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Glen Cook aux Utopiales 2011 : l’interview

Par Merwin Tonnel, le samedi 14 juillet 2012 à 16:00:28

Glen CookCe fut long et dur (that's what she said) mais la voilà enfin.
L'interview que nous vous avions promise dans notre gros dossier sur la présence de Glen Cook aux Utopiales 2011 aura fait quelques détours avant de parvenir à vos yeux ébahis ; il aura fallu se battre contre la fabrique même du temps, qui filait un poil trop vite à notre goût, mais avec l'aide indispensable de John Doe et de Lhénée, l'ennemi a bien dû déclarer forfait et voilà maintenant la bête en ligne.
L'entretien date du 12 novembre 2011 (8 mois !) et il a été réalisé en collaboration avec Fantasy.fr, L'Autre Monde et Wikipedia.
L'auteur de la Compagnie Noire y parle naturellement de sa plus célèbre série, mais aussi de l'avenir incertain des Instrumentalités de la Nuit, de son parcours et de ses influences, le tout parsemé de petites anecdotes croustillantes comme la rédaction d'un roman pornographique (c'est toujours bon pour le référencement de parler de sexe).
Bonne lecture, bon week-end et voire même bonnes vacances pour les plus chanceux.

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L'interview en français

Fantasy.fr : Quel a été votre premier contact avec la science-fiction et la fantasy ? Quel est le premier livre ou le premier film du genre dont vous vous souvenez ?
Le premier livre de science-fiction que j’ai lu est Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov. Le livre appartenait à mon père. Il m’a surpris en train de le lire, me l’a enlevé des mains, m’a frappé sur la tête et m’a dit que je ne voulais pas lire cette daube parce que ça risquait de me pourrir le cerveau. Et puis, vingt ans plus tard, il allait dans une librairie, mettait mes livres en devanture et disait aux gens : « C’est mon gamin ! Achetez son livre ! »
Elbakin.net : Il y a longtemps que vous n’avez plus écrit de stand alone, comme Qushmarrah et The Swordbearer. Est-ce parce que les éditeurs sont plus intéressés par des séries ou parce que vous vous sentez plus à l’aise avec des sagas en plusieurs tomes ?
La plupart du temps, c’est parce les éditeurs sont bien plus enclins à acheter un nouveau tome d’une série qu’un stand alone. Les stand alone, tout du moins aux États-Unis en ce moment, ils ne les prennent que parce qu’ils veulent que vous continuiez à travailler pour leur maison d’édition.
Normalement, je vais sortir un nouveau livre de la Compagnie Noire dans environ deux ans, au vu de mon planning actuel. Je sais que mon éditeur va me mettre énormément la pression dès qu’il va découvrir que je l’écris parce que ça va leur rapporter beaucoup d’argent ; alors que si j’écris un livre stand alone, ils prennent un risque bien plus grand. Ils savent qu’un nouveau roman de la Compagnie Noire va se vendre comme des petits pains aux États-Unis, que ça va se vendre très bien en France et que ce sera traduit dans 15 ou 20 autres langues. Donc, ouais, ils préfèrent que vous fassiez plus de ce que vous avez déjà fait et que vous soyez un succès commercial plutôt que de prendre un risque sur quelque chose d’autre.
Wikipédia : Avant de le publier, l’éditeur de la Compagnie Noire aurait dit “C'est une bonne histoire, mais je ne peux pas la publier. Je n’aime pas un seul personnage de ce livre ”. Est-ce vrai ?
Quand j’ai soumis mon manuscrit, pour une quelconque raison il a été tout d’abord donné à l’éditrice d’horreur plutôt qu’à l’éditeur de fantasy de la maison d’édition. Et, alors même qu’elle était éditrice d’horreur, elle l’a trouvé trop sombre, pensait que les personnages étaient trop désagréables et a refusé le livre et me l’a renvoyé.
Mais cinq ou six semaines après, elle m’a appelé pour me dire : “ Je n’arrive pas à m’enlever le roman de la tête. Il y a quelque chose qui fonctionne et je veux éditer ce livre. ” Alors on s’est rencontré plus tard à une convention de fantasy à Chicago et on a réglé les détails sur comment modifier ce livre pour correspondre à ses préjugés tout en me laissant écrire le livre que je voulais écrire, ce qui revenait en gros à écrire une trilogie alors que je n’avais planifié qu’un seul roman.
Bien entendu, le temps d’arriver à la fin des trois livres et je savais déjà quelle allait être l’histoire des suivants, etc. C'est ce qui m’arrive avec tout ce que j’écris. Même avec les romans stand alone, je sais ce qu’il se passe après la fin même si je ne l’écris pas, parce que mon histoire est simplement un morceau d’une histoire bien plus grande.
L’Autre Monde : Au début de la Compagnie Noire, les tomes se concentrent principalement sur l’action, alors que dans les tomes plus tardifs, les intrigues politiques prennent plus d’importance. Est-ce un changement de ton volontaire ?
Mon style préféré est celui où les choses sont compliquées. Mais un écrivain américain nommé Fritz Leiber m’a appris très tôt dans ma carrière que la première chose à faire est de faire plaisir à son éditeur. Donc vous écrivez ce qu’ils veulent que vous écriviez et une fois que vous les avez amadoués, façon de parler, alors vous pouvez écrire ce que vous voulez écrire.
