Vous êtes ici : Page d'accueil > L'Actualité fantasy

Interview de Ian Cameron Esslemont

Par Thys, le mercredi 24 mai 2006 à 10:00:04

Ian Cameron Esslemont a inventé l'univers de Tales of the Malazan avec Steven Erikson. En France, nous ne connaissons toujours que Les Jardins de la Lune, mais souvenons-nous que Calmann-Lévy a d'ores et déjà récupéré les droits de la saga, qui devrait revenir en version française dès l'an prochain !
En attendant, découvrez la "face cachée" de ce monde !

Ian Cameron Esslemont répond à Patrick

Cher Cameron,

Laissez moi commencer en vous remerciant d'avoir pris le temps de répondre à nos questions malgré votre emploi du temps chargé. Avec les rumeurs concernant la publication de Return of the Crimson Guard et la sortie imminente de Night of Knives en poche, les fans de Malazan ont hâte de vous entendre.

Bien que cela soit surprenant, il y a beaucoup de fans de Malazan qui ignorent que vous êtes co-créateur de l'univers. Pour les lecteurs qui ne sont pas encore familiers avec votre travail, sans trop en dire, pouvez vous nous donnez un avant goût de l'histoire de Night of Knives ?

Cher Patrick et tout ceux qui ont participé à cette interview,

Je suis heureux de voir toutes ces questions - dans mon esprit cela correspond à l'intérêt qu'on me porte. Elles sont toutes bienvenues ! Pour la première question, je ne trouve vraiment pas surprenant qu'il y ait de nombreux fan de Malazan qui ignorent ma contribution - pour l'instant. Malazan a vu le jour avec la publication des Jardins de la Lune sous le nom de Steve Erikson. Croyez-moi quand je vous dis que j'aurai vraiment aimé voir mon nom apparaître d'une manière ou d'une autre sur le livre à cette époque, mais c'était impossible pour tout un tas de raisons mondaines auxquelles s'ajoutaient quelques considérations très réelles d'édition - pensez-y, quelle chance aurait eu encore un nouveau roman fantasy présentant encore un nouveau monde fantasy si on l'avait chargé avec :

« Dans un monde crée par Steven Erikson et Ian C. Esslemont,
D'après un scénario écrit par Steven Erikson et Ian C. Esslemont,
Voici un roman écrit par Steven Erikson... »

Pas idéal pour vendre, j'imagine. Avec Les Jardins de la Lune on est partis du principe que les différents livres ne porteraient qu'un seul nom en couverture, cela n'avait pas de sens de complexifier ce qui était déjà risqué.

Pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec Night of Knives , je vous suggère d'aller faire un tour sur les critiques et discussions du site de Malazan, sur le site de PS Publishing, ou sur d'autres critiques, comme celle de sfcrowsnest. Mais pour ceux qui n'ont pas envie de faire une recherche sur Internet, je vais vous donner un aperçu (tous ceux qui connaissant déjà Night of Knives peuvent sauter ce passage).

Le roman se déroule en une seule nuit, la nuit pendant laquelle le régent Impérial, Surly, assassine l'Empereur, Kellanved et son garde du corps, Dancer. C'est aussi - est-ce une coïncidence ? - une « convergence » pendant laquelle les royaumes se superposent. Dans ce cas, il s'agit du royaume des Ombres. Cette convergence, ainsi que d'autres facteurs, déclenche l'attaque d'un peuple qui habite les eaux des détroits entre les îles Malaz et le continent méridional de Korel, ou encore Fist, comme il est parfois appelé. L'histoire est raconté à travers deux personnages principaux : Kiska, une jeune fille qui rêve d'échapper à ce qu'elle considère comme une vie vide de sens dans une île reculée, et Temper, un vétéran soucieux d'éviter d'attirer l'attention impériale sur lui, et qui a choisit l'île de Malaz précisément parce qu'elle est reculée. Malgré tout, comme ils vont tous deux le découvrir, même les fins fonds de l'Empire réservent des surprises.

Il semble que quelques erreurs grammaticales se soient glissées à travers le processus éditorial dans la précédente version de Night of Knives ce qui a rebuté certaines personnes. Ces erreurs ont-elles été corrigées pour l'édition poche ?

