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Je suis fille de rage

ISBN : 978-236629477-4
Catégorie : Aucune
Auteur : Jean-Laurent Del Socorro

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Critique

Par Gilthanas, le 03/11/2019

Après deux romans qui ont marqué le paysage de la fantasy française pour leurs nombreuses qualités, Jean-Laurent Del Socorro nous livre aujourd’hui son livre sûrement le plus abouti, et ce n’est pas peu dire. Prenant pour cadre la guerre de Sécession qui a déchiré les Etats-Unis de 1861 à 1865, l’auteur nous offre un récit de ce drame sous forme épistolaire (mais pas que), à travers les yeux de personnages des camps unionistes et confédérés. On retrouve parmi eux des figures historiques, comme les généraux Grant ou Lee, mais aussi des anonymes dont le rôle s’avère cependant capital (mention spéciale à Minuit et à « la fille qui n’a plus de père »). L’ouvrage s’articule autour du personnage d’Abraham Lincoln et de la Mort (qui s’exprime ici en italique et non en majuscules). La Mort qui est d’ailleurs la caution fantasy de cet ouvrage, car sans elle, « Je suis fille de rage » ferait figure de roman historique. Et c’est peut-être là le principal défaut du livre.
En effet, l’intrigue, qui se base sur des faits réels, se tiendrait très bien sans les passages se déroulant dans le bureau d’Abe. Pire, ces passages se passeraient de la présence de la Mort qu’ils seraient tout à fait viables. Alors pourquoi l’ajout de ce personnage ? Jean-Laurent Del Socorro aurait eu mille et une façons d’ajouter une touche de fantasy à son histoire, alors pourquoi avoir choisi celle-ci ? Sans avoir la prétention d’entrer dans l’esprit de l’auteur, on peut avancer que le choix de la Mort incarnée est sûrement celui qui sert le mieux le récit. On vit la guerre à travers les yeux de différents personnages, des premières heures du conflit où l’optimisme béat règne aux champs de bataille de Gettysburg ou de Spotsylvania transformés en charniers, jusqu’à l’assassinat de Lincoln par John Wilkes Booth. Pendant ce temps, la Mort, véritable conscience de Lincoln, trace des traits à la craie sur les murs tout en dialoguant avec Lincoln. Chaque trait représente un mort du conflit. Et cette simple action rend l’horreur des batailles encore plus grande, où tombent par milliers les frères ennemis. Difficile de s’attacher aux différents personnages inventés par l’auteur (les « historiques » connus du lecteur n’ont pas cet aspect « si je tourne la page, il/elle sera peut-être mort ») tant la violence du conflit fait qu’ils sont nombreux à tomber, au champ d’honneur ou massacrés dans une ville ravagée par les pillages.
Il est indéniable qu’un travail préparatoire a été fait en amont du travail d’écriture. L’auteur s’est pleinement imprégné de l’époque, de la chronologie, des événements, allant même jusqu’à traduire lui-même (et à les intégrer dans le récit) des lettres et des Unes de l’époque. Il a su retranscrire dans son roman les mentalités de l’époque, sans tomber dans le négationnisme ou le révisionnisme : le Sud avec ses généraux chevaleresques mais aussi avec l’esclavage chevillé au corps ; le Nord industriel, aux généraux souvent inférieurs voir incompétents, son racisme latent mais ses idéaux qui l’ont porté. Bien entendu, il est certain qu’un historien spécialiste de l’époque trouvait à redire sur certains points, mais dans l’ensemble, l’état d’esprit de l’époque est fidèlement retranscrit, et immersif. Que cela soit dans les passages épistolaires ou aux plus romancés, le style de l’auteur fait mouche. Il nous entraîne dans un récit de la guerre de sécession où le courage côtoie la lâcheté, où le moindre coup de feu peut décider du sort de la guerre, où l’humain se révèle aux moments les plus inattendus.
Au final, peu importe que la touche fantasy soit légère. Les mots de Jean-Laurent Del Socorro nous prennent aux tripes, et nous transporte au milieu de l’horreur, là où seul l’espoir fait tenir debout les hommes et les femmes qui ont vécu cette guerre. On dévore les pages les unes après les autres sans voir défiler les heures : ce qui défile devant nous, ce sont ces vies, brisées ou sauvegardées, mais finalement bien réelles. Et si l’on sait que certains passages historiques sont romancés, voir inventés, on ne peut s’empêcher, une fois le livre refermé, d’avoir une pensée pour tous les Sam, les Minuit, les Kate, les Willy où les Caroline que les livres d’Histoire ont oublié, mais qui sont les véritables héros de cette tragédie dont les échos résonnent encore si fort aujourd’hui.

9.0/10

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