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Game of Thrones saison 8, le grand récap

Par Zakath, le lundi 20 mai 2019 à 09:30:00

Episode 8.06 : The Iron Throne

GoT Avant la diffusion du tout dernier épisode de la série, on pouvait s’amuser à essayer de deviner quel en serait le titre. J’avais misé sur A Dream of Spring, celui prévu pour le dernier volume de la saga de GRR Martin, un pari peu risqué puisque les scénaristes avaient déjà intitulé certains épisodes à partir de tomes de la version papier.

A Time for Wolves n’était pas une mauvaise supposition non plus puisqu’il avait été envisagé un temps par l’auteur. En fin de compte, les scénaristes ont opté pour The Iron Throne. Un choix moins poétique mais qui remet au centre de la conclusion une des questions qu’on se posait depuis que la série a débarqué sur les écrans en 2011 (ou encore plus tôt, évidemment, à la lecture de l’œuvre d’origine) : qui allait finir dessus ? On avait imaginé le personnage le plus avisé politiquement. Le personnage au sens moral le plus élevé. Le personnage dont la naissance lui accordait la plus grande légitimité. Le personnage qui cumulerait le maximum de ces traits. Généralement avec en tête celui ou celle qui aurait démontré le mériter le plus. On avait également évoqué l’idée que le trône ne survive pas à un conflit de trop. On a enfin la réponse, mais il faut se montrer un peu patient en entamant l’épisode.

The Iron Throne, dans son rythme, n’est pas sans rappeler les épisodes qui concluaient les premières saisons : le choc avait eu lieu dans le précédent, il s’agissait alors pour le spectateur de reprendre son souffle, et pour les personnages ayant survécu de se repositionner dans le jeu. Le tout menant tranquillement à une dernière scène suffisamment remuante pour qu’on soit impatient de découvrir la suite, ce qui, forcément, n’a plus sa place cette fois-ci. On abandonne donc tout aspect épique, ce qui est compréhensible puisque le temps des batailles est passé, mais si les scénaristes David Benioff et D.B. Weiss, également derrière la caméra, font un boulot correct en termes de réalisation, avec quelques idées visuelles (les « ailes » de Daenerys par exemple), ils peinent néanmoins à rendre les nombreuses scènes de dialogue plus passionnantes qu’elles ne le sont.

On peut diviser ce finale en deux parties bien distinctes : le problème Daenerys d’abord, et qu’est-ce qu’on fait sans Daenerys, ensuite. L’extrémisme de la Mère des Dragons n’est pas nouveau, il était surtout contenu par quelques conseillers de confiance et dirigé vers des gens que, contrairement aux habitants de Westeros, on n’avait pas appris à apprécier et dont le peu qu’on en voyait ne donnait pas envie de faire plus amplement connaissance. Elle a également toujours été reconnue comme une conquérante, aussi ne faut-il pas s’étonner que sans aucun frein, le sort des Sept Couronnes ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Tyrion est le premier à montrer son désaccord face au nouveau monde qu’elle veut instaurer en jetant son insigne de Main, un geste qui aurait eu nettement plus de superbe s’il s’était montré davantage compétent ces derniers temps. Après quoi la seule question était de savoir qui allait tuer Daenerys et il n’est pas plus mal que ce soit Jon qui s’en charge. Celui qui est désormais le dernier des Targaryen donnait l’impression d’errer sans trop de but après la destruction des Marcheurs Blancs, sa fidélité envers Daenerys tenant plus à un sens de la loyauté bien implanté qu’à autre chose. Il lui aura fallu un temps frustrant pour se décider, bien que cela corresponde à son caractère, mais il passe à l’acte.

Il est tout de même dommage que cette scène-clé n’atteigne pas les sommets espérés. Drogon détruisant le trône une bonne fois pour toutes avant d’emporter Daenerys vers un horizon lointain (Valyria serait la destination la plus probable : lieu d’origine des Targaryen, on y avait aperçu le dragon en saison 5) avait quelque chose d’arthurien dans l’esprit et le parcours de Daenerys offre une belle tragédie, le personnage, rattrapé par ses propres failles, perdant ce pour quoi il s’est battu à peine la récompense à portée de main. Que le tout s’accomplisse sous l’air éternellement ahuri et tristounet d’un Jon qui ne sait pas trop où se mettre en diminue l’impact.

Après une ellipse, histoire que tous les partis en place arrivent à Port Réal (encore une fois, difficile de deviner quel laps de temps s’est écoulé, même si quelques coups de balais pour chasser les cendres et les barbes fournies de Tyrion et Jon suffisent à comprendre que les grands de ce monde ne se sont pas téléportés), on entre dans la deuxième partie de l’épisode. Il n’y a plus de trône en tant qu’objet, mais en tant que concept, il existe toujours et il faut bien l’occuper. Ce sera donc le rôle de Bran, le personnage peut-être le plus éloigné des intrigues de pouvoir et dont pourtant l’indiscrétion dans le tout premier épisode a contribué à nous plonger dans lesdites intrigues. Évidemment, Bran roi, cela ressemble à un ultime pied de nez, la dernière personne sur laquelle on aurait parié et donc celle choisie uniquement pour surprendre. Tel que Tyrion l’amène, cela a néanmoins un sens. Bran en tant que personne n’a pas grande importance, on peut d’ailleurs considérer que Bran en tant que personne a quitté l’immeuble depuis un moment déjà. Toutefois, quand on spéculait sur l’identité de celui ou celle qui coifferait la couronne, une question se posait : mettons Daenerys, Jon, Sansa, Gendry ou Tyrion sur le trône et admettons qu’ils y soient compétents, n’allait-on pas revenir à la case départ ? Un retour des Targaryen, ou une nouvelle dynastie, n’était-ce pas simplement repousser le problème à la génération suivante, ou à celle d’après ? Aurait-on pu se contenter d’une solution pareille ?