Je ne suis pas certains de ce que je peux dire - chaque livre a ses étourderies et ses erreurs éditoriales, etc. Je pourrais souligner que certains livres sont devenus célèbres (ou tristement célèbres) précisément à cause de ces erreurs. Et s'il y a eu des changements entre les éditions - pas à ma connaissance. La nouvelle édition est bouclée, probablement avec exactement le même texte pour ce que j'en sais.

Vous avez dit que vous discutiez avec Steven des événements, des personnages, des éléments d'intrigue, etc, écrit-il de nouveaux tomes pour la série des Malazan ? Comment travaillez-vous ensemble ? Lisez-vous les différentes ébauches de l'histoire et envoyez-vous vos réactions à Steven ? Ou jouez-vous un rôle plus actif ?

La partie très « active » de la création en commun est derrière nous. Nous avons établis les grandes lignes dans le passé : où et quand est-ce que tout s'assemble dans le tableau d'ensemble. Maintenant, nous remplissons les blancs entre ces grandes lignes. Nous échangeons souvent des lettres et des mails dans lesquelles nous nous disons sur quoi nous sommes en train de travailler, posons les questions d'ensemble et demandons l'accord pour faire certaines choses. Ce qui est le mieux est lorsque nous nous retrouvons au même endroit - nous pouvons alors nous asseoir tout l'après-midi ou la soirée et revoir des séquences entières pour les clarifier, échanger des opinions sur le traitement de divers moments, etc. Habituellement, comme nous l'avons découvert à l'origine, nos instincts sont souvent les mêmes. Par exemple, la dernière fois que j'étais à Winnipeg, nous avons passé beaucoup de temps à parler de Bonehunters, particulièrement le moment du siège de Y'Ghatan. Plus récemment, je lui ai envoyé quelques scènes sur lesquelles je travaille pour Return of the Crimson Guard.

En tant que co-auteurs de l'univers de Malazan, avez-vous pensé, Steven et vous, à écrire la série ensemble, comme le font des auteurs tels que Margaret Weis et Tracy Hickman qui collaborent depuis des années ? Ou aviez-vous tous deux vos propres histoires à raconter, et avez donc choisi de partir chacun de votre côté ?

Steve et moi avons co-écrit de nombreux scénarii - il y a longtemps. Nous utilisions un seul carnet de papier jaune que nous nous passions et repassions à travers la table dans les cafés, écrivant les dialogues et les scènes chacun notre tour. C'était très gratifiant en terme de créativité, de réagir à ce qu'il venait d'écrire et de lui passer ensuite le carnet pour avoir sa propre réaction - comme un grand jeu d'échec, à part que nous étions tous deux vainqueurs. Nous pouvions écrire des scénarii de cette manière mais nous savions que ça na marcherait pas pour l'écriture de romans donc nous n'avons pas essayé. Maintenant, nous avons tous deux nos propres « histoires à raconter » bien qu'elles soient toujours liées - si on arrive à respecter le plan - elles se croisent et fusionnent de différentes manières et à différents moments.

Tous les deux, vous avez d'abord écrit Les Jardins de la Lune comme un scénario. Par simple curiosité, était-il très différent de ce qui a été publié ?

Oui, si je me rappelle correctement, nous l'avons écrit de la manière décrite plus haut. Et, si ma mémoire est bonne, le roman est très proche de ce qu'il y avait dans le scénario (il en reste une copie enterrée quelque part dans mes notes, et Steve doit avoir une copie lui aussi).

Où en êtes-vous avec Return of the Crimson Guard et quand sera-t-il publié ? Où se déroulera l'action ? Quon Tali ? Assail ? Korelri ?

