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Utopiales 2007 : les entretiens

Par Linaka, le jeudi 29 novembre 2007 à 23:55:54

Notre entretien avec Greg Keyes

Quand avez-vous commencé à écrire ? Qui ou qu'est-ce qui vous y a poussé ?
J'ai commencé dès que j'ai compris qu'une telle chose existait. Oui, j'écrivais de petites histoires que ma mère lisait, ce genre de choses. Quand j'ai commencé à écrire sérieusement et que j'ai essayé d'être publié, j'avais la vingtaine. Je venais de terminer mon année à l'université, avant la licence. J'avais deux petits boulots pour aider ma femme à faire ses études, dont l'un de nuit. Alors j'ai pris une machine à écrire pour travailler. J'ai d'abord travaillé sur des nouvelles, mais je n'en ai jamais vendu une seule. Alors j'ai finalement décidé que je ne pouvais pas écrire des nouvelles, et que je devais écrire des romans.
Je m'y suis mis et j'ai décidé d'écrire un livre par an. C'est ce que j'ai fait, et heureusement, j'en ai vendu. Depuis je n'ai pas de problème.
Qu'est-ce qui vous a amené vers la littérature de l'imaginaire ? Pourquoi vous attire t-elle ?
C'est ce que j'ai toujours lu en grandissant.
Quand et avec quel livre avez-vous découvert la fantasy ?
J'ai découvert la fantasy tardivement, car je lisais de la science-fiction. J'en lis depuis l'âge de sept ans, avec Heinlein, Asimov, etc. Quand j'avais 13 ou 14 ans, peut-être, durant les années soixante-dix, les livres de Tolkien avaient ces couvertures totalement folles, avec des lézards et des choses de ce genre. Et je pensais que c'était de la science-fiction, je ne savais pas ce qu'était la fantasy. Alors j'ai pris le troisième tome, à la bibliothèque.
Une fois à la maison, j'ai commencé à lire et pour une raison quelconque j'ai pensé... Au début de ce livre, ils sont sur un cheval, Gandalf et Pippin ou quelqu'un d'autre sont sur un cheval. Je pensais qu'ils étaient dans un train ; alors pendant tout le premier chapitre, j'ai continué à penser que c'était de la science-fiction. Mais plus tard j'ai réalisé que ce n'en était pas. J'étais vraiment intéressé : voilà, c'est ainsi que j'ai découvert la fantasy. Et j'ai commencé à lire Ursula Le Guin, puis à explorer la fantasy.
Pouvez-vous nous en dire plus sur vos habitudes de travail ? Combien d'heures par jour passez-vous à écrire, où travaillez-vous, avez-vous des rituels ?
Il faut que je boive du café, mais je ne sais pas si c'est un rituel : j'en ai juste besoin. Mes habitudes ont changé ; quand j'essayais d'écrire un livre par an, j'écrivais seulement le soir. Puis plus tard quand je suis retourné à l'école, il fallait que j'écrive dans le temps où je n'avais pas cours.
Alors j'écrivais huit heures par jour, exactement comme un travail. Je me levais, prenais un café, écrivais pendant quatre heures, déjeunais, puis retour au travail jusqu'à cinq heures.
Maintenant, je suis devenu un peu plus paresseux, et j'ai aussi un fils de deux ans. Il reste à la maison avec moi et il me faut une nounou pour le garder pendant que je travaille. Alors j'écris moins d'heures par jour maintenant ; j'écris plutôt le soir, après que ma femme soit rentrée. Des rituels ? Non, je n'en vois pas vraiment.
Vous définiriez-vous comme un écrivain scriptural ou structural ? C'est à dire écrivez-vous en vous laissant guider par l'intrigue ou avez-vous besoin de définir une structure et un plan chapîtré précis avant de commencer ?
Eh bien, je fais les deux, parce que voilà comment je vends mes livres maintenant : j'écris les grandes lignes, et je dis : « C'est le livre que je vais écrire ». Puis ils me paient, puis je l'écris. Enfin, ils me paient partiellement, et si je n'écris pas le livre, je suis obligé de déménager à l'étranger ou quelque chose de ce genre, parce qu'il faut leur rendre l'argent alors qu'il est déjà dépensé.
