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Rencontre avec Michael Moorcock, en cet an de grâce 2007…

Par Gillossen, le mardi 5 juin 2007 à 11:05:36

L'affiche du festivalDu 26 au 28 mai dernier, s'est tenu comme chaque année à Saint-Malo le festival Etonnants Voyageurs, et ce malgré une météo des moins commodes cette année !
Toujours est-il que parmi les invités de cette 18eme édition, le festival breton pouvait notamment compter sur la présence de nul autre que... Michael Moorcock en personne ! Parmi les légendes du genre, tous ne sont plus là, et un tel monstre sacré ne pouvait se manquer !
Linaka nous a ainsi très gentiment fait parvenir le récit d'une rencontre qui avait de quoi émouvoir...

Michael Moorcock à Saint-Malo !

Michael MoorcockL'année dernière, le Festival Etonnants Voyageurs de St Malo bénéficiait d'un soleil radieux. Avec un peu de chance, on passait par les portes de côté (grandes ouvertes pour que le salon ne se transforme pas en étuve) et l'on ne payait même pas.
Le 28 mai 2007, la mer était déchaînée et les murailles de St Malo étaient fouettées par des rafales de vent à 100 Km/h, excusez du peu.
Mais il y avait Michael Moorcock en dédicace, ce lundi. Et rien n'aurait pu empêcher trois admiratrices rennaises d'aller le voir. C'est ainsi qu'après un week-end champêtre passé en Mayenne, la Comté du nord-ouest, nous partîmes toutes trois dans ma fidèle Renault 11 en direction de St Malo. Notre quête digne d'Elric avait commencé, et Stormbringer n'avait jamais mieux mérité son nom. La voiture était prête à s'envoler sur la route, les trombes d'eau masquaient le paysage et nous nous demandions si nous finirions pas atteindre le Graal avant de finir dans un fossé breton. Mais les murailles de St Malo tenaient bon, même si le vent faisait voler le sable de la plage jusque sur la rue. Garées par miracle sur une place gratuite, nous nous sommes extraites de la voiture, pour voler littéralement jusqu'à la porte d'entrée principale du Festival.
Pour les non-Bretons, voici une petite description des lieux. Le festival se tient derrière le Palais du Grand Large de St Malo, lequel fait face à la mer. Tous les stands et intervenants sont placés en partie sous un bâtiment en dur, en partie sous de grands chapiteaux blancs. Or, les chapiteaux en question menaçaient de s'écrouler, et le toit de l'un d'eux volait gaiement au gré des bourrasques. Mais nos esprits trop naïfs ou trop obnubilés par l'aura de Moorcock n'ont fait le lien qu'en se trouvant face à un homme trapu de la sécurité, qui renvoyait allègrement tous les visiteurs chez eux. Eh oui, la fantasy ne fait pas le poids face au vent: le festival était fermé. Pas de Moorcock, pas de Bordage, pas de dédicace.
Nous offrions sans doute un tableau assez pathétique, luttant contre le vent, transies, dépitées au plus haut point. Un bon chocolat chaud nous donnerait sans doute assez de force pour rentrer chez nous. Nous entrons donc dans le premier café venu, pour en ressortir dix minutes plus tard, drapées dans notre dignité mouillée, pestant contre les serveurs qui nous avaient royalement ignorées. Le deuxième café obligeait les fumeurs à aller en terrasse, et à attraper une pneumonie dans les dix secondes, tandis que le troisième nous proposait un chocolat chaud à des tarifs dignes du Ritz. Nous atterrissons pour finir dans Le café du bout d'à côté d'en face (si si, c'est son vrai nom), le seul que je connaisse qui ait des balançoires au comptoir en lieu et place de tabourets, et nous prenons enfin un chocolat chaud en admirant le décor extravagant. Et dans ce décor se trouvait un petit groupe de personnes portant un badge autour du cou, et sur leur visage l'inscription « Intellos snobs intervenants du festival ». La quête se poursuivit quand, en sortant des toilettes tout aussi extravagantes que le reste du bar, je tombe sur un bon vieux libraire de Laval, qui ranime nos espoirs congelés. Une commission de sécurité se réunit, et à 12h30 nous saurons si, oui ou non, le festival rouvre ses portes. A 12h45, une autre rencontre aux toilettes avec une intervenante grognon (qui n'aurait pas dû mettre des sandales ouvertes ce jour-là) me confirme que le festival rouvre bel et bien ses portes, ô joie!

