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Interview de Steven Erikson - Toll the Hounds

Par Nak, le dimanche 31 août 2008 à 10:00:10

Erikson est un maître. C'est ainsi que Jay Tomio, l'auteur de l'interview le décrit.
Vous pourrez en juger par vous-même en lisant cette interview qui retrace le parcours de Steven Erikson et de son double Ian C. Esslemont et qui présente le huitième tome - eh oui, déjà ! - du Livre Malazéen des Glorieux Défunts.
En attendant le prochain tome en français, publié par les éditions Calmann-Lévy !

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Traduction de l'interview

Par le passé je vous ai vu mentionner des changements stylistiques qui étaient au premier plan des révisions que vous avez faites, des Jardins de la Lune jusqu’aux romans ultérieurs. Je me demandais si vous pouviez décrire personnellement cette progression en tant qu’écrivain, et ce que vous indiqueriez comme étant la différence majeure entre ce roman et Deadhouse Gates ?
Par bien des aspects j’ai abordé les Jardins de la Lune de la même façon que j’aurais abordé n’importe quel autre projet de fiction. J’ai été éduqué au style non émotif, qui prévaut dans la fiction contemporaine. J’écrivais dans le style du il a dit/elle a dit plutôt que celui du il/elle grinça, gronda, siffla, etc. et quand j’utilisais de tels suppléments descriptifs ils étaient supprimés peu après. Dans un sens cela ne cadrait pas avec le style du genre ; les lecteurs poursuivant une intrigue très aboutie avec l’aventure et l’excitation en point de mire dans leur esprit sont habitués à avoir des dialogues et un contexte émotionnel pleinement rendus – un raccourci stylistique (du genre qui ne passe pas chez Stephen King). Ils ne veulent pas avoir à deviner ou à déchiffrer ce contexte. Je travaillais dur pour transmettre un contexte émotionnel à travers les gestes et la déduction plutôt qu’à travers des choses plus évidentes. La rédaction m’a poussé à intégrer ces émotions, ce que j’ai donc fait, bien qu’avec une certaine gêne.
Je n’ai aucun ressentiment à ce sujet. Il y avait assez d’éléments inhabituels et provocants dans le roman que tout ce que nous pouvions faire pour faciliter le cheminement était probablement une bonne chose. Au fur et à mesure, néanmoins, et à travers les livres suivants, je me suis à nouveau rapproché de mon style d’origine, celui avec lequel je suis le plus à l’aise. Je pense que je peux m’en tirer sans problème maintenant, vu que depuis tout ce temps mes lecteurs savent comment me lire.
Quant à Deadhouse Gates en particulier, et bien, huit ans se sont écoulés entre écrire celui-ci et le premier jet des Jardins de la Lune. Huit années à écrire de la fiction contemporaine. Trouver un éditeur pour les Jardins a été un énorme boost pour ma confiance et je me suis mis à écrire Deadhouse Gates en me focalisant sur ce à quoi je voulais arriver. De plus, je sentais que je pouvais le construire à partir de l’introduction établie par les Jardins (même si le cadre prend un tournant radical).
Aussi, Deadhouse Gates me semblait serré dès le départ. Très mesuré, au mot à mot. Tandis que les Jardins commencent comme une promenade dans la nature et ne se rétrécissent que vers la fin (et même là c’est avec un clin d’œil entendu, assez différent du ton de conclusion de Deadhouse Gates). Je voulais devenir sacrément sérieux avec Deadhouse Gates. Des années plus tôt j’ai eu un mentor (Jack Hodgins) qui a observé que mon écriture n’est pas immédiatement une invitation – dans le ton, dans le thème – mais plutôt que de combattre cela (et moi-même), je devais faire tout mon possible pour prendre le lecteur par la main, doucement, même si mon intention finale est d’attirer ce lecteur en enfer. Il m’a donné de bons conseils, je trouve. Plus un auteur écrit, plus il réalise combien le langage peut être manipulateur.
En y repensant, pourtant, je ne sais pas si Deadhouse Gates s’ouvre en prenant quiconque par la main, à moins que ça ne soit pour fermer une entrave sur le poignet (ce qui est en fait assez juste) ; mais je savais que la première scène était suggestive et ces premières lignes sont toujours – de mon point de vue – les meilleures de tous mes romans.
Alors que plusieurs auteurs et romans – peut-être tous – on un certain niveau de fandom, l’écrivain de fantasy épique tend à avoir ce que j’appelle un fandom actif du fait que les sagas en plusieurs volumes tendent à avoir une interaction plus constante ou une immersion du fait de leur nature. En tant qu’auteur qui a écrit d’autres romans, quelle est votre réaction initiale face à ces milliers de personnes qui visitent des sites tous les jours pour parler de vos créations ?
