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Jonathan Strange & Mr Norrell : retour sur l’épisode 4

Par Zakath, le mardi 9 juin 2015 à 18:51:39

4Suite de notre décryptage épisode par épisode de l'une des séries fantasy du moment !
Oui, nous parlons toujours de l'adaptation du roman de Susanna Clarke, Jonathan Strange & M. Norrell. Le quatrième des sept épisodes prévus était diffusé hier soir sur l'antenne de la BBC et voilà notre avis détaillé à ce sujet, dès maintenant.
Nous espérons en tout cas que ce nouveau rendez-vous a su vous séduire !

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Chapter 4: All the Mirrors of the World

Nous en sommes désormais arrivés à l’épisode central de la mini-série et tous les éléments savamment mis en place jusqu’ici amènent à un tournant inévitable : la rupture entre Jonathan Strange et Mr Norrell.

Notons tout d’abord que les premières minutes, qui résolvent le cliffhanger de The Education of a Magician en réglant en parallèle le sort de lady Pole et de Childermass, s’ouvrent sur un petit effet amusant, l’ordre des titres de la série et de l’épisode ayant été inversé pour l’occasion, effet miroir oblige.

En ce qui concerne Norrell, All the Mirrors of the World donne une fois de plus l’occasion de constater son égocentrisme (il se considère comme la seule victime de la tentative d’assassinat de lady Pole contre sa personne, va jusqu’à faire des reproches à Childermass quand celui-ci lui a sauvé la vie au péril de la sienne et estime plus tard que les manigances de Drawlight ont porté atteinte à son seul nom quand c’était celui de Strange qui était utilisé dans sa tentative d’escroquerie. Et ce n’est qu’une sélection). Le caractère à la fois autoritaire et influençable du personnage est bien mis en valeur, voulant punir de façon radicale ceux qui lui ont fait du tort et écraser toute contestation tout en se reposant de plus en plus sur les avis d’Henry Lascelles. Ce dernier occupe désormais une place de choix dans la maisonnée et veille jalousement aux intérêts de Norrell, mais surtout aux siens. On voit donc l’évolution des rapports de force qui commençaient à se dessiner dans le deuxième épisode avec un Norrell de plus en plus disposé à écouter Lascelles et réticent à confier ses secrets à Childermass malgré toutes ses années de bons et loyaux services. Ce qui entraîne évidemment l’effet inverse de ce que Norrell voulait, pousser son serviteur à mener sa propre enquête sur lady Pole (enquête vite contrariée par John Segundus et Mr. Honeyfoot, toujours bien intentionnés).

Autre bouleversement dans l’entourage de Norrell, Drawlight, dont un échange dans l’épisode précédent laissait entendre qu’il avait des ennuis d’argent, est démasqué comme l’escroc qu’il est par Strange au cours d’une scène savoureuse. La séquence suivante où il tente de convaincre Lascelles de l’aider ne fait qu’illustrer ce que l’on soupçonnait déjà : Lascelles est le plus dangereux des deux et on laisse déjà entendre qu’il ne reculerait devant rien pour préserver sa place.

Au contraire de Mr. Norrell se fiant à qui il ne faut pas, Jonathan Strange peut toujours compter, pour l’instant, sur Arabella. Néanmoins, frustré par la vision timorée de son maître sur la magie, alors que son séjour au Portugal lui a ouvert de nouvelles perspectives, il se retrouve de plus en plus fasciné par l’œuvre du Roi Corbeau (sur qui on accumule des informations par petites touches, d’épisode en épisode : ici on apprend l’un de ses noms et qu’il a un lien avec le Gentleman) et n’hésite pas à courir un risque insensé en passant littéralement de l’autre côté du miroir, découvrant à l’occasion un nouvel univers et les Routes du Roi qui s’y étendent. On ne peut d’ailleurs que regretter d’y passer aussi peu de temps car les décors, entre Escher et les gravures de Giovanni Battista Piranesi, sont particulièrement attirants.

La présence d’Arabella comme conscience de Strange est cependant compromise par les actions du Gentleman, dont le plan commence à prendre forme (dans une scène aussi étrange qu’inquiétante). En attendant de voir celui-ci se concrétiser, le roi de Lost-Hope subit un échec dans sa tentative de faire de Stephen un monarque, Strange contrecarrant ses projets de tuer George III. Pour qui a lu le livre, ce passage peut se révéler assez décevant. En effet, dans l’œuvre d’origine, la scène permettait entre autres de dépeindre le caractère inconstant du Gentleman, dont le but premier était de se débarrasser du roi mais qui ne pouvait s’empêcher de le trouver sympathique, ayant une affinité avec les fous. Il tentait alors plutôt de l’emmener dans sa demeure, estimant que George III y serait plus heureux (et à en juger par la fin de vie de celui-ci, on ne peut pas totalement lui donner tort). Pour des raisons compréhensibles, l’efficacité a été privilégiée et si l’essentiel est là (rancœur renforcée du Gentleman à l’égard de Strange, incompréhension quant au fonctionnement des affaires humaines et Stephen entraîné malgré lui dans ses desseins) la personnalité du Gentleman perd en richesse.

Heureusement, si cette scène manque un peu de subtilité, Peter Harness se rattrape largement le reste de l’épisode, en particulier quand on arrive à la séparation de Strange et Norrell. Comme dans le roman, on se refuse au spectaculaire et c’est la tristesse qui domine : tout le monde est conscient que leur association ne peut plus durer mais on ne peut s’empêcher, malgré sa conduite, d’avoir pitié de Norrell quand il essaie de convaincre Jonathan de rester à ses côtés, allant même jusqu’à lui offrir l’accès à sa bibliothèque d’Hurtfew Abbey. On peut porter au crédit de l’écriture et de l’interprétation de Marsan de livrer un personnage complexe alors qu’il pourrait se borner à être méprisable, tâche d’autant plus difficile que contrairement à Strange (toujours joué avec autant de brio par Bertie Carvel), Norrell ne connait pas une véritable évolution.

À l’issue de ce quatrième épisode, on entre déjà dans la dernière partie de la saison et le programme de la semaine prochaine est lourd, où l’on suivra notamment les exploits de Strange à Waterloo. Avec le Gentleman et Norrell complotant contre lui en Angleterre, Napoléon devrait être le moindre de ses soucis.


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