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Interview de R.S. Bakker sur The Judging Eye

Par Nak, le vendredi 14 août 2009 à 12:41:04

Après la publication du Prince du Néant, Richard Scott Bakker revient avec dans sa poche les séquelles de cette trilogie, sous le titre général de The Aspect-Emperor, qui regroupera à nouveau trois ouvrages. Le premier de cette nouvelle série, The Judging Eye, est celui qui vous est présenté aujourd’hui dans cette interview traduite pour vous par Elbakin.net .

L'interview traduite

The Judging Eye

Etes-vous satisfait de la façon dont The Judging Eye a été reçu jusqu’ici ?
Estimer les réactions critiques à l’égard de votre travail est une chose délicate, en premier lieu parce que nous inventons tous régulièrement des raisons – vous et moi y compris – quand on essaie d’expliquer nos jugements. C’est un fait terrifiant, vraiment, mais les recherches suggèrent que nous devrions être extrêmement sceptiques face aux rationalisations que nous utilisons pour expliquer nos goûts et nos aversions. Il semble qu’on ne fait que fabuler. Donc quand un critique essaie d’expliquer pourquoi ceci ou cela a marché ou n’a pas marché à son goût, il y a des chances pour qu’il soit juste en train de fabuler. (Ceci ne veut pas dire que les critiques devraient arrêter de rationaliser leurs jugements, seulement qu’ils devraient être plus sceptiques à leurs égards. Parfois vous détestez un livre simplement parce que votre chien a fait ses besoins sur le tapis).
Quoi qu’il en soit, je suis bien évidemment enchanté que tant de critiques en ligne soient si enthousiastes à propos du livre, et ma vanité cognitive me donne envie de dire que ce sont les plus intelligents et les plus beaux critiques qui ont jamais parcouru une planète aussi ignorante que la Terre, mais je me rappelle toujours à moi-même que c’est pour les ‘‘lecteurs’’ que j’écris, et que tant que la série continue son lent développement, je suis sur le bon chemin.
Y aura-t-il de prochaines apparitions pour promouvoir The Judging Eye dont vous voudriez que vos fans soient au courant ?
Je lancerai le livre à Toronto à la North York Central Library le samedi 21 février, grâce à Peter Halasz et aux types géniaux de l’USS Hudson’s Bay. Je serai à Ad Astra à Toronto au printemps, bien sûr. Je serai également l’Invité d’Honneur à SFERA à Zagreb en Croatie en avril.
Overlook (NdT : un éditeur américain) a récemment décidé de choisir la couverture pour le Royaume-Uni plutôt que la couverture qu’ils avaient sélectionné au départ. Avez-vous été consulté à ce propos ? Quelles sont pensées concernant les couvertures de The Judging Eye et aussi des trois volumes du Prince du Néant ?
On m’envoie de temps en temps cette question bizarre accompagnée de l’image, mais à moins qu’une couverture ne me paraisse horrible, j’ai tendance à garder mon avis. Depuis que j’ai fait un sondage auprès de mes étudiants pour savoir s’ils préféraient la version canadienne ou la version anglaise d’Autrefois les Ténèbres, en pensant que je pourrais utiliser les résultats pour convaincre Darren Nash, mon éditeur anglais, de choisir la couverture canadienne, j’ai arrêté de prétendre savoir ce qui fait qu’une couverture fonctionne.
Mes étudiants ont voté pour la couverture anglaise avec une énorme marge de 2 contre 1… Bande de têtes de pioches.
Est-ce que la recherche et l’écriture de Neuropath ont eu un impact sur l’écriture ou les décisions que vous avez prises concernant l’intrigue de la trilogie de The Aspect-Emperor, ou plutôt la trilogie précédente ? J’ai l’impression que Kellhus et les Dunyain ont une forte croyance dans L’Argument.
Quand votre cerveau est en purée tout se répand dans tout le reste. Mais en fait, Kellhus et les Dunyain protesteraient énergiquement contre l’Argument tel qu’il est décrit dans Neuropath. Tout d’abord, les Dunyain font du ‘‘contrôle’’ un fétiche idéologique, ce qui selon Neil est une illusion perspective. Philosophiquement parlant, Neil est en fait un personnage bien plus radical que Kellhus.