Mais encore faut-il trouver Michael. Les responsables du stand Hachette où il doit venir signer ne savent rien: les auteurs se sont apparemment égaillés dans la campagne, et nul ne sait quand ils reviendront, ni si même ils le feront. Après une heure environ d'attente, passée à flâner entre les stands déserts et à lire dans les fauteuils du festival, une tête connue apparaît enfin: Pierre Bordage! Toujours aussi aimable, le monsieur aux yeux bleus: après avoir dédicacé nos livres, il discute un peu avec nous, plantées derrière son stand comme des païennes recevant la bonne parole. Nous apprenons ainsi que Mr Bordage travaille environ de 8h30 du matin à 18h, avec une pause le midi. Malgré son expérience en matière d'écriture, il lui arrive toujours de ne pas aimer ce qu'il vient d'écrire – mais peu lui chaut! Il faut continuer à écrire, sans cesse, et passer le cap. Il n'a pas l'habitude de faire des plans quand il écrit, contrairement à ce que l'on nomme les écrivains structuraux. Il serait plutôt un scriptural: ses personnages et les situations conduisent le récit, et l'emmènent jusqu'à la conclusion. Ces quelques mots d'encouragement rassurent les pseudos-écrivains que nous sommes – quoi de mieux qu'un écrivain réputé pour vous donner des conseils d'écriture?
J'en profite alors pour lui demander s'il a des nouvelles de Moorcock et - ô soulagement – il me répond qu'il est bien là, et qu'il l'a laissé en train de manger (comment cela, Moorcock aussi mange? Il est humain alors?). Nous quittons donc notre écrivain français à regret, pour tourner comme des âmes en peine autour des stands. J'apprends que Pierre Dubois, exerçant le métier évocateur d'elficologue, est lui aussi attendu au festival (il serait pour le moment à la buvette). Pour quelqu'un qui aime la fantasy, Mr Dubois est en quelque sorte le pape du genre (pour continuer dans la métaphore religieuse). Je me mets donc en quête d'un bonhomme à grande barbe, aux allures de magicien (dixit Pierre Bordage).
Tiens, en voici un! Un mètre soixante-quinze environ, un béret de tweed vissé sur le crâne, les cheveux et la barbe d'un blanc jaune, et d'énormes lunettes de myope sur le nez. Le bonhomme porte un nœud papillon et un veston à l'ancienne, ainsi qu'une... énorme chaussure orthopédique et une canne. L'air perdu, il regarde tout autour de lui comme s'il cherchait quelque chose.
Il n'a donc que la barbe en commun avec Pierre Dubois, ce qui est bien peu, et je continue ma quête. C'est alors qu'une main tire ma manche, et qu'une voix excitée me chuchote à l'oreile: « Moorcock est arrivé, il est assis au stand! » Assis derrière la table couverte d'exemplaires de Mother London, son dernier livre, une barbe, des lunettes, et un nœud papillon... Le boiteux, celui-qui-n'était-pas-Dubois... Michael Moorcock.
Je remercie silencieusement Arioch et tous les dieux du Chaos qui veulent bien m'entendre de ne pas m'être ridiculisée en allant le voir pour lui demander s'il n'était pas par hasard Mr Dubois (imaginez-vous demandant à Léonard de Vinci s'il ne serait pas par hasard votre ancien prof de math du collège, et vous verrez le résultat).

