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Entretien avec Steven Erikson

Par Thys, le samedi 28 janvier 2006 à 15:49:18

Alors que la parution du cycle des Malazéens va bel et bien reprendre en version française, chez Calmann-Lévy, après la publication il y a quelques années des Jardins de la Lune, voici pour vous la traduction d'une toute récente interview de l'auteur, Steven Erikson !

Interview de Steven Erikson

Cher M. Erikson,

Laissez-moi tout d'abord vous remercier de prendre un moment sur votre emploi du temps certainement chargé pour répondre à ces questions. Mais, avec la sortie imminente de The Bonehunters vos fans sont très excités à l'idée de vous entendre en parler en personne.

Y a-t-il un personnage en particulier que vous aimez/avez aimé écrire ? Pourquoi ? De la même manière, y en a-t-il un à propos duquel vous n'aimez pas du tout écrire ? Pour quelle raison ?

Pour moi, il est important d'aimer les personnages sur lesquels j'écris, ou au moins, ceux dont j'utilise les points de vues. J'ai besoin qu'il y ait quelque chose d'intrinsèquement intéressant en eux. Souvent, ce n'est pas quelque chose d'évident, ceci dit. Dans la vie réelle, les gens ne vous disent pas ce qu'ils sont – cela se révèle, par bribes, à travers ce qu'ils disent et ce qu'ils font. De ce point de vue, les gens sont subtils, et j'essaye de les rendre ainsi dans ma fiction. Donc, j'ai soit l'histoire entière du personne que j'utilise, ou simplement la trame de cette histoire si le personnage est « nouveau ». Par « trame » je veux dire que j'ai idée de ce qu'est leur histoire mais que tous les détails ne sont pas encore définis – cela vient lorsque je les écrits, à la première étape de leur rédaction – donc, j'essaye de partir avec le même sentiment de mystère qui existe avec chaque nouvelle personne que l'on rencontre dans la vie. Il n'y a aucun personnage au sujet duquel je n'aime pas écrire, même les plus méprisables. Et pour ce qui est de mes favoris, encore une fois, c'est une chose subtile pour moi puisque tous les personnages apportent quelque chose de différent. Pour Karsa Orlong, par exemple, c'est son approche des choses, à la fois verbalement et physiquement, et souvent de manières qui vont à l'encontre du cliché du « barbare » ou, ce qui est encore plus plaisant pour moi, qui vont à l'encontre des conventions du genre. Dans un genre plus calme, j'ai aimé écrire à la fois Apsalar et Scillara dans The Bonehunters, qu'ils soient les opposés avec un lien amoureux envers un personnage en particulier les rend encore plus fascinants.

Je ne m'étends jamais sur la création de personnage – il se trouve que certains de mes lecteurs qui aimeraient que je le fasse. Bien.

Quelle est votre force en tant qu'écrivain/conteur ?

Installer les choses puis faire l'inattendu, je suppose. Alors que les motivations sont bien ancrées entre les acteurs majeurs de la série, je crois que je peux continuer de surprendre les lecteurs. Il y en a quelques exemples dans The Bonehunters, parmi lesquels ce que j'appellerai un renversement frappant par inversion doublement liée (vous croyez que c'est compréhensible), cela s'achemine clairement dans un sens, simplement pour…eh bien, je ne veux pas trop en dire ici.

