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Salon du Livre 2009 : Ange répond à nos questions !

Par Gillossen, le samedi 4 avril 2009 à 15:05:41

Le logoLe 15 mars dernier, dans le cadre de la dernière édition du Salon du Livre de Paris, nous avons eu la chance de passer un moment avec Anne Guéro, la "moitié fille" du duo Ange, qui s'est, comme à l'ordinaire, très gentiment prêtée au jeu des questions/réponses.
Évidemment, nous avons manqué de peu de la mettre en retard pour la séance de dédicaces qui suivait, mais c'est avec le sourire et professionnalisme qu'elle a répondu jusqu'à la dernière de nos questions. Les romans, la bande dessinée, l'édition, la fantasy, le futur... Nous avons tenté de ne laisser aucun sujet de côté, mais, évidemment, comme toujours avec les gens intéressants, nous aurions pu continuer longtemps !
Chers lecteurs, attention : même si nous les avons mis en avant dans cet entretien, sachez d'ores et déjà qu'il peut contenir quelques spoilers. Et merci encore à Ange et aux éditions Bragelonne.

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Notre entretien avec Ange

Que pensez-vous de cette édition 2009 du salon ?
Je n’ai pas d’impression particulière. Pour les auteurs, tous les salons du livre se ressemblent. Cela dépend quel livre on présente, chez quel éditeur on dédicace. Mais les années ne font pas de différence.
Le salon du livre de Paris n’a pas d’identité propre par rapport à d’autres manifestations ?
Ah, ça, ce n’est pas la même question ! J’adore le salon du livre de Paris. J’adore cette immensité, ce labyrinthe, ces bouquins par milliers, cette pléiade d’éditeurs, etc.… Ce salon est symbolique pour moi. On est un « vrai » auteur quand on est invité au Salon du Livre !
C’est toute la littérature qui est réunie, sans distinction de genre.
Oui, on a l’impression de faire partir d’un milieu professionnel, dont tous les membres sont réunis. Et ça me plaît bien.
Et est-ce qu’il y a beaucoup de rencontres, entre écrivains de mondes différents ?
Cela dépend des personnalités. Comme dans toute profession, il y a des communicateurs qui ont des amis partout, et il y a des auteurs qui restent dans leur coin. Moi je suis entre les deux. Il m’arrive de faire des rencontres. Si je me forçais un peu, je pourrais sans doute en faire plus.
Votre retour au roman avec Le Grand Pays était attendu depuis longtemps… Vous a-t-il fallu finalement patienter plus longtemps que prévu ?
Après la sortie d’Ayesha, notre trilogie précédente chez Bragelonne, nous avons attendu trois ans avant de sortir un autre roman. Plusieurs facteurs sont rentrés en compte. D’abord, il y a trois/quatre ans, notre carrière BD a explosé chez Soleil. Soudain, on a eu beaucoup de travail, enfin, encore plus ! De nombreux projets à gérer, et honnêtement c’était le moment de se concentrer sur les BDs. Soleil nous faisait confiance, nous soutenait, ce qui est toujours le cas. Il ne fallait pas manquer cette opportunité.
Ensuite, la trilogie Ayesha avait été très bien reçue, par les critiques et par les lecteurs. En conséquence, j’ai senti une certaine pression. En dédicace, les lecteurs venaient me dire Pour le prochain, on vous attend au tournant. Et du coup, j’ai paniqué. De plus, mon éditeur chez Bragelonne, Stéphane Marsan, est beaucoup plus exigeant avec moi maintenant. Ce qui est flatteur, car ça signifie qu’il pense que j’ai un certain potentiel, mais en même temps, il attend plus de moi, ou mieux…
Bref, il fallait que j’évite la comparaison avec Ayesha. Pour Le Grand Pays, je suis donc partie dans une direction complètement différente. Ayesha était un roman de fantasy réaliste avec des héros adultes, peu de magie et une ambiance de roman historique. Dans Le Grand Pays, j’ai voulu créer un univers avec des héros adolescents, une magie omniprésente, et des démons… Je voulais une atmosphère complexe, sombre, lourde de sorcellerie et de maléfices. Mais ce monde n’est pas spontané pour moi. Naturellement, je vais à une littérature plus réaliste. C’était un choix délibéré – j’avais envie - j’ai envie de construire cette ambiance de conte noir. Mais il ne m’est pas forcément naturel.