Voici une liste de mots : effrayant, frustrant, délectable, intimidant. On va lire des commentaires et des opinions jusqu’à se décrocher la mâchoire (et pas dans le bon sens) ; dans le même temps, la satisfaction absolue de lire quelqu’un qui a pris le temps d’explorer quelques-unes des idées et thèmes sous-jacents aux histoires est une récompense qui fait que ça en vaut la peine.
Ca me rappelle que j’ai lu des commentaires de fans déclarant que je ne fais pas de personnalisation. Ce qui, je suppose, renvoie à la réponse de votre première question.
De tels sites sont, au final, un cadeau très précieux – nous sommes la première génération d’auteurs à avoir potentiellement une telle relation directe avec nos lecteurs. C’est une nouvelle dynamique, dans laquelle certains auteurs s’engagent totalement tandis que d’autres restent isolés, délibérément déconnectés. D’autres encore se plongent directement dedans pour en ressortir plus tard – Internet peut être un puit sans fond. On m’a demandé plus d’une fois de créer un blog mais j’ai refusé à chaque fois. Si c’est un choix entre blogger et écrire mes romans, et bien mon choix est clair. Et je pense que la plupart de mes lecteurs seront d’accord avec ça.
Vous avez dit que votre pseudonyme est un salut à un lecteur SF/F de votre famille. Etes-vous un vrai fan de la seconde génération à qui on a transmis cet amour ou est-ce que c’est quelque chose qui vous est venu plus tard ?
Erikson était le nom de jeune de fille de ma mère. Je ne parviens pas à me rappeler si c’est moi qui a rapporté le premier roman de science-fiction ou fantasy à la maison (probablement), mais elle était une lectrice invétérée qui dévorait littéralement tous les livres que je finissais. Tarzan, John Carter de Mars – toutes les histoires de fantasy romantique de Burroughs – elle a tout lu. Elle a aussi lu les aventures de James Bond, de même que Matt Helm, les travaux plus sombres de Mickey Spillane, les mystères de Perry Mason, etc. – et occasionnellement j’attrapais un Ian Flemming ou autre, juste pour voir de quoi ça parlait. Je suppose qu’on partageait ensemble les lieux du genre de fiction populaire. Le miracle c’est que mon amour de la fiction d’aventure et de ses intrigues géniales a en fait survécu plusieurs années grâce aux prestigieux et innovants programmes d’écriture.
Je m’intéresse maintenant aux origines du décors de vos romans qui a commencé il me semble dans un cadre de RPG. Quand je me représente quelque chose comme ça, je vois beaucoup de bière, et très probablement peut-être un étourdissement partagé. Vous rappelez-vous le premier souffle de Malazan et simplement ce qui vous passait dans la tête à ce moment-là ?
Etrangement, les substances psychotropes n’ont joué aucun rôle (sauf la caféine) sur nos jeux. Elles ne collaient pas à l’ambiance qu’on recherchait. Dans le même temps, ma toute première aventure dans l’AD&D s’est faite sur un coup de tête, quand Cam nous a mené dans un jeu d’introduction. Pauvre Cam – c’était peut-être de l’herbe ou plus certainement du hash mais on était des épaves et complètement pathétiques. La première rencontre de notre groupe (avec quelques loups) a vu un des joueurs se cacher sous son bouclier, un autre s’enfuir, et moi grimper à l’arbre le plus proche et jeter leur des pommes de pin. Je me souviens d’un joueur qui soulevait un assassin gnome et a ensuite essayé de poignarder dans le dos un rôdeur de deux mètres dix (il l’a eu dans le mollet droit). A ce moment-là Cam a levé les mains de dépit et ça s’est arrêté là.
Dans les sessions plus réussies qui ont suivi (à peu près un an plus tard), on a gardé nos esprits. Les jeux étaient essentiellement une participation aux romans en train d’être écris. On s’en foutait d’amasser des trésors, de faire un raid dans des donjons, etc. On créait des personnages et on leur faisait perdre les pédales de la façon la plus imaginative possible.
Un peu de la même façon que ce qu’on fait avec les romans maintenant.
Le monde de Malazan, du mieux que je me souvienne, a mis du temps à se former. Il a commencé avec une carte ou deux, puisque j’adorais dessiner des cartes. J’ai toujours une des premières, une petite région du nord de Genabackis (le marécage de Blackdog, Mott et la Forêt de Mott). Du côté de Cam, et bien, il conduisait des campagnes en tant que GM bien avant que je ne m’y essaie, et celles-ci incluaient des personnages que j’avais créé pour elles : Anomander Rake, Caladan Brood, Queen of Dreams. Je pense que leurs cadres originaux n’étaient pas Malazan dans le sens de ce que l’on appelle aujourd’hui Malazan . Mais ils y ont migré au bout d’un certain temps. La création de l’empire lui-même vient d’une campagne que j’ai joué où Cam était Kellanved (Dancer comme PNJ). Je me souviens encore de celle-ci avec un sourire – il y avait des scènes que je n’oublierai jamais je pense (aucune n’ayant apparu dans les romans, puisqu’ils ont été écrits antérieurement) – celles-ci restent entre Cam et moi.
