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Entretien avec Peter S. Beagle !

Par Thys, le mercredi 5 avril 2006 à 09:18:34

Peter S. Beagle, le réputé auteur de La Dernière Licorne, entre autres oeuvres, était récemment en difficulté, comme nous l'avions mentionné dans cette brève.
Mais cela ne l'a pas empêché pour autant de donner une interview de plus, traduite dès maintenant pour vous !

Peter S. Beagle poursuit sa saga La dernière Licorne

Peter S. Beagle, auteur, compositeur de chansons et premier scénariste à avoir eu l'autorisation de travailler sur le chef d'œuvre de J.R.R. Tolkien Le Seigneur des Anneaux, a débuté sa carrière d'écrivain à la Bronx High School of Science où il donnait régulièrement sa contribution, avant de poursuivre sa scolarité à l'Université de Pittsburgh et de remporter un concours lancé par Scholastic Books en 1955. A l'âge de 19 ans, il avait écrit un livre intitulé A Fine and Private Place, un jalon en fantasy et obtenu un diplôme en écriture.

A Fine and Private Place a été rapidement suivi par La dernière Licorne qui n'est pas seulement devenu un roman très aimé mais également un film d'animation acclamé, désormais disponible en DVD. Sa passion pour l'écriture l'a amené à écrire l'adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux de Ralph Bakshi en 1978, un film qui a été pendant des années l'unique version que pouvaient voir les spectateurs de la légendaire Terre du Milieu de Tolkien.
Beagle, qui continue à fréquenter le circuit de lecture universitaire, a aussi mis un pied dans l'univers de Star Trek et a donné une suite à La dernière Licorne avec Two Hearts.

Ses autres incursions dans l'écriture comprennent The Garden of Earthly Delights qui n'est pas une fiction, la collection de deux volumes de la licorne, Peter S. Beagle's Immortal Unicorn et les romans The Innkeeper's Song et Tamsin. Peter vit en Californie avec sa femme, artiste et écrivain, Padma Hejmadi.

Pendant des années, vous avez dit ne jamais vouloir écrire une suite à La dernière Licorne, mais voici Two Hearts. Pourquoi, après tout ce temps ?

La vérité est que j'ai été piégé par mon manager commercial. Il voulait que j'écrive une histoire « dans le monde de La dernière Licorne » pour faire un bonus promotionnel pour la sortie de la version audio intégrale de La dernière Licorne, il a contourné toutes mes objections en disant que je n'étais pas obligé d'y introduire les personnages du livre d'origine. Et lorsque j'ai commencé à faire ce qu'il m'avait demandé, eh bien, les choses se sont faites naturellement. La vérité est que je n'avais jamais réfléchi au fait d'écrire une suite, mais quand j'ai commencé cette histoire, c'est ce qui m'est venu. J'ai été étonné par la facilité avec laquelle cela m'est venu. Peut-être parce que j'ai changé totalement d'avis, peut-être parce que j'ai cette fois choisi une narration à la première personne, mais alors que l'écriture de La dernière Licorne a été très difficile, celle de Two Hearts s'est faite toute seule.

Pourquoi Two Hearts est-il publié en édition limitée ?

Cela m'intriguait de publier une édition hardcover limitée comme un bonus pour les 3000 premières personnes qui achèteraient le livre audio. C'était quelque chose que je n'avais jamais fait avant. J'ai vu d'autres promotions de ce genre, mais l'approche était nouvelle pour moi, et cet aspect était vraiment attirant.

Il y a eu quelques problèmes légaux concernant votre implication dans à la fois Le Seigneur des Anneaux de Bakshi et le film de La dernière Licorne. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé ?

Dans les deux cas, les problèmes ont surgi parce que j'ai fait confiance à mon agent d'alors. Je n'aurai pas dû.

