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Nos entretiens au Salon du Livre de Paris 2008 !

Par Kaines, le dimanche 6 avril 2008

L'afficheIl était temps de commencer à vous proposer la retranscription de nos entretiens recueillis lors de l’édition 2008 du Salon du Livre de Paris, le plus grand salon littéraire de France !
Commençons en douceur, avant d’enchaîner avec les suivantes. Nous avons aussi une petite pensée pour les interviews qui auraient pu se faire, quitte à se décider au dernier moment, mais qui n’ont pas pu se concrétiser, tel un tête à tête avec Edouard Brasey. Allez, ce n’est que partie remise, sans aucun doute !
En attendant, consacrons-nous à ceux que nous avons pu rencontrer !

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Entretien avec Mélanie Fazi

Mélanie Fazi Lors de l’évènement, nous avons eu l’occasion de rencontrer Mélanie Fazi, qui était présente au stand de Bragelonne pour quelques séances de dédicaces. Elle a accepté de répondre à nos questions, dont voici la teneur !

Elbakin.net : Dans vos écrits, vous êtes un peu à cheval entre le fantastique et la fantasy selon les nouvelles ou les ouvrages. Quelle différence fais-tu entre les deux genres ?

Mélanie Fazi : Le problème est que j’ai du mal à répondre à cela puisque, de mon point de vue, ce que j’écris est clairement du fantastique. Le fantastique le plus classique qui soit. De temps à autre cela chevauche un peu sur les domaines de la fantasy : les textes qui parlent de mythologie, qui sont assez peu nombreux.
Il y a une de mes nouvelles qui parlait d’Ulysse et de Circé dans mon recueil Serpentine.
Mais sinon, j’ai l’impression que j’écris avec les ressorts et sur les thèmes du fantastique. Je ne sais pas si je serais capable d’écrire de la fantasy. Je ne saurais pas comment faire. Pour moi, il s’agit d’un domaine assez flou. Disons que la fantasy classique comme base de mon imaginaire est quelque chose que je ne sais pas faire. Clairement, je ne sais écrire que dans notre monde, même si je peux flirter avec la fantasy urbaine.

Il s’agit donc plutôt de certains sous-genres de la fantasy. Je me doutais bien qu’il n’y aurait que peu de rapport avec l’héroic fantasy !

Je n’ai jamais essayé, mais je ne me sens pas trop d’essayer ! Pour la fantasy urbaine, il y a des frontières assez floues avec le fantastique. Chez un auteur comme Neil Gaiman, je ne saurais pas vraiment où classer ses textes !
Moi, je connais surtout les ressorts de la nouvelle fantastique…j’écris peut-être de la fantasy sans le savoir ! Mais je n’ai pas vraiment de théorie sur cela.

D’accord ! Pour en revenir aux formats nouvelles et romans : comment passez-vous d’un support à l’autre ? Est-ce en fonction de vos envies ? Comment cela se passe-t-il ?

Naturellement je suis nouvelliste. Le format naturel pour moi, c’est vraiment la nouvelle. Il s’est trouvé deux fois que deux nouvelles ne se sont pas laissées terminer. Elles se sont donc développées et sont devenues des romans.
En fait, je me suis récemment fait la réflexion que je n’ai pas l’impression de sortie mon quatrième livre, mais plutôt de sortir le deuxième. Il s’agit de mon deuxième recueil, et ce que je veux vraiment faire, ce sont des nouvelles. Les romans sont un peu des parenthèses.

Des parenthèses… ?

Ils sont venus par accident et ne sont pas vraiment calculés. Cela fait un peu plus de trois ans que j’ai sorti mon dernier livre. On me demandait énormément quand est-ce que j’allais me remettre à écrire un roman et je voyais de plus en plus que ce serait un recueil de nouvelles. Donc il n’y a pas vraiment de choix. Spontanément, j’écris des nouvelles, et je ne suis pas sûr de comprendre comment fonctionne le roman. De temps en temps, ça vient…

Par rapport aux éditeurs que vous êtes amenée à côtoyer. Les rapports sont-ils différents lorsqu’il s’agit d’un roman ou de nouvelles ? Y a-t-il des différences au moment de la publication de l’ouvrage ?

