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La Marque

Titre VO: Kushiel's Dart

Tome 1 du cycle : Kushiel
ISBN : 978-235294237-5
Catégorie : Aucune
Auteur : Jacqueline Carey

Phèdre nó Delaunay a été vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant.
Habitant désormais la demeure d’un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l’histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout… les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d’elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes.
Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque. Or, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches, qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple.

Critique

Par Gillossen, le 14/01/2009

Et s’il avait fallu attendre le mois de novembre pour découvrir la sensation fantasy de l’année ? S’il y avait bien une (première) trilogie à succès à voir arriver en France, c’était, qui plus est, celle-ci. Les allusions et les influences d’une certaine idée d’une Renaissance flamboyante à la française ne manquent pas.
Mais, avec son univers, Jacqueline Carey va bien plus loin qu’une Sarah Ash avec sa Francia, pour ne citer qu’un seul exemple, et sans rechercher la comparaison frontale qui n’a pas lieu d’être. Terre d’Ange semble ne jamais devoir totalement se dévoiler, et affiche une histoire et des principes fascinants. Dans le sens où, toute question d’érotisme mise à part, et comme cela arrive finalement bien trop rarement, l’auteur a su façonner un véritable univers, capiteux, riche, et tour à tour dangereux, lumineux, ou ténébreux. Mieux encore : malgré sa profondeur et l’originalité de ses créations ou variations autour de principes bien connus (à commencer par le volet religieux) de notre culture, Jacqueline Carey évite l’écueil d’une exposition lourde ou finalement agaçante. C’est même un continent entier qui se découvre, un continent tangible, consistant.
Il fallait pour le peupler des personnages à la hauteur. C’est le cas. à commencer par Phèdre nó Delaunay, la narratrice, évidemment. C’est à travers son témoignage et son récit que le lecteur revit son histoire, de son enfance à des événements bien plus lointains, qui forgeront son caractère et sa destinée. L’occasion aussi pour l’auteur d’user de ce type de narration à sa guise pour jouer sur les zones d’ombre et les non-dits ou bien au contraire pour plonger au plus intime de son être. Les seconds rôles abondent, et nombreux seront ceux qui se distingueront au fil des pages, même si leurs apparitions ne sont parfois que fugaces. Il en faut parfois “peu” pour marquer les esprits !
Sur le plan des intrigues de palais, des complots, des espions et des assassinats glaciaux au détour d’un couloir sombre, Carey brode une intrigue complexe, efficace, souvent élégante et cruelle, mais pas spécialement originale sur ce plan pour autant. C’est solide, parfois haletant, toujours prenant, mais difficile de considérer que c’est là que réside la plus grande force de ce roman puissant et touffu, où il est question pour les personnages principaux d’éviter une menace ciblée, comme souvent en fantasy.
Mais, là encore, l’auteur fait preuve d’une vraie maîtrise, aidée par une plume directe et enlevée, qui sait s’arrêter avant de tomber dans les longueurs ou d’aborder les écueils d’un style ampoulé.
Mais il serait encore plus ardu de rédiger une chronique de celui-ci sans évoquer sa fibre érotique. Mis largement en avant par son éditeur, il est certain qu’on ne peut la nier. Les habitants de Terre d’Ange affiche des mœurs pour le moins libres. Toutefois, s’il y a bien une comparaison éditoriale qui ne tient pas, c’est celle qui établit un parallèle avec les écrits de Goodkind, sans doute pour rassurer les acheteurs potentiels pour cette sortie hors des sentiers battus et surtout convenus.
Car point de fascination morbide ou de délires graveleux ici. Et si le désir parfois plus que les sentiments ou les propos crus ne manquent pas, si les descriptions, inventives, succulentes, ou beaucoup plus glaçantes ne sont pas pudiquement écartées, il s’agit seulement de donner corps à cet univers si particulier, à ses croyances, ses luttes intestines, et la nature d’anguissette de l’héroïne, une jeune femme loin de se limiter au rôle de pauvre petite chose ou de simple objet à la merci des appétits d’autrui.
Une entrée en scène assurément remarquée, voire remarquable !

8.5/10

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