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Nouvelle interview de Paul Kearney

Par Lisbei, le jeudi 13 novembre 2008 à 22:15:53

Paul KearneyNous vous l'avions annoncé l'année dernière dans cette news, Paul Kearney, l'auteur des Monarchies divines, trouvait un éditeur pour son nouveau roman après avoir failli renoncer à l'écriture.
The Ten Thousand, que certains annoncent comme un des principaux romans de cette année 2008, a donc été publié par Solaris Book. En interview sur le site de Pat, l'auteur revient sur son livre, ses projets et ses dernières péripéties éditoriales. En voici la traduction !

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Interview traduite

Sans gâcher le suspens, pouvez-vous nous donner un avant-goût de l’histoire de The Ten Thousand ?
Eh bien, c’est l’histoire d’une armée, d’un groupe d’hommes qui se retrouve pris au piège de circonstances impossibles, et qui ont le choix entre se coucher et mourir ou tenter de trouver le chemin du retour. Cela parle des soldats, du bien et du mal en eux, de la façon dont ils réagissent au monde.
Sans aucun doute, vous avez été influencé par L’Anabasis de Xénophon. Pourquoi cette œuvre en particulier ?
C’est l’une des plus grandes aventures militaires de tous les temps : c’est une bataille, un récit de voyage, une intrigue politique et militaire, le choc de deux mondes. Elle contient tout ; et le cri qui fait vibrer les cœurs de La Mer ! La Mer ! à la fin. Je l’ai toujours adorée.
Etant donné que vous avez dû recommencer quelque chose de totalement nouveau quand vous êtes entré chez Solaris, pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos du chemin parcouru entre le stade du manuscrit et le roman imprimé ?
Je me suis tapé la tête contre les murs pendant environ une semaine, je suis allé me promener un certain nombre de fois avec les chiens sur la plage, et je suis resté les yeux dans le vide pendant un temps incalculable, en essayant de ne penser à rien de particulier ; c’est comme ça que les idées arrivent. Si vous restez assis à votre bureau à regarder fixement un curseur clignoter, rien de bon n’en sortira jamais. C’est une coïncidence, de la chance, une certaine forme d’alchimie intellectuelle. Je ne sais pas vraiment. Je sais simplement que quand j’en ai besoin, les idées arrivent.
C’était la première ligne : elle a germé dans ma tête, et je l’ai bien aimée, et du coup j’ai écrit un paragraphe. Puis j’ai bu une bière, j’y ai repensé, et j’ai écrit le premier chapitre d’un seul jet. Et c’est probablement le meilleur chapitre du livre. Après ça, les vannes de mon esprit étaient ouvertes, et je pouvais continuer sur ma lancée.
Êtes-vous heureux de la façon dont les évènements se sont dénoués ? Quand je suis tombé sur un message de votre propre forum l’an passé, il semble que vous étiez à deux doigts d’abandonner carrément l’écriture. Puis Mark Newton vous a contacté, et quelques mois plus tard, vous venez de publier ce qui pourrait bien être l’un des meilleurs titres fantasy de l’année 2008. Y a-t-il une leçon à tirer de tout cela ?
Il y a plusieurs leçons évidentes et banales à en tirer, en particulier celles qui concernent de grosses dames qui chantent. Je n’allais pas m’arrêter d’écrire parce que je ne pouvais pas écrire ou parce que je ne le voulais pas. J’ai juste pensé que, commercialement parlant, j’étais fini. A la fin de la journée, j’ai besoin de pouvoir remplir nos assiettes, et si l’écriture ne me permet pas de le faire, très bien, elle restera au placard le temps que je trouve quelque chose qui me permette de le faire. Cela fait dix-sept ans que je fais ce métier, et je n’ai que peu d’illusions sur le business éditorial. Pour parler franchement, ce qui compte principalement c’est la chance : c’est aussi simple et effrayant que cela.
Allez-vous faire une tournée promotionnelle pour The Ten Thousand cet automne ? Si c’est le cas, y a-t-il une occasion particulière dont vous aimeriez informer vos fans et vos lecteurs potentiels ?
Pas de tournée, pas de séance de dédicaces. Je ne pense pas que nous ayons le budget pour ça ! Cela dit, si quelque chose se prépare, je vous enverrai un mail.
Quelle est la suite des événements pour Paul Kearney ?
Un autre livre sur les Macht (NdT : un des deux peuples dont il est question dans The Ten Thousand). Et j’ai un autre truc dans les tuyaux, mais pour l’instant, je le garde sous le chapeau. Le livre sur les Macht sera un nouveau one-shot, mais on y retrouvera Rictus.
