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Robert Jordan et sa série phare de la Roue du Temps

Par Luigi Brosse, le lundi 29 janvier 2001 à 20:04:13

Robert JordanNous vous proposons aujourd'hui cette traduction d'une interview donnée par Robert Jordan à Thérèse Littleton. Elle a été réalisée après la sortie de Path of Daggers, le huitième tome de la Roue du Temps.

L'interview traduite

Amazon.com : La Roue de Temps est près d'être considérée comme la meilleure épopée de fantasy de tous le temps et vous avez été comparé avec le légendaire J.R.R. Tolkien. Comment considérer cette adulation ?
Robert Jordan : Je souris. C'est très agréable. Mais mon entraîneur de football du lycée m'a donné un des meilleur conseils que quelqu'un dans ma position peut avoir. Il m'a dit, Samedi matin, vous pouvez lire le journal et vous pouvez croire combien vous êtes bon d'après ce que les autres disent de vous. Lundi, quand vous venez pour vous entraîner, personne ne connaît votre nom et vous avez une semaine pour vous préparer pour le seul jeu qui vous permettra de vous faire une réputation. Donc il est très agréable de regarder autour de soi et de voir les gens me tapoter le dos et dire, Oh, vous êtes merveilleux, vous êtes grand, vous êtes génial, mais je sais la fin de cela. Je rentre et suis assis devant l'ordinateur et personne ne connaît mon nom, j'ai seulement un livre pour essayer de me faire une réputation.
Une des choses qui vous différencie de beaucoup d'auteurs de Fantasy, c'est la complexité de vos intrigues. Vos histoires sont complexes et pleines d'énigmes cachées. Comment avez-vous appris à écrire comme ça ?
Je ne sais pas. J'ai lu. Je n'ai jamais suivi de cours pour écrire. Les seuls cours de littérature que j'ai jamais pris à l'université ont été facultatifs, puisque mes diplomes relevaient de la physique et des mathématiques. Je n'ai jamais écrit rien de forcé avant d'avoir 30 ans. Je savais que je voulais écrire un jour. Je savais ça dès l'âge de 5 ans. Mais c'était un jour, après m'être batti une carrière stable. Et ensuite, j'ai eu 30 ans et je me suis assis et ai commencé à écrire. Après 30 ans de lecture, je pouvais écrire ce que je voulais.
Il y a beaucoup de batailles, guerres et de grands conflits dans vos livres. Vos expériences militaires ont-elles influencé cet aspect de votre écriture ?
Dans une certaine mesure, mais la chose principale que j'ai tiré de mes expériences militaires est de savoir ce que cela fait d'avoir en face de soit quelqu'un qui veut vous tuer. Et je sais qu'une bataille, c'est avant tout la confusion. Vous savez ce que vous pouvez voir ; vous ne savez pas ce qui arrive au-delà de votre vue. C'est ce qui vient des militaires. Pour vous dire la vérité, les batailles ne sont presque pas aussi intéressantes que les gens. J'aime les interactions entre les gens - le développement des personnages, la voie, le jeu entre eux.
Il semble que certains de vos lecteurs n'envisagent pas vos romans comme de la Fantasy en tant qu'histoire, mais comme vraiment un monde qui aurait pu exister ou pourrait encore exister. Percevez-vous votre monde comme réel ?
Je pense que je le dois. N'importe quel auteur doit essayer de penser son monde comme réel, parce que s'il le considère simplement comme un jeu de construction, ce ne sera pas suffisant. Cela ressemble beaucoup à la question que l'on me pose souvent : quel est mon personnage préféré ? Il est celui pour lequel j'écris pour le moment. Même quelqu'un comme Padan Fain ou Semirhage. La plupart des personnes comme eux, je me dois de les apprécier, sinon, il ne pourra pas plaire aux lecteurs. Ma femme dit qu'elle peut dire quand j'ai écrit une scène avec Padan Fain ou quelqu'un comme ça quand j'entre en cuisine le soir. Je me fais voir cela comme une place réelle quand j'y travaille.
Quelles périodes historiques influencent vos histoires ?
Bien, pour vous donner un exemple de ma façon de travailler... les Aiels. Ils ont quelques traits japonais en eux. Et aussi quelques caractéristiques des Zoulous, des Berbères, des Bédouins, des Cheyennes du Nord, des Apaches et ce qui vient de moi-même. Ils ne sont nullement une copie de n'importe laquelle de ces cultures, parce que dans ce cas, si A est vrai, qu'est-ce qui doit autrement être vrai de cette culture ? Si B est vrai, qu'est-ce qui doit autrement être vrai ? Et ainsi de suite. De cette façon, je commence à construire un arbre de logique. Je commence à détourner une image de cette culture, pour que toutes les autres choses soient vraies. Alors vous atteignez la partie intéressante, parce que ce qui doit être vrai ici, le doit à cause de tout le reste. Mais, si ceci est faux, c'est à cause de ces choses là. C'est en soi une chose fascinante, la conception d'une culture. Donc, voilà comment les Aiels sont nés. Il n'y a aucune culture qui soit une simple transposition de la Renaissance ou du 9ème siècle, de la Perse ou autre chose. Tous sont construits.
