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The Fall of Gondolin

ISBN : 978-000830275-7
Catégorie : Tolkien
Auteur : John Ronald Reuel Tolkien

A la manière de Beren et Lúthien, Christopher Tolkien nous présente les travaux de son père sur l’ultime Grand Conte de Jours anciens, Tuor et Gondolin.

Critique

Par Foradan, le 10/10/2018

L’instant est solennel.
Ceci est le dernier fragment du Legendarium, l’histoire de Tuor et de Gondolin, avec des hauts faits à la mesure du Premier Âge.
Il restait un doute l’an dernier dans la préface de Beren et Lúthien, le voici levé ; à 93 ans et plus de quarante ans à éditer l’œuvre immense de son père, Christopher Tolkien livre le conte ultime, bouclant ainsi la gageure initiée en 2007, avec Les Enfants de Húrin : publier les Trois Grands Contes du Premier Âge (toutes les majuscules comptent).
Le Silmarillion est la toile de fond de ces récits, concentrés sur la fin d’un Âge, quelques années seulement, et sur quelques individus, essentiellement des humains parmi tant d’elfes forts et sages. Là encore, le livre s’attache spécifiquement à suivre une histoire, avec un simple rappel contextuel dans le prologue. Point n’est besoin de connaître la genèse de l’univers et les chronologies de tous les seigneurs elfes qui ne participent pas directement à l’histoire de Tuor, l’ouvrage se veut accessible à tous, sans pré-requis d’avoir lu tous les écrits précédents.
Particulièrement pour celui-ci, arrivant en dernier, il se permet de faire le lien avec les autres grands contes, Túrin et Beren (Elrond étant le descendant de Bregor aux 5° et 6° degrés, un arbre généalogique simplifié se trouve en fin d’ouvrage).
Pour la forme, la composition reprend celle de son prédécesseur, pour dérouler l’évolution de la perception de cette histoire, de ses ébauches à sa forme la plus achevée. En tant qu’auteur, J.R.R. Tolkien n’a eu de cesse de réviser ses textes, dans une recherche de cohérence et de satisfaction personnelle, en centrant ses efforts sur certaines séquences et laissant les autres dans leur état d’achèvement. Nous nous trouvons en pleine archéologie littéraire, plongeant dans les racines du récit, constatant que le conte original n’accorde que quelques pages au voyage de Tuor vers Gondolin, mais décrit la bataille finale en détail, tandis que la version la plus récente (plus de trente ans après) enrichit le voyage mais expédie la bataille en un paragraphe.
Ce livre comprend six versions du conte : l’originale, complète  en 55 pages ; le premier essai en 2 pages ; une tentative de réécriture sur 6 pages ; l’esquisse du premier Silmarillion qui apporte des changements majeurs pour inclure ce conte dans le grand ensemble, en 8 pages ; la version quenta noldorinwa du Silmarillion complet en 17 pages ; l’ultime version de 58 pages qui s’arrête quand Tuor est en vue de Gondolin (pour ainsi dire, l’illustration de couverture).
Autrement dit, de 1916 à 1951, 35 ans de travail sur un conte grandiose, auparavant disséminés entre les parutions du Silmarillion, contes et légendes inachevés, les contes perdus, les lais de Beleriand, dorénavant regroupés avec les commentaires sur son évolution. On y trouve, notamment, un détail des raisons ayant conduit Tolkien à abandonner ses écrits inachevés, au nombre desquels les versions révisées du lai de Leithian, du conte de Tuor et la chute de Gondolin, les Annales Grises de Beleriand, la révision de la Quenta Silmarillion, mais aussi du Grand conte d’Eärendel (ou conte du Nauglafring). A ce moment là, le Seigneur des anneaux, pourtant achevé, n’était pas publié et risquait de ne pas l’être, pas plus que le Silmarillion, conçus pour être la saga des Joyaux et des Anneaux.
Ensuite, le temps et l’énergie ont été sollicités par trop de choses pour qu’il revienne à nouveau poser son ouvrage sur le métier. Aussi copieux que cela paraisse à la lecture, cela reste une histoire inachevée : tous ses éléments sont connus, en recompilant les textes, la nouveauté réside dans les commentaires, par la personne qui connaît le mieux cet univers.
Du prologue à la conclusion, Christopher Tolkien nous guide, pas à pas, sur la longue route de la création, évoquant des anecdotes biographiques, des événements qui se sont intercalés entre deux étapes de son écriture. Il est rare d’avoir un tel compagnon de lecture, capable d’enrichir le texte de remarques comme (je paraphrase) « à ce moment là, ce n’était pas une histoire du Premier Âge, comme elle allait le devenir, car il n’y avait encore ni Deuxième ni Troisième Âge ; pas plus qu’il n’y avait de Númenor, de hobbits ou d’Anneau ». Un rappel, s’il était besoin, que Tuor précède Bilbo et Frodo de plusieurs décennies.
Arrive maintenant la question cruciale que chacun se pose : ce livre est-il pour moi ?
Je propose plusieurs réponses, selon que vous soyez un lecteur compulsif qui connaît déjà le nom de la hache de Tuor, un lecteur qui aime les splendides images d’Alan Lee, un lecteur intimidé par le Silmarillion, un lecteur curieux de voir comment un texte vit pendant cent deux ans (j’ai parlé d’archéologie littéraire, entre les périodes de rédaction, l’exhumation et parution des divers fragments, il a coulé de l’eau aux bouches du Sirion) ou un lecteur qui ne connaît pas Tolkien (mais fasciné par cette chronique).
Oui, ce livre est fait pour vous, que ce soit pour avoir tous les textes réunis et regroupés, les commentaires avisés, les illustrations magistrales, le souffle épique (c’est quand même la seule fois qu’un mortel fait la causette avec un Vala), le cheminement créatif, la clarté de présentation de mettre en lumière Gondolin hors du Silmarillion.
Mais de par sa structure, je ne recommande pas ce livre pour découvrir Tolkien et son imaginaire. Le HobbitLe Seigneur des anneaux ou Les enfants de Húrin (pour rester dans cet Âge du monde) sont plus faciles d’accès, avec une histoire complète à découvrir. Et quand vous voudrez savoir d’où viennent Elrond, l’épée de Gandalf (et de Bilbo), pourquoi le chant de la mer est envoûtant, ce livre sera fait pour vous.
Et là, vos larmes seront amères en lisant « le triomphe de Morgoth est désormais absolu ».

8.0/10

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