Vous vous rendrez sûrement compte aussi que le plus gros changement pendant cette période de l’écriture de la Compagnie Noire a été que les six premiers tomes ont été rédigés à la main et à la machine à écrire alors que les quatre derniers ont été écrits principalement sur ordinateur. Et sur un ordinateur, vous pouvez passer plus de temps et écrire beaucoup plus parce que vous n’avez pas à retaper votre manuscrit. Quand vous devez retaper 300 pages parce que vous avez fait des modifications, ça représente énormément de travail physique donc vous essayez de rester succinct et d’y arriver du premier coup. Alors que sur un ordinateur, vous appuyez sur un bouton et pouvez faire des modifications rapidement sur tout le manuscrit. Donc je pense que l’informatique est la meilleure raison expliquant pourquoi mes livres sont devenus plus longs au fil des années.
Elbakin.net : Avez-vous déjà réfléchi à une fin pour Garrett, Détective Privé ou est-ce pour vous une série perpétuellement en cours ?
La série va très certainement continuer jusqu’à ce qu’on m’enterre, puisque l’éditrice que j’ai actuellement sur Garrett adore les livres ; ils lui permettent de faire des profits et donc de garder son travail. Aussi longtemps que je veux bien écrire un nouveau tome, elle est d’accord pour le publier.
Et c’est un peu mon loisir personnel, la chose que je fais et que j’apprécie quand je me lasse de mes autres écrits. (Il montre un manuscrit derrière lui) Je crois que ce que j’ai là est le quatorzième tome. Il est presque terminé. Et je sais de quoi parlera le prochain, donc… En supposant que je vive assez longtemps pour l’écrire.
Fantasy.fr : J’ai remarqué quelque chose dans les romans de la Compagnie Noire : dans Elle est les ténèbres, l’expression “L’eau dort” apparaît de nombreuses fois et il s’avère que c’est le titre du tome suivant. Dans L’eau dort, les personnages répètent souvent “ Les soldats vivent ”, qui est là encore le titre du livre suivant en VO (Soldats de Pierre en VF). Et dans Soldats de Pierre, on peut lire l’expression “ une pluie sans pitié ” (“ a pitiless rain ”), qui est le titre d’un des prochains tomes de la Compagnie Noire. Est-ce volontaire ?
C’est intentionnel, oui. Je fais ça dans beaucoup de mes livres. J’ai signé le nouveau tome des Instrumentalités de la Nuit qui est sorti en avance pour être disponible pendant le week-end des Utopiales et j’ai utilisé le nom du prochain tome (NdT : Working the Gods’ Mischief) comme dédicace. Les gens ne le sauront pas tant que je n’aurai pas fini le livre. Et c’est fait exprès.
Par ailleurs, l’expression “ L’eau dort ” vient d’un proverbe turc et “ Les soldats vivent ” d’un poème écrit par un vétéran du Vietnam sur le sentiment de culpabilité d’avoir survécu alors que ses amis sont morts. “ Elle est les ténèbres ” vient de la chanson Rhiannon de Fleetwood Mac.
Wikipédia : Vous avez écrit dans Garrett, Détective Privé quelque chose comme “Les gens sains d’esprit ne se réveillent jamais tôt le matin”. Est-ce votre propre philosophie ?
Les gens ne se réveillent pas en découvrant qu’ils sont mauvais. C’est vrai. Pour les Français ou les Américains, le grand méchant du vingtième siècle était Adolf Hitler. Dans son propre esprit, Hitler n’était pas mauvais. Il était un idéaliste essayant de soigner le monde de ses maux. Cependant, nous n’étions pas d’accord sur ce qu’était le mal. C’est en gros ma philosophie de la vie.
La personne qui se rapproche le plus de quelqu’un de vraiment mauvais… en fait, il y en a plusieurs maintenant que j’y réfléchis. Je considère personnellement que Joseph Staline était bien plus mauvais qu’Hitler parce que ce n’était pas un idéaliste, c’était juste un idiot mégalomaniaque qui tuait toute personne dont il avait peur. Certaines personnes disent qu’il était un vrai trouillard et que c’est pour cela qu’il ne pouvait s’empêcher de tuer tous ceux qui s’approchaient assez de lui pour le rendre nerveux. Pol Pot au Cambodge, je le considère aussi bien plus maléfique qu’Adolf Hitler parce que je ne pense pas qu’il était un idéaliste. Pareil pour le gars en Ouganda qui avait l’habitude de manger ses ennemis. Mais Adolf Hitler a un lien beaucoup plus immédiat avec nos ancêtres donc on peut plus facilement comprendre cette pression, je pense, et son impact sur nos cultures qu’avec les autres personnes que j’ai citées.
J’espère avoir répondu à la question.
Elbakin.net : Le roman noir est souvent utilisé pour formuler une critique sur la société et la bassesse humaine. Comment faites-vous pour garder le même propos dans Garrett, Détective Privé en retranscrivant les codes du genre dans un univers fantasy ?