Il a donc toujours été prévu de partir avec des héros adolescents durant la plus grande partie du roman.
Attention, SPOILER ! Ne lisez pas la suite avant d’avoir terminé le premier tome.
Vous êtes certain de vouloir continuer ? Très bien.
Cher lecteur, pendant 80% du roman, les héros ont quinze ans. Ensuite, il y a un twist, et une page plus loin, ils en ont 30. Eh bien initialement, je voulais écrire 80% du roman avec un style littérature jeunesse - un ton gai, joyeux, des phrases simples, une histoire classique ; le héros de 14 ans est l’Elu, il va sauver le monde et tomber amoureux d’une belle jeune fille… bref, faire croire au lecteur qu’il avait acheté une série jeunesse de fantasy légère. Puis, après le saut temporel, je comptais prendre un style adulte, puisque que les héros l’étaient maintenant et que l’ambiance, l’intrigue et les thèmes étaient brusquement devenus plus sombres, plus complexes.
Le problème de cette idée était qu’elle me plaisait en théorie…, mais en pratique, je n’aurais écrit ni un roman jeunesse, ni un roman adulte. Je trahissais mes deux lectorats. Du coup, j’ai adopté le même ton pour les deux parties.
C’est peut-être pour ça que le ton change souvent.
C’est vrai. Je suis peut-être plus à l’aise avec des héros adultes.
J’avais été étonné par la structure du roman. Donc en effet c’était prévu.
Oui. L’histoire a toujours été prévue en deux parties très distinctes. Je comprends que ce soit déstabilisant pour le lecteur qui attend de moi un roman comme Ayesha, et qui à la place, suit 80% du temps deux gamins de 14 ans cavalant à travers la campagne. (Ok, ce n’est pas très vendeur ce que je dis là !) Et le lecteur qui s’attache au côté adolescent/histoire d’amour de l’histoire est déstabilisé par la fin qui part dans une toute autre direction. Bref, un concept dangereux. Mais c’était ça que je voulais raconter.
Finalement, avez-vous voulu faire un pied de nez au schéma narratif des romans basés sur une quête ? Car au bout du chemin, les personnages sont tous sauf récompensés de leurs efforts.
Oui. Mais l’expression pied de nez implique un côté moqueur, alors que je le vois comme un hommage, ou plutôt comme ma version du roman classique de quête. Je n’ai rien contre des ados de 14 ans qui sauvent le monde, au contraire. Le Seigneur des Anneaux raconte l’histoire d’un hobbit qui sauve le monde, et c’est mon modèle de fantasy. J’ai voulu m’approprier cette structure très classique et en faire ma version. Ce n’est pas un pied de nez, c’est la version Ange de la quête adolescente, un archétype que j’aime, que j’admire.
Je sais que vous ne serez pas forcément d’accord, mais les liens avec La Geste sont tout de même assez prégnants. Est-ce qu’on peut voir cela comme une variation thématique par le biais d’un format différent ?
C’est la Geste à travers un miroir déformant.
L’univers du Grand Pays est dans mon idée un univers parallèle à celui de La Geste. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas La Geste des Chevaliers Dragons, il s’agit d’une série de BD aux Editions Soleil, dont nous sommes les scénaristes. Des dragons apparaissent, dans un monde médiéval fantastique, sans que l’on sache pourquoi. Leur présence déforme la réalité. Cette espèce de force – la déformation du monde qui les entoure - s’appelle le Veill. Seuls les Chevaliers Dragons, des jeunes femmes vierges, ne sont pas touchées par le Veill, et peuvent donc s’approcher des dragons pour les tuer.
Dans le monde du Grand Pays, ce ne sont pas des dragons, mais des démons, ce n’est pas le Veill, c’est le Voile, et au lieu de Chevaliers-Dragons, nous avons des Tueuses-Démons, qui elles aussi doivent être vierges. Présenté comme ça, vous allez penser qu’il s’agit de la même histoire. En vérité, je pense que l’ambiance n’a rien à voir. Nous avons créé un monde médiéval fantastique pour La Geste, et la série est une sorte de roman de chevalerie dont les héroïnes sont des femmes.
