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Chronique du Soupir

ISBN : 978-284228394-0
Catégorie : Aucune
Auteur : Mathieu Gaborit

Lilas, une naine flamboyante, a choisi, depuis la disparition de Frêne, son époux, de prendre sa retraite de Chef de la garde du palais de la Haute Fée pour ouvrir une auberge au bord de la mer, à l’endroit même ou Frêne s’est “ancré” pour l’éternité. Entourée de quelques amis et d’Errence, un elfe qui est aussi son amant, elle mène une existence un peu trop paisible à son goût.
Alors qu’elle s’interroge avec angoisse sur son devenir, son fils Saule, pourchassé par un groupe de miliciens au service de la Haute Fée, fait irruption dans l’auberge. Il serre dans ses bras une fillette de 10 ans, Brune, qui est à l’agonie.
Après quelques heures d’hésitation, et bien que pressentant l’immense danger qui émane de façon indicible de la personnalité de Brune, Lilas décide de les protéger envers et contre tous.

Critique

Par Gillossen, le 20/09/2011

Cela fait déjà longtemps – sur un plan éditorial, dirons-nous – que l’on n’avait pas eu l’occasion de découvrir un roman signé Mathieu Gaborit. Mais il faut dire que cette Chronique du Soupir avait été annoncée depuis un certain temps déjà, avant de finalement arriver en librairie en cette rentrée de septembre.
Par la force des choses, ces « retards » entraînent curiosité et attente. Le retour de Mathieu Gaborit sera-t-il donc convaincant ? Tout dépend ce que l’on cherche. L’auteur explore notamment des thèmes souvent peu exploités en fantasy, pour ne pas dire très rarement : rester avec quelqu’un par confort plutôt que par amour, la teneur des liens familiaux, l’attente, les contraintes de la liberté… Il faut dire qu’il semblait évident à la lecture de la lettre ouverte de Mathieu Gaborit sur le site de son éditeur, Le Pré aux Clercs, que ce roman allait toucher à l’intime. L’auteur l’affirme haut et fort, il a mis beaucoup de lui et de son parcours dans cette histoire. La sincérité de sa démarche n’est donc aucunement à mettre en cause.
Mais le fait est que le roman en tant que tel n’est pas vraiment une réussite accomplie. En superposant à ses personnages un canevas de fantasy épique (globalement) classique mais travaillé (le concept des lignes-vies, le souffle, le « bestiaire », etc…), Gaborit parasite pour ainsi dire sa trame et tisse une histoire finalement un peu terne, qui ne devrait pas forcément combler l’appétit des amateurs de high fantasy pure et dure malgré certaines scories du genre, comme s’il avait fallu en passer par là.
Quant aux autres, peut-être plus aventureux, ou plus curieux, rien ne dit que le roman fera mouche pour autant. Car il faudra passer outre des considérations sur l’Amour (oui, avec un grand A), les regrets, le poids du sacrifice et autres notions du même ordre, abordées par l’auteur le plus souvent avec une naïveté ou une candeur toute adolescente (mais revendiquée et apparemment indispensable, d’après l’auteur). Des réactions souvent étonnantes de la part de personnages au destin au mieux contrarié et soumis à d’amères épreuves. Des personnages, qui, comme les thèmes majeurs abordés, changent du tout-venant de la fantasy épique, à commencer par la figure de Lilas, la naine matriarche, ou bien encore son fils Saule.
Mais difficile pourtant de s’attacher à eux, car, au-delà même du traitement des thèmes abordés à travers ceux-ci, il reste trop souvent une barrière entre les protagonistes de cette histoire et le lecteur demeurant simple spectateur assistant à une représentation encore hésitante. Un flou qui se retrouve finalement à l’échelle de ce roman à la gestation visiblement compliquée : on a parfois l’impression de lire encore un brouillon, comme s’il manquait encore une relecture ou un peu plus de recul sur le récit à considérer dans son ensemble. Sans doute à cause de cette sensation de déséquilibre entre accent mis sur les personnages et leurs relations, leur intimité, et cadre plus épique (que nécessaire ?). Qui se retrouve donc partout : dans l’intrigue finalement dépourvue de tension, dans ces personnages falots qui semblent animés d’une étincelle par trop artificielle à force d’atermoiements ou d’entêtement abscons, et même dans un système de magie plutôt confus, alors que beaucoup de choses tournent apparemment autour de ses principes fondateurs.
Reste une atmosphère singulière et la plume même de Mathieu Gaborit, toujours capable d’ourler de jolies phrases et de toucher au cœur, mais aussi de tomber dans certains travers (des « Elle a froid et ferme la fenêtre. » qui sonnent creux…).
Trop long à trouver son propre souffle, Chronique du Soupir a également bien du mal à tenir la distance. La pagination saute d’ailleurs aux yeux, qu’on le veuille ou non. Police de grande taille, succession de pages blanches entre deux chapitres… Et malgré tout ça, il est bien difficile d’arriver à 300 pages. Non pas que les amateurs de fantasy que nous sommes jugent de la qualité d’un roman à son nombre de signes. Si c’était le cas, certains cycles comme ceux de Terry Brooks ou Raymond E. Feist seraient logiquement parmi les mieux notés du site. Ce qui n’est pas le cas. Mais peut-être que cette histoire aurait été plus consistante sur la forme d’une nouvelle, ramassée, raffinée. De magnifiques romans, fulgurants, peuvent très bien ne même pas atteindre les 200 pages et vous marquer au fer rouge. Mais ce n’est pas le cas ici.
Mathieu Gaborit explique ne plus être en phase avec l’heroïc fantasy (voir là encore notre entretien), ou du moins, une certaine idée de celle-ci. Il décrit son roman comme un testament (une évidence, à la lecture des deux dernières chapitres d’ailleurs, où l’on peut dresser un véritable parallèle entre l’intrigue et la démarche de l’auteur) et explique avoir voulu renoncer à certains passages obligés dudit genre dans le cadre de cette histoire. Il est cependant regrettable qu’il n’ait pas poussé plus loin encore son expérimentation, cette envie de briser les codes, quitte à perdre des lecteurs potentiels, quitte à ce que ce testament se change en lettre de désamour.
Sa nature atypique aurait sans doute pu nous convaincre de façon plus profonde. Mais peut-être fallait-il en passer par là pour découvrir un Gaborit nouveau. Reste désormais à voir la prochaine étape.
La curiosité reste présente.

6.0/10

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