J’ai posé la même question à M. Esslemont : Avec votre Vieille Garde vous avez réussi à développer l’idée que la littérature peut apporter quelque chose aux criminels. Est-ce qu’il y a un modèle historique pour ce groupe ?
C’est une question intéressante. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une corrélation historique directe. C’est probablement plus le fait qu’après avoir créé tous ces personnages ils étaient tous, et bien, juste assis à ne rien faire – leurs moments de gloire étaient passés. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne pouvaient pas en trouver de nouveaux. Mais ils étaient des personnages complètement formés et il semblait dommage de ne pas les utiliser de temps en temps.
Quand les gens parlent des auteurs de fantasy, surtout de variété épique, ils voient des influences similaires – mais quand je lis vos livres et quand je vois comment vous posez les problèmes de cultures je vois un petit DeLillo. Etes-vous familier avec l’auteur et des œuvres comme Les Noms et est-ce que vous voyez ce que je veux dire ?
Les Noms est un de mes livres préférés (avec Grendel, Short-Timers, Going after Cacciatto, le Roi des Mouches, Foucault’s Pendulum). J’ai moins accroché, et de loin, à la plupart des autres œuvres de DeLillo. Les Noms et Foucault’s Pendulum vont de pair avec moi (et peut-être aussi L’Homme qui était Jeudi) ; ils puisent dans la nature même du mystère (plutôt que juste des mystères) et de l’obsession. C’est intéressant que vous ayez détecté une sorte de connexion ici, et je me demande si vous pourriez être un peu plus spécifique ?

;Dans une question similaire que j’ai posé à Cam, on a parlé du non genre des influences spécifiques et je crois qu’on s’est intéressé à ce qu’on appelle la fantasy épique – sa meilleure expression (même en revenant jusqu’à Tolkien) est le fruit de quelque chose qui n’a presque rien à voir avec ses prédécesseurs directs et qui ressort en fait de quelques passions ou pratiques individuelles (le langage de Tolkien, la philosophie de Baker, la chevalerie de Martin). Ce que je vois aussi c’est qu’en dehors de ce sous-genre il y a une véritable armée d’auteurs qui sont complètement à la pointe du genre, pas seulement les anciens maîtres mais aussi le groupe avant-gardiste d’auteurs contemporains (DeLillo étant certainement l’un d’entre eux). D’un point de vue générique ce que je vois avec Les Noms c’est un observateur historique sur une terre qui ne reconnaît pas ou ne sait pas chercher la fiction, mais au contraire plonge plus profondément dans les peuples, les endroits, où les aspects comme les thèmes et les intrigues centraux ne les emmènent pas et où les personnages eux-mêmes le font sans que le narrateur ne porte de jugement et laisse cela aux autres et quand ils le font c’est rendu sous différentes perspectives. C’est une véritable exploration et avec le cadre de Malazan, cela semble être une application continue et active de cela dans le fantastique. En fait je vois aussi des similitudes de prose – ou plutôt d’utilisation de la prose – en ce que votre langage ne raconte pas une histoire, il vous force à vivre ou à expérimenter, même quand, tout en observant et en prenant un peu de votre propre réponse, vous fouillez dans la nature des gens et pas simplement dans les gens. : Je vois ce que vous voulez dire – ça fait des années que j’ai lu Les Noms – j’y regarderai à nouveau. C’est peut-être plutôt une idée du genre de montre ne raconte pas comme doctrine de base pour mon approche de narration. Dans un sens, on devrait se sentir comme si on fouinait dans un monde et dans les vies de ses peuples. On glane ce qu’on peut mais beaucoup reste mystérieux et inconnu. Beaucoup d’auteurs semblent avoir peur de ça – ils veulent expliquer trop de choses et ça finit par tuer la narration. C’est comme un magicien qui dévoile chaque truc, ou qui doit expliquer une blague. D’un côté ça peut mettre le lecteur à l’aise, mais d’un autre ça implique aussi un manque de foi dans le lecteur – dans son intelligence mais aussi dans son imagination et dans sa faculté d’émerveillement. Quel est l’intérêt de la Fantasy si l’imagination du lecteur n’est pas provoquée, enflammée, engagée comme un joueur essentiel du processus créatif ?

Ce que j’ai apprécié dans vos séries depuis le tout début c’est qu’il y a – avec très peu d’exceptions – un grand nombre de personnages féminins et de type non caucasien qui sont centraux dans le cadre des races humaines. Est-ce que c’était un choix conscient ?