Varys et Daenerys auront eu finalement une victoire posthume, d’une certaine manière : le premier voulait un monarque qui n’avait jamais cherché le pouvoir, et il est exaucé. Tout simplement, au lieu de Jon Snow, celui qui ne sait rien, il y aura Bran, l’encyclopédie vivante (à se demander pourquoi le poste de Maître des Chuchoteurs est toujours à pourvoir). Quant à Daenerys, elle souhaitait briser la roue, et si ce n’est pas de la façon qu’elle espérait, il n’y avait pas meilleure manière de le faire que de changer de modèle politique. Certes, le concept de démocratie, évoqué par ce brave Sam, est accueilli par des quolibets à peine énoncé, ce qui n’est pas étonnant de la part de grands seigneurs, mais une monarchie élective avec une figure de proue autour de laquelle on brode une belle histoire pour fédérer mais qui laisse les mains libres à son conseil permet d’éviter un finale qui se serait contenté de redémarrer le même cycle. Un système idéal, sans doute pas, mais au moins une volonté d’évolution, un désir de ne pas commettre encore les mêmes erreurs, quitte à en réaliser de nouvelles. Cela ne va pas sans facilités dans la mise en place : Ver Gris, qu’on a connu plus expéditif, a été bien urbain de garder Tyrion et Jon en vie le temps que d’autres décident de leur sort, et le beau discours du dernier Lannister est accepté sans trop d’encombre alors que plus de réalisme aurait exigé plusieurs épisodes de débats et de tractations, mais on comprend le besoin de se montrer synthétique et qu’après de longues années de guerre, l’assistance préfère s’accorder sur une solution comme celle-ci plutôt que de repartir au front (on saluera en passant le retour d’Edmure, venu disputer à Euron son titre de tonton tocard sans savoir que le match était déjà terminé, et un Robin Arryn sur qui la puberté a accompli de tels miracles qu’il faut attendre le générique de fin pour s’assurer que c’est bien lui à côté de ser Yohn Royce).

Les dernières minutes consistent finalement à passer en revue les personnages dans leur nouvelle existence, mais c’est suffisamment bien fait, et leur place est suffisamment appropriée (avec une petite touche de cynisme dans le cas de la promotion de Bronn pour éviter quelque chose de trop sucré) pour s’en satisfaire : Davos, Sam et Tyrion dans leur rôle de conseillers et d’administrateurs avisés, Brienne et Pod membres de la Garde royale... Surtout, les Stark, grands perdants des premières saisons, seront finalement ceux qui sortent en meilleur état, « ''a time for wolves'' », en effet : en plus de Bran, Sansa, reine du Nord, comme elle s’y préparait depuis un moment, Arya partie explorer de nouveaux horizons, et Jon (qui renoue enfin avec Ghost après l’avoir honteusement snobé, ce qui semble à nouveau symboliser, ou surligner, à quel côté de son ascendance il se rallie) reprenant le chemin du Mur, seule destination qu’il avait lui-même choisie en début de série, bien que les nouvelles relations nouées avec les Sauvageons changent la donne. Le montage parallèle de ces personnages s’achève d’ailleurs sur un renvoi direct à l’introduction de la série, en miroir : une nouvelle fois, on s’aventure au-delà du Mur, mais avec les Sauvageons comme compagnons et non pour surveiller ce qu’ils manigancent, alors que les premiers signes du printemps apparaissent.

Des dernières images qui bouclent la série de manière adéquate. Une série qu’on aurait voulu voir se terminer en apothéose, gommant ses défauts et ne gardant que ce qu’elle avait de meilleur pour le bouquet final. Ce n’est clairement pas ce qu’il s’est passé, les derniers épisodes souffrant parfois dans la manière de faire passer une idée plus que dans l’idée elle-même, faisant sonner artificiellement des passages pourtant amenés parfois de longue date. Cependant, on a aussi eu droit à de grands moments, on a réussi à mener à terme les chemins d’un nombre conséquent de personnages avec un bon équilibre entre des surprises et des destins que l’on pouvait prévoir depuis un moment déjà, ce qui n’était pas une mince affaire, et ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’on voir arriver le générique de fin. Game of Thrones a également su montrer que l’on pouvait accorder de gros moyens à une série de fantasy ambitieuse et avoir un public important au rendez-vous. Il reste à voir ce que les nombreux projets d’adaptation découlant de ce succès feront de cet héritage ; en retenir ce qu’il y avait de réussi tout en tirant les leçons de ses erreurs, dans l’idéal.

  1. Episode 8.01 : Winterfell
  2. Episode 8.02 : A Knight of the Seven Kingdoms
  3. Episode 8.03 : The Long Night
  4. Episode 8.04 : The Last of the Starks
  5. Episode 8.05 : The Bells
  6. Episode 8.06 : The Iron Throne

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