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Alain Névant en exclusivité

Par Luigi Brosse, le mercredi 10 avril 2002 à 22:24:16

Dans ce long - mais ô combien intéressant - entretien, Alain Névant fait part à Elbakin.net de sa propre expérience dans le monde éditorial de la fantasy, en France, ainsi que de son parcours qui l'a mené jusqu'à la création de Bragelonne, où il assure aujourd'hui les fonctions de directeur éditorial pour les auteurs étrangers, et de ses propres réflexions sur le métier. Un éditeur visiblement ravi même si la somme de travail à abattre est énorme.

Nos questions, ses réponses !

Commençons bien évidemment par quelques questions pour mieux vous situer. En voici donc deux ou trois que vous avez déjà dû entendre souvent. Tout d'abord, le monde de l'édition, est-ce pour vous une destination atteinte par hasard, ou bien une démarche longuement réfléchie ? Bref, quel a été votre parcours ?
J'espère que vous avez beaucoup d'espace d'hébergement pour votre site, parce que mon parcours est assez long. (rires) Mais déjà, pour commencer, je peux dire que, oui, le hasard y est pour beaucoup. Moins depuis quelques années, forcément. En résumé, après des études de psycho, j'ai fait des études d'anglais à Paris VII. Je me suis spécialisé en littérature des pays anglophones. J'ai fait une maîtrise sur Terry Pratchett à une époque où il n'était pas encore traduit en France (ce qui ne nous rajeunit pas). Un beau petit mémoire irrévérencieux au possible de quelque 240 pages, qui doit être boulotté par les rats de la bibliothèque universitaire aujourd'hui. J'ai enchaîné sur un D.E.A., dont le sujet était la Humorous Fantasy (on ne change pas une équipe qui gagne). Un petit détour sous les drapeaux et je suis parti à Nantes, en thèse. Peu de temps avant que je ne parte à l'armée, un ami de lycée, Henri Loevenbruck, est revenu d'Angleterre avec des idées par milliers. Il était tombé amoureux de la culture "science-fictive" et désespérait de trouver en France un magazine ou une revue qui traiterait du sujet. Il me proposa de créer un fanzine, histoire de... Ce fut en fait mon seul lien avec le monde "réel" pendant mes douze mois d'armée assez abrutissants. Il m'envoyait des livres, je les chroniquais. Ce fut ainsi que naquit Ozone. La revue marchant de mieux en mieux, nous décidâmes, alors enseignants tous les deux, de monter une petite s.a.r.l. de presse et de lancer Science-Fiction Magazine, toujours histoire de.... C'était encore une revue distribuée en points de ventes spécialisés, mais qui malgré nos faibles moyens de distributions touchait plus de 2000 personnes. Pendant ma troisième année de thèse, nous avons reçu une proposition du groupe Flammarion Presse, qui nous offrait de lancer SFMag en kiosques. Nous avons pris nos cliques et nos claques et avons signé des deux mains, avec du sang, les yeux fermés. Le reste est déjà de l'histoire ancienne. Mais ce furent cinq années durant lesquelles je fus en contact avec le monde de l'édition, de manière professionnelle et régulière.
On sent à ces mots que d'une façon ou d'une autre, vous n'auriez pas pu vous "contenter" de l'enseignement.
C'est vrai... J'ai toujours eu la bougeotte. J'ai toujours fait cent mille choses à la fois. Pendant mon adolescence, j'ai fait du théâtre, de la musique, des jeux de rôles. Et puis je traînais toujours en bande. Il y avait cette dynamique de groupe incroyable, qui a pris toute son ampleur à partir de la Seconde. Nous étions un groupe de onze copains, qui s'étaient connus cette année-là, parce que sur les mille et quelques élèves présents dans la cour du lycée le jour de la rentrée, au moment de l'appel et de la répartition des classe, seuls onze gus n'étaient pas habillés "proprement" comme les autres, mais arboraient fièrement des tee-shirts de Hard-Rock, des jeans déchirés, des cheveux longs. Une sorte de confrérie des mauvais mutants (rires). Pour survivre dans cette jungle de "bonnes manières catholiques" il a fallu que nous restions groupés et soudés comme les dix doigts de la main et un orteil. On a même fait des concerts dans notre école, ce qui nous a valu de passer au Journal de 20:00 sur Antenne 2, comme ça s'appelait à l'époque. Evidemment, le reste du temps, nous nous ennuyions ferme en classe. Pas des mauvais élèves, non, même si au grand désespoir de nos parents nous nous lancions parfois dans des concours aussi stupides que "qui sera le dernier de la classe ce mois-ci !". La lutte était serrée, on ne se faisait pas de quartier. En fait, nous étions tous des Calvin, tirés de la BD américaine Calvin & Hobbes de Watterson. Le monde était trop petit pour nous, il fallait qu'on en crée d'autres. Nous dépensions une énergie considérable à concocter tous les jours une "connerie" gigantesque à faire pour le lendemain. Cela nous a valu pas mal de renvois, d'avertissements, de conseils de disciplines et heures de colles. Mais c'était la guerre. La guerre à l'ennui. C'est là aussi, je pense, qu'est né mon désir de devenir enseignant. Je me disais Plus tard, je ferai en sorte que des gosses ne vivent pas le même cauchemar que moi en classe. C'est beau la naïveté, non ? Mais j'enseigne encore aujourd'hui, pour des BAC + 5, et je fais mon possible pour qu'ils ne s'ennuient pas pendant mes cours magistraux. A ce que ces fayots me disent, ça marche. De l'université, j'ai gardé le goût amer de la division et du protectionnisme. C'est de là que me vient cette tendance au partage de la connaissance. Quand on fait un troisième cycle, en France, vos "maîtres" prennent bien soin de ne pas vous faciliter la tache, de vous tenir à l'écart de l'information, de vous laisser trop souvent dans votre "merde" et de vous reprocher ensuite de n'avoir pas vu tel ou tel problème, car vous êtes un rival potentiel. Si, si. Moi, je veux partager ce que j'aime (sauf ma femme !).
