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Robert Jordan s’adresse à ses fans français

Par Luigi Brosse, le jeudi 12 avril 2001 à 20:23:36

Robert JordanNous vous proposons aujourd'hui la retranscription d'une interview de Robert Jordan publiée dans le fanzine Rendez-vous ailleurs des éditions Press Pocket. Ces propos ont été recueillis par l'équipe de Rendez-Vous Ailleurs et celle d' Ozone lors de la venue de Robert Jordan à Paris, en octobre 1996.

L'interview

Rendez-Vous Ailleurs : En France, on connaissait jusqu'à ces dernières années plusieurs Conan signés Robert Jordan...
Robert Jordan : Harriet, mon épouse, avait un poste important chez Tor, et elle a informé Tom Doherty, le directeur, que j'avais envie d'écrire de la fantasy. Pour avoir accompli quelques "exploits" - par exemple un roman western bouclé en treize jours - j'avais la réputation d'être un écrivain très rapide. Quand Tom Doherty a signé un contrat pour six titres de la série Conan, il a pensé à moi. Au début, je n'étais pas enthousiaste, car marcher sur les traces de quelqu'un d'autre - Howard en l'occurence - ne me disait rien. Tom a fini par me convaincre et je dois dire que je me suis bien amusé. Quand j'ai terminé le premier roman, dans les temps, Tom a décrété que j'écrirai les cinq autres. Là encore j'ai accepté. Je ne le regrette pas car ces livres ont bien marché, mais la page Conan est tournée pour moi. Chez Tor, ils aimeraient bien que j'en écrive d'autres, mais j'ai tenu bon...
Et comment passe-t-on de Conan à L'invasion des Ténèbres ?
C'est une longue histoire ! Pour commencer j'ai vu Tom Doherty et je lui ai dit que j'avais une idée de livre. Bien entendu je lui ai raconté quelques passages, puis j'ai été franc : je savais comment ça commençait, comment ça finissait - et tout ce qui se passerait entre le début et la fin - mais je n'avais pas idée du nombre de romans que ça prendrait. La seule chose sûre, c'était qu'il me faudrait au moins quatre tomes. A l'époque, on allait rarement au-delà d'une trilogie, il faut s'en souvenir. Mais Tom m'a signé un contrat pour six volumes. Le premier devait être livré à la fin de cette année là. En réalité, j'ai mis quatre ans à l'écrire !
Des difficultés imprévues ?
J'avais sous-estimé le travail nécessaire à l'élaboration d'une telle épopée. Pendant ces quatre ans, j'ai rédigé le premier roman, bien sûr, mais aussi créé et développé les bases de l'univers où se déroulerait le cycle. J'ai fait des recherches qui m'ont pris énormément de temps, et j'ai rédigé des milliers de pages de notes sur chaque région de la carte de ce monde. J'ai compilé des tonnes de références - pays, flore, faune, personnages, habitudes alimentaires - que je consulte sans cesse. Vous savez, j'ai une bonne formation en mathématiques et en physique, et ça m'a appris le sens du mot "rigueur". La structure de mes romans est une chose importante pour moi. C'est presque un travail l'ingénieur...
Ou de linguiste...
J'ai écrit une centaine de pages pour élaborer la structure de l'Ancienne Langue. Depuis Tolkien, les langues imaginaires de la fantasy sont traditionnellement inspirées du gaélique. Comme dans pas mal d'autres cas, j'ai voulu me dégager de ce passage obligé. Sans négliger totalement le gaélique, j'ai pioché dans le russe, l'arabe, le chinois, le japonais. Mon but était de créer une langue vraisemblable sur le plan phonétique. Quand on écoute une langue inconnue, on sent quand même que tous ces sons bizarres ont une structure, qu'ils forment des mots et des phrases. C'est ce que j'ai voulu pour l'Ancienne Langue. Mais je n'y ai pas passé autant de temps que Tolkien sur le langage des elfes. Je voulais approfondir les autres aspects de mon univers et leur consacrer à tous une attention égale...
Vous venez de mentionner le chinois et le japonais. Les cultures asiatiques semblent très importantes pour vous.
Ces cultures me plaisent énormément, et j'ai fait plusieurs voyages dans ces pays. Mais ce n'est pas la seule source d'inspiration du cycle La Roue du temps. A dire vrai, j'ai fait un condensé des éléments culturels très divers qui m'intéressaient. Dans le cas des Aiel, l'influence asiatique est claire, leur code de l'honneur étant inspiré en partie de celui des Japonais. Mais j'ai utilisé beaucoup d'autres sources. Par exemple les Zoulous et les Indiens d'Amérique, en particulier les Cheyennes. Pour résumer, j'ai imaginé des cultures à partir d'un melting-pot de celles que je connaissais. Aucun élément du cycle n'est la réplique exacte de ce qui existe dans le nôtre, mais une sorte de compromis entre ce que j'observe et ce que j'imagine.
Une manière de ne ressembler à personne?
L'univers du cycle est né dans mon esprit longtemps avant que je commence à l'écrire. A une époque, je lisais beaucoup de fantasy, mais j'étais déçu de ses cultures, qui ressemblaient trop souvent au Moyen Âge européen. C'est alors que j'ai entrepris d'imaginer toutes ces civilisations...
Avec le souci de vous dégager des grandes règles de la fantasy...
Je crois que ce besoin de désobéir aux règles me vient d'un auteur que j'appréciais énormément : Thorne Smith. Il avait créé le personnage de Topper, un banquier dont la voiture avait appartenu à un couple de joyeux fêtards; ceux-ci, devenus fantômes, revenaient lui empoisonner la vie ! Un autre de ses personnages se transformait chaque jour en un animal nouveau : poisson rouge, mouette, lion au milieu d'une chambre d'hôtel. C'étaient des romans très curieux. Ils m'ont donné le goût de ne pas respecter les règles. Je ne suis pas le seul, bien sûr, mais je m'efforce de rendre mon univers aussi original que possible.
Ce qui n'exclut pas les références... Sur Internet, des centaines de fans dissèquent vos romans, se livrant à des spéculations souvent intéressantes. Pour notre modeste part, les Aes Sedai, détentrices du Pouvoir Unique, nous rappellent les Révérendes Mères de Dune, ce monument de la SF auquel le ta'veren - autour de qui tourne la roue du temps - fait également penser. Le Shayol Ghul, où est emprisonné le Ténébreux, évoque la planète Shayol, de Cordwainer Smith. Le Ténébreux lui-même (The Dark One en anglais) n'est pas sans rappeler un certain Satan. On pourrait aussi...
Je suis honoré que des gens aient envie d'analyser mes livres et entrent à ce point dans le détail. Qu'on investisse tellement de temps et d'énergie dans mes romans me fait plaisir et m'étonne. Je voulais écrire des ouvrages qui intéressent les lecteurs et il semble que ce soit réussi. Mais ceux que ça passionnent sont loin d'avoir fini ! J'ai essayé de faire des livres simples en surface et très compliqués en profondeur. Mes lecteurs ont déterré des choses que je croyais avoir cachées assez loin pour qu'elles n'apparaissent pas avant un certain temps - mais n'espérez pas que je dise lesquelles ! Ils ont aussi découvert des éléments que je n'avais pas dissimulés - et pas question non plus que je révèle lesquels ! Le théorème de Jordan pourrait être le suivant : Vous croyez tout savoir sur la donne en cours ? Très bien, messieurs ! Si on augmentait un peu les mises, histoire de rendre la suite plus intéressante...

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