Plus que d’autres auteurs, vous semblez avoir eu beaucoup de malchance avec les éditeurs, et de conflit entre le marketing et l’art. Avez-vous un conseil à donner à d’autres auteurs qui se retrouveraient pris entre ce qu’ils ont envie d’écrire et ce que les éditeurs veulent publier ?
Ce n’est pas que les éditeurs ne veulent pas publier mes écrits. Jusqu’à présent, on ne m’a jamais renvoyé un seul résumé (il tambourine nerveusement sur la table). Les éditeurs aiment mon travail. Malheureusement, il semble que ce ne soit pas le cas des lecteurs. Il me semble que le lecteur basique de fantasy ne me comprend pas. Je ne suis pas au milieu des dragons et des elfes ; j’aime écrire des histoires à propos de personnages réalistes avec de vrais problèmes. Un commentaire sur Amazon à propos de The Ten Thousand disait que ce livre aurait vraiment été génial s’il y avait eu un peu plus de monstres inhumains à l’intérieur. CQFD ?
L’édition est un business, et pour vous frayer un chemin dans ce monde-là, vous devez avoir des livres qui ne restent pas sur les étagères des libraires. C’est aussi simple que ça. J’écris des livres plutôt bien, mais ils ne se sont pas vendus, d’où mes errances éditoriales. Mais bon, je suis toujours là …
Il y a quelque temps, sur un forum consacré au monde malazéen, vous avez annoncé que vous aviez dans vos tiroirs un roman de SF militaire complet mais non publié. Pensez-vous publier ce livre un jour ?
Eh bien, il aurait besoin d’une bonne réécriture. C’est basiquement The Ten Thousand dans l’espace, comme je viens de me rendre compte il y a peu ! Cela parle des derniers véritables Terriens de la galaxie, qui vivent sur un énorme vaisseau spatial nommé le Laconia, et qui travaillent comme mercenaires pour une fédération bureaucratique qui s’emploie à mettre sous tutelle toutes les planètes existantes. Quand les dernières résistances ennemies tombent, la Division Terrienne se retrouve sans emploi, et dangereuse pour la fédération qui décide de l’éliminer. Des batailles épiques, avec des tanks et des bombardiers et des vaisseaux de guerre. De la bonne littérature à sensations. Et aussi de bons moments d’écriture.
Vos romans de fantasy semblent étroitement basés sur l’histoire réelle, en particulier The Ten Thousand, alors que Les Monarchies divines utilisent des éléments horrifiques (par exemple les loups-garous). Avez-vous jamais été tenté d’écrire un roman historique ? Ou, plus vraisemblablement, peut-être de la SF ou une vraie histoire d’horreur ?
Techniquement parlant, The Ten Thousand est de la science-fiction, puisqu’il n’y a pas de magie là-dedans, mais que cela se passe sur une planète avec deux lunes, et qu’on y trouve une technologie inexplicable à l’œuvre (l’armure noire). Cependant, le vendre en tant que tel serait un suicide commercial, car je dois admettre que les éléments de science-fiction sont plutôt bien dissimulés. On pourrait aussi dire d’un autre côté que j’y ai aussi dissimulé des éléments de fantasy très conventionnels ; personne n’a encore fait la remarque que les Juthans pourraient être des Nains, et les Kefren, des Elfes …
Et oui, j’ai déjà été tenté d’écrire des fictions historiques, et je suis à peu près certain que je m’en sortirais bien, mais malgré tout, j’ai besoin de la liberté que me donne la fantasy, de savoir que je peux, en tant qu’auteur, faire absolument tout ce que je veux. Quel autre genre vous donne une telle liberté ? Même en science-fiction, vous êtes restreints par la physique. En fantasy, rien n’est impossible. C’est pourquoi je ne cesse d’y revenir. Je sais que les gens se plaignent qu’il n’y a pas assez de fantasy dans un bon nombre de mes livres, mais en tant qu’auteur, il y en a assez pour les rendre intéressants à mes yeux. Je ne sais pas si je pourrais écrire sans cela, et sans les possibilités que cela ouvre.
Dans notre dernière interview, je vous avais questionné à propos de vos points forts en tant qu’auteur. Quelles seraient vos faiblesses, ou les aspects de votre art sur lesquels vous sentez devoir travailler davantage ?
Le rythme. J’ai tendance à le perdre un peu dans le dernier tiers d’un livre. Je prends toujours mon temps dans la première moitié, mais dans la seconde moitié j’accélère pour savoir ce qui va se passer (et cela correspond aussi souvent à un délai … parfois dépassé), donc je pense que je perds un peu du détachement dont un auteur a besoin pour prendre un peu de recul et examiner d’un œil critique ce qu’il est en train de faire avec son travail.