Bragelonne représente-t-il un projet qui vous faisait rêver depuis longtemps, ou bien est-ce que cela a été avant tout une question d'opportunité à saisir sur le moment ?
Les deux. En fait, nous avions prévu, dans le cadre de SFMag, de lancer une collection de romans intitulée "SFMag présente". Nous en avions fait part à Charles-Henri Flammarion et Jean-Christophe Delpierre, le DG du groupe de presse, qui ont trouvé l'idée aguichante. Après tout, nous étions en amont de toute l'information littéraire, donc capables de jauger de ce qui pouvait fonctionner ou non. Le but n'était pas de lancer une collection de nouveaux auteurs, mais d'auteurs confirmés. SFMag se devait d'être le représentant de la culture SF auprès du grand public, et pas une revue spécialisée ou un fanzine. Flammarion étant un éditeur de livres avant tout, et un distributeur, la chose aurait été techniquement facile. Malheureusement, pour différentes raisons, nous avons dû nous séparer du magazine. Du même coup, exit la collection. Mais il faut bien comprendre que nous avions déjà commencé à travailler sur le projet, à nos moments perdus (entre 5:30 du matin et 6:12). Certains titres, qui sont aujourd'hui publiés chez Bragelonne ou qui le seront dans les années à venir, font partie d'une liste qui repose au chaud dans un coin de mon cerveau. C'est d'ailleurs lors d'un bouclage du magazine (4 heures du matin, 34e étage de la tour Montparnasse) que le nom de David Gemmell est sorti pour la première fois. Nous faisions la "nuit des titres", sorte de récréation finale où nous essayions de trouver les jeux de mots les plus foireux possibles pour faire les gros titres du magazine, lorsque Stéphane Marsan (qui nous faisait le café par amitié en guise de soutien moral) nous avoua qu'il comptait se lancer dans la traduction de titres pour sa collection. Il me demanda si j'avais une idée sous le coude pour débuter. Dans l'optique de sa collection, je lui proposais Le Lion de Macédoine, sachant pertinemment que je ferais Légende dans la collection "SFMag présente" si elle voyait le jour. Le Lion était plus en accord avec le genre de textes qu'il publiait alors. Lorsque nous avons arrêté le magazine, j'ai aussitôt pensé me lancer dans l'édition ; je déteste ne pas mener à bien mes idées. J'ai donc commencé à travailler sur le projet d'une maison d'édition qui ne ferait que des anglo-saxons, et qui se spécialiserait dans la littérature d'aventure, la Fantasy, la SF, etc. Peu de temps après, Stéphane nous annonce qu'il ne fait plus partie des éditions Mnémos. Je lui ai aussitôt proposé de venir créer une collection française, et de s'investir dans la boîte que j'allais monter avec tous mes amis et collègues d'SFMag. C'est ainsi que sont nées les Editions Bragelonne.
En tous les cas, vous devez avoir confiance en la santé de la Fantasy pour vous lancer dans l'édition. Qu'est-ce qui vous attire le plus dans ce genre ?
Confiance en la santé de la Fantasy ? Sans être gérontophile, c'est le plus vieux genre littéraire du monde. Donc, oui, j'avais confiance. D'autant plus qu'en dix ans de faculté j'avais eu le temps d'en voir les tenants et les aboutissants, tant au niveau théorique que pratique. De plus, mon expérience en tant que journaliste m'avait permis de me familiariser avec l'univers éditorial du genre et de rencontrer les auteurs. Je crois qu'il n'est jamais bon de se lancer dans quelque chose qu'on ne maîtrise pas, quand on veut en vivre. Et jusqu'à un certain point, la Fantasy, je maîtrise ! (sourire) Il faut savoir aussi que les littératures de genre ont un avantage sur les autres. Elles ont un lectorat fidèle et passionné, qui soutient ce genre d'entreprises. Un premier livre (de genre) par un nouvel auteur vendra plus, en moyenne, qu'un livre d'un nouvel auteur en littérature générale. En revanche, question best-sellers, ce n'est pas dans la littérature de genre qu'il faut en chercher, sauf s'ils sont vendus comme de la littérature générale (oui, il y a des exceptions, comme Le Seigneur des Anneaux ou Dune... mais ils ne sont pas nombreux). C'est un des paradoxes des genres que nous affectionnons. Mais pour revenir à mon rapport à la Fantasy, je dirais que c'est à mon sens la littérature qui a marqué la fin du siècle dernier. Tant au niveau des ventes qu'au niveau des textes. Nous devons cela à Tolkien, bien sûr, mais aussi à la Guerre des Etoiles, au jeu de rôles, au jeu vidéo... La Fantasy est pour moi aujourd'hui la dernière des littératures d'aventures. Je veux dire la vraie Aventure, celle qu'on éprouvait enfant, lorsque l'univers nous pénétrait sans qu'on le remarque. Bref, ce qui m'attire dans ce genre, c'est la possibilité d'y revivre des émotions brutes, non motivées... l'impression d'être en vie et d'en jouir.