Un premier jet de Return of the Crimson Guard était achevé avant même qu'aucun roman ne soit publié - un bon exemple pour ceux laissent tomber leurs projets : ne jetez jamais rien ! Steve l'a lu, bien entendu, puisse que nous nous montrons tous. Il me l'a renvoyé très joliment emballé dans une boîte avec le titre de dessus et il m'a dit « Envoie-le. » Je ne l'ai jamais fait, il a fini dans un tiroir. Je ne sais pas vraiment pourquoi, peut-être pensais-je n'être pas encore un assez bon écrivain (peut-être ne le suis-je pas encore, ce n'est plus à moi de le dire, d'autres seront juges désormais). Dans tous les cas, il a fallu tout réécrire depuis le début avec les nouveaux personnages, etc, pour faire les correspondances avec ce qui a été établi. Je ne sais pas très bien à quel niveau j'en suis pour le moment parce que je ne sais pas combien de temps cela prendra d'arriver à la fin. Je peux dire que la plus grande part de l'action se déroulera sur le continent principal de l'empire, Quon Tali.

Vous avez dit ceci lors d'une autre interview « Ah, à ce sujet je peux être équivoque en disant ceci, oui, Steve et moi pensons tous deux que le Malaz est très différent des séries populaires fantasy en général. Nous nous étions délibérément fixé ce but de défi des conventions, de contradiction. C'est délibérément anti-héroïque dans un genre jusqu'ici réservé aux indulgences héroïques parce que nous croyons en l'intelligence et la capacité de jugement des lecteurs lorsqu'on ne les tire pas vers le bas. L'intégralité de la série est, de nombreuses manières, une étude critique du genre lui-même, de la manière dont il marche, pourquoi il marche, jusqu'où peut-on le pousser pour le faire évoluer ? »

Pensez-vous que ceci explique pourquoi nombre de fans de Malazan s'avèrent être des lecteurs accomplis de fantasy, qui aiment la série justement parce qu'elle ne ressemble pas à tout ce qu'on trouve sur le marché de nos jours ? De la même manière, cela pourrait-il expliquer pourquoi les lecteurs de fantasy « classiques » n'ont pas encore accrochés ?

Ah, une invitation à pontifier ! Dans cette question, je ne sais pas très bien ce que vous voulez dire par « classique ». Entendez-vous par là les lecteurs de fantasy épique classique telle que celle de Terry Goodkind, Raymond E. Feist, Robert Jordan, George R. R. Martin, etc, etc ? Si c'est ça, difficile à dire. La plupart de l'attraction traditionnelle pour le genre (pendant les 70 dernières années) a été l'évasion de voir les gentils récompensés et les méchants punis ainsi que le « Principe Plaisir » d'attentes bien établies délivrées dans les temps. La fantasy classique se cantonne à cette niche simple et rassurante (pourquoi risquer autre chose). Ce que nous essayons de faire dans Malaz est de voir jusqu'où l'on peut pousser ces conventions en y apportant des sujets plus complexes tels que l'ambiguïté morale, l'exploration des personnages, et la grande question, qu'est-ce que ça signifie d'être « humain » ?

Steven et vous avez planifié 10 romans, ce qui signifie que vous savez grosso-modo tout ce qui va se passer. En oubliant ça, citez-nous quelques scènes dans lesquelles Steven parvient encore à vous étonner.

Tout ce qu'écrit Steven réussit franchement à m'étonner - même lorsque je « sais » ce qui va se passer. Connaître les événements n'est pas important, Malaz s'occupe plus de la route que de la destination. C'est le voyage, l'art de délier qui est important. Et aucun d'entre nous ne sait « entièrement » ce qui va se passer de toutes manières, nous sommes tous deux encore en train d'inventer, de sculpter les détails, l'exécution de tout cela. Si on m'obligeait à choisir, je dirais que ce sont ses personnages. Iskaral Pust par exemple. Comment Steven fait-il cela ? Comment imagine-t-on quelque chose d'aussi original à partir d'un terrain qui a été aussi souvent labouré que celui de la fantasy épique ? Etonnant - et effrayant pour mon propre travail. Il a placé la barre très haut.

Dans la même veine que les questions précédentes : y a-t-il des scènes dont vous avez tous les deux pensés qu'elles allaient vraiment étonner les lecteurs, et finalement, ça n'a pas été le cas ?

