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Interview de Paul Kearney

Par Thys, le samedi 10 juin 2006 à 13:03:36

L'auteur des Monarchies Divines en cours de parution en poche revient sur son actualité présente, soit sa nouvelle série, toujours de fantasy, bien sûr, mais aussi le genre lui-même et son point de vue d'auteur !
Retrouvez dès à présent cette traduction de plus sur le site !

Interview de Paul Kearney

Pour ceux d'entre nous qui ne connaissent pas votre travail, sans trop en dire, donnez-nous un aperçu de l'histoire de la série The Sea-Beggars.

De nombreuses manières, c'est une histoire très traditionnelle - j'ai délibérément pris un vieux schéma de fantasy pour lancer la série, pour voir si je pouvais le rendre un peu plus vivant. On a donc le jeune héros né de parents inconnus, l'épée magique, le mystérieux protecteur, etc. Mais j'ai alors bouleversé tout le schéma en y ajoutant des bateaux et la mer. L'histoire change complètement de milieu et de rythme - surtout dans le second livre, quand les choses deviennent un peu plus épiques, et beaucoup, beaucoup plus sombres. Les livres racontent essentiellement la vie d'un homme et son époque, avec la possibilité qu'il puisse ne pas être un homme du tout, mais quelque chose de complètement différent et son époque est sur le point de se transformer complètement.

Quelle est votre force en tant qu'écrivain/conteur ?

Je crois que j'ai les connaissances et l'honnêteté nécessaires pour réussir la description de certaines choses. Lorsque l'on parle de chevaux, de montagnes et même d'armée, j'ai quelques expériences utiles qui peuvent aider à rendre ce genre de choses plus authentiques quand je les couche sur le papier. J'essaye aussi de rendre mes personnages aussi réels que possible psychologiquement parlant. Les hommes ne sont pas complètement bons, ou mauvais. Ils feront des compromis et souffriront le martyr avant de faire les bonnes choses et les mauvaises, et j'espère - j'espère ! - que mes histoires reflètent cela.

Quels sont les auteurs qui vous font soupirer d'admiration ?

De nombreux, très nombreux auteurs m'ont fait pleurer d'envie devant leurs talents. Patrick O Brian en premier lieu - pour son humanité, son humour, son érudition. Et aussi parce que l'on veut simplement lire ses livres encore et encore - ce qui est le meilleur compliment que l'on puisse faire à un auteur. Cet homme était un génie, et il nous donne l'impression que c'est facile.

Y a-t-il des auteurs moins connus ou nouveaux dont vous voudriez nous parler ?

Rosemary Sutcliff était l'une de mes préférées lorsque j'étais adolescent. Une romancière historique, elle a écrit la meilleur version de la légende Arthurienne que j'ai lu, Sword at Sunset, ainsi que de nombreux autres romans. Lorsqu'elle écrit sur l'Angleterre pré-romaine, on peut sentir le feu de bois. Elle bat facilement quelqu'un comme Cornwell, mais ses livres ont pratiquement disparus des rayons. Tels sont les caprices de l'édition.

Voyez-vous une différence entre les fans de fantasy européens et leurs alter-ego américains ?

Je ne suis pas assez au fait pour répondre, pour être honnête, n'ayant pas rencontré beaucoup de fan américains. Mais je sais que mon premier agent américain m'a dit que la série des Monarchies Divines était trop sophistiquée pour un public américain - un faux compliment, à l'évidence. S'il y a une différence (propose-t-il, mal informé, mais sautant sur l'occasion) alors je crois que les lecteurs anglais sont plus disposés à accueillir les fins étranges. Une fois que cela est dit, je pense que les fans américains et anglais sont beaucoup trop préoccupés par les séries en plusieurs volumes. J'ai parlé à des lecteurs de fantasy qui choisissent leur prochain livre plus ou moins par l'épaisseur de la tranche.

Quelle est l'étincelle qui vous a amené à écrire The Sea-Beggars au début ?

La série des Monachies Divines aurait du être The Sea-Beggars. Je voulais écrire un roman marin, simplement sur un long voyage en mer, et ce roman est finalement apparu comme Le Voyage d'Hawkwood. Mais à ma grande surprise j'ai senti qu'il fallait que je donne du corps au monde que quittait Hawkwood, et ce faisant, j'ai trouvé les shenanigans plus intéressants que le voyage qui était le but du livre au départ. De plus, Corfe est apparu, et a poussé Hawkwood et ses navires hors des feux de la rampe. Les Monachies Divines sont devenues quelque chose de très différent de ce que j'avais envisagé, mais je voulais toujours écrire sur la mer, et faire un vrai roman marin. Donc, la série The Sea-Beggars est mon second essai.

Si vous aviez le choix, préféreriez-vous être bestseller du New York Times ou avoir un World Fantasy Award ? Pourquoi ?

Je prendrai le best-seller - je ne suis pas fier ! Comme le disait le Jack Aubrey de Patrick O'Brian « J'ai toujours été pauvre, et j'ai envie d'être riche ! » . Chaque auteur veut être lu - plus qu'avoir de bonnes critiques ou des prix littéraires, il veut que les gens achètent son livre - et pas uniquement pour l'attrait du gain - c'est pour la satisfaction de communiquer votre propre vision du monde aux autres. Cela paraît prétentieux, mais par essence, je crois que c'est ce qui est au coeur du fait d'écrire. L'argent, c'est la cerise sur le gâteau.