Il existe également des univers de Fantasy plus intimistes, plus déroutants que les classiques auxquels on pense en vous écoutant. Je songeais au Wonderful de David Calvo.
Là, tout le mérite en revient à Stéphane. Wonderful est son choix. Lui et David ont travaillé sur ce roman pendant près de trois ans. Je crois que le jeu en valait la chandelle. Evidemment, Wonderful est un ouvrage risqué. Mais on y croyait... on voulait y croire, et l'accueil de la critique a récompensé ce risque. Il y aura d'autres romans de David chez Bragelonne, et d'autres romans décalés de ce genre, même des traductions. Mais la publication de tels romans ne peut se faire que si nous publions avant des classiques, afin de nous donner une assise pour prendre le risque. Là, ce n'est pas un choix, c'est une obligation.
En quoi Bragelonne se différencie de la concurrence à vos yeux ? Est-ce quelque chose qui vous importe ?
Non, je ne raisonne pas en terme de concurrence. Je raisonne en terme de "plaisir" et de "partage". J'aime un texte et je veux le faire découvrir à un maximum de personnes. C'est déjà ce qui m'avait poussé à faire ma maîtrise sur Pratchett. Je ne me soucie pas trop de ce que font les autres. Je suis toujours content de voir un titre sortir ailleurs. Cela ne peut que servir le genre... et c'est important. C'est également l'objectif de Stéphane Marsan. Etre au service du texte, et pas l'inverse. Le marché est encore suffisamment vaste pour qu'on ne se marche pas sur les pieds les uns et les autres.
Large comme vous dîtes, mais pas aussi vendeur qu'il le "mériterait".
J'ai dit 'vaste' (rires). Le mot "mériterait" me dérange un peu. Un genre ne mérite pas. Un genre se crée des lecteurs. Un genre gagne ! Il n'y a pas si longtemps, Ayerdhal me reprochait de vouloir positionner la Fantasy au-dessus des autres genres littéraires et soutenait que le marché était dominé par cette tendance, par un matraquage commercial. On ne trouve plus que de la Fantasy sur les rayons ! C'est un dictat éditorial.
Je ne suis toujours pas d'accord avec cette analyse. Certes on trouve beaucoup plus de Fantasy que de SF dans les librairies. C'est parce que cela se vend mieux. Mais si cela se vend mieux, ce n'est pas à cause du matraquage, c'est parce qu'il y a actuellement un public plus grand pour ce genre que pour la SF. Mais ça changera. C'est la fin de siècle qui veut ça. La situation politique actuelle du monde est telle, que la science-fiction pourrait bien reprendre du poil de la bête. Il y a aujourd'hui, suite aux terribles évènements du mois de septembre, un matériau narratif que tout auteur de SF qui se respecte ne manquera pas d'utiliser. L'Anticipation et la "Speculative Fiction" ont de beaux jours devant elles. Mais pour revenir à la question et à l'affirmation d'Ayerdhal, l'envol de la Fantasy en France est très récent. La génération Marsan, c'est 1995. Les grands directeurs de collection, à l'exception de Jacques Goimard, chez Pocket, détestaient la Fantasy. Et ce sont eux qui dirigeaient le marché. Aujourd'hui le marché les a vaincus. C'est une petite révolution amusante. Mais Jacques Sadoul, en créant J'ai lu, n'a jamais fait la part belle à la Fantasy. Il aimait bien Conan... voilà. Gérard Klein, chez Robert Laffont et au Livre de Poche déteste ce genre. Il fait même partie des gens qui en 77 ont loupé le coche Star Wars en prétextant ouvertement que le film de Lucas détruisait tout ce pourquoi ils s'étaient battus à ce jour. Il y a eu de la part de ces directeurs une volonté manifeste de ne pas publier de Fantasy. Pareil au Fleuve Noir ou chez Denoël. Le matraquage vient de chez eux ! Si aujourd'hui il y a tellement de textes de Fantasy dans les rayons, c'est également parce que ces textes n'ont pas été publiés chez nous à l'époque de leur sortie dans les pays anglo-saxons. Vous vous rendez compte que Pratchett a été refusé pendant dix ans en France avant que l' Atalante n'accepte timidement de le faire. Légende de Gemmell a été publié en Angleterre en 1984 ! Si la Fantasy ne marchait pas aujourd'hui, croyez vous que Bûchet-Chastel se lancerait dans la publication de Stephen Lawhead, ou que Pygmalion publierait George Martin et Robin Hobb ? Bien sûr, il n'y a pas le mot Fantasy sur les couvertures, car comme le mot science-fiction, le mot Fantasy fait peur au grand public... ou aux éditeurs. Mais le lectorat dit "captif", à savoir nous, n'est pas dupe. Nous savons trouver ce qui nous plait et ce qui entre dans notre définition personnelle de la Fantasy. De même, lorsque Doug Headline, chez Rivages, place un roman dans sa collection Fantasy alors que l'ouvrage est clairement autre chose, c'est parce qu'il espère conquérir un public plus large. Je ne vois rien de mal à cela. L'important est de faire lire... La Fantasy n'est pas à mes yeux le meilleur genre qui soit. Ce n'est pas comme ça qu'il faut raisonner. Il faut raisonner en terme de livre. Soit le livre est bon, soit il ne l'est pas. Que cela soit du polar, de la littérature générale, de l'horreur ou un guide pratique. J'ai trop bouffé de Blake, de Keats ou de Byron pour dire que Jordan c'est mieux (rires). La Fantasy a actuellement un lectorat qu'elle s'est battue pour avoir. C'est un lectorat qui peut encore grandir et gagner sur celui plus généraliste, et qui le fera certainement si les espoirs que nous avons mis dans le film Le Seigneur des Anneaux se concrétisent. Amen !