Je ne sais pas si j’ai une réponse. Si quelqu’un veut m’accuser de commettre de la littérature, il a tort. Si vous cherchez une quelconque profondeur dans mes écrits, si seulement il y en a, c’est accidentel. Je ne suis pas une personne délibérément profonde. Je raconte juste des histoires que j’aime raconter. Donc si vous voyez autre chose dans mes livres, si vous pensez que je fais intentionnellement quelque chose pour expliquer le monde ou commenter la condition humaine… Si je le fais, ce n’est pas exprès, c'est un accident. J’essaie juste de raconter une histoire amusante ou une histoire qu’il me plaît de raconter. Quand on me pose des questions comme ça, je suis souvent décontenancé parce que je n’ai pas de réponse. Parce que je n’ai pas l’impression de faire quelque chose de spécial.
C’est peut-être le cas, après tout, des gens achètent mes livres, alors…
Fantasy.fr : J’ai lu dans une interview que vous avez près de 30 000 livres et magazines de science-fiction. Pourquoi collectionner autant de livres ?
Je pense que j’ai un TOC ; c’est un trouble compulsif. Je collectionne les livres. J’ai presque tous les paperbacks publiés en anglais en science-fiction, en fantasy et en horreur avant 1980. J’ai pratiquement tout dans ma collection, même des livres de Hong Kong, de l’Afrique du Sud ou du Zimbabwe. Donc des trucs vraiment originaux ainsi qu’une collection presque complète de tous les magazines publiés en anglais. Et je ne sais pas pourquoi. Je ne pourrais pas expliquer pourquoi j’ai ces livres parce que je n’ai pas dû lire 10 % de ce que j’ai. C’est juste que je me dois de les avoir, maintenant que j’ai décidé de commencer la collection.
Je collectionne aussi les timbres. J’en ai beaucoup des pays d’Europe parce que je les collectionne depuis que j’ai 4 ans. J’ai une collection presque complète des pays européens, dont certains timbres très rares.
C’est compulsif, c’est quelque chose que je dois faire. Tout comme l’écriture. Concernant l’écriture, une fois que je l’ai découverte et que j’ai commencé à en faire, je ne pouvais pas plus m’arrêter d’écrire que je pouvais m’arrêter de respirer. J’ai été chanceux et presque tout ce que j’ai écrit a été publié, d’une manière ou d’une autre. Ce qui n’a pas été publié ne le méritait pas.
Je ne suis pas vraiment horriblement compulsif, mais j’ai une compulsion légèrement socialement acceptable. J’ai entendu parler d’un gars quelque part en Russie qui déterre des femmes mortes et utilise leurs corps pour créer la femme parfaite. Je n’ai pas ce genre de compulsion.
Wikipédia : J’ai lu que vous aimez les séries comme Inu-Yasha et les Power Rangers mais que vous en avez un peu honte. Est-ce vrai ?
Je n’en ai pas honte. Après quelque 40 ans à écrire, j’ai finalement assez de revenus pour pouvoir me permettre certaines de mes obsessions et j’ai donc une tonne d’animes que je regarde depuis les dernières années et dont je suis fan. Je dois en avoir l’équivalent de 10 mètres sur mes étagères. Et pendant longtemps j’étais accro à Power Rangers. Je ne sais pas si c’était disponible ailleurs dans le monde, mais aux États-Unis et au Japon, les Power Rangers étaient en gros comme des animes mais en prises de vue réelles. Régulièrement, ils changeaient les personnages et le titre de la série, mais c’était toujours la même chose et la même formule. La série commence, les Power Rangers se font défoncer pendant vingt minutes puis ils décident soudainement d’enfiler la combinaison des Power Rangers et de faire leurs trucs de Power Rangers, et puis le gros méchant devient géant et puis ils deviennent géants et c’est terminé. Les Power Rangers gagnent. La série était la même pendant 698 épisodes ou un truc du genre. Mais j’étais accro à ça pendant longtemps. Mon fils et sa femme passaient nous voir, à 21h ou 22h, et j’étais assis à regarder les Power Rangers. Mon fils était tout embarrassé.
Mais c’était inoffensif. Je ne suivais pas des personnes dans la rue ou quoi que ce soit.
L’Autre Monde : Est-ce que le travail de Didier Graffet sur la Compagnie Noire influence votre manière d’écrire, maintenant ?
Non. Tout ce qu’il a illustré était déjà écrit avant qu’il n’en voit quoi que ce soit. Donc ça n’a pas d’influence sur ce que je fais.
J’ai tenté de convaincre mon éditeur américain d’utiliser ses couvertures mais il ne pense pas que c’est valable commercialement parlant sur le marché américain.
Je pense que c’est un génie ; j’adore le travail qu’il fait mais tout ce que je publie aux États-Unis en ce moment a un gars nommé Swanland sur la couverture. Quel que soit l’éditeur, ils mettent le même truc générique qui n’a aucun rapport avec ce qu’il y a dans le livre. Mais les couvertures font vendre les livres. Donc même si je ne les aime pas, je les accepte.
En tant qu’auteur, vous n’avez de toute façon pas le choix des illustrations donc vous devez vivre avec ce qu’ils vous donnent. Mais c’est plus facile de vivre avec si elles font vendre les livres, si elles attirent assez l’attention pour que quelqu’un prenne un exemplaire, le retourne et regarde de quoi ça parle.