Pour Le Seigneur des Anneaux, cela impliquait de réécrire ce script peut-être huit ou neuf fois, tout ça pour un paquet de promesses jamais tenues et une paye de 5000 dollars, au sujet de laquelle j'ai dû proférer des menaces pour toucher la seconde moitié. Peu importe la manière dont on retourne les choses, on a profité de moi. Mon travail a permis à Saul Zaentz de finir le film. Et le film est ce qui a donné envie à Peter Jackson de lire Tolkien, une heureuse coïncidence qui a jusqu'à présent directement profité à Saul pour une somme d'à peu près 200 millions de dollars. Donc j'essaye pour l'instant de récupérer ce qui m'est dû : faire que Saul tienne les promesses qu'il m'a faites et n'a jamais respectées pendant toutes ces années.

Pour La dernière Licorne, c'est simplement contractuel. Si l'on en croit la lecture que font mes avocats du contrat, Granada Media International me doit une bonne partie de l'argent qu'ils ont gagné en faisant le film. Ils prétendent le contraire. Donc, on se rapproche du procès, ce par quoi nous allons devoir passer à moins que l'une des deux parties fasse marche arrière. Et ce ne sera pas mon cas.

Etiez-vous content des versions animées du Seigneur des Anneaux et de La dernière Licorne ?

Je pense que la version animée du Seigneur des Anneaux était un désastre artistiquement parlant. Je trouvais que le scénario était très bon, et j'étais très fier d'avoir la chance de travailler avec des acteurs tels que John Hurt, Peter Woodthorpe et William Squires. Mais je ne pense pas beaucoup de bien du film. Je pense qu'il en aurait été autrement si le second film avait été réalisé, comme cela était prévu. Mais en tant que one shot, je le trouve incohérent. Beaucoup de choses ont été coupées ou enlevées avant d'être remises ensemble sans logique ou rythme. Mais il a survécu et beaucoup de gens m'ont dit qu'ils le préféraient à la version de Peter Jackson. Je ne peux pas imaginer dire ou penser cela moi-même, mais voilà ce qu'il en est. Et pour La dernière Licorne, en comparaison, c'est magnifique au moins, le film suit l'histoire, autant que possible. Certaines parties sont meilleures que d'autres.

Que pensez-vous du film de Peter Jackson ?

Je pense que c'est la meilleure version cinématographique qu'il est possible de réaliser. Je trouve que c'est un travail remarquable, très puissant. Rien n'est jamais aussi bien que ce que vous vous imaginez, bien sûr. Tant de gens ont une vision de la Terre du Milieu issue de leur imagination, et j'en connais plusieurs qui m'ont dit qu'ils avaient été déçus de n'avoir pas retrouvé leur vision dans les films de Jackson. Mais pour ce qui est de faire un film du travail de Tolkien, c'est ce que sont les films de Jackson, de par leur nature, je ne vois pas comment on aurait pu mieux faire.

Verra-t-on jamais de films issus de vos livres ? Peut-être A Fine and Private Place ? J'ai entendu que Richard Dreyfuss devait y participer.

Dreyfuss est impliqué dans le projet depuis à peu près 14 ans. Pendant un temps, les droits que je touchais pour ce projet étaient mes seuls revenus réguliers. Mais en 2001, nous leur avons dit qu'il fallait qu'ils achètent totalement les droits s'ils voulaient les garder, parce que nous n'allions pas reconduire leur option ; la somme qui avait été décidée 14 ans auparavant était maintenant bien trop maigre. Et ils ont laissé tomber, sans un mot. Je n'ai jamais plus entendu parler d'eux. C'est plutôt bien tombé en termes de timing, parce qu'à peine deux semaines plus tard, Connor Cochran se présentait pour faire le film. Nous avons commencé à travailler sur un nouveau scénario ensemble, et puis une chose en entraînant une autre, il est devenu mon manager commercial. Et l'an dernier, il a convaincu Conlan Press de rééditer le livre. Nous travaillons toujours sur ce scénario sans cesse repoussé, retravaillant des scènes, essayant de mettre les choses en ordre. J'ai beaucoup d'espoir pour les versions film de A Fine and Private Place et La dernière Licorne. Il y a aussi d'autres de mes romans ou histoires dont je pense qu'ils feraient de bons films, mais quoi qu'il en soit, eh bien, je ne reste pas éveillé toutes les nuits en pensant à ça. Il y a mieux à faire. A Hollywood, vous faites juste de votre mieux en essayant de pousser les projets vers la réalité. Ils y arrivent ou n'y arrivent pas.

Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé à écrire pour Star Trek : The Next Generation, Sarek ?

Je travaille sur un livre intitulé Ecrire Sarek qui raconte toute l'histoire et entre dans les détails. Mais, pour résumer, les choses se sont passées ainsi, une écrivain de science fiction nommée Diana Gallagher m'a appelé à un moment particulier de ma vie, financièrement parlant, pour me dire qu'il manquait un ou deux scripts pour la troisième saison de Star Trek : The Next Generation. La série fait rarement appel à des écrivains extérieurs, mais là, ils en avaient besoin. J'ai vraiment joué le jeu pour leur vendre quelque chose. Je me suis arrangé pour venir leur exposer le projet, je suis descendu de Seattle, où je vivais, pour rencontrer Michael Pillar et les autres écrivains-producteurs. Et j'ai su qu'il se passait quelque chose lorsqu'ils ont cessé de prendre des notes sur des calepins jaunes pour écouter l'histoire que je développais. C'est comme ça que ça s'est passé.

Pour reprendre les mots de votre chanson « When I was a young man » dans La dernière Licorne, sentez-vous que vous avez « gracieusement grandi pour devenir débauché et dépravé » ?

J'espère vraiment que tout ce que j'ai fait a été gracieux. J'ai toujours voulu être gracieux mais n'ai jamais eu beaucoup d'espoir à ce sujet. Et pour ce qui est d'être débauché et dépravé, on fait ce qu'on peut.

Les événements actuels affectent-ils votre travail ?

Inévitablement, mais pas linéairement. Les choses évoluent. Je suis conscient des événements actuels comme la plupart des gens, et ils m'affectent. Mais je ne peux indiquer un élément précis ou même un personnage dans mes fictions, qui rendraient cela évident. Mon travail non fictionnel, bien entendu, est une autre histoire, mais là j'écris à propos du monde réel.

Qu'est-ce qui vous a attiré vers la fantasy ?

La lecture du Vent dans les Saules quand j'étais à l'école. C'est certainement le début. Mon professeur adoré, Margaret Butterweck, m'a envoyé le livre chez moi alors que j'étais malade ; j'étais souvent malade étant enfant. Et j'ai su que je n'avais jamais rien lu de tel avant, et c'est ce que je voulais faire. Si je devais choisir un livre qui m'a dirigé vers la fantasy, plus que tout autre chose, ce serait celui-ci.

Connaissez-vous ou avez-vous lu des écrivains du New Weird ?

Non, je suis du Old Weird. Ou, plutôt « old » (vieux) et « weird » (étrange). En fait, je ne suis pas sûr de savoir ce que désigne New Weird ; c'est la première fois que j'entends le terme.

Que pensez-vous des écrivains actuels de fantasy ?

Je ne lis pas beaucoup de fantasy. A ce stade de ma vie, je lis beaucoup d'histoire, et je lis plus de poésie que j'en ai lu depuis longtemps. J'aime les mystères, je voudrai pouvoir en écrire un. Mais de la fantasy ? Pas tellement. Il y a des gens que j'aime beaucoup, et que j'admire énormément, tels que Robin McKinley et Patricia McKillip. Mon meilleur ami a toujours voulu que je lise Guy Gavriel Kay, mais je ne m'y suis pas encore mis. Souvent, quand je lis de la fantasy, je relis des auteurs plus anciens. Il y a de nombreux jeunes écrivains très bons que je ne connais pas encore. Je les rencontrerai tôt ou tard.

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