Et pour en revenir à Bragelonne...
Désolé, quand je suis lancé... Si je devais citer une particularité de Bragelonne, je dirais "la joie". Nous faisons tout dans la bonne humeur, même quand c'est la panique. C'est également lié au fait que nous sommes tous des amis et que nous ne concevons pas le travail autrement que dans la crise de rire et l'exubérance. Faire sérieusement des choses, sans se prendre au sérieux, c'était déjà notre devise à SFMag (bonjour aux fans de Sex, Pizza & Vidéo). L'important, bien sûr, quand comme nous on a la tête dans les étoiles, c'est d'avoir les pieds bien sur Terre. Ce qui m'importe c'est de fournir au lecteur un bel objet et un bon texte. Tous nos romans ne s'adressent pas forcément aux mêmes lecteurs. Un lecteur ne peut pas tout aimer. Et il y a bien des types de Fantasy. Mais chaque texte a un public que nous essayons de contenter, de surprendre aussi. La concurrence, je laisse ça aux directeurs marketing... et chez Bragelonne on n'en a pas encore. On en reparlera à ce moment-là.
Etes-vous content de ce que vous avez réalisé pour le moment avec cette maison d'édition ?
Je suis un éternel insatisfait, tous ceux qui me connaissent peuvent témoigner de mes travers : perpétuel angoissé, pessimiste (ou réaliste, ça dépend d'où on se place), perfectionniste - le mec invivable ! Et pourtant, s'il est trop tôt pour crier victoire (si jamais il est besoin de crier victoire), nous ne sommes pas mécontents du tout de ce que nous avons réussi à faire avec nos petits bras. Bragelonne entre dans sa deuxième année de publication. Nous avons déjà sorti 17 titres. Nous allons publier des incontournables et des textes plus ambitieux ; Stéphane travaille à fond sur les auteurs français, mais cela prend beaucoup plus de temps que pour les traductions, malheureusement, ce qui nous poussera à sortira davantage de titres étrangers dans le futur. Rien que durant l'année 2002, nous allons publier 20 nouveaux romans. Une paille... Donc, oui, je suis content, mais ce n'est qu'un début. Nous continuons d'apprendre notre métier tous les jours, et ça c'est formidable. Il n'y a rien de plus motivant que le sentiment de progresser.
Ah, ah, et à quoi faut-il s'attendre ? Pouvez-vous déjà nous en dire un peu plus sur la ligne éditoriale des prochains mois ?
La ligne éditoriale de l'année 2002 va ressembler à peu de choses près à celle de l'année prédédente. Sauf qu'il y aura plus de titres et que nous allons nous ouvrir à la SF. Trèèèès doucement. Et toujours dans une optique d'aventures et d'univers. Je ne peux pas tout vous dire, ça serait trop long, mais je vais essayer de vous parler d'une bonne partie de ce que nous allons faire. Déjà, en janvier, nous publions Faux Rêveur, une anthologie assez particulière, puisqu'elle regroupe huit novellas (des petits romans de la taille d'un Librio, environ). Il y a dedans cinq textes SF et trois textes de fantastique. Les auteurs ne sont pas des moindres, puisque ce sont les maîtres actuels du genre en Grande-Bretagne : Paul McAuley, Kim Newman, Stephen Baxter, Peter Hamilton, Michael Marshall Smith, Graham Joyce, etc. Autre texte SF, en mai. La réédition d'un roman de Marshall Smith passé inaperçu lors de sa sortie en poche chez Pocket : Avance Rapide. C'est un roman hallucinant et halluciné. Un coup de coeur. Un risque... En septembre, nous lancerons un space opera de Anne McCaffrey et Elizabeth Moon, intitulé Sassinak ; une histoire de pirates dans l'espace. De l'action, du rythme et une écriture, bref un régal. En février nous débutons une nouvelle série de David Gemmell, avec L'Homme de Jérusalem. C'est un roman post-apocalyptique, proche d'un western - ce qui ne déroutera pas les fans. Le héros se nomme Jon Shannow, et c'est le personnage préféré de Gemmell. Époustouflant. En août, nous vous ferons découvrir Les Chroniques des Raven, une trilogie anglaise de High Fantasy pur porc de James Barclay (la série préférée de Stéphane à ce jour). C'est le nouveau best-seller du genre en Angleterre, et franchement, vous allez vite comprendre pourquoi. Nous avons récupéré les droits de Terry Brooks et pour les fêtes de fin d'année, vous aurez droit à la saga Shannara, avec une nouvelle traduction. La première trilogie seulement avait été publiée en France, mais nous, nous allons publier l'intégralité, et il y a 11 romans. Shannara est tout simplement l'une des séries les plus célèbres depuis 1977 aux USA. Autre moment important, Gemmell encore, Les Premières Chroniques de Druss la Légende, qui racontent comment Druss a obtenu son titre de Légende ; sa genèse. Comment faire sans ? Et puis, bien sûr, il y aura la suite des séries en cours. Tous nos français, des nouveaux chez nous, comme Magali Ségura, et la suite d'A vos Souhaits de Fabrice Colin, intitulé A vos Amours ; plus plein d'autres petites choses que vous découvrirez en temps utile. Tout ce que je peux vous dire, c'est que 2003 sera encore mieux... Je le sais, j'ai déjà le programme !
