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Entretien avec Fabrice Colin !

Par Gillossen, le mercredi 12 avril 2006 à 09:48:50

L'un des auteurs français de fantasy les plus connus, et pas le moins talentueux, loin de là, Fabrice Colin a depuis peu "sauté le pas", se retrouvant du côté des éditeurs, sans pour autant mettre entre parenthèses sa carrière d'écrivain, bien évidemment.
A l'occasion du lancement de la collection Fantasy de Points, le mois dernier, Fabrice Colin a gracieusement accepté de répondre à quelques unes de nos questions ! Retrouvez donc dès maintenant cette interview sur Elbakin.net !

Interview de Fabrice Colin

Depuis combien de temps prépariez-vous le lancement de cette collection fantasy chez Points ? Qu'est-ce qui vous a séduit dans leur démarche ?

J'ai été contacté par Points il y a un peu plus d'un an. J'ai accepté le boulot, déjà parce que c'était Emmanuelle Vial qui s'en occupait et que je commençais à la connaître un peu, ensuite parce que je trouvais très intéressante l'idée d'un mariage entre l'image traditionnellement littéraire du Seuil et cette volonté soudaine d'explorer de nouveaux territoires. Si on veut sortir la fantasy du ghetto, c'est le genre d'occasions qu'il ne faut pas laisser passer.

Comment concilier les activités de "conseiller littéraire" et d'auteur ?

En termes de temps, il y a une question d'organisation, bien sûr, mais ce n'est pas ça le plus compliqué. Emmanuelle m'a embauché parce qu'elle savait que je connaissais pas mal de monde dans le milieu : du coup, je dois souvent changer de casquette, une fois auteur, une fois éditeur. C'est le côté schizo de l'affaire. Je savais à quoi je m'engageais.

Y a-t-il des contraintes à ne publier que des rééditions ?

Les contraintes, c'est que nous ne « découvrons » rien. Le boulot consiste à réinventer un texte qui a déjà vécu... même si parfois, on est seul ou presque à s'en souvenir. C'est particulier, mais je ne suis pas certain que j'aurais le temps et l'envie de m'impliquer plus, de partir à la découverte d'auteurs méconnus.

Points semble vraiment décidé à bien faire les choses, notamment au niveau de la promotion. On imagine qu'il est agréable de se sentir aussi soutenu. Leur avez-vous soufflé quelques idées, comme les rappels sur la définition de la fantasy ou ses principaux prix littéraires, qu'on retrouve dans vos brochures ?

C'est effectivement très agréable. Il y a des moyens, une volonté, un projet cohérent. Et la porte d'Emmanuelle Vial est toujours ouverte. La plupart des idées, elle et son équipe les ont eues eux-mêmes, enfin, on en a discuté, quoi, on discute beaucoup. Lionel, qui travaille directement avec moi et s'occupe des contrats et des achats entre autres, possède une bonne vision d'ensemble du marché. Il y a Laetitia, qui gère la promotion, et Marie, qui est attachée de presse : tous ces gens proposent et échangent constamment, nous sommes sur la même longueur d'onde – il n'y a pas la moindre querelle d'ego.

La collection Fantasy fait partie d'une refonte plus globale de Points. A-t-on fixé des objectifs (de vente) précis, ressentez-vous une compétition avec d'autres collections poche chez d'autres éditeurs ?

S'il y a des objectifs précis, on ne me les a pas communiqués. Je suppose qu'il s'agit au minimum d'être rentable. Je suppose aussi que les décisionnaires auront l'intelligence, si la collection ne s'impose pas immédiatement, de la juger sur le long terme. On sait que ces choses demandent du temps. Quant à la compétition... elle existe, naturellement, elle est là de facto, comme au sein de n'importe quel marché : on s'en rend compte lors de l'achat des droits, lorsque les enchères grimpent plus que de raison. C'est un peu la jungle ; on s'habitue.

Quel regard portez-vous sur le paysage fantasy en France par rapport à vos débuts ?

Le principal changement, évidemment, c'est l'arrivée de Bragelonne. Le marché s'est réveillé, dynamisé ; en termes de visibilité, tout le monde y a gagné, les libraires ont fait de la place et, quoi qu'on en dise, la SF a encore du mal à se retrouver la place qui était jadis la sienne. Le truc, maintenant, c'est de savoir ce que représente le lectorat fantasy en France, notamment en termes quantitatifs. Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter ont attiré dix millions de spectateurs dans les salles. Comment se fait-il qu'un grand format continue de ne se vendre qu'à deux ou trois mille exemplaires en moyenne ? Sur le plan qualitatif en revanche, rien n'a vraiment changé à mon sens. La multiplication des titres ne s'accompagne pas d'une soudaine explosion de talents – ça se saurait.

Passer de l'autre côté de la barrière - celle des éditeurs - vous a-t-il amené à reconsidérer certaines choses qu'un « simple » auteur ne voit pas forcément ?

Certaines choses que je soupçonnais déjà. Le « milieu » français est bêtement divisé. En gros, il y a ceux qui considèrent que le succès commercial valide à lui seul un choix éditorial, et ceux qui estiment qu'à partir du moment où vous gagnez du fric, vous êtes vendu au système et donc, que vos livres sont mauvais. Il faut apprendre à faire son boulot sereinement et prêter attention aux conseils et aux commentaires sans pour autant se laisser bouffer. C'est presque aussi dur que de faire de la politique !

Et en tant que lecteur, quel est votre dernier coup de coeur, fantasy ou pas ?

Lunar Park de Bret Easton Ellis.

Une question à la fois bateau et piège, parmi tous les textes publiés dans cette première fournée, lequel est celui qui a votre préférence ?

Fendragon de Barbara Hambly, qui réalise le parfait grand écart entre récit de fantasy classique et beau texte littéraire. Notre collection fonctionne précisément sur cette dichotomie et c'est comme si ce roman réconciliait les contraires. Je l'ai redécouvert récemment, je l'avais lu il y a dix ans, et je trouve ça encore mieux qu'avant.

J'ai noté votre présence dans un recueil en hommage à Elric à paraître chez Fleuve Noir en mai prochain. Pourriez-vous nous toucher quelques mots de votre texte et de cette expérience ?

Richard Comballot, l'anthologiste, a un talent fabuleux pour arracher des textes aux auteurs les plus récalcitrants. En l'occurrence, je lui ai donné des putains de sueurs froides mais au final, je suis content d'être dans cette antho : Elric est un grand amour de jeunesse, j'aurais eu tort de renier ça. Pour le reste, mon texte est assez « atmosphérique », j'ai essayé de traduire l'ambiance de déliquescence et de désespoir qui plane sur les Jeunes Royaumes – c'est ce dont je me souviens, un truc très adolescent, un peu comme une pollution nocturne.

Et pour conclure, puisque nos lecteurs vont m'étriper si je ne la pose pas... A quand "A vos amours" ?

Si les lecteurs ne m'étripent pas, mon éditeur s'en chargera. J'ai le synopsis complet, quelques chapitres : j'attends de trouver le temps, l'impulsion.


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