Alors j'écris toujours un plan pour mes livres, un plan complet, et je ne le suis jamais. Quand je commence à écrire, les personnages commencent vraiment à faire plus ou moins ce qu'ils veulent. Dans un sens, c'est drôle. Avez-vous lu l'un de mes livres ?
Oui, j'ai lu L'Age de la Déraison.
Eh bien, Adrienne n'était même pas prévue dans le livre. Elle n'était pas dans l'esquisse. Vous voyez ce que je veux dire ?
Tout d'abord j'ai pensé : « J'ai besoin de placer le personnage à la cour française », et il fallait que ce soit une femme. Au début, elle devait être un personnage mineur et tout à coup, elle a pris de l'importance. Alors c'est un bon exemple.
Je me souviens qu'une fois, j'étais avec Terry Brooks et Steven Brust (il est plutôt sauvage, comme gars), et nous parlions de cela. Terry a dit : « Tu écris ton plan, tu suis ton plan, point final » et Steven Brust a répondu : « Mais c'est dingue, on ne sait pas où l'on va quand on commence à écrire, ce n'est pas drôle si tu sais où tout va aboutir ! ». Vous voyez, je suis plutôt entre les deux, parce que je fais des plans, mais mes plans.... je ne les suis jamais. Parce que je pense que je suis meilleur écrivain que « planificateur ». Quand je commence à écrire, j'ai de meilleures idées que quand j'écris le brouillon du roman, parce que les personnages commencent à parler, etc.
Quelles seraient selon vous les qualités essentielles pour un écrivain ? De la détermination, de l'auto-discipline, une facilité à accepter les critiques ... ?
Avant tout, je dis souvent aux gens que la véritable différence entre les gens qui écrivent des livres et les gens qui n'en écrivent pas, ce n'est pas le génie, ce n'est même pas d'avoir une histoire à raconter car tout le monde a une histoire à raconter ; non, c'est la capacité non-naturelle de s'asseoir et de le faire. Alors oui, il y a de la volonté.
Et c'est ce que je retrouve quand je parle à des personnes qui veulent écrire ; voilà leur discours général : « Oh, j'ai travaillé sur les grandes lignes, j'ai écris le premier chapitre six fois ». Et en effet, ce n'est pas toujours drôle d'écrire. Parfois ça l'est, je veux dire, ceci est visuel mais, si vous me voyiez écrire, la plupart du temps, voilà ce que vous verriez globalement : (Greg fait semblant de taper sur un clavier d'ordinateur, l'air profondément ennuyé). Mais de temps en temps, ça donne : (Greg dresse les poings vers le ciel d'un air victorieux, tout excité et dit « Waaaaaaaaaoww ! »). Et c'est parfait, vous voyez, et on se sent bien et ça me rend vraiment heureux. Parfois, je pleurniche, mais il y a de l'émotion véritable et de l'excitation quand quelque chose d'intéressant arrive et que je ne l'avais pas prévu.
Pour ce qui est d'accepter les critiques, je suis chanceux, les gens n'ont pas été trop critiques envers mes livres. Mais vous savez, occasionnellement, quelqu'un ne les aime pas - mais bon, il y a des livres que je n'aime pas et que d'autres personnes aiment, alors je ne suis pas trop sensible là-dessus. J'imagine que je ne fais pas reposer toute mon existence sur ce que les autres personnes pourraient aimer, vous savez, j'ai autre chose, ma famille...
Il est beaucoup plus facile d'accepter les conseils ...
Bien sûr, et d'ailleurs je pense à l'une des choses qui m'ont freiné au début, quand j'écrivais des nouvelles. Je les envoyais, et je recevais des critiques, et je ne réalisais pas à quel point cela était inhabituel. Normalement ils disent : « Nous ne voulons pas de votre histoire », d'une façon gentille, mais c'est ce qu'ils disent. Et au contraire, je recevais des conseils et ma réaction, quand j'avais vingt-deux ans, était : « Ces idiots ne comprennent pas mon génie ! ».
Ce n'est vraiment que quand j'ai commencé à accepter les critiques comme une façon d'améliorer mon écriture que je me suis vraiment amélioré. C'est aussi important d'être capable de distinguer les critiques valables des critiques qui ne le sont pas, et ceci peut être problématique.
Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
Je viens de lire deux livres que j'ai adorés, et aucun d'entre eux n'a quoi que ce soit à voir avec la science-fiction ou la fantasy. L'un s'appelle : Biographie Sentimentale de l'Huître, et c'est juste un petit livre sur les huîtres, comment les manger, comment les apprécier. C'est de M.F.K Fisher, elle l'a écrit en 1945, je crois. C'est un brillant écrivain, et il faut que vous lisiez ça. Je crois qu'elle a vécu en France quelque temps - mais depuis que je suis ici, j'apprécie vraiment les huîtres. Elles sont vraiment très bonnes.
Et l'autre livre était ... J'ai oublié le nom de l'auteur (NDT : l'auteur est Douglas.R.Hofstadter). Ca s'appelle I'm a Strange Loop, et l'auteur a gagné le prix Pulitzer dans les années 70 pour un livre intitulé Gödel, Escher, Bach. En gros, c'est une réflexion sur la nature de la conscience : qu'est-ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes ?
En fait je lis beaucoup de non-fiction. J'essaye de penser au dernier, je crois que j'ai aimé ce que j'ai lu ; c'était probablement un livre que mon éditeur m'a envoyé. Je pense que c'était assez bien.
Mais depuis longtemps, je n'ai rien lu du genre. J'ai surtout lu de la non-fiction, je regarde des films, vous voyez. Mais je ne sais pas pourquoi... Je lisais beaucoup de science-fiction et de fantasy autrefois, mais je pense que je me sens coupable parce que je ne suis pas en train d'écrire. Alors je ne lis pas tant que ça, excepté dans ma baignoire.
Pensez-vous que tout le côté commercial de la fantasy (les couvertures voyantes, les films à gros budget ...) soit responsable du mépris qu'ont certains pour le genre ?
Oui, et parfois de façon justifiée. Parfois la fantasy n'est pas bonne. Mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment ce qui empêche la fantasy d'être acceptée comme étant littéraire. Je pense que le préjugé vient plutôt de la littérature établie. Les professeurs de littérature et les gens qui étudient la littérature à l'université ont été instruits dans l'idée que ces choses-là ne sont pas dignes d'être lues. Mais ce qui est drôle, c'est qu'on ne l'appelle même pas fantasy...
Oui, dans les universités françaises, ils parlent du « merveilleux ».
Oui, aux USA, nous avons le « réalisme magique », qui vient des auteurs latins, en particulier espagnols, qui l'ont écrit en premier. C'est clairement magique et fantastique, mais pourtant cela l'aborde d'une façon différente, alors c'est accepté. A propos de cela, beaucoup de littérature établie est en fait de la fantasy. La reine des fées, La Chanson de Roland, les choses de ce genre. Il doit y avoir une frontière quelque part entre la fantasy et le mythe, mais je ne suis pas sûr de savoir où elle est. Mais ce genre d'histoire a toujours fait partie de la culture humaine.
La fantasy a-t-elle sa place à l'université ? Est-ce qu'elle pourrait et devrait être étudiée ?
Oui, absolument. Je le pense. Ce qui est drôle, c'est que quelqu'un m'a posé une question similaire un peu plus tôt cette semaine. Il pensait qu'aux USA la fantasy était acceptée mais non, elle ne l'est pas. C'est toujours la même chose. Peut-être légèrement plus, je ne sais pas comment les choses se passent ici, mais aux USA, comme en France apparemment, la fantasy n'est pas considérée comme un genre sérieux.
Quel est le rôle de la littérature de l'imaginaire dans la société ? Est-ce une sorte de besoin ? Je pense aux mythes, aux contes populaires, au folklore ...
Oh, bien sûr ! J'étais justement en train de parler de notre passé mythique, vous savez, les légendes... En Angleterre il y a Beowulf, en France La Chanson de Roland, Perceval et ainsi de suite. Et je pense qu'une grande part de ce que fait la fantasy est d'essayer de négocier avec le passé au fur et à mesure que nous avançons vers le futur. Nous essayons de décider quelle part de notre passé mythique nous emmenons avec nous, et nous le réinventons pour qu'il soit plus pertinent. Cela ne veut pas dire, vous savez bien ce que certaines personnes font, que l'on peut utiliser mon livre comme une Bible et pratiquer sa religion.
Mais j'ai lu ce genre de choses quand j'étais enfant, et je pense que beaucoup de mes valeurs morales viennent de la lecture de l'héroïc fantasy. Quand j'étais confronté à des situations au lycée, je pense que beaucoup de mes modèles étaient ces personnages imaginaires. Et dans ce sens, la littérature m'a aidé à m'en sortir dans les temps difficiles, etc. Alors je pense que cela remplit cette fonction.
Pour ce qui est de la littérature et de l'imagination, quelque chose que notre culture n'a pas su très bien exploiter, je pense, c'est jouer avec les idées que nous avons en tête : on laisse la télévision tout faire pour nous. Ce n'est pas que je n'aime pas les films, mais les effets spéciaux n'aident pas du tout à penser. Parfois je préfère les films avec des effets spéciaux plus primitifs, parce que je peux imaginer ce qu'ils essayent de décrire. Vous savez, mon fils ne regarde pas la télévision à la maison. Nous lisons des livres, nous jouons à des jeux, nous jouons à faire semblant, etc.
En fait, je n'avais pas la télévision quand j'étais enfant. Je vivais dans deux endroits : en Arizona, dans la partie septentrionale du désert mais aussi au Mississipi, dans une zone très rurale, où l'on ne captait pas la télévision : il n'y avait pas de cables, il n'y avait aucun intérêt à avoir la télévision. Alors je ne regardais pas la télévision, et tout était lecture (j'ai lu très tôt) et imagination. Mais je pense que même à l'école, ils essayent un peu de ... Je me souviens d'avoir un jour colorié une citrouille que j'avais dessinée, et je l'avais faite violette. Et ma maîtresse a dit : « Les citrouilles ne sont pas violettes. » Et elle m'a mis une mauvaise note, elle m'a mis un F. Alors ma mère a dû venir : « S'il veut qu'elle soit violette, elle peut bien être violette ! » (Rires)
Pensez-vous que la fantasy peut être une forme d'engagement pour la protection de l'environnement ?
Je pense que n'importe quelle littérature peut faire cela , mais je pense que la fantasy ... En fait, j'ai fait quelque chose à propos de cela dans Les Royaumes d'Epines et d'Os. Dans ces livres, à la base, une ancienne forme spirituelle de déité de la forêt se réveille et réalise ce qui ne va pas, et sa réaction est de se mettre à tuer des gens. (Rires)
Mais je ne veux pas remplir les têtes avec un autre message, je ne suis pas vraiment ce genre d'écrivain. Mais j'aime introduire certaines idées sur l'équilibre. Je pense que nous pouvons vivre en accord avec la nature. Et j'ai aussi grandi dans la forêt et dans le désert, alors j'aime vraiment ces endroits.
Les auteurs de SF écrivent aussi de la fantasy mais le contraire est rarement vrai. La fantasy est-elle la fille de la SF ? Ou sont-elles apparentées mais de genre distinct ?
Je pense qu'elles ont commencé de façon très similaire. Si l'on retourne à la première moitié du vingtième siècle, avant que ces choses ne soient définies, je pense qu'à la base ce que l'on avait était de la littérature fantastique. Mais il n'y avait pas de nom pour la science-fiction, ou pour la fantasy, c'était juste de la fiction fantastique. Et je pense que quand la fantasy est devenue la fantasy de la façon dont on la définit maintenant ... Si vous regardez la fantasy avant, mettons, 1978, cela vient de partout, avec Lord Dunsany, et des gens comme Jack Vance, qui ont écrit de la fantasy et de la science-fiction. Et Roger Zelazny.
Et ce qui s'est passé alors, c'est que Tolkien est mort, et à ce moment la fantasy a cristallisé pour devenir le centre de ce que j'appelle de la copie de Tolkien. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est tout à coup devenu une grosse affaire commerciale aussi, et c'est le moment où les gens ont commencé à penser que l'essence de la fantasy, ce sont les épées, les princesses, et tout cela. Alors, je ne suis pas sûr que cela réponde vraiment à la question en terme de lignée, excepté le fait que je pense qu'ils viennent de la même matrice. L'une est allé de ce côté-ci, l'autre est allé de ce côté-là, mais ce sont les mêmes racines. C'est juste que les choses sont devenues très différentes à la fin.
Est-ce que les races de Tolkien (Elfes, Nains, Orques ...) sont encore d'actualité ?
Je pense qu'elles sont devenues hors de propos. Je veux dire, dans ce qu'elles nous disent vraiment. Récemment on m'a demandé d'écrire un livre basé sur un jeu vidéo qui s'appelle Oblivion. C'est un jeu de rôle vidéo de fantasy. Et c'est supposé être très différent de Donjons et Dragons ou de quoi que ce soit d'autre. Mais ce jeu a aussi des orcs, et les orcs étaient une création de Tolkien, vous savez, les orcs ne viennent pas d'un mythe ou d'une légende. Il les a créés.
Maintenant en ce qui concerne les elfes : il a juste eu un traitement différent sur les elfes que vous pouviez trouver en littérature auparavant. Pour les nains aussi, mais la marque particulière que Tolkien a imprimée aux elfes et aux nains est restée. Il est facile de trouver un livre qui comporte des elfes, des nains et des orcs comme ceux de Tolkien. Et j'ai essayé d'éviter cela moi-même.
Si on utilise les clichés de la fantasy, est-on obligé, comme l'a fait Terry Pratchett, de les parodier pour rester original ?
Eh bien, cela est certainement arrivé ; pour être original, oui. Mais il est aussi possible qu'ils soient là depuis si longtemps que même la parodie ne peut les rendre originaux. Le concept entier est usé. Ce que j'essaye de faire, je suppose, c'est de revenir à la mythologie originelle de laquelle tout ceci a été tiré. Plutôt que d'utiliser Tolkien pour m'inspirer, j'utilise Beowulf, ou les épopées nordiques pour m'inspirer, les Eddas.
Vous savez, quand j'écris quelque chose du genre de L'Age de la Déraison, je fais beaucoup de recherches sur « quel genre de chaussures portaient-ils ». Quand j'écris des livres comme Les Royaumes d'Epine et d'Os, je reviens en arrière pour re-lire la mythologie. Pour être ré-inspiré et pour essayer de le tourner d'une façon différente, d'une façon qui n'a peut être pas été faite avant.
Etes-vous ou avez-vous été un adepte des jeux de rôle ?
Je l'étais, quand j'étais adolescent. Moi, mon frère et deux de mes amis jouions à Donjons et Dragons. Une fois par semaine, pendant plusieurs années. Alors oui, nous avons fait cela.
Que pensez-vous de l'utilisation de la fantasy dans les jeux de rôle ?
Je pense que c'est en quelque sorte naturel de le faire ; c'est-à-dire qu'il semble naturel, une fois que les effets spéciaux ont atteint un certain point, que les gens aient commencé à faire beaucoup de films de fantasy. Mais ... est ce que vous parliez des jeux vidéos, ou juste des jeux de rôle sur papier ?
Eh bien, les deux.
Je pense que les JDR, comme les JDR sur papier du genre Donjons et Dragons (nous parlions d'imagination tout à l'heure), sont une bonne chose, car ils requièrent non seulement de jouer un rôle mais d'imaginer. Il faut écouter cette personne qui raconte les histoires, le maître du Donjon, et il vous faut imaginer.
Maintenant, quand on transpose cela dans les jeux vidéos, quelque part, c'est plus proche de la télévision une fois de plus ; on n'a pas à imaginer les choses, on vous les montre. Ainsi je pense que les JDR, ceux auxquels on joue autour d'une table avec des amis, sont plus proches de la lecture, et les jeux vidéos le sont beaucoup plus de la télévision. Mais ils sont tous les deux interactifs, et c'est ce qui rend le jeu vidéo meilleur, à mon avis, que la télévision, car on n'est pas entièrement passif.
A votre avis, un bon scénario de jeu de rôle peut-il devenir un bon roman de fantasy ? Je pense par exemple à Tracy Hickman et Margaret Weis qui ont écrit des scénarios pour Donjons et Dragons mais ont aussi écrit le cycle des Portes de la Mort.
Je pense que oui. Vous savez, j'ai travaillé, non dans un univers de JDR, mais j'ai écrit pour Star Wars, et au départ pour une émission de télévision qui s'appelait Babylon 5. J'ai travaillé pour eux parce que j'adorais l'émission, je pensais qu'elle était vraiment bonne. J'ai définitivement travaillé dans un paradigme, sous une structure, mais on écrit au sein d'une structure si l'on écrit un haïku.
Alors je pense que, si cela vient d'un film ou d'un JDR, ce qui compte c'est : est-ce que l'auteur peut raconter une histoire et montrer des personnages que l'on a envie de lire ? Alors je ne pense pas qu'il y ait une raison pour laquelle une histoire basée sur un JDR ne pourrait être bonne, ou vraiment géniale. Et à vrai dire je fais peut-être cela, avec The Elder Scrolls of Oblivion.
Comment vous est venue l'idée de L'Age de la Déraison ? Dans quelles conditions l'avez-vous rédigé ?
Les circonstances étaient celles-ci : je venais juste de vendre mes deux premiers livres, The Waterborn et The Blackgod, qui se basaient beaucoup sur la mythologie indienne, native-américaine, et sur la mythologie asiatique. Alors j'étais très excité parce que c'étaient mes deux premiers livres, et que j'avais reçu beaucoup d'argent, ce que je n'avais jamais eu auparavant ; j'ai donc emmené ma femme en Europe.
Nous sommes allés à Florence, et là-bas il y a un musée d'instruments scientifiques. Et il y avait cette chambre remplie d'objets du 16ème, 15ème, 14ème siècle. Et j'ai vu tout cela, et ensuite nous sommes allés à Prague, qui est une sorte de ville mythique pleine d'histoire. Et un peu de cela bouillonnait dans ma tête, avec d'autres idées que j'avais depuis mon passé d'étudiant en anthropologie. Vous voyez, je voulais écrire un livre, j'avais une idée pour un livre se déroulant plus ou moins à notre époque, dans lequel toutes ces choses s'étaient déroulées.
J'ai donc eu cette idée, et je l'ai juste mentionnée à mon éditeur, et je pensais que nous ne faisions que parler. Je n'étais pas en train d'essayer de vendre le livre, j'ai juste dit que c'était une idée vague. Elle avait dit : « As-tu eu des idées quand tu étais en Europe ? » et j'ai dit « Voici quelques idées que j'ai eu ». Et elle m'a rappelé deux jours plus tard, et elle m'a dit : « Ok, peux-tu écrire trois livres, et peux-tu les placer à un moment où l'Histoire change ? ». Vous voyez, si elle avait dit : « Peux-tu aller dehors et te déshabiller ? » j'aurais dit oui, parce que j'étais vraiment soucieux de publier un autre livre. Je ne savais pas si j'allais le faire ou pas ; alors j'ai dit que je pouvais le faire. Et à la minute où j'ai raccroché le téléphone, je me suis demandé à moi-même : « Est-ce que je peux vraiment faire ça ? » (Rires)
Alors j'ai couru à la bibliothèque et j'ai commencé à faire des recherches, et après une semaine ou plus je me suis dit à moi-même : « Oh, oui, je peux faire ça ». Et j'ai commencé à tomber sur des trucs, vous voyez, ce que Newton a dit, ce qu'il a écrit ... Cela m'a mis dans l'ambiance, il y a eu des tas d'idées dans cette période du 18ème siècle. Après cela, tout s'est assemblé assez vite.