Il y a des années, lorsque j'apprenais l'art de la fiction dans les ateliers des universités de Victoria et d'Iowa, j'ai observé une aversion particulière pour certains éléments de la fiction narrative, principalement l'intrigue et la dramaturgie. Aucun de ces deux éléments, semble-t-il, n'appartient à la littérature sérieuse. C'était l'endroit des histoires d'éviers et des aspirants Carver. L'intrigue était pour les genres littéraires, il valait mieux que les personnages ne fassent rien et qu'ils parlent beaucoup pour ne rien dire, tout cela étant censé mené à quelque pensée profonde mais nous amenait surtout à des regards vide de la part des élèves de la classe. Et pour ce qui est de la dramaturgie, et bien, il n'y en avait pas. C'était aussi le temps de l'ascension de l'Ecole Cynique de Fiction. On nous apprenait que la vraie dramaturgie n'existe pas et que toute tentative de drame dans une fiction était, en fait, du mélodrame. En d'autres termes, parce que le monde était tel qu'il était, et que la fiction était son reflet le plus fidèle, il n'y avait rien qui ressemble à une « émotion sincère » – rien de ce qui était « hard and heavy » dans la fiction n'était honnête. Pourquoi ? Parce que c'était « hard and heavy » bien entendu. J'étais donc là, m'appuyant sagement sur de telles notions et écrivant de la fiction « sérieuse » où les gens faisaient des choses, où des choses se passaient, qui étaient souvent « hard and heavy », et la réaction fut celle qu'on pouvait attendre. Les seules félicitations que j'ai reçu étaient pour les comédies que j'ai écrites, probablement parce que mes comédies étaient de nature cynique et sarcastique. Seulement, ce dont je me moquais n'était pas toujours ce dont les autres se moquaient.

On pourrait dire que je me suis mis à écrire dans le genre pour pouvoir utiliser l'intrigue et la dramaturgie, et ce ne serait pas complètement faux. C'est difficile d'analyser de telles choses. Après tout, j'aime lire Homère et il y a beaucoup de dramaturgie dans Homère. De la dramaturgie méchante, brutale. J'étais peut-être aussi au mauvais endroit au mauvais moment. Ce qui est sans doute l'explication la plus plausible.

Quels auteurs vous font soupirer d'admiration ?

Il y en a beaucoup, John Gardner, Gustav Hasford, Mark Helprin, Atwood (non, je plaisante pour le dernier. Il me fait soupirer, mais pas d'admiration.) un peu Doris Lessing. En fantasy, je pense Robin Hobb est une auteur très intelligente et subtile. Hélas, je ne lis pas beaucoup de fantasy en ce moment, mais j'ai aimé le nouveau livre de Tim Lebbon et je suis assez curieux de savoir ce qui va se dire du premier roman de David Keck.

Avant la sortie américaine, Tor Books vous a permis de revoir un certain nombre de contradictions trouvées dans Gardens of the Moon. Est-il prévu de faire la même chose avec la version anglaise ?

Pas que je sache. Il n'y avait qu'une correction qui soit vraiment importante, le reste était assez mineur.

De nombreux critiques et puristes de la fantasy vous considèrent maintenant comme l'un des meilleurs auteurs du monde. Cela rajoute-t-il une pression supplémentaire lorsqu'il faut écrire un nouveau chapitre de la série ?

S'il y a une pression, elle a à voir avec la gestion du temps – l'édition de The Bonehunters a impliqué beaucoup de remaniements étant donné sa longueur – ce qui signifie que j'ai du laisser tomber tout le reste pendant ce temps. D'autres manuscrits avaient aussi besoin d'être revus, et alors Tor Books m'a envoyé dans une tournée de dédicaces le long de la côté ouest des Etats-Unis ce qui, malgré le fait que ce soit sympa, m'a pris 5 jours sur mon temps d'écriture.

Concernant l'autre genre de pression, gérer les attentes des lecteurs, la réponse est non, pas du tout. Tout est planifié donc, je sais ce que je fais (j'espère juste que ça rassure vos lecteurs et que ça ne semble pas trop vantard – vraiment, je sais ce que je fais !) et je vois la lumière au bout du tunnel. Comme je l'ai dis plus tôt, je suis presque certain que je vais surprendre les lecteurs avec les événements futurs, avec assez de retournements pour leur donner envie de poursuivre la lecture.

Qu'est-ce qui vous a semblé le plus dur dans l'écriture de Tales of the Malazan Book of the Fallen ? Chaque nouveau volume ajoute plus de profondeur à un cycle qui a déjà montré sa richesse et sa complexité. Quelle a été l'étincelle qui vous a poussé, au début, à écrire cette série ?

