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Un entretien avec Thierry Di Rollo - Elbrön

Par Gillossen, le lundi 12 novembre 2012 à 13:02:37

ElbrönThierry Di Rollo n'a pas déçu avec Elbrön, la suite du surprenant Bankgreen.
Il était donc logique de donner à nouveau la parole à l'auteur.
Et nous n'avions d'ailleurs que trop tardé !

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L'entretien

Avec le recul, comment avez-vous vécu l’accueil réservé à Bankgreen ?
Plutôt bien. C'est avant la sortie que je me suis demandé si je n'allais pas être trop ridicule ; je n'avais jamais écrit de fantasy, je ne possédais pas une culture abyssale dans le domaine. Cela m'a fait chaud au cœur de constater que le roman était généralement bien accueilli par les lecteurs. Lorsque j'ai vu qu'au sein d'une communauté telle qu'Elbakin, et son forum tout particulièrement, Bankgreen ne subissait pas les foudres de lecteurs chevronnés, je me suis dit que c'était gagné. Le plus important a été le prix que ton équipe et toi m'avez décerné. Rends-toi compte: j'écris mon premier livre de fantasy et je décroche un prix, une récompense de vrais passionnés, et à ce titre, ça m'a définitivement comblé. Je ne vous remercierai jamais assez.
Comment s’est dessinée cette suite ?
Elle était dans ma tête depuis le début. À la fin du premier volet du diptyque, je savais où j'allais. J'avais seulement besoin du feu vert d'Olivier pour m'atteler à la suite. J'espérais réellement que je pourrais le faire et j'ai dû d'ailleurs le tanner deux ou trois fois de trop pour savoir dans quelles eaux se situaient les ventes. Moi, je brûlais d'y retourner.
A-t-il été facile de replonger dans cet univers à part ?
La question est amusante, parce que peut-être vu de l'extérieur, le monde de Bankgreen est vraiment particulier. Mais comme c'est moi seul qui l'ai créé et fais vivre, je m'y sens totalement à mon aise. Non, aucune difficulté de retrouver tous les personnages, bien au contraire. Et puis, j'avais à cœur d'offrir aux lecteurs les clés nécessaires pour comprendre les tenants et aboutissants de l'histoire. Bon, d'accord, à peu près tous les pans de l'histoire, parce que j'aime bien laisser quelques zones d'ombre. John Doe l'a très bien dit, d'ailleurs, sur le forum d'Elbakin: et, si certaines questions restent sans réponse, aucun sentiment de frustration, juste ce qu'il faut de mystère pour entretenir la fascination. C'est tout à fait ça. Un peu comme dans la vie ; tout ne s'y explique pas, et j'en sais quelque chose.
Vous parlez souvent de votre rapport aux lecteurs. Comment le définir ?
Essentiel, parce que, quoi qu'on en dise, un écrivain n'est pas grand-chose sans lecteurs. S'il n'y a personne pour acheter l'un de tes livres, qu'est-ce que tu es ? Un type qui écrit dans son coin, c'est tout. Ceux qui aiment ce que je fais m'aident toujours à éclairer différemment mon travail, à le reconsidérer, parfois, et c'est inestimable. A contrario, je ne m'embarrasse pas des critiques négatives ou même mitigées parce que je ne suis pas masochiste de nature — je n'ai pas de temps à perdre ; ça ne m'apporte rien et ça me blesse inutilement, surtout de la part de gens que je ne "connais" pas. Il faut vraiment que je côtoie véritablement la personne, et depuis longtemps, pour en accepter les critiques, parce que, dans ce cas de figure, je ne douterai pas un seul instant de sa sincérité à vouloir le faire. Donc, un lecteur qui m'éreinte, je l'ignore, tout simplement. Sur les forums, par courriel ou au vu d'une chronique. Il n'aime pas ce que je fais, il est alors inutile de gaspiller mon énergie avec quelqu'un qui n'est pas d'accord, ne partage pas viscéralement ma vision des choses. Un roman, c'est très intime. Tu fais entrer chez toi n'importe qui, toi ? Je ne pense pas. Tu y invites des personnes avec qui tu as de réelles affinités, des points de vue largement convergents, tu ne convieras pas autour d'une bière quelqu'un qui t'insulte ou te minimise ou ne t'aime pas. Eh bien, en littérature, et avec un livre que tu as écrit, c'est pareil.
Quelles étaient vos propres attentes avec Elbrön ? Quel but vous étiez-vous fixé ?
Répondre d'abord aux questions laissées en suspens dans Bankgreen. Et puis offrir à ceux qui m'avaient suivi dans ce premier voyage un second ticket pour une balade à peu près convenable, lisible. Respecter le lecteur et lui en donner pour son argent.