Je vais parler pour Steven, mais oui, ça arrive tout le temps. Les attentes des écrivains pour certaines scènes, ou personnages, sont rarement comblées. Kruppe par exemple. Comment quelqu'un peut-il ne pas aimer Kruppe ? Ce que je peux dire de mon propre travail jusqu'ici est que j'ai été très heureux des réactions sur des scènes qui m'inquiétaient, les flash-back de Temper, par exemple.

Allez-vous réaliser l'Encyclopédie Malazan ensemble avec Steven ?

Pendant un moment, Steven et moi avons échangé des notes au sujet d'une « Encyclopedia Malazica ». Mais maintenant, je suis bien plus heureux de pouvoir continuer à écrire les romans ! L'encyclopédie devra attendre. Qui sait, peut-être en mettra-t-on une en ligne. C'est un projet en cours. En fait, je viens juste d'en trouver une qui se construit dans le genre de Wikipedia.

Pensez-vous honnêtement que le genre fantasy sera un jour reconnu comme de la véritable littérature ? Pour dire la vérité, je pense qu'il n'y a jamais eu autant de livres de qualité que maintenant, et pourtant, il y a toujours aussi peu de respect (pour ne pas dire aucun) accordé au genre.

Non, jamais. (Je plaisante). Du temps, c'est tout ce qu'il faut. Une fois qu'assez de temps se sera écoulé depuis les début de la fantasy, ça deviendra soudain sans risque pour les critiques et les universitaires de traiter le genre « sérieusement ». C'est vrai pour d'autres genres tels que les polars ou les thrillers. Mais quand on y pense, ce n'est pas une vérité absolue. Le travail de JK Rowling a tout de suite été traité « sérieusement ». Mais c'est de la littérature pour enfants donc c'est sur-protégé, ou dissocié, pour que chaque critique ou universitaire qui veuille en parler puisse le faire professionnellement.

Les grandes lignes du scénario ont-elles beaucoup changé depuis que Steven a commencé à écrire la série, ou aviez-vous tous les deux décidés des grandes lignes depuis le tout début ? Y a-t-il eu des personnages rajoutés ou enlevés par rapport à votre idée de départ ? Avez-vous changé vos plans au fur et à mesure de l'écriture de la série?

Il est vrai que Steven et moi avions esquissé grosso-modo ce qu'allait être l'histoire, mais ce squelette n'est rien par rapport à la chaire et au sang de tout ce qui est réalisé. Bien sûr, de nouveaux personnages et événements apparaissent dans chaque livre et bien sûr aucun d'entre nous n'avait pressenti de quoi tout cela aurait l'air. Le « feeling », je pense, est ce que nous avions de très sûr - je maintiens que Malaz est plus basé sur ce sentiment - c'est une humeur, un ton, et une atmosphère...Malaz, c'est de la fantasy noire.

Etes-vous surpris par le peu de support que les médias Canadiens accordent aux écrivains fantasy ? Steven Erikson et R. Scott Bakker sont parmi les meilleurs écrivains fantasy là-bas mais il semble qu'aucun d'entre eux ait beaucoup de reconnaissance dans son propre pays.

Je ne suis pas surpris le moins du monde par le manque de soutien, ou même de reconnaissance, que les écrivains de genre reçoivent (ou plutôt ne reçoivent pas) au Canada. Pour être brutalement bref, l'industrie artistique Canadienne est aussi larguée que le reste du pays, il y a un complexe d'infériorité massif qui se manifeste par un aussi massif complexe de supériorité. Pour compenser, l'industrie artistique (une grosse entreprise), adhère et supporte uniquement ce qui est perçu comme la « grande » recherche artistique -Littérature, avec un grand L, dans le cas de l'écriture. Tout ce qui paraît en dessous dans l'écriture, tels que les polars, les thrillers, la science fiction, pour résumer, la littérature de genre, est évitée comme la proverbiale peste de la bassesse d'esprit grossière que la critique littéraire a traditionnellement invoqué comme excuse pour l'écarter. Il y a toujours de l'espoir pour que les gens ouvrent les yeux, Dickens était écarté comme du divertissement facile pour les masses manquant de discernement.

Y a-t-il une partie du monde que vous avez créé dont vous être particulièrement fier ?