Première question : il y a deux choses qui ont été vraiment difficiles. La première, trouver un éditeur. La seconde, me convaincre qu'écrire cette série a vraiment été aussi facile que ça m'a semblé et que ça continu de me sembler – je veux dire que ça devrait être dur, non ? Les composantes de l'intrigue sont tellement tordues et entremêlées qu'on pourrait en faire un trampoline très solide. Pourtant, tout s'installe, dans les temps et de manière satisfaisante (pour moi) sans faux pas. Ca me semble bizarre, Patrick. Je n'ai jamais été forcé de m'arrêter une seule fois dans l'écriture de Midnight Tides, par exemple. Même pas une demi-heure. A certains moments, je me sens comme le spectateur de tout ce processus de création. C'est pareil avec The Bonehunters et maintenant Reaper's Gale. Ca sort comme ça. C'est effrayant.

Seconde question : oh, l'étincelle n'est faite que de choses négatives, des frustrations devant la prévisibilité confondante du genre. Vouloir écrire quelque chose en fantasy que j'aurai moi-même envie de lire (et pas juste moi, mais Cam aussi – le seul lecteur que j'ai en tête en écrivant). Vouloir balancer les métaphores, se débarrasser de ces éternelles foutaises quasi-médiévales concernant les classes nobles. Vouloir un monde fantasy multiculturel comme celui-ci (la prépondérance des héros blancs et des princesses blondes…mec, de quel siècle est-ce que ça sort ?). Vouloir un monde fantasy avec une histoire qui aille plus loin que le Seigneur des Ténèbres d'il y a 300 ans qui a trouvé un caillou qui va l'aider à reprendre la pouvoir et à faire, oh, des choses horribles ; un monde avec de la géologie, de la géographie, etc.

Bien sûr, il y a de bonnes choses, mais ce n'était pas assez. Ca ne l'est peut-être toujours pas.

Si vous pouviez revenir dans le temps, quel conseil donneriez vous au jeune Steven Erikson au sujet de sa carrière d'écrivain ?

Trouve la potion secrète qui simplifierait Gardens of the Moon. Ca doit exister. Le problème était/est que je n'y vois rien de confus. J'aimerai pouvoir, j'aimerai avoir su. Le monde était aussi vaste pour moi qu'il est toujours – et pour écrire une histoire comme je voulais le faire, eh bien, je n'ai toujours pas de réponse. Pauvre jeune Steven Erikson – désolé mon pote tu dois te débrouiller tout seul.

Voudriez-vous recevoir un World Fantasy Award ?

Pas vraiment. Ce serait bien, finalement, mais je ne me retourne pas la nuit à ce sujet. Ayant moi-même été juge…eh bien, ça n'a pas d'importance – le système ne ménage pas vraiment de place pour les livres issus d'un cycle. Ce serait bien qu'il y ait une catégorie spéciale pour les cycles.

Comment Reaper's Gale progresse-t-il ? Il semble qu'il sorte un an après The Bonehunters ?

De mon point de vue, ça avance bien. La première partie d'un roman (pour moi) prend toujours plus longtemps que la seconde. C'est là que tout se prépare, après tout. La seconde partie en résulte – ce qui signifie plus d'action (de drame ?), ce qui est toujours plus rapide à écrire. J'en suis au milieu pour le moment dans Reaper's Gale, donc, le rythme est bon.

Plus généralement, mon rythme et la date à laquelle je vais conclure ne dépendent pas vraiment des dates de sorties. The Bonehunters date du printemps dernier, après tout. Des arcanes mystérieux sont à l'œuvre dans la maison d'édition lorsqu'il s'agit de décider de dates de sorties. Ca ne dépend pas de moi.

Quelles recherches avez-vous dû faire pour écrire Tales of the Malazan Book of the Fallen ?

Rien en particulier. Je fais des recherches pour m'amuser et la matière se trouve partout. La physique quantique et post-quantique, la vie et l'époque de Ghengis Khan, Seahenge, l'âge du bronze à Ithaca, la religion des Lakota, la guerre moderne et ancienne, la primatologie, la paléo-anthropologie, la paléontologie, la terraformation des planètes, la biologie, les Croisades, le culte cargo, les Templiers ; la politique, les critiques littéraires – celles des 6 derniers mois à peu près, je pense. Des détails spéciaux vont me rester et se manifester occasionnellement dans ce que j'écris, ou me donner une nouvelle manière de voir les choses. Compléter un monde en entier, ainsi que toutes ses cultures, est l'une des choses que je préfère, mais c'est aussi ce qui est le plus difficile. Je ne veux pas de liens culturels forts entre l'esprit des Malazan et le notre – le notre incluant les canons de l'écriture fantasy passée et présente. En même temps, il est inéluctable que certains archétypes persistent – ils font parti de notre nature et nous ne pouvons pas leur échapper, surtout lorsque l'on écrit une histoire tragique.