Fantasy.fr : Certains écrivains de la nouvelle génération déclarent que vous êtes une influence pour eux. Est-ce que cela vous met la pression lorsque vous écrivez de nouveaux livres ?
Non, je n’y pense même pas. Je sais que j’ai influencé plusieurs écrivains de la génération actuelle, Steven Erikson de façon très importante et d’autres auteurs américains dont je ne sais pas si on en a entendu parler en dehors des États-Unis comme Joe Abercrombie ou Ian C. Esslemont, qui était le colocataire de Steven Erikson à la fac et qui écrit dans le même univers que lui. Il doit y avoir quelques autres personnes sur lesquelles j’ai eu de l’influence, mais je ne pense pas du tout à ça, sauf pour me sentir bien de temps en temps parce que j’ai commencé en essayant d’écrire comme les auteurs dont j’appréciais beaucoup le travail et maintenant je vois des gens qui font la même chose avec le mien.
Cela me fait me sentir bien mais ça a aussi une connotation négative parce que dorénavant, quand je me regarde dans le miroir, je me dis : « Maintenant, je suis un de ces vieux schnocks », au lieu d’être un de ces jeunes qui essaient de percer. J’ai l’impression que c’était juste l’année dernière que je commençais à attirer l’attention comme c’est le cas ici. Je me rends compte que je fais ce métier depuis maintenant 40 et quelques années, et je n’ai jamais vraiment réfléchi à ça auparavant. Je fais partie des anciens. La Vieille Garde, on pourrait dire.
Elbakin.net : Vous ne donnez jamais de cartes de vos univers à vos lecteurs. Mais des univers comme ceux de la Compagnie Noire ou du Dread Empire sont-ils très cartographiés dans votre tête ou n’en avez-vous que les grandes lignes ?
Dans l’édition originale du Dread Empire aux États-Unis, les livres étaient accompagnés de cartes. Ils ne les ont pas gardées pour la nouvelle édition.
Pour la Compagnie Noire, j’ai suivi le conseil de Fritz Leiber, qui était mon mentor, et qui disait : « Ne dessine pas de cartes, car si tu le fais, dès que tu commenceras à dessiner, tu réduiras tes possibilités ». Tant que vous n’avez pas de carte, vous n’avez pas à vous conformer à certaines choses. J’ai une vague idée du monde dans ma tête et j’ai vu des cartes de fans sur Internet. Ils ne sont pas trop loin, mais ils ne sont pas près non plus. C’est le nord et le sud, avec une mare au milieu.
Wikipédia : Certains de vos lecteurs écrivent des fan fictions inspirées de vos écrits. En lisez-vous et que pensez-vous des fan fictions ?
Je n’étais pas au courant, donc je suppose que je n’ai pas d’avis sur la question. Mais inspirer des écrivains plus jeunes est une bonne chose. S’ils ont moins de 40 ans, qu’ils lisent vraiment des livres et qu’ils essaient d’en écrire plutôt que de jouer aux jeux vidéo, ça me va.
Je ne savais pas qu’il y avait des fan fictions basées sur mon travail.
Wikipédia : Vous ne craignez pas d’être plagié ?
Tant qu’ils n’essaient pas de se faire de l’argent avec, ce n’est pas un problème pour moi. J’ai commencé à écrire avec des fan fictions de Jack Vance et de Fritz Leiber, en essayant de faire comme eux, et je pense que la plupart des débutants procèdent comme ça. Ils sont inspirés par des gens dont les œuvres les touchent et ils tentent d’écrire la même chose. Avec un peu de travail, ils commencent à trouver leurs propres voix. Ouais, c’est bien. S’ils veulent écrire des histoires de la Compagnie Noire, qu’ils le fassent. Mais avec de la chance ils s’en détacheront et après quelques essais ils auront une cadence, un rythme et ils trouveront leurs propres voix intérieures.
Fantasy.fr : Vous avez récemment terminé A Path to the Coldness of Heart, le dernier tome du Dread Empire dont le manuscrit avait été volé il y a plus de vingt ans. Était-ce difficile de vous replonger dans votre première saga fantasy, alors que vous en avez depuis écrit trois autres ?
C’était extrêmement difficile. Il faut remonter aux années 80 pour bien expliquer cela. En tant qu’auteur débutant, j’assistais à de nombreuses conventions et autres pour essayer de me promouvoir et au début des années 80 j’ai rencontré beaucoup de personnes dont j’appréciais la compagnie. Donc ma femme et moi avons commencé à organiser une fête annuelle chez nous pour les gens appartenant au fandom de science-fiction dans le centre des États-Unis. Après quelques années, on en est arrivé à un point où 150 personnes passaient le week-end chez nous. A la dernière fête que nous avons organisée, quelqu’un a fouillé dans ma collection de livres, a volé certains de mes livres,… Des gens ont regardé mes dossiers parce qu’ils voulaient savoir ce qui se passait dans la suite du Dread Empire. Ils ont volé toutes mes notes de travail pour les livres à venir. J’avais la copie carbone de la page 143 du prochain livre. C’est la seule chose qui a survécu.
