Plus un rythme de parutions soutenu, des couvertures adaptées à chaque cycle et auteur, un ton différent, et bien sûr un site officiel, un blog, etc.
Maintenant, je vais laisser la parole à Audrey Petit elle-même, directement, qui va nous parler du choix des auteurs qui seront du lancement d’Orbit cet automne et de ses coups de cœur ! : Kristin Cashore, l’auteur de Graceling, est jeune, très futée et extrêmement drôle. Ce qui est déjà pas mal. Mais ce qui est complètement injuste, c’est qu’elle possède un talent exceptionnel : Graceling est son premier roman, et c’est un coup de maître. Elle fait partie de ces auteurs dont on se dit, une fois le premier roman refermé : bon, ça, c’est fait. Qu’est-ce qu’elle va bien pouvoir écrire maintenant ?? Eh bien… Fire. Le deuxième. Qui est encore mieux que le premier (parution Orbit au printemps 2010).
Et Graceling, ça raconte quoi ? L’histoire d’une tueuse. Mais attention, Katsa n’est pas Buffy. Buffy tue pour sauver l’humanité. Katsa, ce serait plutôt la version « gros bras », en beaucoup plus sexy :-). Donc elle tue pour son oncle, un roi despotique, qui l’envoie récupérer l’argent des mauvais payeurs. En passant elle écrase quelques doigts, casse deux-trois jambes, etc. En gros, au début du roman, on est clairement dans un univers dark fantasy. Sauf que… ce sera évidemment plus compliqué. Il y a dans Graceling de vrais moments de bravoure : des combats contre les autres et contre soi, mais aussi des traversées du désert, une enfant grandie trop vite et promise à un destin hors du commun, des sacrifices. Et par-dessus tout, une envie irrésistible de tourner les pages jusqu’à la dernière.
Que dire de plus ? Que le roman s’est placé dans le top ten des meilleures ventes SFF dans les pays où il est paru, qu’il a été traduit dans 17 langues, qu’il a eu 4 prix prestigieux et seulement des critiques 3 étoiles ? Voilà, c’est dit. Vous êtes prévenus.

Il y a aussi Elantris de Brandon Sanderson. Imaginez une cité déchue, ses portes sont closes depuis 10 ans, et depuis 10 ans, les hommes vivent dans son ombre. Et puis un jour, une princesse impétueuse et rebelle arrive pour épouser l’héritier, mais on lui annonce qu’il vient de mourir ; elle est donc veuve sans avoir connu son époux. Elle va tout de même choisir de rester à la cour, à ses risques et périls. Mais surtout, grâce à son caractère, elle va mettre le doigt dans un engrenage qui lui permettra de découvrir ce qui s’est passé à Elantris il y a 10 ans… C’est un roman auréolé de mystère et d’un succès public incroyable, puisque le titre a été dans les meilleures ventes du New York Times et qu’il a imposé Brandon Sanderson auprès du public comme l’un des meilleurs auteurs de fantasy de ces 10 dernières années. Elantris a été traduit dans 14 langues et depuis, Brandon Sanderson continue son ascension (il publie cet automne aux États-Unis la suite de La Roue du temps de Jordan, après le décès prématuré de ce dernier). Tous ses titres sont remarquables et remarqués, tous sont des bestsellers, et je ne crois pas me tromper en ajoutant qu’il est très attendu en France :-).

