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Glen Cook aux Utopiales 2011 : le dossier

Par Merwin Tonnel, le mardi 22 novembre 2011 à 12:00:12

CookSi l'on en croit le bandeau recouvrant le dernier tome de la Compagnie noire chez J'ai Lu, vous êtes plus de 300 000 à avoir lu (et apprécié ?) le célèbre cycle de Glen Cook. Les visiteurs des Utopiales n'étaient peut-être pas autant (près de 46 000), mais la longue file d'attente pour les dédicaces de l'auteur, qui coupait en deux la librairie du salon, montre bien le réel intérêt du lectorat français pour l'auteur américain.
Vous l'avez vu tout au long du week-end, notamment si vous nous suiviez sur Twitter, une petite équipe d'Elbakin.net était sur place et elle est revenue de Nantes avec plein de bonnes choses pour les fans de Glen Cook. Le dossier ci-dessous, qui est appelé à s'étoffer au cours des prochains jours, contient un compte rendu de la conférence "Rencontre avec Glen Cook", une interview réalisée avec ActuSF et un article regroupant toutes les conférences auxquelles a participé l'auteur (au fur et à mesure de leur disponibilité). A venir également, une longue interview retranscrite de l'auteur, remplie d'informations sur ses prochains romans.
En attendant, si vous voulez en savoir plus sur les tomes de la Compagnie noire à paraître, sur une possible adaptation ciné du célèbre cycle, sur les débuts de l'auteur et sur de nombreuses autres choses, suivez le guide :

Sommaire :
  1. Compte rendu de la conférence "Rencontre avec Glen Cook"
  2. Notre première interview de Glen Cook, en vidéo
  3. Les autres conférences avec Glen Cook


MàJ du 22 novembre 2011 : Les conférences de Glen Cook sont maintenant toutes en ligne, notamment la très intéressante rencontre entre l'auteur et Didier Graffet, qui a illustré la Compagnie noire et les Instrumentalités de la Nuit.

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Compte rendu de la conférence "Rencontre avec Glen Cook"

La conférence, modérée par Jérôme Vincent, a eu lieu le vendredi 11 novembre lors des Utopiales de Nantes. ActuSF l’a filmée et a mis en ligne la vidéo visible ci-dessous ainsi que l'enregistrement audio. Nous vous en proposons un compte-rendu.

Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à écrire, Glen Cook avoue avoir commencé à lire très tôt et en grande quantité. D’abord des westerns puis de la science-fiction et, plus tard, de la fantasy avec des auteurs comme Jack Vance, Fritz Leiber ou encore Tolkien, qu’il relit régulièrement. Il n’est pas sûr de l’attrait qu’exerce sur lui le genre ; peut-être simplement une envie d’évasion et d’aventure ? C’est en tout cas ce qu’il lit et ce qu’il fait de mieux. Ses premiers écrits sont avant tout motivés par l’envie de faire comme ce qu’on aime, à savoir, pour Glen Cook, des choses proches de Vance, Leiber,… Il commence à écrire à 11 ans, alors qu’il est malade, et rédige The Hawk, sur la Guerre de Sécession, qu’il qualifie plus du récit d’une bataille entre des Confédérés et une troupe de l’Union du point de vue d’un faucon qui survole le champ de bataille que de véritable roman.

Il raconte également son parcours professionnel et la manière dont celui-ci a façonné sa carrière d’écrivain. Après son service à la Navy, il est allé à l’université où il s’est rendu compte qu’écrire, et qu’écrire bien, lui permettait d’avoir de meilleures notes. Une fois embauché chez General Motors, il n’a cependant plus eu de temps pour écrire sauf quand il travaillait dans une usine de munitions lors de la Guerre du Vietnam. Il a alors eu tout le temps pour lire tout ce qui lui passait sous la main, y compris un grand nombre de très mauvais livres. Si mauvais qu’il en est venu à une constatation très simple : « Je peux faire mieux ». Mais la décision de se lancer dans l’écriture professionnelle ne fait pas tout ; Cook a eu également beaucoup de chance. Il a commencé par participer à un atelier d’écriture SF tenu, entre autres auteurs de renom, par Fritz Leiber, qu’il considère encore maintenant comme une de ses grandes sources d’inspiration. Il a ainsi eu la possibilité de rencontrer des auteurs, des éditeurs,… Une fois introduit dans le milieu, on lui a proposé d’écrire un roman à partir d’une nouvelle, ce qui donnera The Heirs of Babylon.