J’ai arrêté d’écrire ces livres parce qu’ils ne se vendaient pas très bien alors que c’était le cas pour la Compagnie Noire, et j’avais beaucoup de pression de la part de Tor pour écrire plus de romans de la Compagnie Noire plutôt que du Dread Empire parce qu’ils se vendaient dix fois mieux. Donc j’ai laissé ça de côté et, plus tard, quand Night Shade Books a acheté toutes mes œuvres qui n’étaient plus éditées, l’éditeur a voulu que je continue la série. Nous avons longuement discuté ; je ne voulais pas vraiment le faire parce que cela faisait 25 ans et je n’avais qu’un vague souvenir de la direction dans laquelle je voulais aller avec le récit. Mais Jason, le chef d’édition, m’a menacé. Il m’a dit : « Eh bien, je vais te dire ce que je vais faire alors. Je vais demander à Steven Erikson de l’écrire. Il est d’accord pour le faire. » Et j’ai répondu : « Non, même si j’adore Steven Erikson et son travail, personne d’autres que moi ne va écrire mes bouquins. » Donc j’ai finalement accepté d’écrire le livre.
Ensuite est arrivé le défi de tenter de se souvenir de ce que je voulais faire et d’étudier tout ce que j’avais écrit parce que je ne me rappelais de rien. J’ai été complètement surpris la première fois que j’ai lu les livres. J’ai pensé que certains passages avaient été écrits par un bien meilleur écrivain que je pensais l’être à l’époque. Au fur et à mesure, des éléments me sont revenus en mémoire et ce que j’ai fait avec le tome que j’ai écrit a été en gros de combiner tous les moments forts de ce qu’il aurait dû se passer pendant environ trois livres et demi, parce que j’avais prévu au départ d’écrire sept livres de plus dans la série pour tout boucler.
C’est supposé être la fin de la saga mais quand vous lirez le livre, vous verrez qu’il y a beaucoup de choses qui, si elles ne sont pas résolues dans le roman, indiquent ce qu’il aurait pu se passer après, avec les enfants et autres.
Tous les tomes du Dread Empire sont à nouveau édités maintenant, ainsi qu’un recueil de nouvelles situées dans le même univers. Mais ils ne sont pas disponibles en français.
Elbakin.net : Il me semble que vous travaillez actuellement sur le quatrième tome des Instrumentalités de la Nuit, Working the Gods’ Mischief. Est-ce que ce sera le dernier tome de la série ?
Je pense, oui. L’histoire ne se terminera pas mais je pense que ce sera le dernier que j’écrirai. J’ai commencé en voulant écrire trois livres mais chacun faisait 50 000 mots de plus que ce que je pensais. Et, arrivé à la fin du troisième tome, j’étais encore loin d’avoir fini l’histoire que je voulais raconter.
Actuellement, il est écrit à 80 % mais je n’ai pas travaillé dessus cette année (NdT : en 2011) parce que mon éditeur américain n’est pas très enthousiaste à l’idée de continuer avec cette série. Elle se vend bien en grand format, mais pas autant qu’il ne le voudrait en poche. Donc il est un peu hésitant. Mon agent et mon agent pour l’étranger sont en ce moment en discussions pour essayer de le faire paraître d’abord en France, avant de l’éditer aux États-Unis, parce que la série marche bien ici et semble être assez populaire, même s’ils sont si longs qu’ils ont dû découper en deux le plus récent.
Parce que je dois le faire ou à cause d’une sorte de compulsion, je vais très certainement finir le livre même si personne ne le publie. Mais je ne peux pas prédire quand ou si vous le verrez. Ce sera le projet sur lequel je retournerai après avoir fini le tome de Garrett sur lequel je travaille en ce moment et que j’espère avoir terminé avant Noël (NdT : 2011, là encore).
Wikipédia : Garrett adore le cynisme. Vous amusez-vous à travailler avec ce genre d’humour ?
Ouais, je m’amuse beaucoup. C’est ce que j’écris quand j’ai envie de me détendre. J’aimerais beaucoup être aussi drôle que Terry Pratchett, mais c’est impossible. Cet homme est drôle rien qu’en étant assis à vous parler. Cela sort de lui tout seul, il ne peut pas s’en empêcher. Que vous soyez à un panel d’une convention avec lui ou que vous discutiez autour d’un repas, il est toujours aussi drôle. Chaque phrase qu’il prononce est identique à la façon dont il écrit les annales du Disque-Monde.
Je ne travaille pas aussi dur que lui sur l’humour, mais il n’y en a pas autant et c’est loin d’être aussi intelligent, mais quand je me plonge dans les rouages du monde de Garrett, le sarcasme arrive, c’est automatique, ça sort tout seul.
Est-ce que j’ai répondu à la question ? Ou est-ce que j’ai digressé ? J’ai tendance à le faire souvent. Quand j’écris, je suis parfois obligé de revenir en arrière et de jeter des centaines de pages.
Fantasy.fr : Vous nous avez parlé des conseils que Fritz Leiber vous a donnés et de la façon dont vos premiers écrits imitaient le style de Jack Vance. Quels autres écrivains vous ont influencé ?
Probablement des centaines ! Ceci dit, une des influences majeures à différents stades de ma vie a été Robert Parker, qui est un auteur policier américain qui écrit de façon très sobre. Ces livres doivent être composés de 80 % de dialogues et pourtant on arrive à connaître les personnages et à comprendre tout ce qu'il se passe.