J’ai vu une différence essentielle pour l’instant : les romans ont été écrits avant d’être soumis, alors que les recueils de nouvelles c’est toujours à l’initiative de l’éditeur. Je n’ai jamais parlé de cela avec des collègues. Ce serait intéressant de poser la question. Je ne sais pas s’il est déjà arrivé qu’un auteur place un recueil de nouvelles déjà structuré, déjà terminé chez un éditeur. Pour les romans, c’est souvent comme ça, à part bien sûr si c’est une commande. Souvent on écrit d’abord, on soumet après.
Donc déjà, il y a cette différence énorme : les deux romans, je les ai soumis déjà écrits. Serpentine, c’était Léa Silhol qui préparait sa collection Epreuve, qui a contacté les auteurs avec qui elle avait travaillé. Elle m’a contacté dans les trois ou quatre premiers pour demander si cela m’intéresserait de faire un recueil. Chez Bragelonne, il s’est passé la même chose. C’est Stéphane Marsan qui m’a demandé sur quoi je travaillais et c’est lui qui m’a proposé de faire un deuxième recueil. Alors j’y ai pensé, j’avais envie d’en faire un, mais…je ne sais pas ! On dit tellement que les éditeurs préfèrent les romans aux recueils, que l’on n’ose pas trop aller vers un éditeur “je veux faire un recueil”. Placer un roman, ce n’est pas plus facile, mais plus naturel.

Et au niveau de vos lecteurs ? Je suppose que vous en rencontrez régulièrement. Y a-t-il une différence dans la manière dont ils réagissent aux romans ou aux recueils ?

Cela dépend énormément des gens. Moi, ce qui m’a vraiment frappé, c’est que les retours les plus enthousiastes que j’ai eu, c’est très clairement sur Serpentine. Et on dit après que les lecteurs préfèrent les romans, et j’ai été frappée par cela. Il s’est passé quelque chose dans ce livre, qu’il n’y a pas eu autour des romans. Je n’ai pas eu l’impression non plus en parlant aux gens qu’il y a eu plus d’engouement pour les romans que pour les nouvelles. On parle peut-être plus souvent de mes nouvelles ; et quelque part cela m’a conforté dans cette envie de poursuivre sur ça. Le point de vue des éditeurs est de souvent de faire des romans, et de temps en temps on va vers la nouvelle. Moi, j’ai envie de la démarche inverse ; et quelque part, les retours que j’ai des lecteurs me confortent là dessus. Et là maintenant c’est un test, j’en suis à deux romans, deux recueils, on va voir ce qui se passe.

À travers de vos différents écrits, arrivez-vous à identifier un fil directeur ou une évolution dans l’écriture de vos histoires ?

Sur cela, assez clairement, mais je n’ai pas assez de recul pour m’en rendre compte. En repensant à certains textes des années après en me disant « tiens, j’écrirais plus cela comme ça. » Il y a cela qui a changé. En fait, je suis assez curieuse des retours qu’il y aura sur Notre-Dame-aux-écailles, par rapport à ce qu’il y a pu avoir sur Serpentine, puisqu’il a des textes plus récents. Moi, j’ai l’impression de voir une évolution. J’attends de voir comment cela sera perçu. J’ai l’impression d’aller vers des choses qui sont moins sombres, d’une part ; et d’aller aussi vers des textes où le fantastique est plus en demi-teinte : l’élément fantastique peut y être extrêmement léger, comme certains textes de mon deuxième recueil.
Je me suis aperçu au fil du temps que j’étais capable d’écrire une nouvelle fantastique classique. J’en connais les ressorts, j’en ai écrit un certain nombre et je constate que cela marche. J’essaye donc de faire autre chose. Ce n’est pas forcément me renouveler beaucoup, mais j’essaye : au lieu d’aller vers une fin très marquante, je vais aller vers quelque chose de plus diffus. Et si lieu de raconter une histoire, je concentrais sur une image…des choses comme ça.

Il s’agit donc de changer, et voir ce qui se passe.