Cook 1Cook parle ensuite de la genèse de certaines de ses séries comme le Dread Empire et la Compagnie noire. Il raconte par exemple l’accouchement très difficile d’un point de vue éditorial du premier tome du Dread Empire, A Shadow of All Night Falling. En effet, son premier éditeur a fait faillite et l’usine de fabrication de son deuxième éditeur a pris feu, forçant l’éditeur en question à arrêter sa production pour se concentrer sur les meilleures ventes, dont Cook ne faisait naturellement pas partie. A l’origine, la Compagnie noire ne devait être qu’un one shot avec pour idée principale de situer le récit du point de vue du soldat de base qui bosse pour un grand méchant façon Sauron. Un des thèmes du roman était alors que les troufions à la solde de ce Seigneur Ténébreux ne font que vivre de la seule façon qu’ils connaissent : en tuant et en pillant. Pour l’anecdote, le premier tome de ce qui deviendra les Annales de la Compagnie noire a été proposé à un éditeur de romans d’horreur. Réponse : « C’est trop sombre, trop désespéré ». Un comble. La réponse est donc d’abord négative puis l’éditeur – ou plutôt l’éditrice, puisqu’il s’agissait de Harriet McDougal, la femme de Robert Jordan, pas encore célèbre pour sa Roue du temps – rappelle Glen Cook quatre semaines plus tard en lui disant : « Je ne peux pas oublier les personnages. Je ne peux pas oublier l’histoire. Je change d’avis : je publie le roman ». Mais certains changements sont quand même nécessaires. Un rendez-vous est organisé lors d’une convention. Après de nombreux verres, Harriet McDougal convaincra Glen Cook à transformer cet essai en trilogie avec un arc scénaristique et à adoucir un peu le ton en transformant des soldats foncièrement mauvais en mercenaires un brin plus héroïques, capables de faire la différence entre le bien et le mal, voire même à parfois faire le bien. Après le troisième tome, un quatrième s’impose à l’esprit de l’auteur, puis un cinquième, un sixième,… pour finalement former une grande saga.

Une saga qui n’est pas encore terminée ! Vous le saviez peut-être mais l’auteur a déjà parlé de deux nouveaux tomes dont on ne connaissait que les titres : Port of Shadows et A Pitiless Rain. Mais, lors de sa conférence, Cook a dévoilé en quoi ils consisteraient. Port of Shadows est déjà partiellement écrit et se situera entre La Compagnie noire et Le Château noir, les premier et deuxième tomes. Au risque de spoiler l’interview dont on vous proposera rapidement une retranscription, Glen Cook dit que le livre devrait sortir en VO d’ici deux ans. A Pitiless Rain, quant à lui, poursuivra les aventures de la Compagnie noire au-delà de Soldats de pierre et parlera des enfants de la Compagnie. On retrouvera également Toubib tel qu’on l’a laissé (n’en dévoilons pas trop pour ceux qui n’auraient pas fini la lecture du cycle).

Parlant de ses méthodes de travail, Glen Cook avoue qu’il se bat parfois avec ses personnages pour leur faire faire des choses, ce qui donne lieu à de nombreuses surprises, notamment dans Garrett, détective privé. S’il connaît assez les personnages de la Compagnie noire pour ne pas être surpris, ce n’est pas le cas des habitants de Tonnefaire, la principale ville de l’univers de Garrett. Il raconte par exemple une anecdote très révélatrice. A un moment de la rédaction du premier tome de Garrett, détective privé, son héros lui a fait écrire « Il est temps d’aller voir l’Homme Mort ». Cook n’avait alors aucune idée de qui il s’agissait et s’est vu obligé de créer le personnage de l’Homme Mort, une créature dont la chair est décédée depuis longtemps mais dont l’esprit reste bien vif, jusqu’à être capable de communiquer de manière télépathique. Au rayon anecdotes, en voilà d’autres. S’il a écrit Garrett, détective privé avant de lire du Pratchett, il reconnaît néanmoins la ressemblance de son univers avec le Disque-Monde, notamment entre les villes de Tonnefaire et d’Anhk-Morpork. Il ne faut pas être devin pour se rendre compte que ce cycle est un pastiche des romans de détective, mais saviez-vous que si Cook a déplacé l’histoire dans un univers de fantasy, c’est uniquement sur demande de son éditeur, peu optimiste sur les ventes d’une histoire de détective sans ce label fantasy ?