L'une de mes premières inquiétudes en écrivant une longue série était de savoir que, après les années passées à l'écrire, ma perspective allait changer. Je pensais que ça serait un problème, car les thématiques des livres les plus récents rendraient celles des anciens livres dépassées. Depuis, j'ai arrêté de m'inquiéter – d'un certain côté, c'est inévitable, et c'est ce qui me garantit que je ne vais pas constamment réécrire la même histoire – les personnages évoluent, l'auteur doit faire de même. Les centres d'intérêts naissent puis meurent, c'est comme ça. Je vois maintenant l'évolution comme une force positive.

Pour revenir à la question, les recherches ont fait partie de mes études et de mon champ de travail par la suite. Je faisais exclusivement de l'archéologie, pas de l'anthropologie. Mais j'ai trouvé que l'anthropologie est comme la sociologie et la psychologie – il suffit d'observer autour de soi, où que l'on soit. Et l'archéologie m'a emmené dans des endroits où je ne me serai jamais aventuré, ce qui m'a permis d'observer encore d'autres choses d'une manière anthropologique (3 mois passé dans une équipe de 7 personnes dans la nature vous donne une gamme assez large de la condition humaine, sans artifices).

La série est devenue culte pour de nombreux fans, mais certains doutent qu'elle devienne un jour un classique. En gardant cela à l'esprit, est-il gratifiant de réaliser le succès passé et présent de la série ?

Il est certain que les gens détestent ou adorent cette série, et même ceux qui l'adorent ne sont pas d'accord sur ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. Je dois admettre que c'est assez déroutant. La quantité d'opinions diverses de mes lecteurs me laisse souvent sans voix, et je me suis rendu compte qu'il fallait faire attention à ne pas visiter les sites de fans trop souvent – certaines choses qu'on y lit vous font l'effet d'une douche froide. L'écriture est une activité solitaire, et il y a des moments où la solitude est justement ce dont l'écrivain a besoin. L'Internet permet des réactions rapides et potentiellement interactives, et un forum de spéculations, critiques ou autres peut à la fois encourager l'écrivain ou lui faire perdre courage. C'est tout à fait légitime et je ne voudrais pas que les fans brident leurs opinions – c'est à moi de me discipliner, pas à eux, et c'est pourquoi je suis devenu un visiteur beaucoup moins assidu.

Ceci dit, les réactions des lecteurs sont importantes – surtout lorsqu'il s'agit de repérer les erreurs dans les détails ou la continuité. Ils ne ratent rien, ces animaux ! Mais je ne voudrais pas qu'il en soit autrement.

Je sais qu'au moins Gardens of the Moon a été traduit en Français. Combien de ventes à l'étranger avez-vous fait pour le moment ?

Tous ces livres sont arrivés chez moi – Polonais, Tchèque, Grec, Allemand, Hollandais, etc. Pas une ou deux copies mais dix ou vingt – je ne savais pas quoi en faire. Quoi qu'il en soit, je ne sais pas quels droits ont été vendus à l'étranger, ni quelles langues sont concernées. Mais franchement, il faut voir certaines des couvertures !

Qu'en est-il de vos prochaines nouvelles ? Avez-vous quelque chose à partager avec vos fans à ce sujet ? Quelque chose pour les mettre en appétit…

Eh bien, je dois livrer une nouvelle sur Bauchelain/Korbal Broach à Pete Crowther ( PS Publishing ) cette année (2006) et il m'a aussi demandé une autre nouvelle avec les mêmes personnages et je vais devoir la lui donner (c'est très difficile de dire « non » à Pete – il est trop gentil, maudit soit-il). Lorsque j'ai commencé à écrire, je faisais exclusivement des nouvelles. C'est sûrement la forme de narration la plus dure – je tire mon chapeau à tous les écrivains qui s'y adonnent. Et je suis impatient de m'y confronter de nouveau après toutes ces années.