Il y a aussi un auteur anglais qui s’appelle E.R.R. Eddison. Il écrivait dans les années 1910-1920, je crois, et il était du genre “ école publique anglaise de bonne société ” qui partait du principe que si vous lisiez ses livres, vous aviez la même éducation que lui. Donc il n’hésitait pas à passer à du grec ancien ou à du latin pendant quelques pages et il s’attendait à ce que vous puissiez le lire parce que vous aviez le même niveau d’éducation que lui. Mais son style en anglais était très fleuri et pendant un temps j’ai essayé d’imiter ce style. Et j’ai découvert que ça ne marche pas en Amérique du Nord. Les gens veulent que ça bouge, ils ne veulent pas que vous utilisiez de belles lettres.
En fait, j’ai découvert ça quand j’ai commencé à écrire la Compagnie Noire. J’ai eu beaucoup de critiques parce que je plongeais dans l’histoire sans rien expliquer et je continuais à partir de là. Récemment, j’ai publié dans une anthologie qui est sortie aux États-Unis (NdT : Sword and Dark Magic, éditée par Jonathan Strahan et Lou Anders) ce qui sera le premier chapitre d’un futur tome de la Compagnie Noire, écrit dans le même style que les romans précédents, où l’on se jette dans l’histoire sans rien expliquer, et les critiques se sont plaints que nous, les vieux ploucs, Michael Moorcock et moi, passions bien trop de temps à construire le background et que nous aurions dû accélérer le rythme comme les jeunes auteurs de l’anthologie. Donc il y a un changement générationnel : ce dont j’étais accusé il y a 30 ans est maintenant à l’Autre bout du spectre de ce qu’attend le public des écrivains.
Elbakin.net : Je suis obligé de poser la question : vous avez dévoilé lors d’une interview que l’on vous avait également dérobé un exemplaire de votre roman porno. Je suis curieux : c’était un roman écrit sur commande ou une véritable envie de votre part ? C’était de la fantasy ?
A l’époque, tous les auteurs de science-fiction en écrivaient. Vous pouvez me donner le nom de n’importe quel auteur qui était publié à la fin des années 60 et au début des années 70 et ils en faisaient, à la fois pour l’argent et juste pour le plaisir de murmurer « Je l’ai fait ! ». J’étais à une fête lors de la World Science Fiction Convention de 1969 où 12 ou 15 auteurs très célèbres étaient assis et discutaient de ce qu’ils allaient faire. Il y avait Anne McCaffrey, Damon Knight, Kate Wilhelm et d’autres. Beaucoup d’entre eux avaient déjà écrit un roman porno sous pseudonyme et si vous trouvez un Marion Zimmer Bradley, il va se vendre pour des centaines de dollars. En fait, le mien se vend pour… le dernier qui est apparu sur eBay, je n’étais pas au courant et un ami m’a dit qu’il avait mis une enchère mais, après une demi-heure, le livre avait dépassé 400$ et il avait dû abandonner. Il pense que c’est parti pour 900$ et quelques, au final.
Tout le monde en écrivait et certains étaient très malins, comme Mike Resnick avec sa femme et sa fille, qui les fabriquaient en équipe. Ils avaient inventé 12 scènes de base et ils n’avaient plus qu’à les mélanger, changer les noms et les vendre à différents éditeurs. Ils en ont vendu 700 en un an et en ont tiré en un an 250 à 500$ pour chaque livre. Ils ont créé une affaire dans un chenil de Cincinnati et ont tiré leurs revenus de cet élevage qu’ils ont toujours. Quand ça lui chante, Michael écrit de très bonnes histoires, mais il n’écrit pas pour le plus grand nombre.
Plein d’autres personnes… Robert Silverberg, écrivain très connu, en a fait presque deux cents. A une époque où il fallait tout taper à la machine à écrire, il a écrit 200 romans porno, probablement 50 ou 60 livres jeunesse pour des bibliothèques, des farces de science-fiction sous une douzaine de pseudonymes et il y a de vieux magazines dans lesquels il a écrit toutes les histoires mais sous des noms différents.
Plein d’autres personnes, même Harlan Ellison. Je crois, même s’il ne l’a jamais vraiment avoué, que Norman Spinrad en a écrit un ou deux. Je crois me rappeler qu’il en parlait à une soirée chez Harlan Ellison, quand il était bien saoul. Mais il ne l’a jamais avoué depuis.
Donc oui, j’en ai écrit un. J’ai fait ça un peu au hasard, en partie parce que tout le monde en écrivait et en partie parce que c’était de l’argent facile. Il ne fallait pas être bon auteur, il ne fallait pas écrire énormément. Un livre type ne faisait que 35 000 à 40 000 mots. Celui que j’ai fait publier, je l’ai écrit en 8 jours et j’en ai tiré 500$. C’était plus que ce que je me faisais au travail à l’époque où j’avais encore mon job.
Je n’ai pas réussi à vendre le deuxième que j’ai écrit parce qu’on me disait qu’il y avait trop d’histoire. Si j’avais pu enlever tout ce qui ressemblait à un roman de fantasy, j’aurais été capable de le publier. C’était impubliable parce que ça racontait une histoire.