Quoi qu’il en soit, même après autant d’années dans le milieu, Glen Cook prend toujours autant de plaisir à écrire. Curieusement, il dit ne pas trouver ses œuvres sombres puisqu’il ne fait que parler de réactions normales de l’être humain face à un univers dur. Il utilise notamment de nombreuses choses qu’il a vues dans l’armée ou qu’on lui a rapportées. Il s’inspire aussi souvent de l’Histoire pour des idées. C’est bien entendu très visible dans les Instrumentalités de la nuit, cycle qui se déroule dans un univers au contexte historique très proche du XIIème siècle européen, mais c’est aussi vrai pour le Dread Empire, en partie basé sur la Guerre de Cent Ans.

Cook 2L’auteur est ensuite interrogé sur son rythme d’écriture. Dans les années 80, il publiait parfois plusieurs livres par an. Ce n’est plus le cas maintenant. Aurait-il ralenti ? La réponse est plus simple : dans les années 80, il avait des stocks de livres écrits dans les années 70. De plus, les romans étaient plus courts à cause de problèmes liés à l’impression. Maintenant non seulement les techniques d’impression sont plus avancées mais l’informatique permet aussi de faire plus long parce que le processus de correction et de réécriture est plus simple et moins fastidieux. Ceci dit, il est bien conscient qu’il écrit des romans courts, comparé à d’autres auteurs de fantasy. Et de citer Steven Erikson et ses pavés de plus de 1000 pages pour exemple.

Place ensuite à une question du public des plus intéressantes : avec le succès actuel de Game of Thrones, l’auteur a-t-il déjà songé à une adaptation de ses romans ? Eh bien, figurez-vous que son agent est actuellement en négociations, même si ça a toujours été un peu le cas. Des producteurs d’Indiana Jones et des préquelles Star Wars seraient intéressés. Ils réfléchiraient même au format : film ou série ? Mais Glen Cook est bien en mal de dire si ce projet aboutira un jour.

La conférence revient ensuite sur le Dread Empire. Cook avait à l’origine prévu un cycle en 14 volumes, dont des nouvelles. Il voyait ça comme un très long roman retraçant toute la vie de plusieurs personnages : certains meurent, d’autres deviennent des rois. Mais c’est un cycle qui n’a jamais été un succès commercial parce que le lecteur doit s’impliquer et réfléchir : les titres des chapitres sont importants, les noms des personnages ont une signification bien précise,… De toute façon, qu’il ne soit pas populaire comme Stephen King ne l’empêche pas d’être très heureux dans sa vie. Cook parle ensuite du vol du manuscrit de The Wrath of Kings lors d’une fête de fans d’environ 150 personnes organisée chez lui. Vingt ans plus tard, il en recommencera l’écriture, sous le titre de A Path to the Coldness of Heart (là encore, nous vous en reparlerons dans l’interview), avec seulement ses souvenirs et la copie carbone de quelques pages. Une copie de son roman porno a également été dérobée par la même occasion. Plus de détails à venir avec l’interview.

S’ensuivent d’autres questions du public pour conclure la rencontre. On y apprend par exemple que le héros de la Compagnie noire, c’est la Compagnie noire et non ses membres : certains mercenaires meurent, certains partent puis reviennent,… Toubib est certes central au récit mais n’en est pas le protagoniste. Glen Cook considère la Plaine de la peur, ce lieu très étrange où se réfugie la Compagnie, comme de la fantasy dans la fantasy. Détail intriguant, ces passages sont en fait des extraits d’un autre roman qui a été phagocyté par la Compagnie noire. Pour Cook, être bizarre est ce qui l’amuse le plus.

En conclusion et en lien avec le thème des Utopiales 2011, l’auteur confirme que le changement du ton et des détails de l’histoire avec l’alternance des annalistes est parfaitement voulu : l’Histoire est le point de vue de ceux qui la racontent.

  1. Compte rendu de la conférence "Rencontre avec Glen Cook"
  2. Notre première interview de Glen Cook
  3. Les autres conférences avec Glen Cook

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