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Scott Lynch répond à nos questions !

Par Thys, le lundi 7 août 2006 à 13:29:27

Artemis Lynch !Scott Lynch n'est pas encore très connu par chez nous, puisque son premier roman, The Lies of Locke Lamora ne sera publié en français qu'en 2007, mais les critiques anglophones se sont d'ores et déjà montrées majoritairement conquises !
Et en attendant cette parution et après une une première interview traduite il y a quelques jours de cela, Scott a gentiment accepté de répondre à nos propres questions !
Un grand merci à Pat pour son gracieux intermédiaire, et ci-contre, Artemis, le chaton dont il est fait mention à la fin de l'entretien !

Entretien avec Scott Lynch, version française

The Lies of Locke Lamora est un début brillant.

Merci.

Et ce roman ne fait pas parler de lui qu'en Amérique du Nord, même si - par exemple - la traduction française ne sortira pas avant 2007 (mais notre critique, elle, est sortie). Comment gérez-vous ce succès et cette notoriété ?

Je peux vous dire que c'est une chose très plaisante d'avoir à "gérer". Je trouve les réactions vis-à-vis de The Lies of Locke Lamora très utiles alors que j'écris le prochain roman... une pression salvatrice pour me rappeler sans cesse de concentrer les efforts sur ce qui vient. Et j'ai vu assez de critiques et de commentaires, désormais, pour commencer à identifier certaines tendances chez les lecteurs... Je n'écris certainement pas à l'intention de quelqu'un d'autre, ou selon la volonté populaire, mais si, disons, 95% des gens disent la même chose à propos d'un certain aspect de The Lies of Locke Lamora, cela signifie probablement quelque chose.

Et pour ce qui est de la notoriété, eh bien, ce n'est pas mal du tout. Je suis encore loin de quoi que ce soit qui s'approche d'une véritable célébrité, il n'y a pas de photographe sur mon palier, pas de tabloïds débattant sur ce que je porte, pas d'invasion constante de ma vie privée. Donc, il n'y a vraiment pas de nouvelle pression sur ma vie quotidienne.

Bragelonne a acheté les droits de The Lies of Locke Lamora pour la France. Serez-vous consulté sur la traduction française de votre travail ? Voudriez-vous l'être ?

J'ai déjà été en contact avec le traducteur français de The Lies of Locke Lamora, un simple échange de courtoisie. Je suis disponible si jamais il y a des questions, autrement, je ne suis pas certain que qui que ce soit "voudrait" que je sois plus impliqué... mon français est déplorable. J'ai pris allemand à l'école...

Je suis par contre très attentif à ce que Bragelonne va faire pour la couverture. Tout ce que j'ai vu sur leur site web est si vif, stylisé et coloré. Voir The Lies of Locke Lamora traité de cette manière est très agréable.

Vous avez déjà une liste impressionnante de livres "à publier" pour l'avenir avec la série des Gentlemen Bastard. Cela signifie-t-il que vous ne pouvez vous arrêter d'écrire ?

Je faisais ça pour m'amuser avant que ça devienne un travail à plein temps ; maintenant que c'est mon emploi principal, je ne vois pas de raison de me relâcher et de ne pas travailler à mon plein potentiel. Je suis jeune et en bonne santé, je n'ai pas d'enfants ou d'autres responsabilités particulières dans la vie. Je ferai aussi bien d'utiliser au mieux les prochaines années et tout le temps disponible. On ne sait jamais quand on sera contraint de ralentir, n'est-ce pas ? Ou quand on se fera passer dessus par un bus.

Internet peut-être un outil très important pour promouvoir les livres... Personnellement, comment développez-vous cet aspect (avec un blog, un site web, etc...) ?

Eh bien, j'ai une quadruple approche de la chose - mon site web perso, mon LiveJournal, mes apparitions sur différents forums et mes réponses aux interviews telles que celles-ci. Je ne suis pas étranger au "net", j'ai passé des années sur des forums avant de vendre mon premier roman, ce n'est donc pas un changement radical de mes habitudes.

L'Internet ne résout pas tout, et ce n'est pas parfait, mais je pense que ça peut être une sorte de compensation pour ceux d'entre nous qui ne sont pas encore très connus - à ce niveau de ma carrière, se construire un lectorat un par un, ou deux par deux ou autres, par le biais d'Internet est absolument nécessaire. Et je ne vois pas ça comme une corvée - j'apprécie réellement la grande majorité des gens que je rencontre et avec qui le parle en ligne.

