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Arachnae

Tome 1 du cycle : L' Archipel des Numinées
ISBN : 978-235408050-1
Catégorie : Aucune
Auteur : Charlotte Bousquet

Des bas-fonds les plus sordides aux éclats de la cour princière, la cité d’Arachnae se livre sans fards, gangrenée par l’horreur et les excès. Dans le Labyrinthe où se côtoient la misère et le vice, des cadavres d’enfants torturés sont retrouvés. Théodora, la belle bretteuse libertine, est contrainte de s’allier avec l’austère Capitaine Gracci pour faire cesser ces crimes, alors qu’une guerre souterraine sans merci se joue entre le prince Alessio et les Moires, ses conseillères, et qu’une secte mystérieuse semble étendre son influence sur l’aristocratie décadente.
Ces alliés que tout oppose parviendront-ils à dénouer la trame des possibles, ou se laisseront-ils engluer dans la toile de la Destinée ?

Critique

Par Luigi Brosse, le 05/05/2009

Les éditions Mnémos connaissaient ces derniers temps une période un peu creuse, à la recherche en quelque sorte d’une « nouvelle » identité littéraire. Si on ne devait retenir qu’une chose d’Arachnae, c’est que la direction donnée par ce roman est à privilégier pour la suite.
Commençons par parler de la forme avant de parcourir les pages du livre. Arachnae tire ici bien son épingle du jeu avec une magnifique couverture signée Elvire de Cock (que l’on a pu retrouver en collaboration avec Fabrice Colin sur Tir Nan Og). Sans être trop tape-à-l’œil, l’accroche graphique sort néanmoins de l’ordinaire de par son trait et donne de bonnes indications sur le contenu de l’histoire. Qui plus est, elle s’intègre agréablement à la nouvelle maquette de chez Mnémos.
Pénétrons à présent les profondeurs obscures d’Arachnae, capitale de l’île éponyme. Présenté comme de la « dark fantasy », le scénario sombre et ses personnages tout en nuances de gris ancrent incontestablement ce roman dans ce sous-genre. Néanmoins, ce serait un raccourci malencontreux de cantonner ce livre à cette seule étiquette. On y retrouve en effet des très fortes effluves de polar, voire de thriller qui apportent une certaine dynamique à l’ensemble. Mais le roman évoque aussi très vivement une certaine fantasy féminine et sa psychologie poussée. La comparaison avec A la Pointe de l’épée semble d’ailleurs assez pertinente.
Mais Charlotte Bousquet n’en est pas à son coup d’essai et ne tombe pas dans les pièges de la copie. Au contraire, elle développe ici une fantasy qui lui est propre. L’un des atouts de l’ouvrage est sans contexte son action rapide, au découpage très dynamique. L’alternance des points de vue des locuteurs est gérée de main de maître, là où d’autres auraient sans doute trébuché, perdant par là-même le lecteur. Ce n’est pas le cas ici : l’enchevêtrement des trois intrigues principales s’intègre bien avec le léger suspens des enquêtes pour aboutir à un livre que l’on a du mal à reposer avant d’avoir tourné la dernière page.
Abordons à présent la noirceur vantée en quatrième de couverture. Que les afficionados de Glenn Cook et autres Steven Erikson ne se réjouissent pas trop vite, l’auteur insiste ici davantage sur la mise en scène, évoquant, esquissant plutôt que d’utiliser le point de vue chirurgical du polar. Mais cela n’enlève rien au sérieux des thèmes abordés ; des thèmes qui, bien qu’abordés via le prisme de la fiction, peuvent aisément donner à réfléchir sur des problèmes d’actualités. Simplement, Charlotte Bousquet ne s’appesantit pas sur la crudité des situations, ce qui conviendra sans doute à un public plus large. Et si le ton du texte apporte son lot d’orgies, de meurtres et de rites occultes, elle n’en profite pas pour accumuler les clichés ou autres facilités.
Une démarche que l’on retrouve dans la gestion de ses personnages. Avec Arachnae, les archétypes sont plutôt pris à contre-pied : pas de princesse apeurée ni d’orphelin guidé par une prophétie. Les protagonistes font preuve d’une maturité bienvenue, avec des problématiques d’adultes. La bretteuse Theodora y joue la figure centrale, mais on ne verse pas pour autant dans la miévrerie d’un roman féminin. La balance entre hommes et femmes est d’ailleurs plutôt bien équilibrée, ce qui renforce encore l’aspect réel développé par le côté fouillé des personnages. Chacun possède ses motivations, jamais manichéennes, mais plutôt fruit de son passé et de ses aspirations. Que peut-on demander de plus quand on vous offre en supplément une bonne couche de machiavélisme et des esprits retors ?
Au chapitre des regrets, certes peu nombreux, on pourra citer la présence d’encore quelques coquilles (heureusement en très nette diminution, mais celle de la dernière page n’aide pas à terminer sur une note positive). Il y a également quelques tournures qui ne sonnent pas bien dans la bouche de leur locuteur, mais cela reste très anecdotique. On sent également que Charlotte Bousquet a encore de la réserve au niveau stylistique et qu’elle pourrait facilement devenir une plume à surveiller. Enfin, le plus gros point noir est sans doute le manque d’empathie que peu ressentir le lecteur vis-à-vis des personnages principaux. Le côté « dark fantasy » et la rapidité du déroulement du livre en sont probablement les responsables. Sans être le moins du monde ternes à la lecture, il est probable qu’ils ne laisseront pas un sentiment indélébile en mémoire.
En conclusion, ces petits désagréments n’entacheront en rien la qualité de cet ouvrage. Doté d’un scénario solide et d’un ton bien à lui, Arachnae est un roman francophone comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Félicitons donc Mnémos et sa nouvelle collaboratrice Charlotte Volper pour avoir pris ce pari.

8.0/10

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