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Mathieu Gaborit et la fin des Chroniques des Féals

Par Luigi Brosse, le mercredi 10 juillet 2002 à 21:08:46

Mathieu GaboritIl y a tout juste un an, nous interviewions Mathieu Gaborit pour la sortie du second tome des Chroniques des Féals. Comme on dit, on ne change pas une équipe qui gagne, et voici donc, en quelque sorte, la suite et fin de cette trilogie.

Nos questions, ses réponses !

Et voilà, les Chroniques des Féals sont achevées. Que ressentez-vous lorsque vous terminez l'une de vos histoires ? La portez-vous encore longtemps en vous après avoir écrit la dernière page ? Ou bien, allez-vous immédiatement de l'avant ?
Je ne m'attarde jamais sur une histoire. Je suis un affamé en terme d'imaginaire et j'ai très souvent d'autres projets en tête sur lesquels je me jette dès qu'un bouquin se termine. Restent les souvenirs, les images, quelques scènes qui vous hantent parce qu'elles n'étaient pas à la hauteur de ce que vous espériez. D'un roman achevé, il me reste toujours des regrets. Sans doute est-ce pour cela que je continue à écrire...
Personnellement, le Roi des Cendres est mon tome préféré de cette trilogie. J'ai particulièrement apprécié que toute l'action ne tourne pas perpétuellement autour de Januel. Mais certains le trouveront peut-être trop en retrait. Est-ce que cela a été difficile d' "écarter" ainsi son héros ?
Non, pas le moins du monde. Au contraire. Januel n'a jamais été pour moi un personnage fondamental tel que Agone, par exemple. Les Chroniques des Féals résumaient bien plus le combat d'un petit nombre, les Ondes en l'occurrence, que le destin de Januel. Même s'il était l'axe de la quête, il ne résumait pas l'essence même du combat qui se jouait entre les Ondes et le Fiel. J'ai toujours vu ce cycle comme l'accomplissement d'une lutte à mort entre Bien et Mal et la manière dont un petit nombre d'individus pouvait peser sur le destin d'un monde.
Dans le même ordre d'idée, et bien évidemment sans vouloir la trahir pour ceux qui n'auraient pas encore lu votre roman - les inconscients ! ;-) - la fin est... assez surprenante, même si on la sent poindre sans vouloir vraiment y croire. L'aviez-vous toujours vue ainsi ?
Oh oui ! J'ai eu la fin en tête avant même d'écrire la première ligne de Coeur de Phénix. Autant l'histoire a-t-elle pu dévier en cours de route sur des aspects secondaires, autant la trame principale était pour moi très claire dès le début. C'est important de savoir ce vers quoi tend un cycle. On ne peut jamais être sûr de son plan, de la construction de ces chapitres mais on doit savoir comment tout cela doit s'achever. C'est un sentier de l'imaginaire qui sait où il va mais qui ne connaît pas forcément tous les obstacles dressés sur sa route. Je ne m'écarte jamais de la trame principale mais je me laisse toujours des espaces pour improviser. Sans cela, je risquerais de m'ennuyer.
Roi de CendresY a-t-il donc une satisfaction particulièrement à "contourner" les attentes logiques des lecteurs face à la figure représentée par Januel dans les deux premiers romans ?
Bien sûr. L'enjeu est de ne pas verser dans la facilité et d'avoir en tête la seule perspective de surprendre. Surprendre pour surprendre, c'est assez facile mais cela n'a aucun intérêt. En revanche, surprendre lorsque vous savez exactement pourquoi, voilà un aspect très agréable d'une heroic fantasy "détournée".
Je trouve que vous conservez admirablement une certaine âpreté au fil des pages, celle du poids de la vérité par exemple. Est-ce quelque chose que vous tenez vraiment à faire passer ou qui vient de toute façon naturellement pour vous ?
Un peu des deux sans doute. Un romancier ressemble bien souvent à un joueur de poker avec quelques cartes maîtresses en main et un talent plus ou moins affûté du bluff. Je n'aime pas les références trop convenues. J'aime les épaisseurs, dans les personnages et les histoires, qu'on épluche au fil des pages.
Il y a de nombreuses images marquantes qui traversent cette trilogie, notamment dans ce troisième tome, avec certaines qui touchent à une dimension mythologique. Que représente pour vous exactement la figure de la Mère des Ondes ? : Une mère écartelée entre le sens de sa cause et l'amour de son fils. Bien souvent, je tente de régler à travers un roman la question qui me préoccupe le plus dans la vie
quelle part de cynisme doit-on conserver pour exister et évoluer dans la vie ? Ou plutôt, jusqu'où est-on obligé de faire le mal pour faire le bien ? Dans une certaine mesure, la Mère des Ondes essaye de répondre à cette question.