Voilà donc l’intégralité de mon expérience dans ce domaine. C’était juste quelque chose que tout le monde faisait à l’époque.
L’Autre Monde : En français, nous avons seulement un roman de science-fiction écrit de votre main, Le Dragon ne dort jamais. Comptez-vous écrire à nouveau de la science-fiction dans les prochaines années - un roman ou une nouvelle – ou comptez-vous rester dans le genre fantasy ?
Concernant Le Dragon ne dort jamais, pendant bien 20 ans j’ai dit que je n’écrirai pas de suite, mais je sais ce que l’histoire suivante racontera. Un jour, je l’écrirai peut-être.
J’ai pas mal d’autres choses estampillées science-fiction. Il y a la trilogie Starfishers, qui est tout simplement de la fantasy dans l’espace. Cela s’inspire essentiellement de la mythologie nordique.
Il y a aussi un truc intitulé Darkwar, qui inclut également des voyages dans l’espace, mais ce sont des voyages par des méthodes magiques, en gros, ou de la télékinésie.
Passage at Arms est sûrement le meilleur roman de science-fiction que j’ai écrit et certainement le plus intense. Grosso modo, c’est l’histoire de sous-marins dans l’espace. Il y a un petit équipage, des navires de guerre, etc. et ils vivent le même genre d’épreuves qu’un équipage de sous-marins de la Seconde Guerre Mondiale a traversé.
Un critique m’a accusé d’avoir plagié tous les romans de sous-marins jamais publiés. Mais je n’en avais lu aucun ni vu aucun film. J’avais vu L'Odyssée du sous-marin Nerka mais il n’y a aucun lien entre les deux, malgré ce que cette personne déclarait. Je ne vois vraiment aucun parallèle.
Quoi d’autre ?
A Matter of Time est une histoire de voyage dans le temps, maintenant disponible chez Night Shade Books, seulement en anglais. Elle a été publiée pour la première fois en 1985.
C’est principalement une histoire de voyage dans le temps, mais aussi un western, une histoire d’amour… J’ai essayé d’y glisser tous les genres qui marchaient bien à l’époque. C’est aussi assez similaire au roman The Day of the Jackal, avec une intrigue dans laquelle un personnage fait la même chose que dans le livre : il ne tire pas sur Charles De Gaulle, il tire sur une personne du futur dans le passé.
Je ne sais plus qui tire sur qui, qui voyage dans le temps et qui ne voyage pas, mais il y a des policiers psychotiques. Le livre ne fait que 80 000 mots, mais il y a un peu de tout dedans. Du policier procédural et tous ces trucs.
Et la maison dans laquelle vit le personnage principal est ma maison à St. Louis et le voisinage où la plupart de l’action se déroule est mon voisinage.
Wikipédia : Connaissez-vous Wikipédia ? Qu’en pensez-vous ? L’utilisez-vous quand vous écrivez ?
Je n’ai jamais utilisé Wikipédia… Non, je retire ça. Plusieurs fois j’ai recherché quelque chose sur Google et la première chose qui apparaît est l’article Wikipédia.
Je crois que la seule fois où j’ai réellement utilisé Wikipédia pour une recherche, c’était pour savoir ce qu’était le rang d’Obergefreiter dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je voulais savoir exactement comment il s’insérait dans la hiérarchie. Donc j’ai cherché et, effectivement, il y avait tous les rangs, un nombre incroyable, en fonction de l’unité, que ce soit l’artillerie, les tanks, etc.
C’est la seule fois où j’ai réellement utilisé Wikipédia pour trouver une information pour le livre sur lequel je travaillais.
J’y vais de temps en temps juste pour voir quelles histoires ils ont encore inventées à mon sujet. Je fais une recherche Google sur mon nom et je suis surpris de la quantité d’informations qu’il y a sur la toile.
Fantasy.fr : Depuis quelques années, les livres électroniques deviennent un sujet important dans l’édition, notamment aux États-Unis. Que pensez-vous de ce phénomène ? Pensez-vous que cela modifie la façon de créer des livres ?
Cela modifie de façon drastique le milieu de l’édition aux États-Unis, c’est certain. Beaucoup d’éditeurs papier se plaignent parce que ça leur enlève des ventes papier.
En ce qui me concerne, presque tout mon catalogue est disponible en numérique aussi bien que sur support physique. Et j’aime les royalties ! Je dois avouer que les royalties sont bien plus élevées pour le numérique que pour le papier, parce que le seul surcoût pour un éditeur est de transformer le livre en version électronique. Et ça ne concerne que les livres les plus anciens : ce que j’ai écrit depuis 5-6 ans, je l’ai soumis en numérique, donc la seule chose qu’ils ont à faire est d’appuyer sur un bouton et c’est mis en forme. Une fois ceci fait, c’est prêt pour être disponible numériquement.
Je suis partagé concernant ce phénomène. Je m’imagine déjà dans mon bain avec un Kindle : je le fais tomber et j’ai perdu une centaine de dollars.
J’aime avoir du papier dans les mains, mais les liseuses électroniques deviennent bien meilleures que ce qu’elles ont été dans le passé. La première fois qu’ils ont essayé d’en lancer, il y avait trop de défauts, avec des écrans de mauvaise qualité, etc. Une fois que le Kindle et le Nook sont arrivés… Ceux-là sont très bons et ne cessent de s’améliorer. Ils ont maintenant la couleur pour les illustrations et des trucs comme ça.