Pour accomplir tout cela, à quoi ressemble une journée-type à bord ? Bien évidemment, on imagine que vos collaborateurs et vous-même n'avez pas d'horaires fixes...
Quand on travaille dans la presse ou dans l'édition, il est clair que l'on doit vite faire certains choix de vie. Etant donné que nous sommes trois en internes (Barbara, Stéphane et moi) il y a plus de travail que de personnel. Par conséquent, les 35 heures, ça devient vite le minimum quotidien (rires). Néanmoins, à la différence de SFMag, j'ai quasiment tous mes week-ends. J'ai même réussi à prendre 2 semaines de vacances en septembre. Cela faisait 7 ans que je n'en avais pas pris. J'ai mis du temps à réaliser... Enfin, bon. Nous essayons le plus possible de nous répartir les tâches, en fonction de nos spécificités, mais il arrive fréquemment que nous touchions à tout. Pour travailler dans une petite structure, il faut être polyvalent. Ce qui nous prend le plus de temps, finalement, ce sont les rendez-vous. Nous sommes toujours, Stéphane ou moi, à droite et à gauche, en France et ailleurs. La représentation est l'une des clés de l'édition. Rester au contact des lecteurs, des libraires, également. Je parle bien sûr pour une structure comme la notre. Bref, la journée type n'existe pas. Mais on en rêve... parfois.
Ce côté "démarcheur" n'est-il pas parfois désagréable pour vous ? Je comprends que c'est quelque chose de nécessaire pour se faire connaître et qu'il faut être prêt à tout pour percer, mais... Est-ce dans certains cas, vous aimeriez pouvoir vous en passer ?
Oui et non. Nous ne démarchons pas réellement. Nous communiquons. Ce n'est pas comme si on venait faire du porte à porte avec a) des encyclopédies, b) des aspirateurs, c) des produits minceurs [rayez les mentions inutiles]. Nous n'avons pas besoin de percer. Nous avons un distributeur et c'est son métier ; il nous représente mieux que nous ne saurions le faire. Nous sommes présents, ou pouvons l'être à la demande du libraire, dans toutes les librairies de France, de Belgique et de Suisse. Le travail que nous faisons est un travail de représentation et cela fait partie intégrante du travail d'éditeur : rencontrer les "concurrents" et amis, les auteurs, les journalistes, etc. Echanger des idées, des points de vue. Cela fait partie d'un travail de réflexion et d'échange qui est lié à la dynamique de l'édition. Si on ne bouge pas, on s'encrasse. Or, nous avons envie de progresser. Cela prend beaucoup de temps, mais ce n'est jamais inutile. C'est même souvent agréable... Et Stéphane a déjà pris 5 kilos à force de "repas d'affaires". Moi ça va. C'est encore une fois un problème d'ubiquité. Pendant qu'on fait cela, on ne peut pas faire autre chose. Ca c'est un des inconvénients d'une petite structure. On ne peut pas avoir que des avantages...
Au quotidien justement, qu'est-ce qui peut s'avérer le plus pénible à gérer ?
Stéphane !... Non, c'est un plaisir de bosser avec lui. Il est d'une rigueur effrayante (et moi qui pensais être un chieur ?!). Le plus pénible sont les imprévus et l'intendance (y a plus de filtres pour le café !!!). Toute la gestion de la société, tout ce qui n'est pas le livre et sa production au bout du compte. Or, c'est un passage obligatoire. De plus, étant donné que la gestion d'une société n'est pas ce pourquoi nous avons été formés (Barbara a fait de l'édition, Stéphane de la philo et moi de la littérature anglaise), il est évident que nous perdons un temps fou, parce que nous manquons encore d'automatismes. Nous avons recours à des externes pour beaucoup de choses : David Oghia pour la direction artistique, Webby s'occupe de notre site, plusieurs correcteurs et -trices, une comptable, etc. Mais, la période la plus dure, en fait, c'est le bouclage. Le moment où nous travaillons la sortie d'un ou deux livres, car ce travail de production se rajoute au reste. La boîte ne peut pas s'arrêter de tourner pour autant. Et c'est là que nous perdons nos week-ends. L'autre point, qui a son importance, c'est la lecture de manuscrits (français ou étrangers). Cela demande du temps, et du calme. Ces deux conditions ne sont que rarement réunies chez Bragelonne. Par conséquent, nous essayons de ramener un maximum de devoirs à la maison (rires). Un grand directeur de collection d'un grand groupe, que je ne citerai pas, nous a avoués un jour qu'il ne travaillait pas à son bureau, il n'avait jamais le temps, trop de choses à faire. Pour faire du bon boulot dans l'édition, il faut s'enfermer chez soi, nous a-t-il dit. Et aujourd'hui, je ne suis pas loin de le croire.
Vous vous occupez plus particulièrement des publications étrangères de Bragelonne. Pouvez-vous nous raconter de quelle façon vous faites vos choix, comment se déroulent les prises de contacts avec les auteurs concernés ?