Ca équivaut à me demander de quel élément de Malaz je suis le plus fier. Je dois répondre que je suis fier de l'ensemble. Si je devais répondre plus précisément, je dirai que si Malaz était un objet trouvé dans un champ ou sur une plage, il aurait une merveilleuse patine - c'est la création de cette patine dont je suis le plus fier.

Je crois avoir lu quelque part que vous vous intéresserez plus à l'histoire de l'empire Malazan pendant que Steven s'occupe du présent. J'ai trouve que Night of Knives va dans ce sens, mais maintenant, je crois comprendre que Return of the Crimson Guard se situera après The Bonehunters. Pouvez-vous nous dire quels aspect du monde Malazan seront traités ?

Eh bien, Night of Knives se situe dans le passé parce qu'il traite de l'assassinat de Kellanved. Techniquement, il n'y a pas tant de romans qui traitent d'événements remontants à des dizaines de milliers d'années, même des centaines. Les romans prévus se situent tous après la période de Kellanved donc, dans ce sens ils concernent les événements de la création de l'empire Malazan. Selon la manière dont les choses vont évoluer, d'autres romans pourraient s'ajouter et traiter d'événements situés très loin dans le passé.

Nous avons cru comprendre que le Deck of Dragons est votre « bébé ». Sera-t-il un jour entièrement dévoilé, ou est-ce peu probable étant donné sa nature amorphe ?

Le deck est en cours d'étude pour un développement. Je n'ai aucun pouvoir sur la manière dont ce sera fait. Ce que vous décrivez comme « amorphe » je le conçois comme une force parce qu'elle a été conçue comme éminemment contingente, il s'agit de répondre de manière créative à des conditions prédéfinies. Pourtant, un « arcane » central peut être délimité, ainsi que des périphériques. Il s'agit de savoir combien en inclure et où fixer l'application.

Bien que vous ne soyez pas encore sous contrat pour les écrire, que pouvez-vous nous dire du reste des romans de Malazan que Steven et vous avez planifié pendant toutes ces années ? Vous ne pensiez pas qu'on allait vous laisser vous en tirer si facilement n'est-ce pas ? Un bref synopsis - sans trop en dire, bien entendu ! Des titres provisoires ? Des indices sur l'avancement, si aucun d'entre eux est en cours d'écriture à l'heure où nous parlons. Sachez que vos questions vont apporter du sang neuf et occuper les forums pendant des mois ! Et puis pour continuer, voici quelques questions spécifiques de fans de Malazan...

Comme l'a dit Steven, les futurs romans après Return of the Crimson Guard doivent aborder les campagnes de Korel, un retour à Darujhistan, et, finalement, les mystères du continent Assail. Pour le moment, les choses sont tellement peu avancées que je préfère ne pas en dire plus pour ne pas m'enfermer par la suite.

Selon Steven, l'histoire de Fisher Kel Tath sera le sujet de l'un des romans prévus. Que pouvez-vous nous en dire ?

Fisher est un personnage auquel faire justice est un vrai défi, il a une « voix » très puissante. Si je pouvais la faire taire comme il me chante, alors je continuerai ainsi et l'utiliserai comme prévu. J'étais certain qu'on l'avais déjà vu, mais Steven a dit dans une interview que ce n'étais pas le cas - ça vous donne un indice du degrés auquel tout cela est « réel » pour lui et moi. Mais rien n'est gravé dans le marbre. D'autres personnages peuvent se révéler alors que les choses évoluent - en tout cas, c'est l'expérience que j'en ai eu en écrivant des histoires. De nouvelles voix sortent de nulle part et s'imposent. Je pense que c'est une bonne chose.

Est-il nécessaire de lire votre travail pour comprendre les romans de Steven, et vice versa, faut-il lire le travail de Steven pour comprendre vos romans ?

Notre but est que les romans puissent être « autonomes » (autant que possible). En lire un seul devrait satisfaire à tout ce que l'on demande à une histoire. Bien entendu, tellement plus de richesse et de profondeur sont révélées lorsque le lecteur devient familier avec le monde - surtout son histoire. Donc, c'est nécessaire seulement si l'on veut profiter de tout ce que ce monde a à offrir.

