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La République des voleurs

Titre VO: The Republic of Thieves

Tome 3 du cycle : Les Salauds gentilshommes
ISBN : 978-235294721-9
Catégorie : Aucune
Auteur : Scott Lynch

Les éditions J’ai lu ont publié la version poche du roman en juin 2015.

Après le plus grand casse de leur carrière, Locke et son inséparable complice, Jean, ont réussi à s’échapper. Mais Locke ne s’en est pas tiré indemne : empoisonné, il est mourant. Aucun alchimiste n’est en mesure de l’aider. Alors que le moment fatidique approche, une mystérieuse Mage Esclave lui propose un marché qui le sauvera ou mettra un terme à ses souffrances. Locke hésite, jusqu’à ce que la mage mentionne le nom d’une femme qu’il a connue par le passé. L’amour de sa vie. Sa rivale en matière d’habileté et d’intelligence. Et, s’il accepte cette mission, son plus dangereux adversaire.
À l’approche des élections de la cité des mages, les différentes factions recrutent leurs stratèges. Locke doit faire un choix : affronter ou séduire celle qu’il n’a jamais pu oublier. Leurs vies dépendent peut-être de sa décision…

Critique

Par Gillossen, le 06/10/2013

Pour illustrer le poids de l’attente concernant ce tome 3 (sur 7 prévus au total !) des aventures du sémillant Locke Lamora, il suffit de jeter un œil sur la chronique du tome précédent : celle-ci date de 2007 et le présent volume était annoncé pour… 2008. Six longues années plus tard, nous pouvons enfin mettre la main dessus. 
Vous connaissez peut-être l’une des raisons de ce “retard”, largement médiatisée : la dépression de l’auteur, sévère, qui l’empêcha longtemps de faire quoi que ce soit et notamment de poursuivre la rédaction de la suite de son cycle acclamé par la critique. Comme souvent en pareil cas, les attentes et les interrogations sont vite devenues de plus en plus nombreuses au fil du temps. Le roman allait-il même finir par sortir un jour ? La question parut un temps légitime. 
Eh bien, oui, le voilà. 
Et ce sont de sacrées retrouvailles que nous a concoctées l’auteur, aussi bien pour le lecteur que pour Locke ! Un Locke à l’article de la mort au début du roman, empoisonné et contraint d’accepter un boulot que Jean et lui auraient sans doute refusé en d’autres temps, et ce même si le personnage se montre un temps défaitiste.
Mais ça, bien sûr, c’est ce qui se passe à l’heure de l’intrigue principale. Comme toujours avec Scott Lynch, on retrouve de nombreuses analepses concernant la jeunesse de Locke, plus ou moins savoureux ou plus ou moins amers selon les circonstances. Ces scènes sont toujours très réussies, qu’il soit question de leur mise en scène, des dialogues, des enjeux… Elles sont surtout l’occasion de découvrir enfin en chair et en os le personnage de Sabetha, l’alter ego féminin de Locke, cette fille dont il tombe amoureux au premier regard sans même s’en rendre compte sur l’instant… Oui, il y a un côté romantique très appuyé dans leur relation, pour ne pas dire fleur bleue, au détour de certains échanges, mais le sens du dialogue de Lynch fait merveille pour apporter un peu de mordant à l’ensemble. 
Car, évidemment, serait-on tenté de dire, Sabetha a la langue bien pendue. Au-delà de cette caractéristique, le personnage est tel qu’on l’attendait finalement : solide, bien construit, relativement charismatique, mais peut-être pas aussi original que ça. En tout cas, peut-être pas à la hauteur des sentiments de Locke, dans la façon dont l’auteur nous présente le personnage. Ce n’est pas que l’on ne croit pas à leur rencontre, au contraire, mais on espère logiquement toujours plus de la part d’un auteur comme Scott Lynch.
Après autant d’attente - l’auteur a tout de même réécrit plus de la moitié de son roman au fil des ans comme il le dit lui-même -, on pouvait d’ailleurs s’inquiéter de notre retour dans cet univers. Mais il suffit de quelques pages pour retrouver nos repères les plus évidents et savourer la patte Lynch. L’auteur a même su se rendre encore plus accrocheur, sans verser pour autant dans la facilité. 
Avec ce troisième tome, Scott Lynch franchit aussi une nouvelle étape dans la construction de son monde, y compris jusque dans les dernières pages de l’ouvrage avec une importante révélation. On prend un réel plaisir à explorer ces arcanes, avec l’impression d’un univers toujours plus étoffé, sans pour autant peser sur l’intrigue proprement dite. L’auteur réussit à trouver un équilibre adéquat entre sa mise en scène, parfois volontiers spectaculaire, et les protagonistes pris dans cette toile, sans que l’un empiète sur l’autre. 
Même si cela nous conduit à la seule réserve que l’on pourrait émettre de notre point de vue au sujet de The Republic of Thieves : si l’on ne peut pas vraiment parler de longueurs, plusieurs passages, notamment au-delà des deux cents premières pages, auraient sans doute pu se révéler traités de façon plus concise. Jamais inutiles pour autant, ces séquences voient souvent l’auteur user de son talent de dialoguiste pour le plaisir de la remarque qui claque. On ne va pas s’en plaindre, mais cela se produit parfois au détriment de l’efficacité brute du récit.
Entendons-nous bien cependant : il n’est pas question de prétendre par exemple que les relecteurs du roman, trop contents de pouvoir enfin lire cette suite, n’ont pas osé trancher dans le vif. Mais, d’aucuns pourraient trouver que le roman comporte en l’état quelques “scories”. Il faut dire que l’on sent bien que Scott Lynch mise tout de même une bonne partie de ses jetons sur la révélation évoquée plus haut. Et si ce dénouement est loin de tomber à plat, il demeure avant tout porteur de promesses pour la suite. Difficile pour autant d’évoquer un volume de transition quand on songe un instant à tous les rouages en mouvement ici. 
Alors, oui, on est heureux de retrouver le duo Locke et Jean, qui fonctionne toujours aussi bien. Oui, ça fait très plaisir de revoir Scott Lynch sur le devant de la scène autrement que pour évoquer ses problèmes. Non, on espère que notre état d’esprit n’influence pas cette chronique, car nous sommes conscients que le roman n’est pas sans défaut, évidemment. S’il fallait à tout prix le positionner au sein du cycle, disons qu’il se situe derrière le premier tome, qui reste logiquement le plus marquant, mais devant Des horizons rouge sang, car bien plus abouti. 
Un pur moment de plaisir.

Mise à jour du 19 mars 2014 : la traduction française est désormais disponible !

8.0/10

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