Vous avez été reconnu comme l'un des meilleurs écrivains du genre. Où pensez-vous vous situez dans le champ de la fantasy ?

A côté des coquelicots. Je ne sais pas vraiment, et je n'y pense pas beaucoup, j'en ai peur. Désolé !

Le fait qu'il y ait un site web consacré à votre travail nous montre que l'interaction avec vos lecteurs est importante pour vous en tant qu'écrivain. Je sais que vous n'avez pas pu le faire depuis longtemps, mais quel effet cela fait-il d'avoir la chance d'interagir directement avec vos fans ?

Ah, voyez ce que j'en ai dit plus haut.

Sans trop en révéler, que pouvez-vous nous dire sur The Bonehunters ? Etes-vous satisfait par le livre ? Avez-vous envie de nous dire quelque chose au sujet de Reaper's Gale ?

The Bonehunters est un gros livre. Je ne m'en étais pas rendu compte avant de lancer le compteur de mots. La rébellion dans les Sept Cités devait être traité et c'est ce que le livre fait, plus ou moins. Certains fils de l'histoire rapproche Midnight Tides un peu plus près des autres, et Reaper's Gale va resserrer considérablement la trame.

The Bonehunters parle beaucoup de l'empire – la politique et comment les légendes peuvent être modifiées pour convenir au présent. Je ne veux pas trop en dire, mais il pourrait bien y avoir quelques cris outragés à l'occasion…

Cela vous a pris de nombreuses années pour trouver un éditeur Américain. Par le passé, vous avez prétendu qu'on disait l'histoire trop complexe pour un public Américain. Ne serait-il pas plus approprié de dire que la série était probablement trop vaste pour la plupart des éditeurs ?

Je n'ai pas seulement prétendu, on me l'a dit en face, ainsi qu'à mes agents. Je ne me rappelle pas avoir entendu quoi que ce soit au sujet de la longueur de la série. Beaucoup de longues séries viennent des Etats-Unis, donc je ne pense pas que ça soit jamais rentré en jeu.

Etes-vous surpris par le peu de support que vous avez reçu des médias Canadiens ? R. Scott Bakker et vous êtes parmi les meilleurs écrivains fantasy là-bas, et pourtant, aucun de vous n'est très reconnu dans votre propre pays.

Surpris ? Non. J'avais de bonnes raisons pour mettre mes manuscrits dans mes valises et partir en Angleterre. Si je me lance sur le sujet, Patrick, ça risque d'être long. Le Canada est un pays étrange. Il semble y avoir une dizaine d'écrivains « importants » en même temps – et certaines ne sont « importants » que parce que des gens dans d'autres pays les apprécient assez pour les nominer pour des prix. Et c'est le côté « littéraire ». Si on prend en compte tous les autres genres, on n'a pas une chance. Et puis cela n'aide pas lorsque d'autres écrivains Canadiens de fantasy ou de SF répondent à des interviews qu'ils écrivent de la fiction spéculative. Eh bien, toutes les fictions sont spéculatives…

Etes-vous surpris du fait que Tor Books n'ai pas mis un place un marketing plus agressif pour vos livres ? L'immense succès d'auteurs tels que Robert Jordan et George R. R. Martin montre qu'il y a un marché pour les séries vastes en terme d'envergure et de qualité. Mais il semble que Tor Books n'ait pas fait beaucoup de bruit autour de vos livres jusqu'à présent.

Cela ne me dérange pas. Moins de temps passé sur les routes veut dire plus de temps pour écrire ! Tor Books fait du bon travail à mon avis.

En tant qu'archéologue et anthropologue, pensez-vous avoir influencé vos romans d'une manière différente d'un écrivain « ordinaire » ?