Le roman adopte une structure plus habituelle que précédemment, par rapport aux canons de la fantasy épique. Était-ce un changement délibéré ?
Oui, un changement déterminé par l'histoire. Quand on expose un monde, il faut le faire vivre le mieux possible, étaler beaucoup de couleurs partout sur la toile, commencer à esquisser les contours des différents éléments qui composeront le tableau. À esquisser seulement, quitte à prendre le risque d'égarer le lecteur par moment ; c'était au demeurant l'un des propos de ta chronique de Bankgreen, si je me souviens bien. Dans Elbrön, il était temps de relier les fils, de donner un sens à tout le motif ; on n'est plus dans l'aventure et le frisson de la découverte, mais dans la nécessité de comprendre, d'ordonner le tout. Les ressorts de l'histoire ne peuvent plus être les mêmes, dès lors.
Qu’est-ce que ce diptyque vous aura apporté en tant qu’auteur ?
Énormément… Tout d'abord, une vision de la littérature changée à jamais, pour moi. J'ai fait tout ce que j'ai voulu, dans Bankgreen. Absolument tout. Et puis, l'accueil des lecteurs qui ont aimé. Un sentiment irremplaçable, très fort. Le bonheur d'avoir reçu un prix, celui d'Elbakin. Plein de choses nouvelles en ce qui me concerne.
Et si vous ne deviez conserver qu’une seule image de cet univers, un seul personnage, qui vous aurait surpris par exemple…
Que la question est difficile ! Des images, il y en a tellement et j'ai pris tellement de plaisir à les dessiner devant mes yeux avant de les transcrire sur l'écran de mon ordinateur. L'arrivée d'une Rune depuis le ciel, chaque fois qu'elle est sollicitée par un habitant de Bankgreen, par exemple ; la rencontre de Mordred et Niobo ; la nuit de l'Éclosion ; la nage des Entités aux côtés des deux Léviathans ; le chantier naval ; et tant d'autres… Un seul personnage ? Non, là, je ne peux pas. Ils ont tous leur importance, au bout du compte.
Au final, quelle place accordez-vous à Bankgreen et Elbrön dans votre bibliographie ?
Une place primordiale. C'est le terme. Il est simplement dommage que le diptyque ne soit pas repris en poche; j'en explique les raisons juste en dessous. Bankgreen-Elbrön en une sorte d'omnibus aurait pu atteindre d'autres lecteurs qui n'ont pas les moyens de s'offrir un livre à 20 euros.
Vous voyez-vous éventuellement garder un pied dans la fantasy, à l’avenir ?
Oui. J'ai envie d'y retourner. Sur Bankgreen, non; je me suis fait la promesse d'en rester à ce diptyque. Et puis, de toute façon, les ventes — moyennes — me dissuaderaient d'y replonger. Aucun éditeur n'en voudrait. Je reviendrai au genre pour la liberté totale qu'il me donne, pour tout ce que me procure la mise en place d'images, de scènes invraisemblables.
Une petite question que l’on n'avait pas abordée avec vous la première fois sur un sujet de plus en plus important… Que pensez-vous du livre numérique ?
Je suis très partagé, tiraillé, en ce qui concerne ce nouveau support. La dématérialisation d'un objet entraîne de facto une redéfinition de sa valeur, souvent réduite à zéro parce que le dit objet devient disponible sans aucun effort et sans filière de distribution précise, réservée. La musique a été bouleversée à cause de cela. Le cinéma est en passe de l'être totalement ; jusqu'à présent la taille des fichiers constituait un petit frein rédhibitoire. Avec l'arrivée des connexions optiques et des débits en conséquence, ça va être très dur pour ce domaine artistique. En ce qui concerne le livre, le phénomène sera le même. Seuls survivront les meilleurs vendeurs (Musso, Lévy, tout auteur, en fait, qui pondra ce qu'on appelle pudiquement un best-seller). Les autres, les petits, les sans-grade, ne retireront rien, ou presque rien, de leur travail, beaucoup moins, en tout cas — à cause du piratage. Un musicien, lui, a encore la possibilité d'une survie par les concerts. Un écrivain… Hormis ceux — toujours les plus vendeurs, les plus rentables — qui peuvent vivre de conférences rétribuées, je ne vois pas trop.
L'évolution est tôt ou tard inévitable, mais elle va faire beaucoup de dégâts, dans beaucoup de professions. Croire le contraire est totalement stupide.
Que nous réserve Thierry Di Rollo dans les mois à venir, tous genres littéraires confondus bien sûr ?
Un roman noir à paraître en mai 2013 chez ActuSF. Un space-opera chez le Bélial début 2014. J'aimerais bien m'atteler à un roman de fantasy, mais les histoires ne se trouvent pas sous la patte d'un varan, quand même.