Les Dunyain ont seulement l’air de nihilistes parce que pour eux chaque valeur est intrinsèquement déterminée. Toutes les choses et tous les gens sont des outils aux yeux des Dunyain, et n’ont de valeur que tant qu’ils permettent d’atteindre plus facilement tel ou tel but particulier. Puisqu’en général nous considérons que les gens et les choses ont une valeur en eux et pour eux-mêmes – ce qui revient à dire, intrinsèquement – cela les rend nihilistes.
The Judging Eye semble être un travail bien moins indépendant que les romans individuels du Prince du Néant eux-mêmes, qui tout en étant partie d’une plus grande œuvre semblaient contenir plus de résolution dans chaque livre. Etait-ce une décision délibérée ou plutôt une évolution naturelle due aux obligations que l’histoire des séquelles impliquait ?
Quand vous essayez de raconter une histoire aussi énorme que La seconde Apocalypse, vous devez composer avec toutes les résolutions ponctuelles que vous pouvez obtenir. Ca devient encore plus compliqué quand votre histoire commence à doucement regrouper trois lignes narratives, comme c’est le cas pour The Aspect-Emperor. Ce qui donne à Autrefois les Ténèbres une plus grande sensation d’aboutissement c’est, je pense, que ça se termine avec les différentes lignes narratives qui se rejoignent durant la Guerre Sainte. Puisque je n’ai aucun intérêt à fabriquer un aboutissement simplement pour l’aboutissement, il fallait que je mette en place l’unique point où le développement des trois menaces de The Judging Eye s’alignent de façon dramatique…
Et ensuite ‘‘couper’’.
Par le passé, certains ont observé que l’une des caractéristiques de la fantasy épique est sa tendance à transformer les métaphores en des représentations factuelles, concrètes. A quel degré, s’il y en a un, est-ce que cela est vrai dans votre écriture ?
Vous pourriez dire que la concrétisation d’abstractions, quelles soient métaphoriques ou non, est la caractéristique de la ‘‘fiction, point à la ligne’’, et pas seulement de la fantasy épique. La chose qui m’intéressait le plus dans la concrétisation de The Judging Eye était la notion abstraite, ontologique d’un monde ‘‘moral’’. A cause de notre tendance originelle à anthropomorphiser nos environnements, à interpréter des phénomènes complexes en des termes psychologiques et sociaux, nos stratégies d’interprétation sont complètement biaisées. C’est simplement un fait, bien qu’il soit rarement révélé à la lumière du jour parce que nous sommes pathologiquement jaloux de nos croyances – au point de s’entretuer si nécessaire. (Peu importe combien on fait semblant de penser critique, le triste fait est que vraiment nous ne voulons rien avoir à faire avec ça – c’est la raison pour laquelle nous n’apprenons à nos enfants ‘‘absolument rien’’ de tout ce dont ils sont condamnés à se duper eux-mêmes). Dans le même temps, nous voyons des conspirations partout où nous regardons – fantômes, dieux, espions, corporations, gouvernements… Choisissez votre poison. Quelle que soit notre culture, on part du postulat qu’il y a des agences secrètes qui ont planifié des choses pour nous, bonnes ou mauvaises.
Les humains sont des comédiens. Tout est toujours à propos de nous.
C’est la première abstraction que j’ai essayé de concrétiser dans The Judging Eye. Ce que ça serait, ce que ça voudrait dire, de vivre dans un monde où ‘‘tout a une valeur objective’’, où tout est classé et rangé, afin que les hommes ‘‘soient effectivement’’ spirituellement supérieurs aux femmes, et ainsi de suite. La tendance dans la plupart des fictions de Fantasy est de prendre soin des attentes morales des lecteurs, de dépeindre des mondes idéologiquement corrects et ainsi d’éviter tous les types de problèmes qui semblent se poser à moi avec ma fiction. En d’autres termes, la tendance est d’être contrit plutôt que critique (et ensuite de critiquer ceux qui refusent de s’excuser). Mon intérêt réside dans la laideur glorieuse qu’il y a à construire un monde traditionnel. Des mondes intolérants. Des mondes biaisés. Des mondes ‘‘humains’’ exposés à travers des expressions fantastiques.
C’est réaliser cela qui m’intéresse.
Le pouvoir est un thème que vous explorez de différentes façons, surtout dans votre dernier roman Eärwa. En particulier, vous sembliez parfois défendre le fait que le pouvoir est une forme de discours dans laquelle le volontaire et l’involontaire ont des rôles plus actifs (bien que largement inconscients) dans la création de structures établies. Est-ce que cette observation est correcte, ou bien y a-t-il des éléments qui seront traités dans la série qui éclaireront sous un jour différent la nature du pouvoir et la façon dont quelqu’un comme Kellhus acquiert et maintient son pouvoir ?
