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Chien du heaume

Tome 1 du cycle : Chien du heaume
ISBN : 978-235408066-2
Catégorie : Aucune
Auteur : Justine Niogret (Proposer une Biographie)

Ouvrage nominé au prix Elbakin.net 2010

On l’appelle Chien du Heaume parce qu’elle n’a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d’une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l’épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre…
On l’appelle Chien du Heaume parce qu’à chaque bataille, c’est elle qu’on siffle.

Critique

Par Luigi Brosse, le 08/12/2009

« Mené tambour battant, ce récit dense et sombre plonge le lecteur au cœur d’un haut Moyen Âge souvent méconnu. Dans ce monde âpre et rude, Justine Niogret brosse le portrait d’une héroïne forte, entourée de personnages charismatiques portant chacun de bien humaines failles. Elle mêle avec talent véracité historique et ressorts dramatiques typiques de la fantasy. Une trame soutenue par sa prose imagée qui emprunte à la langue médiévale ses accents. »
Ainsi est présenté Chien du heaume dans son dossier de presse. Et si je prends la peine de citer ici cet extrait, ce n’est pas de la facilité, mais tout simplement parce que ces quelques lignes résument de manière très honnête les différents constituants du roman. Décortiquons à présent un peu plus les choses.
Le premier point sur lequel il est à mon avis pertinent d’insister est que ce roman n’est pas de la fantasy à proprement parler. Ou en tout cas pas au sens où on emploie communément le terme fantasy avec ce qu’il sous-entend de merveilleux, de magie. Au mieux, on pourra ici parler de fantastique, dans le sens littéraire du terme, avec quelques éléments / évènements dont on ne sait pas vraiment s’ils sont véritablement surnaturels ou bien présentés comme tels au travers du prisme des personnages. Ceci est néanmoins un détail puisque ces touches sont peu présentes ; le corps du livre s’apparentant plutôt à de l’historique romancé.
On nous parle ensuite d’un mélange utilisant les « ressorts dramatiques de la fantasy ». Le terme semble de prime abord peu parlant, mais est pourtant parfaitement adapté au scénario qui nous est présenté ici. Le premier de ces artifices c’est bien sûr de choisir un « héros orphelin » : dans notre cas, il s’agit d’une héroïne, Chien du heaume. Bien sûr, il s’agit d’un pseudonyme et toute la trame de l’histoire tourne autour de la quête de son vrai nom. Voilà pour votre dose de poncifs !
On assiste ainsi à une première volée de pages qui est loin d’être flamboyante. Heureusement, cet état de fait ne s’éternise pas, la quête passant peu à peu en arrière-plan dès le second quart de l’œuvre. Ce basculement est notamment dû à une plongée très riche dans la psychologie des personnages - sur laquelle nous allons revenir juste après. Pour terminer, on ne peut néanmoins que grincer des dents sur la conclusion du roman et de la quête, avec une fin très plate et sans grande saveur.
Le cœur de l’ouvrage ce sont clairement ses personnages. Tous sont terriblement humains, avec leur failles mais aussi leurs forces. Ces différentes facettes laissent ainsi la part belle à l’identification du lecteur, à son exploration des relations entre les protagonistes. On est très vite attiré par leur charisme : que ce soit la noblesse du Sanglier, le côté bourru de Regehir, la beauté de Iynge, le mystère de la Salamandre ou bien sûr le déchirement intérieur de Chien. Le seul (petit) reproche que l’on pourrait faire en ce qui concerne la psychologie des personnages serait une héroïne étrangement « asexuée ». Alors que l’auteur justement ne mâche pas ses mots en ce qui concerne la violence et le sexe de manière générale, elle se fait très discrète dès lors que Chien entre en scène. Étrange.
Penchons-nous à présent sur l’écriture de Justine Niogret. Peu de faux-pas au cours de ce roman : l’écriture est de manière générale assez fluide, le vocabulaire plaisant et recherché. On notera cependant que l’auteur a tenu à utiliser un certain nombre de tournures et d’expressions « archaïsantes » afin de donner une plus grande profondeur à son récit. C’est un exercice difficile. Si globalement il est plutôt réussi, notamment dans le dosage, j’ai personnellement trouvé que parfois cela brisait le rythme de la lecture, sonnant un peu artificiel. Néanmoins, l’ensemble reste très plaisant à lire, avec une belle maîtrise de la langue et des formules - certaines tirades étant vraiment magnifiques.
Finissons ce tour du propriétaire en évoquant l’objet livre lui-même. La couverture attire l’œil, c’est certain. On pourrait de prime abord la trouver un rien commerciale, mais là aussi, elle colle néanmoins remarquablement au livre. Cette guerrière armée de sa hache représente bien Chien, de même que les tons froids ainsi que les flocons symbolisent à la perfection l’atmosphère du roman. On notera également un bel effort au niveau des coquilles (seulement une lettre manquante).
En conclusion, j’aimerais réagir à quelques phrases que j’ai pu voir écrites à propos de Chien du heaume. Entendre crier au miracle en parlant de ce livre me semble clairement abusé. De même lire que « seuls les personnages donnent corps au récit » me fait voir rouge et piétine avec allégresse la nécessité d’un bon scénario pour espérer décrocher l’excellence. Or, cet aspect scénaristique, Justine Niogret n’en a pas prouvé la maîtrise ici. Cela n’enlève rien à la qualité générale du manuscrit puisque l’auteur fait preuve, sur bien des points, d’un certain talent. Mais soyons honnêtes et appelons cela un bon premier roman. Ce premier essai saura d’ailleurs très certainement trouver son public ; public qui attendra sans doute avec impatience le roman suivant de l’auteur.

PS : Les lecteurs arrivant jusqu’au bout découvriront une Justine Niogret à la tonalité bien différente dans les bonus du livre. Cette Justine « drôle », comme elle se plaît à se dépeindre, se trouve en complète opposition avec le ton finalement assez froid du roman. N’ayant découvert cette dichotomie qu’une fois parvenu aux dernières pages, j’avoue que je l’ai néanmoins ressentie instinctivement tout au long du roman. Je m’interroge donc sur l’intérêt d’écrire une histoire si profondément différente de sa nature profonde et je pense qu’une partie des maladresses auraient pu être évitées tout simplement en choisissant un thème plus adapté. Il va sans nul dire que j’attendrai avidement le prochain livre de l’auteur, pour peu qu’elle pointe dans cette direction.

7.5/10

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