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Pierre Grimbert évoque Gonelore et Ji en version anglaise

Par Gillossen, le jeudi 6 juin 2013 à 14:14:55

GoneloreL'un des auteurs français de fantasy les plus connus est revenu dans l'actualité le mois dernier !
L'occasion de l'interroger sur son nouveau roman, sur le marché de l'édition en général et bien sûr sur la version anglaise du Secret de Ji.
Et comme toujours, Pierre Grimbert s'est gentiment prêté au jeu des questions.

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L'entretien

Pourquoi ce retour à la fantasy épique avec Gonelore ?
J’avoue ne pas m’être posé la question en me lançant dans ce projet… Depuis que j’écris des romans, j’ai principalement fait de la fantasy épique. C’est sans doute mon mode d’expression « naturel », donc, même si j’aime beaucoup également la parodie. Je ne m’interdis pas de faire autre chose un jour, mais dans mon esprit, Gonelore se devait d’être épique, avec tout ce que cela implique, comme le suivi de plusieurs personnages principaux.
La fantasy épique justement représente-t-elle une sécurité, car demeurant le sous-genre le plus « vendeur » ?
Ma foi, la seule « sécurité » ici est de rester fidèle à ce que j’ai fait jusqu’à présent, ce qui me permet d’espérer le soutien d’anciens lecteurs… Pour le reste, si la sécurité était la première de mes préoccupations, j’aurais plutôt cherché à coller aux genres à la mode, comme la bit-lit, la dystopie ou les zombies, et à travailler en one-shot. Mais même en se concentrant sur la fantasy, entamer un nouveau cycle me paraîtra toujours une entreprise risquée.
Quelles sont vos ambitions pour ce nouveau cycle ?
Elles sont très grandes ! C’est un projet de longue date, et qui me tient à cœur. En classant mes notes sur cet univers, j’en ai retrouvé qui dataient de 2006, c’est dire… J’avais d’ailleurs entamé une première rédaction, à cette époque, mais je n’étais pas satisfait de mon approche. J’avais donc décidé de laisser le projet mûrir encore, et les années suivantes ont été consacrées au Prophétionnel et aux Gardiens de Ji, principalement. Mais je n’ai jamais cessé de réfléchir à Gonelore, jusqu’à pouvoir m’y consacrer entièrement. En repartant de zéro, et jusqu’à achever les Arpenteurs, lui-même plusieurs fois remanié. Bref, c’est un projet majeur dans ma « carrière d’écrivain », avec toute la tension nerveuse qui accompagne sa parution !
Voyez-vous Gonelore prendre la même ampleur que Ji, si les lecteurs vous suivent ?
Je l’espère de tout cœur. Après avoir réfléchi si longtemps à cet univers, j’ai énormément de choses à raconter à son sujet, et l’idée d’y consacrer quelques années de ma vie me donnerait plutôt le sourire. Mais, pour commencer, j’envisage plutôt une première saison en forme de trilogie… Tout dépendra de l’intérêt des lecteurs pour cette histoire, en effet. Les premiers retours sont très positifs ; c’est encourageant.
Il y a quelques semaines, on a appris que le premier tome du Secret de Ji allait paraître en langue anglaise via Amazon Crossing. Pouvez-nous nous expliquer comment cette aventure s’est montée ?
Eh bien, cela fait quelques années déjà que des lecteurs anglophones me demandent si une telle traduction existe. Devant ma réponse négative, régulièrement, certains se sont spontanément proposés de se lancer dans cet énorme travail… pour abandonner après quelque temps, ce qui est fort compréhensible. Matthew Ross est allé bien plus loin dans cette démarche, puisqu’il a soumis le projet à Amazon Crossing, et a réussi à susciter leur intérêt ! Quand j’ai moi-même été contacté par Amazon, leur décision était déjà pratiquement prise. Bref, ça c’est concrétisé de manière vraiment idéale.
Avez-vous travaillé de près avec vos traducteurs (dont l’un revient sur son expérience ici) ?