Contrôlez les croyances d’une personne et vous contrôlerez ses actions. C’est la règle ancienne de la civilisation humaine.
Puisque notre perspective correspond toujours à la règle que nous utilisons pour mesurer la propriété morale et cognitive d’autres perspectives, on suppose toujours que nos croyances particulières, bien que lunatiques, sont ‘‘vraies’’. Et puisque les précurseurs de nos actes sont généralement complètement inaccessibles, nous nous considérons souvent comme des initiateurs plutôt que des produits. En d’autres termes, en général nous ne croyons pas être manipulés du tout.
Je pense parfois que ces gens qui trouvent les manipulations de Kellhus non convaincantes sont ceux qui sont le plus inconscient de tout ce qui fait qu’ils sont eux-mêmes contrôlés. Puisqu’ils supposent qu’ils sont immunisés contre les manipulations de Kellhus, ils finissent par croire que tous les personnages qui le sont ne peuvent pas être des simples d’esprit, ou bien ils ne sont tout simplement pas convaincus par les mouvements que Kellhus fait. Mais le fait est que ‘‘tous’’ les humains sont simples d’esprit. Nous savons d’expérience que si vous mettez des humains dans des situations comme Abu Ghraib ils feront le genre de choses qu’ils ont fait à Abu Ghraib – nous savons qu’une grande part de responsabilité incombe aux dirigeants qui ont rendu Abu Ghraib possible.
Alors pourquoi tous les individus mauvaise graine sont-ils en prison alors que les dirigeants continuent à toucher d’énormes salaires ? Parce que nous pensons tous que si ‘‘nous’’ avions travaillé à Abu Ghraib, ‘‘nous’’ aurions tiré la sonnette d’alarme. Nous pensons que nous aurions été l’exception, et donc nous blâmons les fous simples d’esprit qui ont laissé leur situation sociale immédiate les conduire, et pas ceux qui ont fabriqué cette situation sociale. Nous pensons ‘‘tous’’ cela, mais le plus triste c’est que nous sommes presque tous dans le faux. Les études successives montrent que nos suppositions à propos de comment nous réagirions face à différentes situations sont souvent terriblement décalées par rapport à nos réactions réelles dans ce genre de situations.
Nous vivons littéralement nos vies en croyant à des nous de ‘‘fantasy’’. On vit et on meurt trompés, avec seulement une vague anxiété qui nous pousse dans la direction de la vérité. C’est, je pense, l’une des raisons pour laquelle un si grand nombre d’entre nous ont du mal à s’identifier à des personnages réalistes.
Mais je dérive. Laissez-moi revenir à la question. Nous agissons comme nous croyons, et nos actions s’emboîtent pour former le vaste système d’institutions que nous appelons la société contemporaine. (C’est l’une des choses qui rend la crise économique actuelle si terrifiante : nos actions sont devenues si spécialisées, et les structures sociales globales si compliquées, qu’il est possible que nous ayons franchi une sorte de seuil organisationnel. Autant que nous savons, nous avons peut-être créé un système qui doit ‘‘complètement s’écraser’’ avant de pouvoir être réinitialisé. Mais je dérive… quand même…)
Dans Le Prince du Néant, Kellhus et son père étaient les envahisseurs parasites qui devaient réécrire le système opérationnel établi afin de produire des actions cohérentes avec leurs buts. Les auteurs du Virus Mille Fois Pensé. Dans The Aspect-Emperor, Kellhus ‘‘est le nouveau système d’exploitation’’, repoussant continuellement les autres virus envahisseurs arrivistes. Et, comme Obama qui, j’en suis sûr, est sur le point de le découvrir, acquérir du pouvoir et maintenir le pouvoir sont deux bêtes distinctes. Pour Kellhus, la même simplicité d’esprit qui a rendu la première possible est celle qui menace de rendre la seconde impossible. Plus Kellhus devient puissant, plus il s’éloigne de ses suivants, plus il doit se reposer sur ses instruments défectueux du nouveau monde afin de garder la masse bien alignée.
J’ai toujours apprécié les citations trouvées au début de chaque chapitre. Comment trouvez-vous chacune d’entre elles, et combien de recherche est nécessaire dans ce processus ?