Je peux comprendre que certains auteurs aient besoin de plus d'intimité pour eux-mêmes, surtout ceux qui sont bien plus célèbres que moi... si George RR Martin ou Robert Jordan essayaient de répondre à tous leurs mails, je suis certains qu'ils n'écriraient jamais plus un mot de fiction de leur vie. Mais je n'ai aucune patience pour ceux qui ne prennent pas le temps d'aller vers leur lectorat, et puis se plaignent de leurs ventes et de leur carrière... pour ma part, ma carrière est entre mes mains. J'essaye de ne pas penser à mon lectorat comme à quelque chose d'abstrait. Je suis un lecteur de fantasy, un fan, j'achète des livres, moi aussi.

Le Roi Gris est un personnage fascinant, peut-être même plus charismatique que Locke. L'histoire de sa famille est-elle achevée ?

Enfin une question facile ! Oui.

Camorr est un endroit très vivant, une ville qui ne dort jamais, dangereuse et riche. La ville me rappelle Lankhmar, issue des livres de Fritz Leiber. A quel point la ville est-elle un personnage à part entière pour vous ?

Mon but pour The Lies of Locke Lamora "était" d'écrire la ville comme si elle était un autre personnage principal - mon but dans chacun des quatre premiers livres de cette série est de détailler une nouvelle grande ville qui n'exploite pas simplement les mêmes vieux clichés des lieux en fantasy. J'adore visiter de nouvelles villes, l'atmosphère particulière de chacune a tendance à vous toucher rapidement, et il est étonnant de voir combien de personnalités peuvent résider dans ce qui est essentiellement un tas géant de pierres, de verre et d'asphalte. Je voulais que les villes de mes romans soient plus exotiques et attachantes, en quelques sortes, pour toute leur saleté et leurs maladies, que nombre de ville fantasy ont jamais pu l'être.

Vous avez dit que Locke avait été inspiré par le jeu Final Fantasy VI. Désolé pour cette question de geek, mais pourquoi lui et pas Sabin ou un autre personnage ?

Locke Lamora n'est pas vraiment basé sur le personnage de Locke Cole, à part le fait qu'ils sont tous deux voleurs. J'aimais juste le nom « Locke », et ça me donnait la possibilité de rendre un petit hommage à quelque chose que j'ai aimé dans mon adolescence. En fait, je l'aime encore aujourd'hui... J'ai un émulateur de Super Nintendo sur mon PC avec des copies de tous les jeux que j'ai aimés. Et la Super Nintendo de la famille Lynch marche toujours, 16 ans après qu'on l'ait acheté.

Si je devais nommer pour personnage préféré de Final Fantasy VI, ce serait certainement Cyan.

J'ai lu sur votre site que vous êtes pompier volontaire. Cette expérience peut-elle être utile pour vos histoires ?

Oh, absolument... le fait est qu'ayant été proche de grands feux à plusieurs reprises maintenant, j'ai dû résister à la tentation de mettre des feux gratuitement dans chaque livres pour le simple plaisir de les décrire ;-) . Je me relâche un peu dans Red Seas Under Red Skies où quelques bateaux prennent feu.

Mais j'ai aussi été en contact avec des gens qui ont été choqués, pris au piège ou sérieusement blessés. J'ai vu la mort, des états très sérieux et toutes sortes de blessure, je pense que ça aura évidemment un impact sur mon écriture. Il y a une terrible quantité de sang et de violence dans mon travail, et ça ne va pas changer mais - ce que j'ai vu sur mes feux m'indique la manière dont mes personnages doivent réagir lorsqu'ils sont sérieusement blessés. J'aime à penser que ça rend leurs réactions plus réalistes, et de ce fait plus sympathique, quel que soit l'aspect mélodramatique de leur situation.

Ou peut-être est-ce juste ce que j'espère. Je me demande parfois si en me disant que j'apprends de ce que je vois n'est pas ma manière de gérer les choses affreuses dont je suis témoin en tant que pompier. Mais ça sonne inutilement dramatique. Je fais ce que je fais parce qu'il faut que quelqu'un le fasse et parce que c'est excitant.

Il y a plusieurs mois, les droits cinéma de The Lies of Locke Lamora ont été vendus. Trouvez-vous cela excitant ? Probablement plus que la mini-série de Sword of Truth.

C'est incroyablement excitant, pour ne pas dire impensable. C'est tellement impensable qu'avant de vendre mon premier roman je n'avais même jamais rêvé à vendre des droits cinéma. Je pensais juste que ça n'arriverait jamais. Selon mon éditeur de Gollancz en Angleterre, cela (un nouvel auteur qui vend les droits de son premier roman) est arrivé à seulement deux de ces auteurs en 15 ans. L'autre étant Richard Morgan, qui a gagné bien plus d'argent avec ça que moi. ;-)

Le scénario est écrit - j'ai parlé aux auteurs au téléphone pendant presque deux heures il y a quelques jours. Il y a encore de nombreux points à éclaircir, et selon toutes probabilités ça ne sera jamais tourné... mais toutes les personnes impliquées ont fait des efforts immenses pour pousser le projet.