Mais il y a une chose que j’ai envie d’ajouter. Je pensais aussi à cela par rapport aux deux recueils. À l’époque de mes premières nouvelles, lorsque je faisais lire autour de moi, à des amis, des collègues, qui sont mes relecteurs…en général les avis se recoupaient. Si je faisais lire à cinq personnes, les cinq me disaient la même chose. S’il y avait un problème, tous le monde pointait le même. Le problème que j’ai maintenant est que personne n’a jamais le même avis sur mes nouvelles. Si on pointe un problème, il n’est jamais au même endroit. Donc je pense qu’il y a une évolution, mais je ne sais absolument pas ce qu’il faut en conclure.

Elle n’est pas encore identifiable.

Elle n’est pas du tout identifiée !

A méditer ! Vous parliez de vos débuts avec la nouvelle, mais tu as un autre métier : la traduction. A quel moment intervient-elle dans ton parcours ? Avant, après, ou est-mêlé ?

C’est un peu mêlé. Pour essayer de reconstituer : j’écris des nouvelles sérieusement depuis l’âge de 17 ans, à peu près. C’est vers 20 ans que je suis venue à Paris pour des études de traduction, sans trop savoir si j’allais en faire mon métier. Il se trouve qu’à la fin de cette année de traduction…non, ce n’est pas à la fin de l’année. Pendant l’année, on a beaucoup travaillé sur l’écriture et j’ai senti que ces exercices avaient une influence sur ce que j’écrivais. À la fin de cette année d’étude, j’ai écrit mon premier texte publié. J’étais en contact avec la revue Ténèbres à l’époque, et c’est au moment où ils ont accepté ce texte que j’ai demandé si je pouvais faire de la traduction pour eux. Donc c’est difficile à dire. Concrètement, j’ai écrit avant de traduire. Mais à partir du moment où j’ai mis un pied dans l’édition, ça s’est enchaîné en parallèle. Souvent j’ai eu des contacts pour l’un à travers l’autre. Par exemple, je traduisais pour l’Oxymore, en même temps que j’écrivais pour eux. Là maintenant je traduis pour Bragelonne et j’écris également pour eux.

Et quelle influence peut avoir la traduction sur vos propres écrits ? Traduire d’autres auteurs a forcément…

C’est une question que l’on m’a souvent posé en fait. J’ai tendance à dire que oui, il y a une influence. Parfois je la vois, parfois non. Mais concrètement, je fais mes gammes au quotidien : tous les jours, je travaille des phrases, des questions de rythmes et de sonorités et de temps en temps il arrive que je ressente une influence directe. L’exemple que je donne en général est lorsque je traduisais Lignes de vie de Graham Joyce (Mélanie Fazi a été récompensée par le Grand Prix de l’Imaginaire pour cette traduction). Il y a eu un travail énorme à faire sur la concision car il a un rythme très précis, très cadencé sur certains passages. J’ai donc dû apprendre à faire des phrases extrêmement concises pour garder son rythme. J’ai écrit une nouvelle juste après où je me suis surprise à garder le même rythme que dans certains passages de Lignes de vie. C’est la première fois que j’ai vu le lien concrètement. A part cela, je ne sais pas, même si j’imagine que oui. Comme je le disais, je fais mes gammes tous les jours, donc forcément cela doit déteindre. Si, il y a une chose qui est vraiment utile : en traduction, on apprend à voir les erreurs des autres et on apprend à ne plus les faire soi-même. Il y a une chose qui est typique chez beaucoup d’auteurs anglo-saxons, il y a une manie de décrire les gestes en détail. Du style : il prit la poignée de la porte, baissa la poignée de la porte, ouvrit la porte, ferma la porte, e cætera…ça, on apprend à ne plus le faire, parce que on apprend à les condenser en traduction, et donc on apprend à ne plus l’écrire.

Cette transformation que vous opérez, est-elle facile à vivre ? Changer le texte d’un autre, au risque de le dénaturer…