Conscient dans le sens (que Cam et moi partagions tous les deux) où on lisait tellement de romans de fantasy modelés sur le motif féodal européen ; et tout le monde était blanc, plus ou moins d’origine anglo-saxonne (à moins qu’il ne fassent partie de la horde noire, cette lamentable allusion étant intentionnelle). C’était ridicule. Croyez-le ou non, le génotype cheveux blonds yeux bleus est globalement une sacrée minorité. Pourquoi tous ces mondes de fantasy devaient-ils être si monochromatiques ?
En ce qui concerne les personnages féminins du type qui ne tombe pas tout le temps dans les pommes, et bien les mondes de fantasy feraient bien d’admettre les sensibilités modernes, durement gagnées, au lieu de les rejeter en cédant aux échos déplaisants de la nostalgie sexiste, vous ne trouvez pas ? Je ne suis pas John Norman ici, après tout (dieu merci).
Pouvez-vous me donner une figure littéraire (ou historique) que vous reliez à Kellanved/Shadowthrone ?
Facile. Ian C. Esslemont. Ce malade est la création de Cam, dans son intégralité. Comme vous pouvez l’imaginer, jouer à un jeu avec ce personnage devant les yeux était une aventure. Ca me fait sourire.
Ah ! Je savais que c’était Kel ! (voir les prophéties du Bodhisattva) Voyez-vous quelque chose qui se distingue dans votre travail littéraire qui leur ferait mériter cette étiquette alors que vos travaux sur Malazan ne seraient probablement pas connus en dehors du hobby ?
Pour être honnête, je ne vois pas beaucoup de différence. L’étiquette aide peut-être à reconnaître quelle est l’audience qui est visée. Mais même cela est suspect, car ça suggère que les lecteurs de fantasy ne peuvent ou ne veulent pas lire des œuvres considérées comme littéraires . Naturellement, les lecteurs d’œuvres exclusivement littéraires limitent en fait eux-mêmes la portée de leurs lectures, ce qui a pour conséquence que les tentatives réellement littéraires à l’intérieur des genres sont déconsidérées. Ce sont eux les perdants.
Je ne sais pas si les livres de Malazan seront jamais vus comme des œuvres littéraires par les gens pour qui un tel titre vaut la peine de distinguer ces œuvres des rebuts populaires , si vous voyez ce que je veux dire. Je ne peux pas vraiment me préoccuper de tout cela.
Un autre aspect que j’apprécie dans vos séries, c’est quand un narrateur comme Pust ou Kruppe laisse tomber dans votre livre des langues qui sont en fait des langages mythiques – ou des langages de mythes. Est-ce qu’un barde s’éveille en vous quand vous écrivez leurs passages ?
Je suis sûr que oui, bien que je ne sois pas entièrement certain de votre observation – qu’est-ce que vous voulez dire par un langage de mythes ? En y réfléchissant, oui, je suppose que Kruppe parle occasionnellement une autre langue, mais seulement dans le sens où il joue à un jeu linguistique dans un sens auto référent. Pust d’un autre côté, est juste fou et la question de savoir s’il le sait ou pas est évidemment l’une de celles qui ne sera jamais résolue. Par langage mythique est-ce que vous voulez dire le choix des mots ? Ou l’évocation de quelque chose de plus archétype ? La cadence, le rythme ?
Puisque L’Iliade a été une source d’inspiration majeure pour moi, je sais que je voulais mettre une touche, ici et là, de tradition de narration orale. Mais la plupart du temps ça apparaît dans les poèmes, les chansons et au début des chapitres. Et, je suppose, dans la structure toute entière des romans et des séries.
Excellent, votre mention de L’Iliade répond parfaitement à ma question. Je me suis retrouvé à vivre quasiment toute ma vie à proximité de militaires. Je connais plusieurs lecteurs, traditionnellement de non fantasy, qui sont dans les forces armées et qui sont venus vers moi pour me parler de combien ils ont aimé votre façon de représenter les soldats. Je sais que vous appréciez les travaux de Glen Cook sur la Compagnie à cet égard mais y a-t-il une autre raison ou source qui vous permette de capturer ces histoires de soldats ?
Les fouilles. Prenez une équipe de marginaux (tous les archéologues que nous sommes sont des marginaux), isolez-les dans la brousse pendant tout un été. La plupart des pièges de la civilisation sont mis à nu, et ce qui ressort c’est une combinaison malfaisante de camaraderie, d’absurdité, et la révélation inévitable de la véritable personnalité de chacun en même temps que les occasionnelles et ridicules postures. La seule chose manquante se fait tirer dessus, et même ça ce n’était pas une garantie (surtout pendant la saison de la chasse ou l’ivrogne bizarre armé, ou, comme ça m’est arrivé une fois, un petit malin a trop plaisanté et un membre de l’équipe m’est tombé dessus avec une hachette). C’est un fait que les gens deviennent fous dans la brousse et les archéologues qui travaillent sur le terrain peuvent occuper une nuit entière à raconter des histoires pour le prouver.