Autant que possible, comme à chaque fois. C’est-à-dire, sans ingérence dans leur travail, et en répondant de mon mieux à leurs demandes de précisions. Y a-t-il une autre manière de faire, d’ailleurs ? Mon anglais n’est pas assez bon pour prétendre relire les copies…
Quels résultats « concrets » espérez-vous en mettant un pied sur le marché anglophone ?
Je serais déjà comblé si cette traduction obtenait le même succès qu’en langue allemande, par sa fidélité (les 13 tomes des Ji ont été publiés par Heyne) et pour ses résultats : plus de 200.000 volumes vendus ! Mais cela prendra du temps, Amazon prévoyant un rythme de parution assez lent. Et le marketing tient un rôle primordial dans l’équation : quand Amazon met le titre en avant, il s’en vend mille exemplaires… par jour ! Tandis que le reste du temps – du moins, en attendant que le cycle soit complet – Six heirs n’est qu’un bouquin de fantasy dans une liste qui en comprend plus de 75.000…
Le marché anglophone est aussi, à mes yeux, une porte vers le reste du monde. Il va désormais m’être beaucoup plus facile de présenter ces livres aux éditeurs étrangers, avec une version du texte qu’ils peuvent lire, et des références critiques reconnues. Comme celle du « Publishers Weekly », où the Secret of Ji a fait l’objet d’une très convoitée « starred review… » L’article étant aussitôt suivi d’une demande de disponibilité des droits ciné par un studio hollywoodien. Si, si ! C’est pour l’instant resté sans suite, mais c’est un bon exemple des perspectives offertes par l’aventure.
Le marché de la fantasy est de plus en plus concurrentiel en France mais les auteurs français semblent de nouveau avoir le vent en poupe. Quel regard portez-vous sur le paysage 2013 ?
On a eu un hiver très froid, et un printemps pourri !
Plus sérieusement, il me semble que les livres sont toujours plus beaux, les titres plus aguicheurs, les pitchs plus attirants… Et les nouveautés toujours plus nombreuses, aussi. Tandis que le lectorat me paraît saturé. Si le Secret de Ji était publié aujourd’hui pour la première fois, je pense qu’il serait complètement noyé dans la masse. La fantasy en 2013 ? Tout le monde en écrit, tout le monde en publie, mais les lecteurs ont des PAL (piles à lire) si importantes qu’ils en deviennent réticents à jeter un œil aux nouveautés… Comment un auteur français « débutant » pourrait-il aujourd’hui se faire une petite place entre ses collègues qui ont commencé il y a plus de quinze ans, et la marée perpétuelle des succès importés ? Ce n’est de la faute de personne, ou d’un peu tout le monde, mais c’est quand même dommage.
Vous sentez-vous en concurrence justement, avec vos camarades ?
En tant qu’auteur : non. Il y aurait concurrence si nous écrivions avec la même voix, dans le même univers, pour raconter les mêmes histoires… Mais ce n’est heureusement pas le cas, et ça n’aurait aucun sens. Quand un nouveau roman de fantasy devient un succès en librairie, je ne me dis pas : « Ah zut, ça fera autant de gens qui n’auront plus de sous pour acheter MON livre… » Je pense plutôt : « Il y a donc encore autant de gens qui peuvent se laisser séduire par de la fantasy ? », puis « Comment pourrais-je leur faire découvrir ce que je fais ? »
Le problème, ce ne sont pas les auteurs. S’il y en avait cent fois moins, il y aurait aussi cent fois moins de lecteurs, j’en suis persuadé. Les auteurs font vivre le genre, ils écrivent de la fantasy parce qu’ils aiment ça ; ils sont chagrinés de savoir que les chances de lancement d’un débutant sont très minces, mais ils vont tout de même coucher l’histoire qu’ils ont imaginée sur le papier, parce que c’est plus fort qu’eux.