Faisons un tour maintenant sur les terres glacées de J.V. Jones, glacées mais pas stériles, car le sens du récit de la dame est prodigieux, et elle est passée maître dans l’art délicat de la gestion de l’émotion. Elle l’avait déjà prouvé dans son cycle du Livre des mots (repris au Livre de Poche Fantasy) ; elle le confirme dans celui de L’Epée des ombres. Imaginez les univers âpres de Conan, et l’ambiance violente et tourmentée de la BD de Bourgeon, Les Compagnons du crépuscule. Vous obtiendrez l’esprit du dernier cycle de J.V. Jones. Et l’histoire ? Ca se passe sur les maleterres, une région hostile, figée dans un hiver éternel. Des clans se disputent les terres, des seigneurs complotent pour faire advenir le chaos. Et au milieu de tout ça, on suit les péripéties de Raif, un archer surdoué, et de Ash, une adolescente promise à un destin chaotique. L’Epée des ombres est le cycle le plus ambitieux de Jones. J’ai relu récemment l’interview que vous aviez faite de l’auteur sur ce cycle, et elle y disait deux choses qui me touchent particulièrement : la première, c’est lorsqu’elle explique que ses personnages ont des défauts terribles, et que les livres suivants leur donne des occasions de grandeur, de rédemption. La deuxième, c’est son souci constant que la fantasy épique qu’elle écrit ait un lien direct avec nos vies – oui, je reconnais cela, je l’ai ressenti. J’aurais fait ce choix, etc. C’est une façon passionnante d’aborder le genre, non ?

Et puis en novembre il y aura Robin de Stephen Lawhead. Stephen Lawhead, c’est des millions d’exemplaires vendus à travers le monde, et des milliers en France, c’est le Cycle de Pendragon, mais aussi La Saga du Roi Dragon ou encore Le Chant d’Albion. Lawhead est passionné par les mythologies et l’Histoire, il a été traduit dans 21 langues et a reçu un nombre impressionnant de prix. Alors évidemment, si je vous dis Robin, vous me répondez Richard Cœur de Lion, forêt de Sherwood, prendre aux riches pour donner aux pauvres… sauf que non. L’auteur a fait des recherches sur les origines de la légende, et il s’est aperçu que dans les premières histoires, Robin n’était pas du tout le héros à la Errol Flynn qu’on connaît, mais un mufle trousseur de jupons et plutôt couard ; il s’est rendu compte aussi que le peuple qui avait le plus donné de fil à retordre dans l’histoire de l’Angleterre, c’était les Gallois au moment des invasions normandes, notamment sous le Conquérant puis sous son fils William II ; et que bien malin qui pouvait se cacher dans la forêt de Sherwood, avec ses trois bouleaux, mais que celle du Pays de Galles, en revanche, s’y prêtait admirablement ; enfin, que c’était les Gallois qui avaient appris aux Angles et aux Saxons à se servir d’un arc. Bref, Robin se passe donc au 11e, Bran ap Brychan/Robin est gallois et pas tout à fait courageux au début de l’histoire. Bien sûr on retrouve la fougue et l’aventure propre à la légende, mais avec un côté plus violent et plus radical. Et le triangle amoureux, puisque Mérian trouve le Baron de Neufmarché tout à fait à son goût… Comme ce sera d’ailleurs le cas dans le film de Ridley Scott (avec Russell Crowe dans le rôle de Robin, et Cate Blanchett dans celui de Marianne !), qui sortira a priori au printemps 2010.

Enfin un thriller fantastique de Mark Chadbourn, un auteur reconnu dans les pays anglo-saxons, publié par l’excellent éditeur Gollancz en Angleterre, et qui paraît pour la première fois en France. Dans son cycle de L’Âge du chaos, il fait revivre l’univers des sites préhistoriques à travers une histoire palpitante
tout commence à Londres, de nos jours. Deux personnes sont attaquées par une créature terrifiante, sorte de géant, sous le London Bridge. A partir de là, on va comprendre que ce n’est que le début d’une succession de manifestations surnaturelles, une sorte de Nuit sans fin qui va mener tout droit à la fin du monde. S’ensuivra alors une véritable course contre la montre pour tenter de combattre les puissances millénaires qui se sont réveillées (un réveil difficile ! :-)). C’est diaboliquement bien mené, finement écrit, et les personnages possèdent une belle profondeur psychologique.

Voilà pour 2009. Merci à Elbakin.net pour ces questions, et à bientôt !

Audrey Petit

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