Quelques questions diverses maintenant ! Que pensez-vous du genre fantasy ces dix dernières années ? Quels sont vos auteurs favoris ?

Ca a été une décennie fantastique pour la fantasy, d'un pur point de vue artistique - nous avons eu des auteurs tels que G.R.R. Martin, Steve Erikson, et R. Scott Bakker pour souffler le réalisme et la nouveauté dans de longues séries. Nous avons des gens comme China Mieville, Steph Swainston et Jeff Vandermeer qui font exactement ce qu'ils veulent et s'en sortent très bien comme ça. Il y a tout un tas de gens talentueux et matures qui font des choses intéressantes dans le genre - Matthew Woodring Stover, Sarah Monette, Susanna Clarke, Joe Abercrombie, Catherynne Valente, Lois McMaster Bujold... évidemment, il y a pas mal de merdes dans les rayons, mais il y aussi énormément de qualité. Plus de chose que ce que j'ai le temps de lire, malheureusement !

Comment décririez-vous votre relation avec les fans ? Leurs attentes vous pèsent-elles parfois ?

J'aime penser que j'ai une relation amicale et ouverte avec mes lecteurs... Je ne laisse personne s'introduire dans ma vie privée, mais je n'aime pas non plus l'idée de m'enfermer. Et pour ce qui est de leurs attentes, eh bien, elles sont hautes, je conçois ça comme un défi qu'elles restent élevées avec les prochains livres. Je n'en veux pas à mes fans et à mes lecteurs, c'est même le contraire. C'est un sacré privilège d'avoir quelqu'un qui fait attention à vous. Etre ignoré me pèserait.

Maintenant que votre livre est sorti, comment réagissez-vous aux critiques littéraires ?

La plupart des critiques ont tendances à résumer l'histoire avec quelques phrases de réactions personnelles, donc ça ne m'emballe pas vraiment dans un sens ou dans l'autre. C'est toujours bien de voir une bonne recommandation, évidemment.

Je suis très heureux de lire des critiques approfondies de gens qui savent de quoi ils parlent. Même si leur critique est négative, c'est constructif, bien formulé et vraiment informatif. Et, évidemment, je suis tombé sur quelques critiques écrites par des débiles auto-satisfaits qui n'ont rien de constructif à dire. Qu'ils aillent se faire foutre. Que peuvent-ils faire ? Effacer les bonnes critiques des autres ? Voler mes livres sur les rayons ?

Avez-vous une recommandation de lecture pour ceux qui nous lisent, en fantasy ou autre ?

Récemment, j'ai passé beaucoup de temps avec les romans des Aventures de Jack Aubrey de Patrick O'Brian et pas mal avec Dumas, c'est aussi cette année que j'ai découvert le travail de Tim Power - j'ai particulièrement aimé The Anubis Gates. Un nouveau livre, à peine sorti en Angleterre, c'est Scar Night de Alan Campbell. J'ai reçu une copie de lecture pour l'édition américaine (qui sortira l'an prochain) et je l'ai vraiment aimé.

Une autre question de geek, encore désolé. Que pensez-vous des derniers Final Fantasy ?

Eh, je n'ai aucun problème avec les questions de geek, je suis un geek. Pour dire la vérité, j'ai perdu mon intérêt pour la série avec Final Fantasy VIII, j'ai trouvé les personnages incroyablement ennuyeux, le scénario intrusif et antagoniste au jeu, et la prise en main des personnages aux points clés n'était pas intéressante... c'était vraiment stupide.

J'adore toujours le VII et tous les jeux avant. Récemment, j'ai aussi joué à Knights of the Old Republic, Morrowind et Oblivion.

La dernière mais non la moindre, y a-t-il quoi que ce soit que vous voudriez partager avec vos (futurs) fans français ?

J'espère que le livre vaut l'attente, pour ceux qui vont le lire pour la première fois dans sa traduction française. Les gars de Bragelonne semblent très cool et sympas, c'est très flatteur... nous avons vendu les droits de The Lies of Locke Lamora dans 15 pays, mais la France a été l'un des premiers à les acheter. J'espère aussi que les lecteurs français plus doués dans ma langue que je ne suis dans la leur n'oublierons pas que j'accueille avec plaisir les mails et même les critiques. ;-)

Merci pour votre temps, Scott, et à propos, Artémis semble un adorable chaton ! ;-)

Elle l'est, quand elle ne mâche pas mon ordinateur portable ou qu'elle n'appuie pas sur « envoi » pour des mails importants, ce qu'elle a déjà fait !

  1. Entretien avec Scott Lynch, version française
  2. Interview with Scott Lynch, english version

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