Un grand nombre de ces souvenirs s’infiltrent dans ces escouades sur lesquelles on écrit dans nos romans.
Un autre détail doit être ajouté à cela : un certain nombre de fouilles ont fini à proximité de bases militaires (CFB Shilo dans le Manitoba et des unités britanniques à Belize) ; aussi, un écrivain doit écouter et bien écouter – je me suis assis dans suffisamment de bars en compagnie de militaires et d’ex-militaires pour tout absorber. Enfin, il y a les nouvelles et les romans écrits par les vétérans.
Je me demandais si vous discuteriez la notion de convergence dans votre toile de fond et les mécaniques derrière cette idée.
C’est surtout un mécanisme d’intrigues, pour être honnête, qu’on attache ensuite à un principe de pouvoir attirant le pouvoir comme ça se manifeste dans le monde de Malazan (et, soyons honnêtes, dans le notre aussi). Avec une multitude de fils qui parcourent une narration, une partie des gains doit impliquer, dans une certaine mesure, de faire rentrer tous ou la plupart de ces fils.
Ce que je trouve assez génial c’est que c’est un aspect de l’intrigue dont les personnages ne sont pas seulement au courant mais aussi le monde lui-même leur est quelque part soumis !
Euh, c’est une belle, hum, convergence de formes et d’intérêts, hein ?
Le regretté Robert Jordan disait toujours qu’il savait ce qui allait se passer dans les dernières pages et les derniers tableaux de sa série La Roue du Temps – est-ce qu’on peut dire la même chose à propos du Livre Malazéen des Glorieux Défunts ?
Oui. Les dernières scènes sont déjà écrites dans mon esprit. Je dois juste y arriver.
Vous avez exprimé un intérêt, voire même une nécessité, à renverser les normes de la fantasy, et tandis que beaucoup de nos grandes voix ont presque toutes pris un chemin différent pour le faire, vous avez décidé de le faire en utilisant des tropes classiques, une petit changement de l’intérieur, qui semble d’un point de vue marketing bien plus avantageux mais selon vos dires ça ne l’était pas pour obtenir au départ un livre américain bon marché. Premièrement, pourquoi choisir cette manière et deuxièmement, comment le lecteur de fantasy a-t-il, ou les gens en général ont-ils, changé pour permettre le succès d’une telle série et enfin pouvez-vous indiquer d’autres travaux qui peut-être ont facilité cette transition vers une fan base de Malazan qui représente vraiment l’audience la plus large sur ce marché ?
D’abord, j’ai une toute petite idée sur combien l’effort à été un succès à ce jour. Mes travaux sont rarement sur la liste des best-sellers après tout. Renverser les tropes de l’intérieur semble la façon la plus honorable de faire un changement. Imaginez que vous essayez de le faire de l’extérieur, et vous aboutirez à un travail qui se moque plutôt qu’il ne célèbre tout en étant subtilement ébranlé ; ça montrerait du mépris et nous n’avons jamais voulu faire cela – on aime le truc, après tout.
La plupart des rejets des éditeurs américains, à l’origine, avaient plus à voir avec la perception de la complexité plutôt qu’avec le renversement des tropes, bien que je suppose que l’absence de véritable héros en a déconcerté plus d’un.
De ce que j’ai pu observer, on voit de plus en plus d’essais réalistes dans les récents mondes de fantasy ; on est dans un âge moins romantique, donc ce n’est pas si surprenant. On est aussi dans un âge de la désillusion – nos leaders politiques sont suspects ; la recherche de la fortune prend le pas sur les vies humaines et, en effet, sur les vies de toute autre forme de vie sur cette planète. Les dégradés de gris prolifèrent et le genre de la fantasy est simplement en train de rattraper une approche qui a déjà été explorée par, on dira notamment, la Science Fiction.
Pourquoi pensez-vous que la Science Fiction a pris une longueur d’avance sur la fantasy et est-ce qu’il y a un livre qui vous vient à l’esprit qui a pu initier le genre de la fantasy ? Je demande ça à cause des origines de RPG de Malazan. Est-ce que Malazan s’en est rapproché – en termes d’aspects non romantiques – par rapport à ses origines ?
J’ai mentionné plus tôt comment les romans de Glen Cook ont apporté au genre cette sensibilité courageuse et terre à terre et comment ils étaient peut-être en avance sur le temps. On a pris beaucoup de l’atmosphère de la Compagnie Noire dans nos aventures en RPG. La bonne Science Fiction est une extrapolation du présent, donc ça dépend avant toute chose du talent de conviction de l’auteur et de son observation mesurée du monde qui nous entoure. Cette approche n’est pas implicite dans la fantasy. Mais il semble qu’elle commence à se glisser dans le genre.