Le problème, et le paradoxe, c’est justement d’être arrivé à une offre d’une telle richesse qu’il ne semble plus pertinent de se risquer à éditer un nouveau roman. Et donc, en tant qu’éditeur : oui, la concurrence, je la sens, évidemment. Pas pour nos collections déjà établies, mais pour celles que nous aimerions lancer, pour tous ces manuscrits reçus et qui attendent que l’horizon des étals se dégage un peu… Ça ne semble pas pour tout de suite, malheureusement, et nous n’avons aucun désir d’ajouter encore au foisonnement, et d’y perdre les perles dénichées dans notre boîte aux lettres.
Écrivez-vous toujours de la même façon par rapport à vos débuts ? Suivez-vous un « rituel » précis, etc. ?
Rien d’original : j’écris dans mon bureau, sur un PC, en journée (et mieux le matin), dans le silence si possible, porte fermée, et fenêtre ouverte par beau temps… La recherche d’idées et prise de notes, c’est n’importe où et quand. Je suis peut-être deux fois plus productif quand j’arrive dans le derniers tiers du roman. Et dans ces périodes, je suis tellement « la tête dedans » que les jours passent à une vitesse folle, et que les nuits sont habitées par les scènes à écrire le lendemain. Sinon, par rapport à 1995… Un peu plus de recherches en ligne, et du coup un peu moins de dictionnaires sur mes étagères. Voilà…
Comment se portent les éditions Octobre, de façon plus générale ?
Bien, je trouve. Nous fêterons nos dix ans l’an prochain (eh oui, déjà). Notre catalogue n’est pas épais, mais il comprend plusieurs séries dont le succès n’est plus à démontrer, et qui vont encore faire parler d’elles. Nous sommes satisfaits d’avoir su maintenir la structure familiale d’Octobre, qui nous permet une gestion raisonnée, et raisonnable. Cela nous donne la fierté de rester fidèle à notre politique de forte rémunération de l’auteur : 15% dès le premier exemplaire vendu ! La contrepartie de ce dernier point, et donc notre seul regret, c’est une marge de risque très limitée dans la conjecture décrite plus haut… Et donc, le report à « plus tard » d’un certain nombre de projets.
Avez-vous une position particulière concernant le livre électronique ?
On nous en réclame depuis quelque temps déjà ; les éditions Octobre vont donc très prochainement répondre à cette demande. À titre personnel, et malgré mon intérêt pour les nouvelles technologies, je préfère toujours plonger mon nez sur ce bon vieux papier – en tout cas pour les romans. Mais je suis aussi conscient que la grande majorité des ventes du Secret of Ji sur Amazon se font sur kindle…
A quoi peut-on s’attendre de votre part dans le tome 2 ?
Que dire ? Le développement de l’intrigue et des personnages, une plongée plus profonde dans l’univers, des réponses à certaines questions, et l’apparition de nouveaux mystères… Le décor de Gonelore est désormais planté, je n’ai plus qu’à m’y amuser, en espérant entraîner quelques lecteurs avec moi dans ce voyage.
Restez-vous vous-mêmes lecteur de fantasy, avec le temps ?
Le moins possible, et ce depuis que c’est devenu un métier. Pas par lassitude (je reste fan du genre), mais par crainte de prendre une leçon d’humilité qui me casserait les pattes, et pour éviter au maximum les influences d’idées… Donc, tout en étant auteur et éditeur de fantasy, je n’ai pratiquement rien lu des gros succès de ces dernières années. Mais je me prive peut-être pour rien, puisqu’il y aura toujours quelqu’un pour trouver des similitudes « flagrantes » entre mes bouquins (parfois avant même qu’ils soient sortis, voire achevés) et un autre roman, jeu vidéo, comédie musicale ou marque d’espadrille sur lesquels je n’ai jamais mis les mains… C’est parfois amusant, mais le plus souvent irritant.
En tout cas, je rattraperai un jour mon retard de lecture, et avec un immense plaisir, quand (et si) j’arrêterai moi-même d’écrire.
Et enfin, que peut-on vous souhaiter pour cette année 2013 (bon, à part du soleil…) ?
N’importe quoi qui ferait ressembler 2013 à 2012, ou 2011, etc. Avec du soleil.

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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