La première chose c'est de lire énormément. Un jour, un livre. Ces livres, je les reçois d'agents littéraires ou je vais les chercher, sur mes étagères, dans des librairies ou dans un recoin de ma tête. Parfois, cela relève du boulot de détective. Vous avez lu une critique qui vous interpelle dans la presse étrangère. Un ami vous a dit que... etc. Choisir un livre, c'est s'engager sur un texte, être sûr qu'il va avoir un public. Choisir des textes parce qu'ils vous plaisent est une chose, mais lorsqu'on a une entreprise, il faut parfois mettre ses goûts dans sa poche et penser en termes de rentabilité. Et je ne parle pas que du succès commercial du bouquin, car celui-ci a aussi un coût : l'achat des droits, la traduction, la fabrication ; il faut tenir compte de ces éléments. Il y a des livres que je ne peux pas faire, parce que dans ma structure ils ne seraient pas rentables. L'ambition littéraire, c'est bien. Je suis prof de lettres, je sais. Mais si c'est pour mettre la clé sous la porte, c'est une ambition qui n'aura pas servi à grand-chose. Les lecteurs oublient souvent ce détail, mais l'éditeur n'est pas un mécène. Il doit vivre et doit faire vivre ses auteurs. Maintenant, cela ne l'empêche pas, lorsqu'il peut se le permettre, de se lancer dans des ouvrages plus personnels, plus risqués, d'un point de vue commercial. Tout est une question de dosage. Evidemment, je ne publierai pas de livres qui ne me plaisent pas. Mais parfois, il faut savoir écouter les autres. Il n'existe pas de lecteur type. Un éditeur ou directeur de collection n'a pas la science infuse, il n'a qu'une idée de sa ligne éditoriale. Par conséquent, nous faisons appel à des "lecteurs". Ce sont des gens triés sur le volet, et dont nous connaissons les goûts, qui lisent les livres qui nous intéressent et nous font des rapports de lecture ensuite. En fonction de leurs opinions, et de la mienne pour finir, je fais des choix. Je soumets ensuite ces choix à Stéphane. C'est à dire que je lui vends le projet. Si je l'ai convaincu, et qu'il a envie de lire le livre, lui aussi, alors nous le prenons. Il fait la même chose avec moi, pour ses auteurs français. Ainsi, nous arrivons finalement à être d'accord sur ce que nous publions. Nous nous faisons entièrement confiance. Les livres que je choisis doivent avant tout me procurer un plaisir de lecture, ils doivent également répondre à l'obligation d'aventure. Le plaisir, c'est un ton, une nouveauté, un rythme, un univers, une histoire, des personnages. Une série d'éléments qui font que j'ai envie de recommander ce livre à mes amis. Et donc, à mes lecteurs. Lorsque nous achetons des droits étrangers, il est rare que nous soyons en contact avec les auteurs. La plupart du temps c'est avec leurs agents que nous traitons. Nous faisons une offre, qu'ils communiquent à l'auteur, et ensuite... c'est oui ou c'est non.
N'y a-t-il pas de risque de se tromper en étant obligé de tenir un rythme aussi rapide ?
Il y a toujours un risque. Nous essayons de le calculer en limitant dès le début les "dégâts". On ne peut pas tenter un Wonderful par mois. Dans ce cas précis, cela a fonctionné, mais tout le monde n'est pas David Calvo (et heureusement, il n'y en a qu'un et c'est nous qui l'avons !). On peut toujours se tromper. Des choses qui semblaient devoir cartonner se vautrent sans qu'on comprenne pourquoi, etc. Cela ne nous est pas encore arrivé, mais ça viendra, forcément. Aussi nous restons prudents, d'autant plus que nous n'en sommes qu'à notre première année d'existence. Un éditeur ne peut pas publier QUE des bons romans. Ce n'est mathématiquement pas possible. Nous n'en sommes qu'au début, donc il y a moins de risques, mais avec le temps et l'augmentation du rythme de publication, il est clair que certains choix seront limites. C'est un moment que nous craignons, mais il fait partie du processus normal : grandir. Encore une fois, le succès de certains titres va nous permettre de tenter des choses plus risquées commercialement parlant, plus ambitieuses aussi. Mais c'est, à notre humble avis, notre rôle d'éditeur que de publier des textes que nous estimons originaux.
Vous arrivez encore à lire pour le plaisir justement, sans "parasites", sans vous dire que Tiens, celui-ci, je le prendrais bien chez moi, ce genre de réflexes...
Oui, heureusement. En revanche, il m'est difficile de ne pas lire un livre sans le disséquer techniquement parlant. Je réfléchis toujours à ce que j'ai lu, j'essaie de voir les schémas thématiques, je rumine. C'est ma formation de prof de lettres qui veut ça. Il m'arrive aussi souvent de "relire" des textes, et là, c'est entièrement par plaisir. Tous les ans je relis Le Fantôme de l'Opéra, Le Comte de Monte Cristo et l'intégrale de Dune. Je les prendrais bien chez moi, mais quelqu'un m'a devancé ! (sourire)
Quelle est selon vous la qualité primordiale à posséder dans ce milieu ? La patience ?