Pensez-vous honnêtement que ce genre fantasy sera un jour reconnu comme de la véritable littérature ? Pour dire la vérité, je pense qu'il n'y a jamais eu autant de livres de qualité que maintenant, et pourtant, il y a toujours aussi peu de respect (pour ne pas dire aucun) accordé au genre.

Oui et non. Sous certains aspects, nous en sommes déjà à mi-chemin. Tolkien c'est de la littérature, de même que CS Lewis. Je pense que John Crowley c'est de la littérature, et James Blaylock et Graham Joyce et une demi-douzaine d'autres. Mais je crois que les séries en plusieurs volumes sont ce qui tirent la fantasy vers les bas-fonds de la littérature (et je suis bien placé pour le savoir puisque j'en ai fait pas mal).

Peu importe la qualité de la série - et je suis d'accord pour dire qu'il y en a d'excellentes en ce moment - ça sera toujours traité comme un clone de Tolkien. Je pense que les livres les plus inventifs du moment sont dans la fantasy et la SF. Regardez ce qui est publié en ce moment - des thrillers, de la Chick-lit, des livres sur les célébrités. Et puis il y a toute la fiction du prix Booker, qui en un sens utilise les même formules que le reste, mais qui est écrit si habilement. Au moins la fantasy a toujours du sang qui coule dans ses veines, de l'enthousiasme, de la vigueur - et c'est quelque chose dont on peut s'estimer heureux. D'un autre côté, il y a aussi beaucoup trop de nullités...Je ne sais pas si cela répond à votre questions, je ne suis pas sûr de savoir quoi en penser moi même. Je lis quelque chose comme Deadhouse Gates et je me sens très optimiste, et là je tombe sur Eragon, et je réalise que la route est encore longue.

Maintenant que vous êtes chez Bantam, allez-vous ressortir vos anciens romans ? The way to Babylon, A different Kingdom et Riding the Unicorn ont reçu de bonnes critiques mais ne sont plus édités depuis des années, et il semble que ce soit aussi le cas des premiers Monarchies Divines. Et pensez-vous toujours sortir une version corrigées de Ship from the West ?

Gollancz m'avait promis à un moment de sortir une édition intégrale des Monarchies Divines mais pour dire la vérité, la logistique nécessaire pour réunir les cinq volumes en un livre est énorme, alors ils ont abandonné. Bantam a évoqué le fait de ré-éditer les cinq livres (avec de dernier corrigé) dès que les droits de Gollancz auront expiré, ce qui sera le cas d'ici un an ou deux. Ils verront donc à nouveau la lumière du jour. Et pour ce qui est de mes trois premiers livres, je doute qu'ils soient ré-édités, ce qui est une honte, car A different Kingdom est la meilleure chose que j'ai écrite. Mais le business c'est le business.

Quel impact a le soutien d'un auteur aussi connu que Steven Erikson sur les ventes et la notoriété de vos livres ?

L'enthousiasme de Steve pour mes livres les a sans doute fait connaître plus largement - surtout en Amérique. Nous correspondions il y a quelques années, et je râlais sur le fait que je n'étais pas content de Gollancz, il m'a donc dit que je devrai appeler Simon Taylor à Bantam, et c'est ainsi que ce sont déroulées les choses. C'est un excellent écrivain, sans compter que c'est aussi un gars très bien.

Combien de livres comptera The Sea Beggars ? Et maintenez-vous ce que vous avez dit lors d'une autre interview, à savoir qu'après cette série vous pourriez vous mettre à écrire de la fiction classique plutôt que de la fantasy ?

Pour le moment, je pense que série comptera quatre livres, mais bien qu'il s'agisse d'une série, tous les livres se suffisent à eux-même. Il est évident que lire les autres livres de la séries est plus pratique, mais je veux faire en sorte que l'on puisse commencer avec n'importe lequel des quatre.

Et pour ce qui est du futur, j'ai toujours voulu m'essayer au roman historique, et aussi à une histoire de type « réalisme magique » sur laquelle je travaille depuis des années. Donc, pour être honnête, je n'en sais rien. Il y a aussi eu un temps où je voulais arrêter d'écrire, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas. Ca serait comme si je perdais un membre. Donc, pour le meilleur comme pour le pire, je crois que je suis destiné à continuer ainsi.

Vos livres sont réputés pour leur brièveté, au point de laisser le lecteur en redemander à corps et à cris. Comment évitez-vous les écueils qui mènent d'autres écrivains à perdre le contrôle de leur histoire qui finit par faire des milliers de pages ?

Ce n'est pas conscient. Je pense que ça a surtout à voir avec le fait que mes scénarii sont très rudimentaires - je les construits en cours de route. Lorsque j'écris, je suis aussi impatient que le lecteur de savoir ce qui va se passer par la suite. Pour cette raison, mes livres ont tendance à s'écourter. Et puis, je déteste le verbiage. Il n'y a pas de raison de charger chaque page d'infos, ou de s'étendre amoureusement sur la description d'une robe de bal, ou encore sur l'apparence des personnages. Si on ne peut pas arriver à son but, ou peindre une image, en quelques lignes, alors on n'a pas une idée claire de ce qu'on veut dire, et on devrait s'éloigner du clavier jusqu'à que ce soit le cas. Ou alors il faut écrire tous les passages que l'on veut, mais y revenir pour en enlever plus tard. Stephen King a dit un jour qu'on devrait perdre 10% du total de ses mots à chaque nouvelle épreuve, et je ne pourrai pas être plus d'accord.

Article originel, par Patrick Saint-Denis, le 3 mars 2006


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