Certaines d’entre elles me viennent simplement à l’esprit. J’adapte certaines à partir de divers morceaux de dictons, essentiellement. Mais à un certain point je m’assieds avec ma pipe et je prends plusieurs jours pour réviser et déballer mes idées. Ensuite je bidouille et rebidouille, jusqu’au résultat final. Ce n’est pas une promenade dans le parc pour trouver une cochonnerie impertinente.
Dans une interview précédente vous disiez que lire A Feast For Crows de George R. R. Martin vous a forcé à reconsidérer le nombre de points de vue à utiliser pour l’écriture de The Judging Eye. Comment alors avez-vous choisi quel point de vue de personnage allait raconter l’histoire de The Judging Eye ?
En fait j’ai carrément déchiré ma première ébauche de The Judging Eye parce que j’ai réalisé que j’étais en train de créer des personnages simplement parce que j’en avais assez de ma distribution d’origine. Chacun rationnalise le chemin qui offre le moins de résistance, mais parfois j’ai l’impression que les écrivains sont particulièrement doués dans ce domaine.
A la YMCA (NdT : Young Men's Christian Association) où je vais il y a une piste en intérieur avec des flèches qui vous indiquent dans quelle direction vous devez aller. Vu qu’ils changent la direction tous les jours et que je suis constamment distrait, je me retrouve souvent à suivre la mauvaise direction. Quand je vais à l’inverse de la flèche et que je croise des gens qui vont dans la bonne direction je me dis, Regardez-moi ces moutons ! Bêêh Bêêh. Je dois faire ce que les flèches me disent de faire. Quand je vais dans la bonne direction et que je croise des gens qui vont dans le mauvais sens je me dis, Comment ? On est trop cool pour suivre les flèches ? Quels foutus trous du cul.
Ce qui fait que je suis moi-même soit un trou du cul laineux, soit un mouton puant.
En considérant que l’obscurité qui vient avant a déjà fait l’objet de débats divers au cours de vos romans, comment la prophétie s’inscrit-elle le courant de ce qui vient avant et peut-être après ?
J’ai écris une fois un papier sur Cassandre, la fille du roi Priam de Troie, et sur la misogynie cachée dans la description de la connaissance intuitive des femmes et de la connaissance discursive des hommes. Cassandre a accepté de coucher avec le dieu Apollon en échange du don de prophétie, uniquement pour dénoncer le pacte après avoir reçu le précieux don. Etant du genre revanchard, Apollon la condamne de la malédiction de ‘‘n’être jamais crue’’, de vivre en sachant que Troie sera bientôt détruite et de ne rien pouvoir faire pour l’empêcher.
Le truc avec Cassandre et sa malédiction c’est que si les Troyens croient en ses prédictions alors ils les influent, mais dans ce cas, ils changent le futur, ce qui signifie que Cassandre a ‘‘tord’’ à propos du futur, ce qui veut dire que les Troyens n’avaient pas à la croire au départ. Donc la malédiction d’Apollon est en fait une farce, quand on y réfléchit. Son don était forcément une malédiction.
Une prophétie est une forme de voyage dans le temps cognitif : une information venant d’un futur autrement indéterminé parvient d’une certaine manière à trouver son chemin jusqu’au présent. En tant que telle, elle subit le même genre de paradoxe qui embrouille la notion de voyage dans le temps en général. Ce qui vient avant conditionne ce qui vient après. Donc si vous pouviez voyager dans le passé et tuer votre grand-père, alors vous ne pourriez jamais exister, donc vous ne pouvez pas voyager dans le passé et tuer votre grand-père, donc vous pourrez exister, donc vous pourrez voyager dans le passer… Vous voyez où je veux en venir.
La chose la plus étrange c’est que la structure même de ‘‘l’action’’ semble impliquée dans ce paradoxe. Nos actions, d’un point de vue expérimental, sont dirigées vers un but. En d’autres termes, du point de vue de l’expérience, ‘‘ce qui vient après’’ détermine ce que l’on fait, et ce qui vient avant est voilé, obscurci. C’est ce qui permet à Kellhus de manipuler les gens qui l’entourent sans efforts. Comme les marchands le savent depuis bien longtemps, quand les gens ne savent pas qu’ils ont des boutons, vous pouvez appuyer dessus à volonté.