La patience, il en faut. Il en faut parce que le livre est un média qui ne peut pas se rentabiliser de façon immédiate. L'édition, c'est un jeu de Lego ! On rajoute une pièce après l'autre. Ça s'emboîte. Ça prend forme. Ça prend du temps. Un catalogue, c'est la même chose. Ça se construit. Je n'ai de leçons à donner à personne, car, encore une fois, nous sommes ici dans le cas d'une petite structure, qui a donc moins de charges qu'une grosse compagnie, mais le livre, c'est du long terme, pas du moyen, ni du court. Certains livres ne trouvent leur public que tardivement. Il n'y a pas de règle absolue. Je crois qu'une des autres qualités à posséder, c'est le recul. Nous sommes très enthousiastes, et donc il est nécessaire de pondérer cet enthousiasme. Nous prendrons des risques, toujours, mais de manière calculée. Je crois également qu'une autre qualité, c'est l'amour de son travail. Si on n'aime pas les livres, si on n'aime pas la littérature, où si on n'y connaît rien, on raisonne alors en terme de "produit" et plus en terme littéraire. Ça a l'air évident, dit comme ça, mais il y a un nombre incroyable d'éditeurs qui sortent d'écoles de commerce ou de branches sans rapport avec la littérature. Ils ont un bagage théorique du marché. C'est très bien. Malheureusement, il n'y a pas de recette magique dans le livre, et souvent on s'aperçoit que des aberrations sont commises au nom de certains théorèmes. On ne peut pas vendre un livre comme on vend des tapis, des serviettes ou des petits pois. Chaque livre est différent et nécessite une approche différente. C'est là où les petites structures ont un avantage.
Et jusqu'où pouvez-vous pousser celui-ci ? Est-ce que l'argent ne finit pas toujours par être l'avantage primordial ? On compense par la vitesse à dénicher un auteur ?
L'argent apporte avant tout la sécurité. C'est un souci en moins. C'est offrir une plus grande marge de manoeuvre. C'est acheter selon son envie, sur un coup de tête. C'est acheter sur catalogue et plus sur lecture. Et c'est donc aussi ne pas se remettre en question. Le manque d'argent nous oblige effectivement à être plus rapides et à sacrifier quelques-unes de nos volontés. Mais vouloir posséder de l'argent, c'est exiger plus encore de soi. Je crois qu'il faut arriver à trouver un compromis. A l'heure actuelle, Bragelonne va bien et devrait aller encore mieux dans un futur proche. L'argent en découlera naturellement. Mais ce n'est pas un but en soi. C'est bien, ça nous permet de payer tout le monde correctement. Mais si on avait voulu faire de l'édition pour de l'argent ; on aurait fait du cul !
Comment gérez-vous la promotion de vos oeuvres & auteurs ? La participation de ceux-ci dépend-elle de la nature de tel ou tel salon ?
En fait, la promotion la plus importante pour nous, c'est celle qu'on ne maîtrise pas : le bouche à oreille. Il y a donc un facteur chance important lié à l'avenir d'un livre. Sinon, nous faisons comme les autres, nous envoyons des livres aux journalistes et aux critiques, nous informons les libraires de nos sorties (avec une newsletter qui ressemble un peu à celle que reçoivent les membres du Club Bragelonne). Parfois nous passons une publicité dans la presse spécialisée. Nous pouvons également organiser des concours (nous l'avions fait sur la 5e). Nous essayons au maximum de rester disponibles et ouverts, pour participer à des émissions ou des interviews. Les auteurs Bragelonne jouent également le jeu et acceptent la plupart du temps de participer à des séances de dédicaces. Le plus dur étant pour eux de concilier ce genre d'activité avec leurs vies personnelles. La plupart de nos auteurs ont une famille ou un travail à côté... ils ne vivent pas encore de leurs romans ; mais ça viendra !
Je rebondis là-dessus, ça m'interpelle. On entend souvent dire que seule une poignée d'auteurs peuvent espérer vivre de l'édition en France. Vous croyez sincèrement changer la donne pour vos auteurs, en supposant que tout se déroule comme vous l'avez prévu ?
Encore une fois, nous sommes dans une littérature de genre. Beaucoup d'appelés, très peu d'élus. Comme dans tous les "genres", il y a une place proportionnelle à la taille du "genre" pour des auteurs qui en vivront. Dans le cadre de la Fantasy, en France, à l'heure actuelle, la place est quasiment inexistante. Attention, je parle d'auteurs qui ne vivent exclusivement que de leurs romans, pas de ceux qui ont un métier à côté, ou à temps partiel. Notre but est effectivement de faire évoluer la donne. Mais cela risque d'être très, très long. Beaucoup de paramètres sont en jeu. Et même une fois que tous ces paramètres seront correctement alignés, je ne crois pas qu'il y ait de place pour plus d'une ou deux personnes. On aimerait bien, comment vous pouvez vous en douter, que cela soit des auteurs de chez nous. C'est dur à dire, mais un marché littéraire ne se crée pas en 5 ou 10 ans. En revanche, en travaillant chez plusieurs éditeurs en même temps, cela devient possible. Hélas, nous sommes loin du marché américain, où un roman de Fantasy par an peut permettre à une douzaine d'auteurs du genre de vivre tranquillement. Tant qu'en France, un auteur sera obligé de produire cinq fois plus pour des ventes inférieures au final, on ne pourra pas améliorer ses conditions de travail, et, de fait, la qualité de ses romans. Petit à petit, l'oiseau fait son nid...
Et vous disiez...