Vous décrivez Kellanved comme étant un fou, est-ce que vous le faites avec un reflet positif ou négatif et est-ce qu’il y a une différence ? Dans le dernier roman de Cam et dans vos propres romans, on voit le dénouement, en fait le chaos probablement causé par son abdication. On a bien noté que ce retrait était son choix, mais est-ce qu’il y a un aspect de Kellanved en tant qu’explorateur rempli de détermination que vous trouvez attachant – ou bien est-il juste fou ?
Oh, c’est de la folie avec un clin d’œil, bien sûr. Le grand plaisir de voir ce genre de personnages (dans un jeu ou dans un livre) c’est leur imprévisibilité absolue. Même dans les jeux ni Cam ni moi n’élaborions sur les motivations des personnages avec lesquels nous jouions. On ne s’expliquait pas grand-chose l’un à l’autre – c’est ce qui faisait que le côté maître du jeu de la conversation était aussi divertissant que le côté personnage/joueur. Aucun de nous ne savait directement ce que l’autre était en train de faire.
J’ai posé une question à M. Esslemont à laquelle il a répondu qu’elle vous serait plus appropriée. C’était : Je pense que ce que vous avez fait de mieux – dans un monde qui est à couteaux tirés, qui parle de trahisons – de Chain of Dogs aux assassinats, au destin de Silchas Ruin – vous scellez un autre extrême. Est-il sûr de dire que Kellanved et Dancer sont amis ? Un aussi simple élément est en fait quelque chose qu’on n’aborde peu sans une certaine excitation – mais on voit surtout Dancer sauver Kellanved à la porte de l’immortalité, lui-même étant déjà en sécurité. Est-ce que votre intention était d’établir les bases de cette relation et de combien pensez-vous qu’elle soit profonde ?
Je pense que ce qui existe avec ces deux personnages est une sorte d’histoire partagée de longue date, un trésor d’expériences. Dans le même temps, il devrait être clair que chacun est sa propre personne, et pendant qu’ils sont ensemble ils sont aussi séparés, et cela établit un équilibre entre les deux. D’un certain point de vue ils sont peut-être les composites les plus exacts (pas en termes de folie !) de notre côté créatif à Cam et moi. On partage un monde, mais en tant qu’individus chacun de nous est distinct. La tension naturelle qui existe dans ces conditions est une tension que nous reconnaissons tous les deux et qui ne nous fait pas peur ou ne nous met pas sur la défensive. C’est un type d’amitié complexe, mais solide car le respect mutuel y prend une grande place.
Au beau milieu de ce qui est – à la base – un archétype de fantasy très riche – j’ai trouvé que vous nous laissiez plantés avec les soldats. A quel moment dans le processus en êtes-vous (et/ou Cam) arrivé aux Bridgeburners ? Avec ça, la présence des armements – les claques de dieu pour l’humanité – vous avez fait un choix qui n’est pas souvent représenté dans ce genre de fiction. Pourquoi un tel accent sur ou intérêt pour les soldats du génie, ou est-ce juste un autre élément ?
Hmm. La notion d’armement est probablement arrivée comme un contrepoids à la sorcellerie, un moyen pour les personnages qui ne pratiquaient pas la magie pour, comme vous dites, équilibrer le terrain. On était aussi attirés par le monde dur et souvent misérable des soldats d’infanterie, un de ceux que vous voyez rarement explorés dans la plupart des fictions de Fantasy (excepté Cook). C’était toujours les dirigeants et les chefs et les grands héros qui conduisaient les rangs massés, jamais ce visage indistinct, anxieux dans les rangs eux-mêmes. Les armées n’étaient que du fourrage, quelque chose qui finit éparpillé sur les sanglants champs de l’histoire (réelle ou imaginaire). Pour moi, de telles victimes représentent l’élément le plus tragique du conflit à grande échelle. C’est leur vie qui est ruinée par les désirs et les ambitions de leurs chefs. C’est dans ces victimes que ma compassion trouve refuge. A la fois pour Cam et moi, c’est là où notre émotion, notre empathie est complètement engagée. C’est peut-être, au final, ce qui les rend si convaincants (et divertissants). J’ai été dans suffisamment d’aéroports aux Etats-Unis pour voir des soldats revenir d’Irak, et voir dans les yeux de certains quelque chose de dévasté, de blessé, et ça me brise le cœur.
Ian a décrit Laseen – Surly – comme l’une des votre dans son dernier roman, Le retour de la Garde Pourpre, il en fait quelque chose de vraiment intéressant. Son nom (Surly/Revêche) – et l’histoire du mot lui-même – m’a toujours intéressé. En tant que créateur c’est difficile de prendre du recul, je sais, mais quand vous pensez à cette figure très centrale en quels termes décririez-vous votre ressenti ?
