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Interview de Jacqueline Carey pour Naamah’s Blessing

Par Nak, le mardi 9 août 2011 à 15:00:00

CareyPour les fans de l’auteur de la série Kushiel, Jacqueline Carey, la récente publication de Naamah’s Blessing, le troisième livre de la série Naamah, doit être une expérience un peu douce-amère…
Car c’est bel et bien la fin de la trilogie et on en veut toujours plus, malgré les nombreuses réponses offertes aux lecteurs et au personnage principal, Moirin. La série a lieu sur une Terre revisitée par Carey, ou les anges et les humains se sont mélangés, entre autres concepts intéressants. Pour en savoir un peu plus sur ce qui a amené l’auteur à suivre ces pistes, plongez-vous dans l’interview !
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L'interview traduite

Pouvez-vous décrire l’endroit où vous êtes au moment où vous répondez à ces questions ?
Je suis terrée dans ma tanière, c’est-à-dire dans mon bureau à la maison. Les murs sont d’un vert pomme empoisonnée, une teinte suggérée par ma décoratrice que j’avais acceptée pour des raisons qui m’échappent aujourd’hui. Mon bureau fait face à une fenêtre qui est obscurcie par un immense pin Ent qui pourrait bien détruire un jour toute la maison. De grandes bibliothèques sont adossées aux murs, contenant des centaines de livres de recherches, plusieurs éditions de mon propre travail et quelques livres pour enfants que j’adore… Tout ça parmi une panoplie de babioles et de souvenirs incluant une réplique d’une coupe minoenne pour des libations, une sculpture sur bois de Yoruba, une figurine de Xena : Princesse Guerrière, un Chat porte chance, et le buste d’une Gorgone qui porte un chapeau sympa sur lequel il y a écrit Bonne Année.
La série Naamah prend place des siècles après les deux autres trilogies qui ont lieu dans cet environnement. Quels ont été les principaux challenges pour ré-imaginer le même monde dans un temps très éloigné ? Et pourquoi avez-vous décidé de faire ce bond ?
J’ai décidé de faire un bond pour permettre aux personnages des deux premières trilogies de Kushiel de passer gracieusement dans la légende. Ça m'a semblé être le meilleur choix. Après tout ce que je leur ai fait subir, ils le méritaient ! Et en termes purement pragmatiques, ça m’a libérée de la nécessité d’ajouter des milliers de pages sur l’histoire des personnages et ça m’a permis de regarder ce monde avec des yeux neufs. Le plus grand défi a été d’aborder la découverte du Nouveau Monde et de décider comment j’allais réécrire une page de l’histoire qui était bien plus familière pour un lecteur moyen contemporain que ce n’était le cas dans les trilogies précédentes.
Comment maintenez-vous l’équilibre dans ces romans entre l’ampleur de l’histoire, pour ainsi dire, et les vies intimes, personnelles de vos personnages ?
Même si j’aime le sentiment de grandeur et de merveilles qu’une intrigue épique, remplie de magie et d’aventure, peut évoquer, ce qui pour moi enracine une histoire – même une de Fantasy, et peut-être surtout de Fantasy – dans la réalité c’est l’intégrité émotionnelle et psychologique de ses personnages. De plus, il y a une tension dramatique inhérente qui résonne en moi dans l’interaction de l’intime et de l’épique. Donc j’essaie de ne jamais perdre de vue aucun de ces éléments. Écrire à la première personne aide, puisque c’est intime par nature et une voix personnelle.
Quel genre de recherches faites-vous pour ces romans ?
Voyager est un élément clé. C’est une part importante de mon inspiration. Au dernier décompte, j’ai visité quasiment la moitié des endroits que je décris ; et si j’avais le temps et l’argent pour tout visiter, je le ferais ! Mais puisque ce n’est pas possible, je m’appuie sur tout un tas de bon vieux livres de recherches. Une fois que je connais l’itinéraire général d’un roman, je lis énormément pour élaborer le contexte et je prends des notes que je pourrai consulter en chemin. Internet est super pour trouver des informations précises dans l’instant, comme quand j’ai absolument besoin de savoir très vite quelle est le taux de salinité d’un iceberg, ou pour creuser quelques aspects ésotériques qui ont ou pas une source fiable, tant qu’elles sont assez plausibles pour ce que je veux en faire. Dernièrement, (ok, depuis que j’ai Netflix), je vois les documentaires d’un autre œil. Et parfois être un peu original est payant. Je n’ai pas pu voyager sur l’Amazone, mais le Shedd Aquarium de Chicago a fait une exposition juste au bon moment, ce qui a permis une expérience un peu plus viscérale que ce qui sortait de mes livres de recherche.