Beaucoup de choses... Bref, nous mettons beaucoup de bonne volonté à être le plus souvent possible de l'autre côté du miroir, avec les lecteurs. Ce sont eux qui nous font vivre. Il y a une sorte de devoir de notre part, et de la part des auteurs, d'être à l'écoute. C'est également pour ça que nous répondons le plus rapidement possible aux gens qui nous écrivent. Le courrier est énorme, les e-mails font exploser nos boîtes aux lettres. Mais si quelqu'un a pris le temps de nous écrire, la moindre des choses est de lui répondre. Il nous arrive souvent d'aider des étudiants dans leur mémoire et leurs recherches (Stéphane et moi sommes d'anciens enseignants, ça aide...). En fait, nous avons une image plus que toute chose. Mais nous ne travaillons pas cette image, elle est le reflet de ce que nous sommes. Il n'y a pas de plan marketing derrière, seulement notre joie de communiquer sur quelque chose que nous aimons. Une autre qualité qui serait nécessaire, mais que nous n'avons pas encore, ce serait le don d'ubiquité. On y travaille !!! Car, comme vous vous en doutez, nous ne pouvons pas être partout à la fois, ni participer à tous les salons.
D'ailleurs, comment vous positionnez-vous par rapport à ceux-ci ?
L'avantage, déjà, c'est que nous sommes deux (Stéphane et moi), et que nous connaissons suffisamment le travail de l'autre pour pouvoir permuter le temps d'un salon. Il est clair que nous sélectionnons les salons et les festivals en fonction de leur spécificité, mais aussi de leur importance. Il nous est difficile d'investir du temps, et de l'argent, dans un salon qui ne nous amènera pas de visibilité supérieure à celle que nous possédons déjà. Si Bragelonne participe à une convention de SF ou de Fantasy, c'est parce que nous y voyons un avantage. Si nous savons à l'avance qu'il n'y aura pas d'avantage pour nous... nous avons tellement de travail que nous préférons passer. C'est souvent dommage pour les petits salons, mais si nous devions répondre "présents" à chaque fois, il n'y aurait plus personne pour faire tourner la boutique, comme on dit. Il y a de plus en plus de salons. Et aujourd'hui, il y a des incontournables, comme le Salon du Livre de Paris ou Etonnants Voyageurs à St Malo. Si nous ne pouvons pas participer à un petit salon, nous essayons quand même d'aider celui-ci, par un geste, au moins. Notre priorité l'année passée était le Collector's Rendez-Vous, qui s'est tenu à la Salle Wagram, à Paris, les 27 et 28 octobre dernier. Bragelonne y était responsable du pan littéraire. Tous nos auteurs étaient là, les français, bien sûr, mais aussi Louise Cooper et Stan Nicholls. C'est la plus grosse convention de SF, multimédia, sur Paris, et peut-être même en France. De plus, c'est une convention organisée par la boutique Arkham, ce qui veut dire que les moyens sont à la base limités (pas de subvention), et pourtant, c'est la troisième fois que cette convention a lieu, et ça va de mieux en mieux.
Et un salon organisé et géré par Bragelonne, un jour, ça vous dirait ?
Houlà, houlà... Trop de boulot pour le moment. Mais nous sommes partenaires du Collector's Rendez-Vous, et espérons bien nous investir davantage dans ce festival avec le temps. Je ne crois pas que dans notre microcosme un éditeur puisse être crédible en lançant un festival sous sa seule bannière. C'est un travail à plusieurs. Ce n'est pas comme s'il y avait cent mille lecteurs de Fantasy en France capables de se déplacer uniquement pour entendre des gens parler de livres qu'ils ont lus... Non, pour que cela fonctionne, il faut une démarche atypique, avec des gens soudés.
Le monde de l'édition paraît souvent bien nébuleux vu de l'extérieur. La concurrence est rude, et les coups bas existent. Est-ce difficile de passer au travers ? S'accommode-t-on de ce climat particulier ?
Un monde est toujours nébuleux, quand il est vu de l'extérieur (ce sont les différentes couches de gaz avant de rentrer dans l'atmosphère). L'édition a ses règles, tout comme la boulangerie ou l'industrie pharmaceutique, par exemple. La concurrence n'est pas rude, elle est normale. Là, c'est une loi du marché à laquelle on ne peut pas échapper. Maintenant, je ne l'ai pas encore subie... Ça viendra certainement. Tant mieux, ça nous obligera à devenir meilleurs. Quant aux coups bas ? J'en ai plus vécu dans la presse que dans l'édition. En revanche, il y a souvent des guerres de chapelles. Ceci est lié au fait que nous sommes dans une littérature de genre. Mais ces problèmes ne concernent pas le grand public, qui n'est pas au courant la plupart du temps, et qui de toute façon s'en moque. Son souci, c'est d'avoir des livres, peu importe qu'ils viennent de chez Pierre, Paul ou Jacques. Personnellement, les guéguerres, je m'assois dessus. Je n'ai pas le temps de me soucier des querelles intestines. Je laisse ça aux gens qui en retirent la sensation d'exister. C'est assez triste, mais aujourd'hui ça me laisse froid. J'entretiens de très bons rapports avec la majorité des éditeurs, comme J'ai lu, l'Atalante, Pocket ou Fleuve Noir et j'ai déjà le sentiment d'être passé, au bout d'un an, dans la cour des grands. Je n'ai finalement pas eu à m'accommoder à ce climat, je vivais déjà dedans grâce à SFMag.
Où vous voyez-vous d'ici quelques années ?
Par terre, en train de rire !

Interview réalisée par Gillossen


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