Ça, c’est un des gros problèmes du métier. J’ai l’impression en parlant avec des collègues qui sont plus expérimentés, que plus on avance dans le métier plus on a conscience de cela. C’est assez difficile à vivre…à la base une traduction, c’est un peu une hérésie. On part d’une langue pour arriver dans une autre langue qui n’a rien à voir. Donc fatalement il y a des pertes, des erreurs que l’on va faire parfois par inattention, parce que tout simplement on n’a pas assez de temps. Des choses comma ça.
On sait par expérience qu’au bout d’un moment, on a une image idéale de ce qu’il faudrait faire dans la traduction et il y a concrètement ce que l’on est en train d’en faire ; et il n’est jamais possible d’atteindre cet idéal. Après il y a des transformations…les pertes qui sont simplement dues à l’exercice et la nécessité d’adapter, où parfois on est obligé de couper des mots pour des questions de rythmes par exemple. Cela pose des cas de conscience. Je parlais de Graham Joyce et de ces passage de Lignes de vie que j’ai été obligée de condenser (sous-entendu : supprimer certains mots, et non pas des passages entiers !) : j’étais un peu paralysée devant le texte. Qu’est-ce que je fais ? Si je laisse les mots, on perd le rythme. Si je supprime des mots, le rythme y est, le souffle du passage y est, mais concrètement tous les mots que l’auteur y a mis ne sont pas là. Est-ce qu’ils étaient là pour le sens, est-ce qu’ils étaient là pour le rythme, ou est-ce qu’ils étaient là pour les deux ?

Et lorsque l’on n’arrive pas à trancher, on fait appel à l’auteur ?

Oui, certaines fois on pose des questions à l’auteur et la plupart du temps on a à prendre une décision qui est la bonne ou pas. Mais on a à la prendre et c’est le plus difficile !

Et après il faut assumer !

Et après il faut assumer ! (rires)

Vous écrivez des romans, des nouvelles. Vous faîtes de la traduction. Cela fait pas mal d’activités. Est-ce qu’il y a des choses que vous n’avez pas encore faites, d’autres formes de supports qui vous font envie. Des rêves à réaliser… ?

Bonne question. Je pense que j’ai un équilibre par rapport à cela. J’avais envie de faire de la traduction. J’ai réussi à en faire. J’avais envie de publier des recueils de nouvelles. J’ai réussi à en faire deux. Les romans, ce n’était pas forcément une envie au départ, mais c’est venu comme ça et c’est devenu une expérience intéressante. Je n’ai pas forcément envie d’écritures différentes. Par contre mon rêve serait de pouvoir écrire plus, ce qui n’est pas le cas. Si vraiment je devais changer quelque chose à ce qui est ma situation, j’aimerais bien être capable d’écrire beaucoup plus, de publier tous les ans. Mais dans les faits, je n’y arrive pas.
Sinon, je n’ai pas forcément envie d’essayer d’autres formes d’écriture. J’ai essayé une fois d’écrire une pièce radiophonique. J’ai bien aimé l’expérience, mais je ne suis pas sûr d’être à l’aise dedans. Mon rêve serait de continuer comme cela, mais plus, avec plus de livres, et plus de parutions.

Il y a une autre forme d’écriture possible : écrire à quatre mains. Faire des compromis avec un autre auteur.

Cela me paraît assez insurmontable pour l’instant. Je me suis retrouvée embarqué dans un exercice d’écriture à plusieurs, à beaucoup plus nombreux. Ce n’est pas parti en vrille, mais ça s’est transformé en autre chose et on est plusieurs à s’être dégagés du projet. Je me suis rendu compte à quel point on est plusieurs avec des envies différentes. Chacun tire dans une direction. Mais à quatre mains, je ne sais pas. J’ai un fonctionnement qui est tellement individuel, que je ne vois pas comment je pourrais m’adapter à quelqu’un d’autre. En même temps si je trouvais la bonne personne avec qui le faire, j’imagine que ce serait enrichissant. Mais je n’ai jamais essayé pour l’instant…

En tant qu’auteur, comment percevez-vous l’outil Internet. Est-ce que cela modifie votre regard sur vos écrits ? Sur la manière dont vos romans sont perçus… ?