Votre version alternative du Nouveau Monde, Terra Nova, est très cool, je ne vois pas d’autre mot. Qu’est-ce qui rend votre vision de l’histoire individuelle et unique dans votre fiction ?
Merci ! Un de mes lecteurs a surnommé la façon dont j’écris de la fantasy historique alternative comme un style de cafétéria, à cause de la façon dont je choisis et je prends ce que je veux parmi les multiples éléments de l’histoire, fabriquant une multitude d’altérations plutôt que de partir sur un Et si ? central. J’ai repris le terme à mon compte, je trouve que c’est une description assez juste. En conséquence, les livres contiennent un tas d’éléments qui me frappent parce qu’ils sont cool, des choses que je rencontre dans mes recherches et pour lesquelles je dis : Oh ça, ça va TROP aller dans le bouquin. J’aime être capable de ressusciter le passé et de réécrire l’histoire pour qu’un truc aussi magnifique que la chaussée de Tenochtitlan ne soit pas oublié.
Comment votre lectorat a-t-il répondu à votre dernier livre ? Et comment a-t-il répondu à l’éloignement de la période à laquelle il était familier dans les deux premières trilogies ?
Jusqu’ici la réponse de mes lecteurs à Naamah’s Blessing a été super. C’est assez amusant de faire un métier dans lequel vous savez que vous avez fait un bon travail quand les gens vous disent que vous les avez tenus éveillés jusqu’à une heure avancée de la nuit et que vous les avez fait pleurer ! Mais je sais que certains ont été déçus de l’éloignement temporel au début de la trilogie, et auraient préféré que je présente l’histoire d’autres personnages des deux premières qu’ils avaient adorés, ou au moins la génération juste après. J’espère qu’ils m’ont pardonnée.
Qu’avez-vous appris en écrivant le personnage de Moirin ? Et est-ce que votre vision de Moirin a changé au cours de la trilogie ?
Ça peut paraître banal, mais une des choses que j’aime le plus chez Moirin c’est que sa plus grande force est sa gentillesse innée. Elle peut être impulsive et irréfléchie mais elle est prompte à offrir réconfort et soulagement à ceux qui en ont besoin. Ok, ça peut venir par le sexe plus souvent qu’on en a l’expérience dans le monde réel, mais c’est quand même une leçon de compassion qui n’est pas si mal de garder en tête. Je pense qu’elle a grandi tout au long de la trilogie, qu’elle est devenue plus mure et plus réfléchie.
Après avoir vécu avec Moirin dans votre tête pendant un bon moment, est-ce que certaines scènes de ce roman final ont été difficiles à écrire ?
La scène culminante de Qusqu a été dure. Je ne veux pas spoiler, mais c’est un retournement inhabituel par rapport aux thèmes de sacrifice et de triomphe des quêtes classiques de fantasy, dans le fait que ce n’est pas Moirin, l’héroïne, qui est l’instrument final de la rédemption dans ce conflit. Tout faire pour que ça marche, et essayer d’exprimer une sorte de terrible beauté dans le processus, a été un challenge créatif considérable. Et bien sûr, c’est toujours difficile d’écrire FIN, de dire au revoir après avoir vécu si intimement ensemble pendant si longtemps.
Est-ce que vous considérez l’utilisation de la magie dans vos livres comme fondamentalement bénéfique ou… ?
Je la vois comme une épée à double tranchant, pouvant être brandie pour le bien ou le mal. Moirin a inconsidérément utilisé sa propre magie dans le premier livre, Naamah’s Kiss et a relâché une dangereuse force sur le monde. Dans Naamah’s Blessing, elle est confrontée aux conséquences de cette erreur et doit utiliser ses dons pour redresser la balance.
Quelle partie de votre travail avez-vous le plus apprécié ?
J’ai adoré toute la séquence sur Terra Nova, et surtout le voyage sur la rivière. Pour moi, c’est comme un hommage au genre d’aventures que j’adorais quand j’étais enfant, combinant un sens de nouveauté et de merveilles avec le danger et la beauté.
Est-ce que vous travaillez sur un nouveau roman, et à quoi les lecteurs peuvent-ils s’attendre en termes de période dans le temps et de personnages ?
Oui je travaille sur quelque chose de complètement différent ! Ça se classerait probablement en fantasy urbaine, même si le cadre est une petite ville touristique du Midwest. L’héroïne, Daisy, est une HellSpawn peu enthousiaste qui a été élevée par une mère célibataire (une sorte de Gilmore Girls si le père de Rory avait été un incube). Je sais que le sous-genre est un créneau déjà très occupé, mais je m’amuse beaucoup à l'aborder à ma façon !

Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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