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Les Monstres et les critiques et autres essais

Titre VO: The Monsters and the Critics and Other Essays

Catégorie : Aucune
Auteur : John Ronald Reuel Tolkien

Fées, dragons et chevaliers ; runes, poèmes, langues inventées ; c’est l’essence même du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion qu’il nous est donné de (re)découvrir dans ces sept essais et conférences, qui évoquent le conte de fées et la fantasy, les langues ou la littérature médiévale.
Dans ces textes, rédigés entre 1931 et 1959, se déploie le caractère profondément humaniste (et souvent méconnu) de J.R.R. Tolkien, tour à tour lecteur, traducteur, linguiste, enseignant, et surtout créateur.
Ce volume inclut une nouvelle traduction de l’essai Du conte de fées.

Critique

Par Foradan, le 18/12/2012

Les monstres et les critiques et autres essais regroupe 7 conférences prononcées de 1931 à 1959 (sauf Traduire Beowulf) ne s’adressant pas à un lectorat spécialisé (mais néanmoins connaisseur).

  1. Beowulf : les monstres et les critiques (conférence à la British academy du 25 novembre 1936) cible un point particulier de Beowulf : il place au centre des détails et laisse en marge des points importants, et pour Tolkien, tout tient à savoir s’il s’agit de différencier un récit à valeur historique ou poétique. La faiblesse narrative du poème renforce sa crédibilité historique, c’est dans l’absence de détails que se trouve le point de vue en temps réel de l’auteur : s’il y avait omniscience du narrateur, la crédibilité y perdrait.
    Quand aux monstres, « un seul dragon, aussi brûlant que soit son feu, ne fait pas le printemps », les monstres (Grendel et sa mère, Fafnir) font le charme de Beowulf jalonnent la vie du héros, héros qui ne vit que par ses exploits sur les monstres.
    « Quelles que puissent être ses origines, réelles ou fictives, le dragon de légende est une création puissante de l’imagination des hommes », « les monstres restant les ennemis du genre humain, ils sont inévitablement devenus les ennemis du Dieu unique… les esprits du mal se sont incarné dans les monstres….le salaire de l’héroïsme, c’est la mort  ».

  2. Traduire Beowulf est une contribution préliminaire à une traduction en prose de Beowulf (1931) portant sur la traduction, le vocabulaire et de la métrique de poème vieil anglais.
    « la correction ou le perfectionnement d’une traduction utilisée en comparaison étroite avec un texte convenablement étudié est un bon argument en faveur de l’usage scrupuleux du crayon »
    La partie consacrée à la métrique, aux hémistiches, aux accentuations, à l’allitération et à la synonymie peut paraître très technique de prime abord, mais éclaire brillamment sur la complexité de la poésie ancienne.

  3. Sire Gauvain et le chevalier vert (14/04/1953). Ici, Tolkien étudie cet ancien texte sous un angle particulier, le « conte de fées » élargit le paysage et les personnages « historiques » : tout se joue autour du choix de Gauvain entre la vertu et la courtoisie, les règles de conduites morales et le « code de l’honneur ».

  4. L’essai Du conte de fées (nouvelle traduction) du 8/03/1939 explore les terres de Faërie, « un conte de fées est un conte qui aborde la Faërie ou y recourt, quel que puisse être l’objet principal », Faërie étant le royaume dans lequel les fées ont leur être. « Il est essentiel au conte de fées d’être présenté comme vrai », Faërie est la Magie, la sub-création, l’imagination [fantasy], les contes de fées parlent des aventures des hommes dans le Périlleux Royaume ou à sa lisière, à la croisée des chemins, là où la magie doit toujours être prise au sérieux.
    Il ne faut pas confondre le conte de fées avec le récit de voyage, le récit onirique et la fable animalière : dans le conte de fées, le Monde secondaire (Faërie) est « vrai » et présenté comme tel, l’incrédulité détruit la magie « la croyance littéraire est la suspension volontaire de l’incrédulité », mais l’Enchantement créé par la Croyance secondaire est beaucoup plus fort, involontaire et immédiat. « Le d ragon portait bien en évidence la marque du pays de Faërie ; dans quelque monde qu’il existât, c’était un Autre Monde » ; la fantasy, en créant d’Autres Mondes, est l’imagination créatrice de réalité par l’Art du conteur, celui qui donne « la consistance profonde de la réalité ».
    L’Enchantement crée un Monde Secondaire dans lequel lecteur et narrateur peuvent tous deux entrer ; alors que la Magie (opérations du magicien) produit (ou essaye) un changement dans le Monde Primaire, c’est une technique pour dominer les objets et les volontés. (distinction reprise plus tard par Galadriel devant Frodo et Sam).
    Le conte de fées a pour fonction le « désir d’évasion » (avec le fardeau de l’immortalité) et surtout, celui de l’eucatastrophe, la Fin Heureuse, le retournement joyeux et soudain.
    « Tous les contes peuvent devenir réalité ».

  5. L’essai l’anglais et le gallois (conférence du 21/10/1955) contient des aspects techniques linguistiques nombreux , nous retiendrons que « la langue est le premier facteur de différenciation des peuples », et que les diverses modifications des langues celtes font du gallois (et de ses variations) le modèle des noms de lieux et de personnages du Seigneur des Anneaux (note 33 page 244).

  6. Un vice secret (« les langues artificielles ou faites maison  ») probablement 1931 : présentation brillante de la genèse et des mécanismes de création d’un langue nouvelle : « une langue a pour intérêt la relation entre le son et le sens  », elle sert à la fois d’outil de communication et de source de plaisir du son articulé ; d’autre part, fabriquer une langue et une mythologie vont de pair, la langue engendre une mythologie (et quelques poèmes inédits comme illustration).

  7. Discours d’adieu à l’université d’Oxford (5/6/1959) : le professeur Tolkien règle ses comptes avec les luttes intestines qu’il a rencontré dans sa carrière, entre langue et littérature : « j’ai dans le sang la haine de l’apartheid et je déteste par-dessus tout la ségrégation entre langue et littérature » .

 

8.0/10



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