Je suis quasiment certain que le marché du poche sera complètement mort aux États-Unis dans quelques années. Pour le moment, un des seuls genres publiés dans ce format est celui des romans d’amour. Il y a très peu de science-fiction et de fantasy qui sont de la vraie science-fiction et de la vraie fantasy, par rapport à ce qui est estampillé paranormal romance. Ce n’est plus publié en poche. Tous les éditeurs essaient de faire du grand format, parce que ça ne leur coûte pas plus à produire mais ils peuvent les vendre pour deux fois plus cher.
Ils peuvent en vendre moins et faire du bénéfice. Il y a aussi le fait qu’avec une certaine politique de taxe aux États-Unis, un livre poche, s’il est noté “strippable”, peut être renvoyé à l’éditeur. Il suffit juste de déchirer la couverture et vous êtes remboursés. Grâce à cela, pour une raison ou pour une autre, vous ne pouvez pas le déduire dans votre déclaration d’impôt comme étant dans votre inventaire. Alors qu’avec le grand format, il faut renvoyer la copie en état. Il peut rester dans votre inventaire et ne pas être taxé pendant des années.
Cette politique remonte à une quarantaine d’années. Et elle influence de plus en plus, à mesure que le marché de l’édition diminue, la façon dont les décisions sont prises et comment les livres sont publiés.
Elbakin.net : Pour rester dans le thème des nouvelles technologies, vous êtes un auteur très discret, très peu présent sur internet, et vous parlez rarement de votre travail et de vos avancées. Est-ce un simple désintérêt pour ce nouveau mode de communication ou une vraie volonté de garder une certaine distance avec vos fans ?
Je ne garde pas une distance avec les fans, mais je préfère les rencontrer en personne. Concernant Internet, je ne sais tout simplement pas m’en servir. Je suis technologiquement ignorant et rien que l’idée de perdre mon temps à faire ça, au lieu de faire quelque chose qui me plaît, comme regarder un animé…
Les jeunes semblent passer leurs vies sur Internet. Même ma femme, quand elle rentre du travail, passe 4 ou 5 heures sur Internet, à regarder et faire des trucs. Je ne sais pas pourquoi elle perd son temps à faire ça.
Ce n’est pas, du moins je l’espère, un mépris pour les gens qui font ça, c’est simplement que passer mon temps sur Internet ne m'intéresse pas.
Je devrais sûrement avoir un site web. Je pourrais probablement me faire un bon revenu juste en vendant mes livres sur Internet, parce que certaines personnes n’arrivent pas à les trouver et ils pourraient en plus avoir une version dédicacée gratuitement.
Tous ces trucs comme Facebook et Twitter semblent avoir quelque chose à voir avec moi, mais je n’ai rien à voir avec eux. De temps en temps, quelqu’un vient me voir et me dit « Hé, j’ai vu ton truc sur Facebook et blablabla » et je réponds « De quoi tu me parles ? ». Je ne saurais même pas comment trouver ça.
Je n’ai jamais voulu prendre le temps d’apprendre parce que je m’en moque.
L’Autre Monde : Un petit mot sur Les Utopiales ?
Je suis très impressionné. Je suis un habitué des conventions de science-fiction aux États-Unis et c’est le plus souvent très différent. Ici, c’est très sérieux, tout le monde est très sérieux à propos de tout. Et puis, il y a tellement de monde ! J’ai été impressionné par le nombre de personnes qui sont venues et par le nombre de personnes dans la quarantaine.
Le premier jour, il a dû y avoir environ 150 000 lycéens et des enfants plus jeunes. Je le jure, les enseignants ont dû laisser les plus moches à la maison ! Il y avait tant de jolies petites filles et de beaux jeunes garçons, je n’en croyais pas mes yeux.
J’ai aussi remarqué que les Français aiment beaucoup la couleur noire. On dirait que tout le monde porte quelque chose de noir. C’est un truc culturel que j’ai remarqué.
Sinon, je passe un agréable séjour jusqu’ici. J’ai rencontré des gens formidables, je me suis beaucoup amusé. Le buzz fait autour de moi en arrive à un point où c’en est presque embarrassant. Parce que je me vois comme un maçon ou un ouvrier. Ce que je fais, tout du moins en ce moment, c’est raconter des histoires. Je n’ai pas l’impression que ce soit quelque chose de spécial. Mais beaucoup de monde agit comme si je faisais quelque chose de spécial. Ce qui, comme je l’ai dit, est presque embarrassant quand ça s’accumule.
Je ne crois pas avoir fait quelque chose de la sorte avant, dans les 40 ans de ma carrière d’auteur. Je n’ai jamais fait de conférence de presse, si on peut appeler ça comme ça. J’ai fait des entretiens avec des journaux locaux pour des articles dans l’édition du week-end.
Je n’ai jamais beaucoup attiré l’attention et je ne me suis jamais attendu à le faire. Donc c’est une expérience toute nouvelle pour moi. C’est bon pour l’ego !
  1. L'interview en français
  2. An interview with Glen Cook, english version