Dans Le Grand Pays, le même concept est transposé dans un monde beaucoup plus noir, beaucoup plus asiatique, avec de la sorcellerie et des maléfices, comme je le disais tout à l’heure. Surtout, le personnage principal est un garçon. Le résultat est totalement différent.
D’ailleurs, si l’on se fie à la fin…
SPOILER - Chers lecteurs, ne lisez pas la suite si vous ne voulez tout gâcher.
Prêts ?
Étant donné que l’héroïne meurt à la fin du premier tome, il y en a une nouvelle pour le second tome, Ja-Ney, une Tueuse-Démon. Du coup, les Démons sont plus impliqués dans l’affaire. Mais les Tueuses restent une force parmi d’autres, même si le deuxième tome se passe presque entièrement dans le Grand Pays, et qu’elles y jouent un vrai rôle. Mais ce n’est pas leur histoire. Ça reste l’histoire de Malïn.
Le roman est-il déjà daté ?
Je crois que le deuxième tome est prévu pour octobre. Je dois l’avoir fini pour juin.
Et a priori …
A priori, ce sera bon. Les auteurs ne sont jamais en retard. Surtout pas moi. Ha !
En parlant de La Geste, à quoi peut-on s’attendre lors des prochains albums ? De nouveaux dessinateurs ont-ils rejoints l’ordre ?
Le prochain tome de La Geste, dessiné par Fabrice Meddour, s’appelle Au Chœur des ténèbres. Le « chœur », pas le « cœur ». C’est un hommage à Joseph Conrad, comme il est indiqué dès le début de l’album. Un peu comme Apocalypse Now était une version de Au Cœur des ténèbres.
Il y a deux autres albums de la Geste en cours. Je ne sais pas lequel va sortir en premier. Un est dessiné par Edouard Guiton et l’autre par Francisco Ruiz. Deux ambiances très différentes. Celui d’Edouard Guiton se passe dans le désert. Le dragon est mort, et une équipe de novices de l’Ordre des Chevaliers Dragon se retrouve coincée dans cet espèce de no man’s land créé par le Veill, avec des créatures, des nomades, des pillards, des esclavagistes... L’album dessiné par Francisco Ruiz, se passe à Messara, la capitale du monde de la Geste. Nous jouons davantage sur le côté intrigues de cour, poison, mystère, espionnage.
Ce sont donc deux albums complètement différents, avec un côté western d’une part, et un côté plus politique dans l’autre.
Le hors-série n’aura pas de suite ?
Le Hors Série de la Geste s’appelle Chevalier Dragon, il est dessiné par un artiste coréen nommé Dohé.
Nous devions écrire un 2ème album pour Dohé, une histoire un peu étrange, un peu manga, un peu décalée de Paradis Perdu. Finalement ça ne s’est pas fait. Je pense que le dessinateur a beaucoup de succès, et très honnêtement, il doit bien mieux gagner sa vie à vendre des centaines de milliers d’exemplaires en Corée que… beaucoup moins en France.
J’aime beaucoup le hors-série de La Geste. Il est très beau graphiquement, mais notre écriture n’était pas assez manga. J’ai peur que nous ayons créé une BD bâtarde, avec une écriture franco-belge. Pour un dessin manga, il faut une écriture manga.
Honnêtement, je ne sais pas si cet album était une grande réussite d’un point de vue histoire. Les lecteurs ont beaucoup aimé la beauté des pages. Par contre, en tant que scénariste, franchement, on a fait mieux.
Et La Porte des Mondes, en parlant d’une autre de vos séries BDs, s’arrête quant à elle.
Oui, et c’est bien dommage. Cela m’attriste énormément, parce que j’adore cette série. Elle avait été très bien accueillie, et Sylvain Guinebaud est un excellent dessinateur.
Ce n’est pas simple de faire une série au long cours. Les lecteurs se vexent à juste titre, quand ils ont investi émotionnellement dans une série et qu’elle s’arrête. Mais le travail est difficile, il faut que le scénariste et le dessinateur tiennent le coup. Le dessinateur doit enchainer les albums pendant des années, sur le même univers, ce qui n’est pas épanouissant. Alors qu’un scénariste peut travailler sur plusieurs projets à la fois.
