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Lavinia

ISBN : 978-284172528-1
Catégorie : Aucune
Auteur : Ursula Le Guin

Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre.

Dans l’Énéide, Virgile ne la cite qu’une fois. Jamais il ne lui donne la parole. Prise dans les filets du poète qui n’écrira l’épopée des origines de Rome que des siècles plus tard et sans avoir le temps de l’achever avant sa mort, Lavinia transforme sa condition en destin. De ce qui sera écrit elle fait une vie de son choix. Et cela dans la douceur amère et la passion maîtrisée que suscite son improbable position : elle se veut libre mais tout est dit.

Le premier chapitre en PDF.

Critique

Par Gillossen, le 15/03/2011

Couronné notamment par un Locus Award en 2009, ce nouveau roman signé d’un grand nom comme Le Guin était fatalement attendu.
Ici, elle donne vie et prête voix à un personnage oublié, Lavinia, à peine évoqué dans l’Enéide de Virgile. Et pourtant, celle simplement présentée dans la légende comme la femme destinée au héros, l’épouse destinée à jouer un modeste rôle strictement défini à l’aube de Rome, ne manque pas d’épaisseur…
Pas de réelle surprise en vue : Ursula K. Le Guin nous livre là un beau portrait de femme, feutré, subtil, complexe, prenant pour cadre une étonnante Antiquité, le tout par le biais d’une plume douce, amère, mais toujours poétique.
Bien sûr, Lavinia occupe le devant de la scène, une impression renforcée par la narration à la première personne, mais, heureusement pour nous, le personnage ne devient jamais pénible (ce qui, dans ce registre, arrive malgré tout assez régulièrement…), au contraire. On traverse sa vie dans un souffle, l’auteur levant pour nous le voile.
Les autres personnages ne sont pas en reste pour autant : les parents de Lavinia, Enée lui-même, un véritable héros, brave et faillible à la fois, la figure de Turnus, Virgile lui-même…
Prolongeant la légende justement, Le Guin nous fait également pénétrer au passage tout un univers, presque enchanteur par instants, où la nature occupe toute sa place, loin du panthéon attendu de prime abord. Mais au-delà de cette réécriture, l’auteur se livre à une véritable réflexion sur le concept même de la légende et de sa narration, au-delà des thèmes attendus comme la place des femmes ou le poids du destin, et comment l’embrasser sans se renier.
C’est lorsque Le Guin s’écarte le plus de l’Enéide qu’elle semble d’ailleurs le plus à l’aise, les détours qu’elle nous offre alors et la poursuite du voyage loin des écrits de Virgile lui convenant visiblement davantage. Du moins, c’est là que sa propre voix se fait pleinement sentir, quitte à désarçonner parfois le lecteur.
Nourri de toute une vie de passion et d’expérience, ce roman semblait dès le départ correspondre parfaitement à son auteur. Et, après lecture, c’est bel et bien le cas, sans aucune contestation possible. Évidemment, on est là plus près d’un récit de fantasy historique que d’une grande saga de fantasy épique tout en démesure. Tant mieux. Le Latium n’est pas Troie.
Et, à l’image de ces premiers chapitres comme d’une conclusion poignante, le pari de l’auteur, ce portrait de femme, toujours vivant, jamais poussiéreux, au contraire, se révèle une très belle réussite. Ursula K. Le Guin elle-même est visiblement aussi dynamique et inspirée que jamais.

8.0/10



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