Cela ne modifie pas forcément mon regard, mais travaillant sur l’ordinateur toute la journée, je passe énormément de temps sur Internet, beaucoup trop même ! Je passe ma vie sur les forums. C’est vrai que cela crée un lien intéressant : d’une part, on a accès à des avis et des regards sur ce que l’on écrit. À la fois, c’est intéressant par curiosité. Mais c’est également ça qui permet d’avancer en voyant ce que les gens peuvent nous reprocher ; les faiblesses qui peuvent être montrées ; ou au contraire cela encourage à continuer.
Il y a une chose que je trouve vraiment précieuse : être en contact avec les gens qui nous lisent. Je ne suis pas sûre qu’on avait autant le réflexe de contacter les auteurs avant Internet. Je suis contacté beaucoup plus facilement par Myspace que par mon site où pourtant il y a mon adresse qui est clairement indiquée.
Moi, c’est quelque chose qui m’intéresse, parce que j’aurai tendance à encourager les gens à écrire. « Même si vous n’avez pas aimez, dites moi pourquoi ! Cela m’intéresse pour la suite.»

Est-ce que cela remplace le fait de rencontrer son public ? Je sais que vous naviguez beaucoup de salons en salons. Est-ce un besoin ? Recherchez-vous quelque chose de particulier auprès du public ?

J’adore vraiment faire les salons. Je suis ravie, n’ayant pas eu d’actualité pendant 3 ans, je suis contente de continuer à en faire. Là je suis ravie que mon planning soit bien chargé pour les mois à venir.
Mais il y a en effet une différence entre avoir le retour de quelqu’un sur Internet et avoir la personne en face. On a un dialogue qui n’est pas du tout le même. Il y a quelque chose de plus exceptionnel dans les rencontres en chair en os dans les salons. Peut-être parce que c’est moins fréquent et peut-être beaucoup plus intense. Lorsque l’on se rend compte que l’on a vraiment réussi à toucher les gens, c’est quelque chose de précieux. On s’en rend moins compte derrière son écran lorsque l’on écrit son texte. On n’a aucune idée de l’impact. Des fois c’est assez étonnant !
Je suis effectivement à la recherche de cela, parce que l’on n’est plus dans l’acte égoïste d’écrire derrière son écran. On est dans un échange à ce moment là

Vous publiez un nouvel ouvrage chez Bragelonne (Notre-Dame-aux-écailles). Qu’est-ce qu’il a de différent par rapport aux précédents ?

C’est difficile à expliquer dans la mesure où autant avec les romans on a une vision globale de ce que c’est : on part d’une idée, on a des personnages. Il y a quelque chose de très concret. Alors qu’un recueil est constitué de différents fragments qui datent de plusieurs époques. Ces textes s’étalent sur neuf ans. Le plus ancien doit être de 1998 et le plus récent de l’année dernière, en mars 2007. Donc pour l’instant, n’ayant pas encore eu de retour, j’ai vraiment du mal à avoir une vision globale de ce qu’est le recueil. Je dirai que c’est la prolongement de Serpentine, avec peut-être une évolution quelques années plus tard, car il y a plusieurs textes qui sont plus récents. J’espère qu’il y aura une maturité différente, des préoccupations différentes,…Serpentine est un recueil qui serait plus proche de mes 20 ans, même si je l’ai publié à 27, mais il y a beaucoup de ces textes qui datent de mes 23-25 ans. Alors que pour Notre-Dame-aux-écailles, cela commence il y a 10 ans. Il y a plusieurs textes qui sont pour moi l’approche de la trentaine. Mais je ne sais pas du tout si cela va se percevoir ou si c’est mon regard…

Lorsque vous publiez un nouvel ouvrage que ce soit un recueil ou un roman, as-tu une attente particulière vis-à-vis du public, ou des critiques ?

Je n’ai pas forcément d’attente dans le sens où je n’ai pas une vision précise, surtout lorsqu’il s’agit d’un recueil. Et quelque part, je vais me forger une image à partir de ce qui va m’être renvoyé. Donc je ne vais pas attendre que les gens perçoivent tel ou tel thème. Je trouverai cela intéressant s’il y a des interprétations qui ne sont pas les miennes.
Par contre, je suis morte de trouille en général à l’idée de décevoir par rapport à ce que j’ai fait avant. Et là, c’est d’autant plus fort, qu’il s’est passé quelque chose autour de Serpentine et j’ai très peur que les gens soient déçus. Je n’ai pas d’attente, j’ai plus une trouille bleue par rapport à cela !

Ce qui est compréhensible. L’écriture de ce livre s’étale sur une durée assez longue. D’où vient l’inspiration, la créativité pour imaginer des histoires aussi variées ? Je sais qu’il s’agit d’une question très vague !