En d’autres termes, l’obscurité qui vient avant et la prophétie sont assez étroitement liées, conceptuellement parlant. Et bien sûr je joue au niveau subtextuel avec ces éléments tout au long des romans.
La damnation est un sujet récurrent parmi les mages. Verrons-nous quelques-uns des mécanismes derrière les jugements relatifs à la damnation au fur et à mesure que la série progresse ?
Probablement pas. L’occulte et le théologique sont désespérément confus dans le monde réel, donc dans un souci de réalisme j’ai l’intention de laisser les choses ainsi en Eärwa.
De plus, à l’exception possible des détenus condamnés à mort, est-ce quelqu’un sait jamais vraiment ‘‘pourquoi’’ ils sont brûlés ?
Serez-vous capable de maintenir votre long silence Internet face à ce qui promet d’être des mois de débats intense autour de The Judging Eye, particulièrement en ce qui concerne la fin ambiguë des derniers chapitres ?
Je suis devenu blasé, je pense. Parfois j’ai l’impression que j’ai déjà tout vu quand vient le temps de répondre à mes livres, mais qui sait ? Peut-être que quelque chose va me scandaliser. Il m’arrive encore de voir rouge de temps en temps, en général quand je croise quelqu’un qui déblatère sur mes livres pour se positionner dans une certaine lumière intellectuelle. Si j’ai la réputation d’être un gros malin, alors faire une entaille à ma réputation devient une manière facile d’affirmer votre propre intelligence. (On ne peut absolument pas sous-estimer le degré d’influence que ce genre de prestige peut avoir sur notre jugement d’esthétique.)
Mais ensuite j’imagine que la plupart des choses que je dis choque les autres de la même manière. Regardez cet idiot d’Einstein. Ooooh, ma relativité est tellement ‘‘spéciale’’…
Tout en essayant de ne rien dévoiler, la fin du scénario d’Akka dans The Judgind Eye a été considérée par bon nombre de critiques comme un hommage à une séquence bien connue de Tolkien, bien qu’avec une fin très différente. Etait-ce une décision réfléchie et dans ce cas comment l’avez-vous atteinte ?
Cil-Aujas faisait partie du tout premier scénario d’origine – je suis un ancien geek de D&D, souvenez-vous ! Vu que j’étais un tel idiot à l’époque, je ne suis vraiment pas sûr que le choix ait été délibéré ou pas. C’est certainement ‘‘devenu’’ conscient à un certain point. La chose dont il faut se rappeler c’est que Tolkien lui-même rendait hommage plus généralement à la tradition épique quand il a conçu sa version. Homère, Virgile et, bien sûr, Dante. Il vous faudra toujours croiser tout un tas de types morts quand vous déciderez d’embrasser un genre littéraire établi.
Quel est le rapport d’état concernant The White-Luck Warrior ? Dans notre dernière interview vous sembliez confiant de pouvoir publier les tomes un et deux à un an d’intervalle. Est-ce toujours le cas ?
En fait j’ai travaillé à la fois sur The White-Luck Warrior et sur les séquelles, donc je ne suis pas aussi avancé que j’aurais aimé l’être à ce point. J’ai également une date limite en avril pour Disciple of the Dog, un autre thriller. On pourrait croire en entendant ça que je suis complètement débordé, mais en fait j’ai découvert que j’écris beaucoup plus par jour quand je peux passer d’un projet à un autre. C’est comme si je vivais une sorte de renaissance créative ou quelque chose comme ça. Malgré tout, j’ai décidé de ne pas entamer d’autre projet à côté tant que The Second Apocalypse n’est pas complètement terminée. Mon but est d’avoir le projet entier terminé dans quatre ou cinq ans.
Cette histoire… bon sang. Je sais que c’est impossible de ne pas tomber amoureux des idées avec lesquelles vous vivez pendant si longtemps – et j’ai tout fait à part signer le contrat de mariage avec The Second Apocalypse. Mais je vous le dis, les gens sont en route pour une sacrée chevauchée !
The Judging Eye est une vaste introduction pour la série The Aspect-Emperor. Est-ce que c’est plus difficile d’écrire The White-Luck Warrior, maintenant qu’il y a pas mal de jalons de posés ?
The Aspect Emperor se révèle en fait plus facile à écrire parce que j’ai appris (de la plus dure des façons vous me direz !) comment conserver un grand nombre de jalons narratifs sous la main. Il n’y a pas de meilleur maître que l’expérience !