Le fait qu’il y ait un site internet dédié à votre travail est une indication que l’interaction avec vos lecteurs est quelque chose d’important pour vous. Que représente le fait de pouvoir interagir directement avec vos fans ?
C’est plus essentiel que tout ce que j’aurais pu imaginer il y a dix ans. Les commentaires sont inestimables, autant que les encouragements. A des moments où vous pensez avoir à peine la matière grise suffisante pour écrire une liste de courses, vous recevez parfois un courriel de fan, ou un commentaire sur le forum qui vous font réaliser que vous n’écrivez pas juste pour vous-même. C’est un véritable coup de fouet.
nullLes couvertures sont un sujet d’actualité brûlant. Quelle est votre opinion par rapport à cet aspect d’un livre, et que pensez-vous de la couverture qui orne The Ten Thousand ?
Elle est tout simplement brillante. Au départ j’avais des doutes au sujet du beau gosse sur le devant, je pensais qu’il aurait dû porter un heaume, mais j’en suis revenu. Il attire l’œil. Au niveau des couvertures, Solaris est un nid de génies. Et je dois admettre que même un vieux vétéran comme moi a toujours l’attention d’abord attirée par la couverture : c’est la nature humaine. D’abord la couverture, puis le baratin, puis les premières lignes de la première page. Si les trois sont bons, vous avez déjà à moitié vendu le projet.
De plus en plus les auteurs/éditeurs/publicitaires/agents sont en train de découvrir le potentiel des blogs/sites/forums de SF et fantasy sur internet. Gardez-vous un œil sur ce qui se dit dans ces endroits, spécialement lorsque cela vous concerne ? Ou cela représente-t-il trop de distractions ?
Un peu des deux. Je vais bien sûr googler le titre du bouquin (et les auteurs qui disent qu’ils ne le font pas régulièrement sont des menteurs), juste pour voir s’il y a de nouvelles critiques. Mais pour être honnête, je ne rentre pas vraiment dans les pourquoi et les discussions autour de la scène actuelle. Je pense que je suis un peu de la vieille école à ce propos, mais j’ai peur que si je sais exactement ce qui se vend, cela risque de contaminer mes idées sur ce que je dois écrire, et cela devrait être l’histoire elle-même qui dicte cela.
The Ten Thousand a bénéficié d’une énorme presse positive sur internet, générant un phénomène de bouche-à-oreille avant même sa sortie. A votre avis, à quel point est-ce important pour les écrivains d’utiliser internet pour générer de l’intérêt autour de leur travail ?
Je pense que cela devient réellement important. Pour les éditeurs, c’est de la publicité à moindre coût, regardons la réalité en face. Il a une portée globale, et atteint une énorme audience ; c’est définitivement La Forme Future des Choses, pas simplement pour la librairie, mais pour à peu près toutes les autres formes artistiques. Bien sûr, vous avez plus de chances de tomber sur des nullités avant de trouver la pépite intéressante, mais elle est là. D’un autre côté, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, pour l’écrivain, cela doit encore se traduire à la fin par des gens qui sortent leur porte-monnaie pour lire ce que vous avez écrit, sinon, ce n’est qu’un exercice de nombrilisme.
L’été dernier, vous avez été impliqué dans une petite "bagarre" en ligne concernant la "non-critique" d’Aidan Moher sur The Ten Thousand. Rétrospectivement, qu’auriez-vous fait différemment pour régler cette situation ?
Eh bien, ma réponse très sèche a certainement soulevé beaucoup de poussière. Je ne regrette pas les sentiments que j’ai exprimés, mais la façon dont je les ai exprimés. J’ai dit cela comme (quel était le mot) une clarification en ligne, parce que dans cette seule phrase, je passais un peu pour un con, pour être honnête. Après cela, je me suis esquivé et j’ai regardé les bloggeurs s’acharner. Waouh, ils étaient vraiment sérieux.
Pour finir, pouvons-nous espérer la sortie de l’intégrale des Monarchies divines l’an prochain ?
Dieu merci, oui. Si ce n’est pas fait, je vais rendre une petite visite à Solaris avec un bidon d’essence et une tronçonneuse.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Oui : je vous dois toujours une bière, vous vous souvenez ?

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