Et bien, il ne devrait y avoir aucun spoiler. A travers l’histoire de notre propre monde, on peut retrouver encore et encore des dirigeants vifs et capables mais pour qui les évènements ne se sont pas déroulés de la façon dont ils auraient dû. Malchance, erreurs de jugement, de nombreuses choses peuvent les foutre dans la merde et c’est souvent ce qui arrive. Je ne connais pas encore tous les détails du roman de Cam – je ne connais que l’essentiel – mais on a compris tous les deux comment un mauvais moment peut devenir la seule force de l’histoire. Surly était un PNJ avec des ambitions inattendues.
L’élément de Deck of Dragons est quelque chose que l’on a vu avec un certain style chez Zelazny. Je vous ai entendu le lister en tant qu’une de vos influences auparavant – y a-t-il quelque chose (d’autre) que vous tirez de Zelazny ?
Un autre grand auteur qui a laissé beaucoup à l’imagination du lecteur. Aussi, le sens de l’humour, si parfaitement ancré dans les personnages eux-mêmes. Une chose dont je me souviens dans le cycle des Princes d’Ambre c’était l’exaspérante incertitude dans laquelle sont la plupart des membres de la fratrie de Corwin – qu’est-ce qu’ils font ? Ami ou ennemi ? Et même alors, les allégeances pouvaient tomber en un instant. J’ai adoré ça. Et ses nouvelles étaient très littéraires.
Oui ! Je suppose que c’est assez évident maintenant que vous le mentionnez – les relations familiales dans Ambre. Pour moi, j’ai fini par considérer (suite à mes propres expériences) Brand comme mon anti-archétype archétype de méchant de fantasy. House Paran a sûrement sa dynamique intéressante, tout comme la Vieille Garde et bien d’autres exemples ! Mike Harrison a récemment fait quelques commentaires sur la création de mondes imaginaires :
La construction de mondes est ennuyeuse. La construction de mondes littérarise le désir d’inventer. La construction de mondes donne une permission inutile pour les actes d’écriture (en fait, pour les actes de lecture). La construction de mondes engourdit la capacité du lecteur à remplir sa part du marché, parce qu’elle croit qu’elle va devoir tout faire ici pour que quelque chose soit fait.
Par-dessus tout, la construction de mondes n’est techniquement pas nécessaire. C’est le fameux pied bot de l’ineptie. C’est une tentative pour faire une étude exhaustive d’un endroit qui n’existe pas. Un bon écrivain n’essayerait jamais de faire cela, même avec un endroit qui existe. Ce n’est pas possible et si ça l’était les résultats seraient illisibles : ils constitueraient non pas un livre mais la plus grande bibliothèque jamais construite, un endroit consacré au dévouement et à l’étude de toute une vie. Cela nous donne une idée du type psychologique d’un constructeur de mondes et de ses victimes et c'est très préoccupant.

Etant un auteur qui est souvent remarqué pour ses constructions de monde, quelles sont vos remarques ?
Oh j’ai déjà fait un commentaire de cette citation ailleurs. C’est nul. Toute forme de fiction implique une construction de monde. Type psychologique ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Quiconque insiste sur la notion de types est ne fait pas d’efforts quant à la psychologie humaine. Un argument pratique, je suppose, mais bien trop simpliste en réalité.
Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans Night of Knifes ?
Le fait qu’il soit si concentré. Il y a des scènes dedans que je n’oublierai jamais – elles m’ont donné des frissons (Temper et le chien de chasse, par exemple – voir un des personnages réduit à un tas de viande… fabuleux – combien d’écrivains de fantasy ont les tripes et la capacité de rendre ça ?)
L’idée des massacres est quelque chose à laquelle nous sommes confrontés très tôt. D’où venait l’idée des massacres en masse telle que vous la retracez ?
C’est essentiellement une variante des pogroms, et il y a suffisamment de précédents historiques pour prouver qu’un pouvoir (surtout s’il doit faire face à de nombreux problèmes) peut trouver facilement un bouc émissaire parmi sa population. Dans le cas de l’Empire de Malazan, ça a aussi servi pour nettoyer le bloc montant au pouvoir et ses tentatives réglementées de corruption des rouages de la société (une bureaucratie bourgeonnante qui menace d’écraser une culture qui ne progresse plus).
Quel voyage vous a donné le plus de satisfaction ?
Probablement Karsa Orlong.
Il a vraiment été le véhicule pour la première déviation que j’ai senti dans la série. House of Chains semble commencer sur ce qui semblait être comparativement une mise en lumière prolongée de Karsa. Etait-ce le plan d’origine, ou est-ce que le personnage dont le voyage devait être exposé a dépassé l’idée originelle à cause de la croissance organique interne de la série ?