Il semble y avoir une relation complexe entre le Monde et l’Extérieur. Quels sont quelques-uns des moyens avec lesquels le Monde influence les Dieux/l’Extérieur et verrons-nous davantage de cette exploration métaphorique de ce qui semble être, pour moi, une relation symbiotique entre les deux ?
Si je devais donner une interprétation métaphysique définitive de la relation entre l’Extérieur et le Monde, plutôt que la masse hasardeuse et contradictoire d’allusions et d’explications que j’ai donné jusque là, je pense qu’en fait je desservirais Eärwa. Le constat final est que ‘‘personne ne sait vraiment’’… Quoique, comme dans le monde réel, on ne manque pas de gens qui se feraient un plaisir de vous dire le contraire.
Pour autant que les gens détestent l’incertitude, le mieux qu’ils puissent faire est d’essayer de l’ignorer. Les défaitistes, d’un autre côté, devraient être envoyés au tapis définitivement.
Qu’est-ce que l’aveuglement pour une divinité ? Est-ce que les Cent Dieux peuvent être faillibles, ou est-ce quelque chose qui va au-delà de la capacité d’entendement des gens d’Eärwa ?
Encore une fois, cela dépend de la personne à qui vous le demandez sur Eärwa. Maithanet dit que Yatwer est dupé, tandis que Psatma Nannaferi dit le contraire.
Etes-vous stupéfait du fait que, bien que vous ayez défendu votre point plusieurs fois, certains lecteurs continuent d’interpréter votre style d’écriture comme misogyne ?
Déçu est probablement un meilleur mot que stupéfait. Je pense qu’il est dans la nature humaine de confondre la représentation pour de l’approbation. Et je pense en fait que les critiques de lecteurs plus sophistiqués, sur le fait que les représentations négatives renforcent les stéréotypes négatifs, ont un bon point à défendre – une de ceux que je prendrais au sérieux si j’écrivais des after-school specials (NdT : des programmes télé conçus pour les adolescents, traitant de sujets de sociétés ou controversés). Genre, des histoires sur un enfant Elfe trouvant difficile d’être élevé dans une maison de Nains.
D’un côté je comprends que de nombreux lecteurs nécessitent une fidélité idéologique évidente pour apprécier les livres – pourquoi sinon y aurait-il des librairies religieuses ? Les gens donnent un accord favorable – point. D’un autre côté la censure n’est qu’un élément de la nature humaine, peu importe de quel côté du spectre politique la personne se place. Puisque nous comprenons tous implicitement le pouvoir des représentations, souvent nous les craignons aussi. Et bien sûr, nous naturalisons tous nos valeurs. Donc vous avez des idiots pleins de bonnes intentions comme ceux derrière le discours de haine de la législation canadienne, qui n’ont aucune idée de combien la démocratie est dépendante de la prospérité, et donc qui façonnent les outils juridiques pour rendre illégal l’expression publique de l’intolérance, tout cela en supposant bêtement que ces outils vont toujours être utilisés de la manière dont ils veulent qu’ils le soient.
Qu’est-ce qui est le plus près de l’obscurité qui vient avant : un symbole, une représentation ou la signification d’un objet, d’une personne ou d’un évènement ? En fonction de la réponse choisie, peut-on présumer que si on en comprend l’essence, on peut alors gagner un semblant de contrôle sur l’application de ce symbole/cette représentation/ce sens dans, mettons, les affaires religieuses ou politiques en Eärwa ?
Comme tout concept philosophique, l’obscurité qui vient avant peut être utilisée à d’innombrables fins. Dans The Prince of Nothing, je l’utilise principalement pour faire référence à la façon dont notre ignorance génère l’illusion que nous avons toujours le contrôle de nos actions – une illusion qui fait effet de levier sur des notions simplistes comme la responsabilité et les intuitions politiques qui en découlent. Mais je ne suis plus qu’un simple lecteur à ce niveau.
Autre chose que vous souhaiteriez ajouter ?
Chaque fois que vous entendez une version de Croyez ! à l’impératif, faites un pas en arrière et craignez pour le futur. C’est le symptôme le plus clair que nous vivons dans une culture d’illusion obstinée – une culture qui encourage activement des milliards à penser qu’ils ont gagné à la Loterie de la Croyance Magique.

Interview originelle
‘‘Traduction réalisée par Nak’’


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