Elle est aussi pour moi l'incarnation d'un combat entre magie et humanité. Jusqu'où une créature d'essence magique peut-elle être infiniment humaine dans ses sentiments ? J'aime le principe universel du sentiment. Ce à quoi la Mère des Ondes répond, une fois encore.
Si vous me permettez le jeu de mot, l'ambiance de ce roman est... crépusculaire. Encore une fois, c'est assez rare pour une conclusion. En tant que conteur, est-ce plus difficile à raconter que disons, un épilogue plus convenu ?
Non, pas du tout. Encore une fois, il s'agit de ne pas céder à la facilité, de ne pas vouloir terminer un roman de manière moins conventionnel uniquement pour ne pas faire comme les autres. La fin telle que je la raconte s'imposait. C'est à mes yeux une question de cohérence à l'égard de l'histoire, pas un choix délibéré de vouloir finir sur une note "crépusculaire".
Dans ma critique, j'ai souligné le plus sympathique que constituait les "carnets", compilation de vos écrits parus jusqu'à présent uniquement sur le site de votre éditeur. Sur quel plan les jugez-vous ? Font-ils pour vous partie intégrante de votre histoire, ou bien sont-ils juste des textes d'appoint ?
Un univers présenté dans un roman ressemble à une maison. Vous y invitez vos lecteurs et, si l'occasion se présente, vous décidez de céder la clé de la cave ou du grenier pour y présenter des pièces qui ne sont pas forcément utiles à la vie de tous les jours mais qui font partie intégrante de la maison.
Ces textes ne sont pas utiles à la compréhension de l'histoire. Il s'agit plutôt d'inviter le lecteur à une immersion plus profonde dans l'univers, à lui montrer des aspects du monde qui ne sont pas toujours présents dans le roman.
Certains de nos visiteurs ont des questions pour vous. Commençons par celle-ci. Vous avez touché à d'autres domaines que la littérature, jeu de rôle, jeu vidéo... Quel est le support qui vous plait le plus, et pourquoi cela ?
Le jeu de rôle a ses défauts et ses qualités. Il vous apprend à travailler vite, il vous apprend à vous poser les bonnes questions sur la construction d'un univers cohérent, il vous offre un espace démesuré pour créer. Mais le jeu de rôle est aussi un piège redoutable qui vous renseigne sur le sens même d'une bonne histoire. Autrement dit, des personnages...
Un roman ne doit pas être un prétexte pour présenter un monde. C'est les personnages de votre histoire qui se chargeront, le temps voulu, de lever le voile sur ce monde. Si vous faîtes l'inverse, votre roman ne tient pas la route. Ni plus ni moins.
Le jeu vidéo ne m'a rien apporté de concret. Il s'agit d'une industrie à l'échelle internationale. La création y est réduite à sa plus simple expression même si, avec le temps, quelques scénarios intéressants peuvent émerger. Pour l'instant, le jeu vidéo est pour moi un simple moyen de gagner de l'argent afin d'avoir le temps d'écrire des romans.
Autre question. Est-ce toujours son dernier roman que l'on préfère ? Dans le même ordre d'idée, est-ce que celui que l'on juge le plus "maîtrisé" sur le plan de la narration, de la structure, est forcément celui dont on est le plus fier ?
Oui et non. Oui, parce qu'on progresse dans l'écriture à chaque roman, on apprend de petites choses qui, au fil du temps, vous aident à mieux maîtriser votre histoire.
Non, parce que l'écriture d'un roman obéit à des contraintes très circonstancielles en terme de délais, d'humeurs, etc. Il arrive qu'un dernier roman soit écrit dans de mauvaises conditions et que vous ne soyez pas satisfait du résultat.
Celle-là ne va pas forcément vous plaire... Plusieurs de nos visiteurs nous ont fait savoir qu'ils seraient ravis de vous soumettre une question, mais que malheureusement... Ils n'avaient jamais rien lu de vous. A votre avis, pourquoi les auteurs français souffrent-ils encore et toujours de ce manque de visibilité, au sein même de leur propre public ?
Cela tient surtout à la politique des éditeurs qui ne peuvent pas toujours prendre les mêmes risques sur un auteur français que sur un auteur étranger, bien souvent anglo-saxon. Les lecteurs d'heroic fantasy n'ont jamais été habitués à lire un auteur français. L'immense majorité des romans d'heoric fantasy sont l'oeuvre des Anglo-saxons et même si les choses évoluent, il faudra du temps pour qu'un auteur français puisse revendiquer le savoir-faire des Anglo-saxons dans ce domaine.
Terminons avec une question plus légère. L'année dernière, je vous avais demandé si vous attendiez l'adaptation du Seigneur des Anneaux. Je suppose que vous avez donc vu la Communauté de l'Anneau depuis sa sortie. Votre opinion ?
Je vais sans doute me faire lyncher mais je ne l'ai pas encore vu... Réponse le 6 août à sa sortie en DVD.

Interview réalisée par Gillossen


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