Pour qu’une série dure, il faut que le scénariste et le dessinateur s’entendent bien pendant des années. Il faut que l’éditeur suive. Il faut que le dessinateur ne parte pas vers une herbe plus verte et mieux payée. Si une série commence à avoir du succès, les autres éditeurs vont s’intéresser à lui. Du coup, le dessinateur aura l’opportunité de travailler sur une série qui vend 3,4 ou 5 fois plus. Et honnêtement, c’est tout à fait normal qu’il parte. (Et là, je ne parle pas de Sylvain Guinebaud en particulier, mais des dessinateurs et des séries interrompues en général !).
Le lecteur est frustré et c’est logique, mais quand il s’agit d’un dessinateur qui a 3 enfants, qui a du mal à payer son loyer, qui bosse comme un malade 23h sur 24h pour gagner 1000 euros par mois, et qui soudain peut en gagner 4000, il faut vraiment être un homme de fer pour résister.
En général, il y a assez peu de séries qui durent en BD. Les séries qui dépassent quatre tomes sont une minorité… et ce n’est pas forcément parce qu’elles ne se vendent pas assez. Il y a beaucoup d’éléments qui rentrent en compte. Parfois, c’est simplement que le dessinateur n’est pas fait pour rester 10 ans à dessiner la même chose !
Mais, encore une fois, je regrette beaucoup l’arrêt de La Porte des Mondes.
Travaillez-vous toujours sur la collection Cherche-Futurs de Soleil et notamment l’adaptation des 9 Princes d’Ambre ?
Pour l’instant, ce projet n’est plus d’actualité. Mais Les Neuf Princes d’Ambre est une série qui a marqué ma jeunesse. Il est tout à fait possible que l’adaptation reprenne un jour. J’aimerais qu’on continue !
Surtout que nous en avons déjà écrit une bonne partie.
Vous aviez donc déjà dû envisager le poids de l’attente des fans, qui n’ont pas épargné les préquelles par exemple ?
Honnêtement, je pense que quel que soit notre travail sur la série des Neuf Princes d’Ambre, les fans nous auraient massacrés. Ce qui m’est complètement égal, ça m’a éclaté de le faire ! En pratique, l’adaptation a été très littérale. En fait, le texte s’adapte comme ca (claquement de doigts), sans rien changer ou presque. Les dialogues de Zelazny sont très dynamiques. Vu qu’il a très peu de différences avec le roman, nous n’avons pas eu l’impression de le trahir.
Bien sûr, on ne peut pas garder toutes les scènes d’un roman – c’est court, une BD ! Et il y aurait toujours des gens pour protester devant la disparition de tel ou tel morceau. Mais c’est normal. Une adaptation est une adaptation.
Moi, le principe de l’adaptation – de livres, de films, de poèmes - me plait. Je pense qu’il faut savoir prendre des risques. Au pire, si une adaptation d’une œuvre que j’aime est ratée, je ne l’achète pas.
Je me rappelle d’une version comics des Neuf Princes d’Ambre où Corwin ressemblait à Conan, torse nu, surmusclé, avec une cape… Une horreur.
Je ne l’ai pas achetée, tout simplement.
La Fantasy vous intéresse-t-elle toujours autant ?
Je pense que je suis un auteur de fantasy avant tout, ou plutôt un auteur de contes. Et le conte est une base parfaite pour la fantasy. Je suis aussi un auteur de science-fiction, polar, jeunesse, etc.… Mais fondamentalement, je suis un auteur de fantasy. Quand des idées me viennent, c’est principalement dans le cadre de la fantasy ou du merveilleux.
Et côté lectures ?
Quand j’étais petite, j’ai lu beaucoup, BEAUCOUP de contes, et de la mythologie. Plus grande, j’ai dévoré Le Seigneur des Anneaux, Les Neuf Princes d’Ambre… et rien d’autre, du moins en fantasy! Je suis ensuite directement passée à la science fiction. Aujourd’hui, en fantasy, je ne lis que les romans de mes amis, comme Henri Loevenbruck, Erik Wietzel, Pierre Pevel ou Mélanie Fazi.
Je crois qu’il ne faut pas que j’en découvre plus. Je risquerais de voler des idées sans m’en rendre compte.
Vous pensez déjà à une autre trilogie ?
Oui, mais je n’en ai pas encore parlé à Stéphane (NdG : Marsan), ni à personne pour l’instant. J’ai une idée de trilogie et une autre de one-shot. Pour ce qui est des idées de fantasy, j’ai de quoi tenir jusqu’à 125 ans !

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