Je ne connais pas d'écrivain ordinaire à dire vrai. Nous sommes tous étrangement tordus. Dans tous les cas, ces disciplines ne sont pas des codes secrets – il y a plus de livres sur le sujet pour les non-initiés qui sortent qu'avant (je le sais bien, j'en achète la plupart). J'imagine qu'il est essentiel pour n'importe quel auteur qui veut créer un nouveau monde ou une nouvelle culture de faire des cherches avant de s'y mettre. En gardant à l'esprit que toutes les sciences humaines ont des fondations théoriques qui vacillent de temps en temps, obligeant à inclure d'autres paradigmes dans le champ – et qu'il y a un effet d'ondulation – de telle sorte que quelques chose dans, disons, la paléobotanique peut changer les connaissances archéologiques sur les cultures préhistoriques installées près des glaciers, par exemple ; ce qui, à son tour, altère les connaissances sur les premiers habitants du Nouveau Monde, ce qui peut alors renverser un siècle de dogme établi. Et le récit de tout cela révèle à son tour quelques chose sur la psychologie humaine et les caractéristiques tribales du milieu universitaire, parmi lesquelles le racisme, le sexisme, et le fascisme intellectuel.

Je viens juste de lire un bon exemple de tout cela, justement. Des traces de pas humains ont été retrouvées au Mexique, dans le lit solidifié de cendres volcaniques. On les a d'abord datées de 13 000 ans. Cela semblait un peu tôt pour certains (voyez au-dessus pour ce qui est du dogme), donc une seconde équipe a été envoyée pour examen. Elle a observé les traces, confirmé qu'elles avaient bien été faites lorsque les cendres étaient encore de la boue, puis a procédé à une datation grâce au potassium et à l'argon. Et la datation a donné, 1,3 million d'années. Leur conclusion ? « Ce ne sont pas des traces de pas. »

Mon vieux prof hurlerait en voyant ça. Quoi qu'il en soit, la discipline évolue, ce qui est une très bonne chose comme dirait Martha Steward. Donc, pour ce qui est des recherches, ajoutez-y une pincée de sel.

Voici quelques questions proposées par vos nombreux fans. Plusieurs d'entre eux m'ont demandé de vous rappeler de faire de plus fréquentes apparitions sur www.malazanempire.com!

Y a-t-il des nouvelles solides concernant l'adaptation en jeu de rôle de Malazan Empire ?

Oui. Non. Une entreprise de jeu de rôle basée en Floride ( PCI ) a exprimé de l'intérêt pour le projet et ils en discutent avec mon agent pour le moment. Depuis un bon moment, en fait. C'est la même chose pour les Dabel Brothers qui voudraient adapter Gardens of the Moon graphiquement.

Y a-t-il une chance que vous publiiez une carte avant l'Encyclopédie pour satisfaire les junkies de la géographie ?

Nous avons fini la carte. J'ai appris à ne pas faire de promesses dans le vide. Elle existe, quelques personnes l'ont vue.

En lisant le livre, on a l'impression que l'Empire savait que quelque chose d'important allait arriver et s'y est préparé (c-à-d, l'enlèvement de Laseen, l'ascension de Kel et Dancer, l'inversion des grades, être sûr que le Maître de Pont était Malazan – même si c'est finalement arrivé par chance – former des alliances avec des êtres puissants, etc…). Voudriez-vous nous éclairer un peu sur ce que savait l'Empire à l'avance ? Rien d'important, juste quelques détails…

Ah, c'est un point central de l'intrigue de la série. Mais pour vous éclairer, l' « empire » ne savait rien – l'empereur et ses cohortes effrayantes est un autre problème. Et pour ce qui est de Laseen, eh bien, elle est assez occupée en ce moment…

Est-ce qu'on visitera le mystérieux continent Assail dans les prochains livres ?

Non, pas pour moi en tous cas.

A-t-on déjà rencontré Fisher Kel Tath dans la série, et si non, est-ce que ce sera le cas ?

Non, on ne l'a pas rencontré. J'ai pensé à le faire apparaître, mais je devrais en parler avec Cam, parce que l'histoire de Fisher est presque intégrale avec l'un des romans prévus par Cam dans le monde de Malazan.

Va-t-on avoir une chronologie définitive pour l'Empire Malazan, en plus de la chronologie du monde en général ?

Je pense que lorsqu'on sera près de finir l'Encyclopédie, nous finirons par devoir nous y aventurer.

Eh bien, merci encore d'avoir accepté de nous répondre. Je vous souhaite beaucoup de succès pour la sortie de The Bonehunters.

Merci, Patrick.

Salut,
Steve

Article originel par Patrick St-Denis, le 2 janvier 2006.


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