L’intention était toujours de rester avec Karsa pour la première section de ce roman. Quand on établit un précédent d’une multitude de points de vue, le lecteur se pose invariablement la question de savoir si l’auteur peut réaliser un point de vue plus long, plus soutenu. Je suppose que j’exprimais partiellement mon point de vue. Aussi, je voulais jouer sur le thème standard du barbare qui commence son voyage dans le monde en partant du bout du monde, et à travers ça, en me tenant fermement à ce point de vue, je voulais explorer ce thème de la façon la plus réaliste possible. Jusqu’à ce jour je suis très satisfait de cette section – je la sens toujours très fermement contrôlée.
Vous avez la capacité, de temps en temps, de laisser votre personnage prendre le rôle du narrateur dramatique. Un exemple qui vient à l’esprit est quand Cuttle observe Fiddler jouer du tambour, dans Reaper’s Gale. Est-ce que ce changement est quelque chose auquel vous pensez, dans le sens où vous en êtes conscient et de combien en usez-vous, ou bien est-ce que c’est quelque chose qui a juste lieu comme ça ?
Je l’utilise beaucoup et de façon assez délibérée. Ca permet un changement de ton, de diction et ainsi de suite, et ça rejoint le but qui est de faire de la personnalisation double – la voix et le (ou les) personnage étant décrits. Ca attire le lecteur un peu plus près. Si je maintenais une voix strictement narrative dans tous ces romans, j’aurais probablement rendu tout le monde fou, moi y compris.
Je réalise que votre formation d’archéologue et d’anthropologue est assez apparente dans la série. Je me demandais néanmoins si c’est toujours une relation à sens unique. Avez-vous déterré quoi que ce soit en tant qu’écrivain que ce soit dans le contexte de Malazan ou dans vos autres travaux ?
Et bien, je joue avec des interprétations alternées, en ce qui concerne les mécaniques culturelles et l’évolution humaine. Par exemple, je regardais un documentaire archéologique sur l’Egypte et le sujet était l’habitude précoce qu’avait cette civilisation de tuer les conseillers, les gardes du corps, les femmes, etc. des pharaons quand ceux-ci mourraient – en ensevelissant tout ce petit monde sur le dessus. L’interprétation générale de ceci est que le roi a besoin de ses serviteurs dans l’au-delà. Je me souviens que j’étais assis et que j’ai réfléchi un peu à ça, jusqu’à ce qu’il me vienne à l’esprit qu’une raison encore plus probable était que ça permettait d’être sûr qu’il n’y aurait aucune traîtrise de la part des conseillers les plus proches du roi – après tout quand le roi s’en va, vous aussi. Personnellement je pense que c’est tout aussi raisonnable que ce marché religieux du on-fait-tous-partie-du-sacrifice. Plus tard, bien sûr, la pratique a été abandonnée, probablement parce que la bureaucratie est devenue trop importante, trop puissante. Un autre exemple est lié à mon intuition grandissante que notre présente interprétation de l’évolution des hominidés est probablement complètement à côté de la plaque. Je me demande maintenant s’il ne nous manque pas un énorme élément de notre histoire de l’évolution simplement parce qu’une énorme quantité de preuves fossilisées est présentement sous le niveau de la mer, le long des littoraux (qu’ils soient au nord de la côte ouest des Etats-Unis, tout en bas de l’Amérique du Sud, ou sur le littoral de l’Afrique de l’Est, autour de l’océan Indien, ou carrément en Indonésie). Je pense que le transport par mer était un phénomène bien plus précoce que ce qui est généralement estimé, peut-être même dès l’Homo Erectus. Si j’étais resté un universitaire, de telles visions m’auraient values d’être enterré immédiatement. Mais en tant qu’auteur de fiction, et bien, je peux faire l’imbécile avec ces choses autant que je veux. Curieusement, les récentes découvertes sur des variantes hobbit de l’Homo Erectus à Flores ne m’ont pas beaucoup surprises ; par contre les douze mille ans d’âge oui.
Qu’est-ce que l’on peut attendre de vous après Toll of the Hounds ?
Il faut que je finisse les deux derniers romans de la série et peut-être intégrer une ou deux nouvelles entre.
La plupart des gens demanderont des aperçus – questions-réponses, mais je vous demanderai quelque chose d’un peu différent – en quoi consiste ce secret qui vous fait donner à Kellanved cet air de se frotter les mains ?
Et bien, il y a plusieurs aperçus dans Toll of the Hounds ; et dans la plupart des scènes finales mentionnées précédemment. Celles qui closent la série. Je me tourne en ce moment vers une qui va clore les derniers chapitres du neuvième roman. Mais je ne vous donnerai rien de plus, Jay. Désolé !

Il n’y a pas de quoi ! Je veux remercier M. Erikson pour son temps et rappeler à tout le monde que le huitième livre de son cycle le Livre Malazéen des Glorieux Défunts est à paraître prochainement à la fois aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Jay Tomio The Bodhisattva

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