Pendant que Moorcock s'installait devant sa pancarte (où son nom était mal orthographié), nous restons bêtement à trois pas du stand, regardant ce monstre de la littérature se mouvoir comme un humain. J'avais subitement perdu mes sept années d'anglais, mes genoux et mes moyens. Nous nous sommes laissé cinq minutes, le temps de retrouver tout ça, puis nous nous sommes avancées vers lui. Michael fouinait je ne sais quoi dans son coin, complètement inconscient de notre présence, jusqu'à ce que sa femme Linda Steele qui l'accompagnait lui tapote le bras en disant « Hem, Mike?... »
Un peu perdu, il releva la tête et s'exclama chaleureusement « Oh, Hello! ». Derrière ses grosses lunettes, il a un bon regard affable, et il est difficile alors de s'imaginer que cet homme qui ressemble plutôt à votre grand-père ait écrit des scènes d'amour brûlantes entre Elric et ses rencontres féminines. Je lui tends mon exemplaire du cycle intégral d'Elric, un peu gênée, en lui disant en anglais: « Bien, je crois que je vais vous demander de signer mon livre, s'il vous plaît. »
Pendant qu'il écrit avec difficultés mon prénom breton sur la page de garde, je me concentre pour garder en tête les objectifs principaux: garder son sang-froid, ne pas être ridicule, ne pas perdre son accent et rassembler une ou deux remarques. Rencontrer Moorcock ne se présente au mieux qu'une fois dans une vie, et malgré la nervosité il faut se forcer à poser quelques questions, à prolonger la rencontre rare. Quand il me rend mon livre (qui a maintenant gagné quelques euros de valeur monétaire et beaucoup de valeur sentimentale), je ne trouve rien de mieux que de lui avouer ma nervosité:
« Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer à quel point c'est impressionnant de vous rencontrer. Vous êtes une véritable légende, après avoir crée Elric! »
Impressionnée? Pas du tout. Parce que le bon Mr Moorcock s'exclame « Oh, c'est tellement gentil à vous! », auquel sa femme fait écho, se fend d'un large sourire et me tend spontanément son auguste main par-dessus la table. Je serre ses doigts potelés en bredouillant un « Je vous en prie » mal assuré. Toujours souriant, il ajoute: « Mais ce que vous ignorez, c'est que je suis mort il y a vingt ans. En fait, je suis un robot »
Il est anglais, il est gentil, et en plus il a le sens de l'humour. Moorcock est quelqu'un de génial. Après avoir ri avec lui, je continue: « Alors je suppose que vous ne venez pas souvent en France?
— En réalité, si, me fait-il dans un anglais (Dieu merci!) parfaitement clair et compréhensible. Je passe souvent trois ou quatre mois en France, et nous allons prendre un appartement à Paris. Comme mes enfants et mes petits-enfants habitent Londres, nous pourrons facilement prendre le train pour aller les voir.
— Oh, tant mieux, vous ne connaissez donc pas que le côté venteux de la France. »
Bien charitable, il rit de ma blague un peu piteuse (pour ma défense, j'étais en train de parler à Michael Moorcock, ce qui peut expliquer pas mal de choses). Il était déjà temps de partir, entre autres parce que je ne trouvais plus de sujet de conversation crédible (il y en avait des dizaines, bien sûr, mais j'avais le cerveau en compote).
Il a fallu quitter Michael Moorcock, à regret, et laisser la place à d'autres. Ces derniers n'étant pourtant pas nombreux: mais où sont passés tous les fans français de Moorcock?
Pour conclure, Mr Moorcock est quelqu'un d'adorable. Il a une touche de classe typiquement brittanique, et il déborde de chaleur humaine et de gentillesse. En le rencontrant, on a envie de passer du temps à discuter avec lui d'Elric, d'écriture et de fantasy – autour d'une tasse de thé, bien sûr. Et il écrit des dédicaces à l'image de son caractère:

« Pour Annaïg, avec toute ma considération, à St Malo, 28 mai. Merci pour avoir bravé la tempête Charlie! Meilleurs voeux – Michael Moorcock »


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