Projetez-vous d'utiliser des personnages des livres de Steven, et si oui, auront-ils un rôle majeur ?

Steven et moi échangeons nos personnage aussi librement que nous le voulons. Nous utilisons ceux dont « l'apparition » a le plus de sens dans la continuité, mais la réponse courte est qu'aucun d'entre eux n'est réservé à aucun d'entre nous. On se sent libre - j'adorerai le voir utiliser ce que j'ai fait, et j'espère qu'il pense la même chose.

Dans une précédente interview, vous avez dit que, en plus de Night of Knives, vous prépariez 5 autres romans Malazan. Est-ce vrai ? Return of the Crimson Guard était déjà écrit et en cours de ré-écriture. Où en sont les autres ?

Cinq romans au total, en comptant Night of Knives. Désolé s'il y a eu une confusion. On a déjà pas mal parlé de tout ça. Rien n'a été écrit après Return of the Crimson Guard bien que nous ayons déjà décidé de tous les événements majeurs.

Certains de vos romans se situent-ils dans le passé par rapport à la série de Steven ?

Non. Je ne sais pas trop d'où vient cette rumeur, peut-être est-ce parce que j'ai toujours évoqué mon intérêt pour ces événements passés. Peut-être en ai-je envie ? Qui sait, s'il y a assez d'intérêt...

Vous avez dit que trois des quatre romans que vous avez prévus utilisent l'Empire Malazan comme point d'entrée dans le monde...cela va à l'encontre des propos de Steven qui affirme que les livres restants de sa série se dérouleront en dehors de l'empire, je me demande donc si ces trois romans serviront à avoir la vision Malazan, contrairement au reste de la série de Steve - tout à fait, en partie, juste un peu ?

En quelques sortes. Night of Knives parle à l'évidence de l'empire, de même que les parties situées à Korel. Ca fait trois romans sur les cinq. Mais après ça, si je dois visiter le Darujhistan, l'empire sera là mais pas au premier plan. C'est la même chose pour le dernier roman.

Le quatrième roman restant est selon vos propres mots « plutôt un épilogue à quelques grandes lignes de l'histoire, dans lequel on trouve des réponses aux questions laissées en suspens (et dans lequel des révélations surprenantes sont faites, bien sûr !) » La lecture de cet épilogue sera-t-elle nécessaire pour « comprendre » comment s'est achevé The Malazan Book of the Fallen ?

Le but de ce dernier roman sera de concorder avec le dixième de Steven. Ce sera en grande partie un épilogue. Si tout va bien, cependant, nous nous arrangerons pour avoir l'opportunité de mettre en lumière certains des théâtres de l'action à la fin. Il offrira une compréhension plus « profonde » des grandes lignes de l'histoire, etc. Structurellement, ce sera peut-être le plus difficile pour moi à sortir. Je vais peut-être devoir envisager la possibilité de le diviser en deux projets séparés : un pour compléter le dixième de Steven et l'autre pour se concentrer complètement sur l'épilogue de l'histoire.

Et finalement, Night of Knives est la preuve vivante qu'Internet peut offrir une bonne publicité pour un livre. Pensez-vous que les éditeurs ne comprennent pas encore le plein potentiel de cet outil, pour ce qui est d'exploiter la richesse des sites fantasy, des forums et des blogs ?

Oui, c'est mon sentiment. Si les problèmes de copyright et de piratage sont un jour résolus, ce serait un terrain intéressant pour en arriver aux livres à la demande. Mais jusque là, Internet offre un grand espace pour que les fans se réunissent autour de questions importantes. C'est spécialement vrai pour les fans de SF et de fantasy qui sont généralement assez portés sur la technologie. Mais pour ce qui est des préoccupations des éditeurs, il est vrai que Malaz et la fantasy militaro-graveleuse ne sont pas vraiment de la littérature classique. La dernière fois que j'en ai entendu parlé, même Glen Cook avait conservé son emploi à côté. On doit toujours frapper aux portes.

C'est tout pour aujourd'hui. Merci de m'avoir permis de parler de Malaz, c'est toujours un plaisir.

Cameron.

Article originel, par Patrick Saint-Denis, le 5 mai 2006


Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :