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Du sel sous les paupières

ISBN : 978-207044309-3
Catégorie : Aucune
Auteur : Thomas Day

Saint-Malo, 1922. Sous la brume de guerre qui recouvre l’Europe depuis la fin de la Grande Guerre, Judicaël, seize ans, tente de gagner sa vie en vendant des illustrés. Mais, pour survivre et subvenir aux besoins de son grand-père, il lui arrive de franchir légèrement les bornes de la légalité. Jusqu’au jour où il rencontre la belle Mädchen. Et lorsque celle-ci disparaîtra, Judicaël fera tout pour la retrouver, en espérant qu’elle n’ait pas croisé la route d’un énigmatique tueur d’enfants surnommé le Rémouleur.

Critique

Par Luigi Brosse, le 27/04/2016

Du sel sous les paupières est un roman inédit de Thomas Day, paru directement en poche chez Folio SF en 2012. Il a gagné le Grand prix de l’imaginaire 2013 du roman. Le livre est une version allongée et révisée de la nouvelle homonyme, paru dans l’anthologie steampunk Futurs antérieurs en 1999.
Commençons donc par ce qui est très réussi dans cet opus. On sait que Thomas Day est plutôt doué pour planter un décor, qu’il réussit à retranscrire une ambiance de manière convaincante. Il le démontre encore une fois ici, avec une histoire qui nous promène d’un Saint-Malo uchronique au territoire mythologique du Sidh, en passant par les îles de Guernesey et d’Irlande. Le tout se déroule après la fin de la Grande Guerre, sous la brume de guerre qui enveloppe le continent depuis la fin du conflit. Il y a la juste quantité de détails pour que le lecteur voie surgir toute cette géographie et les personnages qui la peuplent.
Des personnages qui sont justement le second atout du roman. Par opposition à la majorité de sa production où il se focalise sur quelques protagonistes, Thomas Day met en scène dans Du sel sous les paupières un nombre conséquents d’acteurs. Tous sont assez bien travaillés, avec leurs particularités et leur rôle à jouer (petit ou grand). La plupart ont un fort capital de sympathie (ce qui n’est pas une évidence avec l’auteur) et le lecteur sera souvent pris d’empathie ou d’émotion en leur compagnie.
L’aspect critique du roman, ce qui fait sa force mais également sa faiblesse et qui pourra diviser le lecteur, c’est le mélange des genres. Comme dit précédemment, on retrouve donc à la fois de l’uchronie, qui évolue vers une fantasy à base de folklore celtique, auxquelles se mêlent des éléments de steampunk. D’un certain coté, c’est un excitant cocktail, avec des nuances que l’on ne retrouve généralement pas ensemble. Mais de l’autre, c’est aussi créer une niche très particulière avec le risque de perdre un lecteur ne connaissant pas tous les codes. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt intéressant, même si les transitions d’un genre à l’autre ne sont pas parfaites et semblent parfois un rien artificielles.
Dans le même ordre d’idées, le récit oscille également entre roman jeunesse (le livre étant dédié à son premier fils) et adulte (où Day officie d’habitude). Cette indécision a des résultats inattendus et ambivalents. On retrouve par exemple l’auteur sur des thématiques inédites comme une histoire d’amour romantique et lumineuse (même si évidemment on ne fait pas l’impasse sur le sexe ou les scènes troubles) ou encore l’amitié, l’espoir et la rédemption (dont l’absence habituelle est justement une des caractéristiques de l’auteur). Ce dernier n’épargne pas non plus ses héros en leur opposant la violence, la maladie ou encore la mort, un réalisme bien amené et bienvenu dans une publication pour la jeunesse. Pour autant, c’est un pas de deux difficile, dont le dosage n’est ici pas complètement maitrisé puisque sans doute difficilement lisible par un enfant. L’auteur en est sans doute conscient et s’en excuse presque dans ses remerciements.
Pour terminer, le gros point noir du récit, c’est son scénario. C’est peut-être dû au fait de lorgner vers le roman jeunesse et donc à la simplification souvent présente dans ce genre de récits. Mais quoi qu’il en soit, le déploiement de l’intrigue est parfois un rien simpliste et n’évite pas les facilités. Tout s’enchaine comme du papier à musique, les coïncidences sont nombreuses et arrivent toujours à point nommé, ce qui ne nous fait jamais vraiment frémir pour les héros.
En conclusion, Du sel sous les paupières est atypique par rapport à la production de Thomas Day. Forcément, serait-on tenté de dire, puisqu’il ne s’adresse pas au public classique de l’auteur. A ce titre, il est donc intéressant, notamment par le renouveau qu’il apporte. Néanmoins, c’est un pari risqué, qui hésite un peu entre le trop et le pas assez. Difficile donc de le recommander sans hésitation, mais on aimerait voir l’auteur continuer dans cette voie et peaufiner cette nouvelle facette de son œuvre.

6.5/10

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