Il est assez rare de voir une femme au premier plan dans un roman de fantasy, surtout quand il est écrit par un homme. Pourriez-vous me dire ce qui vous a éloigné du puissant guerrier barbu ?
(Rires)
Eh bien, je pense qu'il y a eu beaucoup de choses de ce genre d'écrites. J'aime les livres qui ont un certain équilibre, alors Adrienne est le personnage principal, mais il y a aussi Ben Franklin. J'ai juste commencé à écrire, et en fait je suis tombé amoureux d'elle, j'imagine, immédiatement je la voulais dans le livre. Je ne pourrais pas écrire un livre qui n'aurait pas au moins un personnage féminin assez fort, si ce n'est plus.
Je n'aime pas les personnages simples, j'aime qu'ils soient complexes. Vous savez si vous avez lu les trois premiers livres qu'il y a ce moment où Adrienne et Ben se rencontrent à Venise, et où ils se battent. Tout le long, si vous suivez le livre, vous savez que ces personnages sont à la base des gens gentils, et tout à coup ils se battent l'un contre l'autre. Vous voyez, il y a des moments comme cela dans mon livre, aussi. Je n'aime pas trop l'idée d'avoir simplement un personnage diabolique et c'est tout.
Vous n'êtes donc pas d'accord avec la notion de manichéisme ?
Oh, non, je pense que le mal ce n'est pas quelque chose que les gens sont mais quelque chose qu'ils font. Je pense que le mal est le résultat d'une action, et les intentions peuvent même avoir été bonnes. Alors je ne pense pas qu'il y ait le mal incarné en quelque chose, je ne crois pas en Satan.
Certains écrivains utilisent parfois la magie comme une béquille, et elle en perd sa cohérence, les problèmes se résolvent trop facilement. Est ce que l'on peut dire que votre magie mêlée de physique pointue soit une tentative de rationaliser et d'expliquer la magie ?
Il y a deux façons de considérer cela, et je pense que j'ai fait les deux, d'une certaine façon. Il y avait ce livre célèbre qui s'appelle The Golden Bough et il y avait ce gars, cet érudit qui essayait de trouver ce qu'est la magie. Il affirmait que quand les gens croient en la magie, ils ne croient pas juste que c'est aléatoire ; ils croient en certaines règles et pouvoirs, comme la loi des similitudes. Ainsi, si vous versez de l'eau sur le sol et que vous prononcez les bonnes paroles, cela peut faire pleuvoir. C'est comme la loi de la contagion ; si quelque chose est brisé, les deux parties sont quelque part encore en contact ; ce qui est, vous le savez, quelque chose que j'ai utilisé dans L'Age de la Déraison.
Alors j'ai joué avec ces idées dans le livre, et j'ai travaillé très dur pour construire une idée solide sur la façon dont cette physique alternative fonctionne. The Waterborn et The Blackgod, les deux premiers livres que j'ai écrits, sont un peu différents en ceci : la magie provient d'êtres surnaturels et ce que vous faites, si vous êtes un magicien, c'est prendre ces êtres surnaturels afin qu'ils fassent des choses pour vous. Et vous leur offrez des pots-de-vin.
Mais je sais que d'autres écrivains argueraient que la magie par définition est une force mystérieuse, que personne ne peut vraiment comprendre. J'essaie juste d'être concret dans mes livres ; il y a une grande tentation du : « Comment est-ce que je vais sortir ce personnage de cette situation ? - c'est juste magique ». J'essaie de ne pas faire ça, et je pense que j'ai réussi.

Propos recueillis et mis en forme par Annaïg Houesnard

  1. Notre entretien avec Erik Lhomme
  2. Notre entretien avec Elisabeth Vonarburg
  3. Notre entretien avec Xavier Mauméjean
  4. Notre entretien avec Greg Keyes
  5. Notre entretien avec Greg Keyes (anglais)

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