Oui en effet ! Ce que je réponds en général, c’est en musique. J’ai une page sur mon site où j’explique plus ou moins le déclic pour chaque nouvelle. J’ai complété avec les nouvelles de Notre-dame-aux-écailles dernièrement, et pour chaque nouvelle, j’ai commencé par dire quelle chanson j’écoutais. Donc au bout d’un moment j’essaye tout de même de varier les commentaires, mais c’est un peu ça.

Oui, j’avais déjà lu cette remarque avec la musique. Mais vous attachez-vous au morceau en entier : si celui-ci se termine tristement, auriez-vous tendance à faire une fin en cohérence, ou s’agit-il vraiment de se laisser porter par la musique ?

Souvent, cela va tourner autour des paroles. Je généralise peut-être, mais je crois que c’est souvent cela. Il va y avoir à un moment donné une phrase qui va me marquer ; soit par la sonorité de cette phrase, soit la manière dont elle est chantée. L’ambiance de la chanson à ce moment précis, il y a une émotion qui passe. C’est arrivé assez souvent qu’une phrase me tourne dans la tête. « Qu’est-ce cela peut bien vouloir dire ? » Et cela part sur autre chose…c’est arrivé plusieurs fois dans ce recueil.
Par contre, j’écris beaucoup en musique, peut-être plus pour l’ambiance. J’écoute des morceaux qui sont assez atmosphériques. Mais je crois que c’est souvent cela : le rapport entre une phrase et quelque chose, une histoire que l’on devine derrière ; et cela va donner naissance à un personnage, à une image.
Sinon, il y a quelques textes qui viennent d’expériences personnelles. L’exemple le plus frappant est un texte qui parle de la Nouvelle-Orléans. Il parle d’un voyage là-bas après le passage de l’ouragan et c’est un texte que j’ai écrit au retour d’un voyage là-bas parce que je voulais absolument décrire la ville. De temps en temps, il va y avoir une expérience comme ça que je vais vouloir partager et cela va devenir un texte.
Sinon, je ne sais pas. Il y a des périodes où l’inspiration ne vient pas du tout et je ne sais pas où aller la chercher, mais ça c’est encore autre chose !

Et le problème de beaucoup d’écrivains ! Pour revenir sur la musique : est-ce quelque chose qui vous a toujours accompagnée au moment d’écrire ?

J’ai toujours eu un rapport assez fort avec la musique. Plus particulièrement depuis 18 ans, qui est le moment où je me suis mise à écrire. Sauf que à l’époque mes références, enfin mon inspiration était plus dans le cinéma. C’était souvent des images de films qui m’inspiraient et c’est venu progressivement, je pense. Enfin non, le premier texte que j’ai publié, c’était aussi en écoutant de la musique. Donc, cela m’accompagne depuis assez longtemps. C’est quelque chose qui m’accompagne beaucoup dans mon quotidien. J’en écoute à longueur de journée. En ce moment je chronique beaucoup de musique pour un site Internet et il y a un effet d’émulation. Du fait que je peux écrire dessus, j’en écoute encore plus !

Pour terminer, qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?

C’est une question que je me suis déjà posée, je ne suis pas sûr de savoir répondre. Je pense que l’on est nombreux à avoir commencé à écrire soit enfant soit adolescent. Moi je gribouillais un peu, étant enfant, cela a vraiment commencé à l’adolescence. Mais je pense qu’à la base, souvent, cela part d’un mal être, de quelque chose que l’on veut exprimer. On n’est pas très bien dans sa peau. On cherche des réponses à certaines choses et on se met à écrire autour de cela.

Une sorte d’effet cathartique ?

Je pense qu’il y a de ça assez clairement. Après, une fois que l’on est engagé dans le processus de publication, on réfléchie différemment car on sait qu’il y a une attente. Et tout cela se mélange un petit peu : exprimer certaines choses et parfois on nous demande juste un texte. Donc c’est beaucoup plus flou maintenant. Mais à la base, de manière assez classique, on a quelque chose à exprimer. On ne sait pas trop ce que c’est, mais cela sort de manière assez brute et progressivement on apprend à construire des histoires autour.

D’accord ! Merci beaucoup pour cet entretien !

De rien.