Y a-t-il des personnages bâtis à parti de figures historiques ?
Non, des groupes sont par contre parfois basés sur des organisations historiques. Les Blancs-Manteaux ont beaucoup de, disons, des Chevaliers Teutoniques. Les Aes Sedai, l'organisation vient de celle des couvents entre 1000 et 1800, un temps où il n'y avait pas de politique réelle derrière ces couvents. Ma femme m'a donné, involontairement, au moins un trait du caractère principal pour tous les personnages féminins principaux dans les livres. Mais je ne lui dirai pas quels traits de caractère j'ai pris...
Ce qui est probablement la sagesse...
Elle sais où je dors! Donc je considère sage de ne pas la vexer, si je peux l'éviter.
Les caractères des femmes dans vos livres sont vraiment intéressants, pas du tout ces êtres dénués d'épaisseur qui apparaissent si souvent dans la Fantasy. L'avez-vous fait consciemment ?
En partie. Dans ce monde, les femmes ont eu le pouvoir politique réel. Mais d'autre part, je considère simplement les femmes comme des être plus intéressants. Une Barbie vivante pourrait vous donner beaucoup d'amusement pendant un week-end si vous avez 22 ans, mais après, il n'y a plus rien. Chez moi, ce sont des femmes complexes, des femmes fortes, la sorte de femmes que je trouve toujours intéressantes. Comme mon grand-père disait, Mon gars, chasserais-tu plutôt des lapins ou des léopards ? Il n'y a pas de choix.
Est-ce jamais dur pour vous d'écrire ?
Non .. C'est plutôt dur de ne pas écrire ! Je suis en promotion, donc je n'ai pas de temps pour écrire, mais j'ai mon ordinateur avec moi parce que peut-être j'aurai le temps. Peut-être.
Quelle sorte de livres vous aimez lire en travaillant ?
Mais tout... Westerns, science-fiction, littérature non-romanesque de toutes sortes. (NdG : je saute ce qui n'est que prétexte à des liens vers le catalogue d'Amazon.)
Comment se passe une journée d'écriture ?
Petit déjeuner, répondre au courrier, aux appels téléphoniques, s'asseoir ensuite et commencer à écrire. Je ne m'arrête pas jusqu'au déjeuner. Environ six ou sept heures et j'arrête pour dîner. Si le livre est vraiment chaud, je pourrais travailler plus tard. C'est huit ou neuf heures d'écriture, d'habitude et je le fais sept jours par semaine. Si je décide de prendre un jour et aller pêcher, je sais que je ne le fais pas très souvent, et cela ne m'ennuie donc pas de le faire.
Vous avez un lectorat particulièrement enthousiaste. Comment considérez-vous les gens qui prennent vos livres trop sérieusement ?
Ca dépend de ce qu'ils m'écrivent. Je leur explique qu'il n'y a pas vraiment de Pouvoir Unique, il n'y a aucune capacité à canaliser et je ne peux pas vous apprendre ces choses parce qu'elles n'existent pas. Et je ne suis pas un gourou, je ne suis pas un leader spirituel, ne quittez pas votre travail. Je ne vous permettrais pas d'être assis à mes pieds. Continuez votre vie. Mais je ne lis pas beaucoup de commentaires de fans. Je ne consulte pas le Web. Je n'y prête pas attention.
En ce qui concerne les gens qui ont comparé vos livres au Coran ou à la Bible ?
J'écris des histoires. Je ne crée pas de religion. Je ne commence pas de mouvement. J'espère que ce sont de bonnes histoires et qu'elles distraient les gens, mais ce sont toujours juste des histoires.
Vous allez prendre une pause avant le début du livre suivant ?
Eh bien, quand je finis cette tournée de promotion, j'irai à la maison et ensuite je commencerai à écrire le livre suivant. Donc je prendrai une pause courte, et commencerait ensuite.
Vous avez dit auparavant que vous savez comment cette série va finir.
Je connais la dernière scène du dernier livre depuis 15 ans. J'aurais pu l'écrire facilement il y a 15 ans et ce serait seulement des changements de la formulation, pas sur ce qui arrivera.
Donc la dualité masculine-féminine sera-t-elle résolue ? Ou est-ce qu'il nous faudra lire pour savoir ?
Lire pour savoir. Que je considère que les lignes d'histoire principales sont résolues. Il y aura un certain nombre de lignes d'histoire secondaires qui ne seront pas résolues, pour la raison simple qu'il n'y a aucune raison à n'importe quel monde réel où tout est résolu. C'est toujours quelque chose qui m'a irrité dans quelques romans, atteindre un point à la fin du livre où les problèmes de chacun ont maintenant été résolus et où tous les problèmes du monde ont été résolus. Il n'y a rien de vivant là-dedans. Ce n'est pas la voie que je vais suivre. J'ai même l'intention de mettre un petit "crochet" dans la dernière scène.
WOW... Vous allez rendre fous les gens !
Je sais, je sais. J'ai pensé à m'acheter les lunettes Groucho avec la grosse moustache.

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