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Sire Cédric, chevalier au grand cœur

Par Oceliwin, le lundi 23 mars 2009 à 10:15:16

Sire CédricL'enfant des cimetières de Sire Cédric arrivait dans toutes les bonnes librairies le 5 mars dernier. Ce roman marque un tournant pour l'auteur puisqu'il lui a permis d'aborder le thriller fantastique, une grande première pour lui donc. A l'occasion du Salon du Livre de Paris 2009, nous avons pu avoir la chance de l'interviewer. Personne généreuse et sympathique, nous vous invitons donc à le rencontrer le temps d'un salon.

Suite à un soucis technique, vous n'avez pas droit à la retranscription de l'interview telle qu'elle s'est déroulée. Néanmoins, nous avons essayé, par mail, de reproduire cette discussion. Nous remercions Sire Cédric pour nous avoir consacré du temps durant son passage à Paris, ainsi que pour sa gentillesse.

A noter que Sire Cédric sera également présent à Trolls et Légendes 2009. N'hésitez pas à aller le saluer de notre part et à faire dédicacer vos livres !

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Nos questions, ses réponses !

La sortie de L'enfant des cimetières a eu lieu, il y a seulement quelques jours. Après des mois de travail, dans quel état êtes-vous ?
Je suis sur un nuage. Vraiment. Entrer dans le catalogue d'une maison d'édition aussi prestigieuse que le Pré aux Clercs est un rêve qui se réalise. J'ai encore du mal à prendre du recul ! (Rires.)
Comment êtes-vous venu à travailler avec cet éditeur ?
C'est grâce à Édouard Brasey que tout est arrivé. C'est quelqu'un d'adorable, que je connais depuis quelques années, on se croise régulièrement lors de salons littéraires. On avait discuté de mes projets à plusieurs reprises, et en particulier de mes envies d'essayer le thriller. Édouard m'a vivement encouragé à tenter l'aventure et à lui soumettre un roman, car il était depuis peu directeur de collection au Pré aux Clercs et en recherche de voix originales. Je lui ai envoyé un manuscrit, et tout est parti de là.
J'ai lu que c'était votre premier roman avec un titre de plus d'un mot, et que c'était marquant pour vous. Qu'est-ce qui a changé entre vos précédents livres et L'enfant des cimetières ?
J'ai surtout l'impression d'avoir franchi une étape. Un peu comme si je m'étais cherché pendant des années et que j'avais subitement compris là où tout cela me menait depuis le départ ! Il faut dire que cette période d'écriture a été des plus mouvementées pour moi : mon synopsis initial changeait sans cesse, à mesure que les personnages se mettaient à vivre et à agir d'eux-mêmes, et que les pièces du puzzle se rejoignaient, l'une après l'autre. Au final, L'enfant des cimetières est mon livre le plus dense, sans aucun doute le plus abouti. Il représente de nombreux changements pour moi : mon entrée chez un gros éditeur, d'une part, mais aussi mes premiers pas dans le thriller, ce qui n'est pas rien à mes yeux. Quant à mon titre de travail, qui était comme à mon habitude composé d'un unique mot, il n'avait pas convaincu la directrice littéraire. C'est elle qui a proposé de baptiser ce roman L'enfant des cimetières, une manière de changer mes habitudes et de marquer clairement ce nouveau départ.
L'enfant du cimetière nous plonge dans un univers très proche de notre réalité, avec une série de suicides extrêmement morbides. On s'immerge facilement dans cette ville, banale, et identifiable...
C'est parce que cette ville, j'y habite, je la connais bien. Le centre-ville traversé par le canal, la campagne environnante, tous ces lieux que je décris existent réellement. Y compris l'hôpital, l'hôtel de police, le cimetière, les appartements de David Ormeval et Alexandre Vauvert, les maisons surplombant les champs. Je tenais à reproduire ce réalisme, cette vie de tous les jours. Les anecdotes sanglantes n'en sont que plus frappantes car elles pourraient arriver à n'importe quel moment. Peut-être se sont-elles produites juste à côté de chez vous, sans que vous ne vous en rendiez compte ? (Rires.)
Justement, où allez-vous chercher votre inspiration pour décrire des scènes aussi sanguinaires ?
C'est horrible à dire, mais je me suis surtout inspiré de faits réels : cet Autrichien qui avait séquestré sa fille dans sa cave pendant une vingtaine d'années par exemple, ces tueries dans les lieux publics, que ce soit des crèches, des lycées ou des hôpitaux, les suicides inexpliqués au sein de la police, et tous ces gens qui massacrent leur famille avant de se donner la mort...
Cela me fait penser à l'actualité récente : une tuerie dans une école en Allemagne, une autre aux États-Unis, en quelques jours...
Exactement. La vie quotidienne regorge de drames, de mystères qu'on ne fait qu'effleurer. Pour écrire ce roman, je n'ai eu qu'à faire mon choix et laisser mon imagination prendre le relais.
Où est la frontière entre réalité et fiction, alors ?
C'est là tout le sujet de L'enfant des cimetières : où s'arrête la réalité et où commence le mythe ? Et si cette réalité était plus incroyable que les légendes qu'elle a inspiré ? Après tout, la fiction n'est jamais qu'un reflet, un prolongement esthétisé de la réalité quotidienne, de nos angoisses et nos fantômes.
Donc vous puisez dans la vie quotidienne pour écrire de l'imaginaire. Dans de nombreux débats, on peut entendre que les livres, le cinéma, la TV ou encore les jeux vidéos peuvent être à l'origine d'actes violents. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?
Qu'il y aura toujours des imbéciles pour chercher à tout prix un « coupable » afin d'apaiser leur mauvaise conscience. « C'était la faute à la télé trop violente, la faute au rock satanique, la faute aux lectures immorales, la faute à la voisine qui s'exhibait dans des jupes trop courtes... » Ce sont justement ces personnes, qui passent leur vie à se trouver des excuses bidon et à rejeter la faute de tous leurs problèmes sur les autres, qui finissent par massacrer leur famille avant de se faire sauter la tête. L'art nous permet de nous construire, au contraire, et d'éviter un tel gâchis. Les ados qui écoutent de la musique violente, par exemple, seront moins enclins à se suicider. Pas l'inverse, jamais l'inverse. C'est quand on n'a aucun exutoire, aucun monde imaginaire, qu'on finit par faire n'importe quoi.
Lors de ma lecture de ce livre, j'ai vécu certaines scènes « filmées », en noir et blanc, telle que celle de l'hôpital quand la femme de David se fait tuer. Chacun lit différemment. En écrivant, quelles sensations vouliez-vous transmettre aux lecteurs ?
C'est précisément cette impression visuelle que j'essaie de reproduire dans mon travail du style. Pour moi, le fantastique est avant tout basé sur le regard, sur le jeu des changements d'angles, de l'invisible qui devient visible. Chacun lit différemment, oui, mais je crois que nos rêves (et nos cauchemars) sont relativement semblables. C'est cette étoffe que j'essaie de tisser avec des mots, du rythme, du souffle.
En vous voyant, je me suis dit, je suis en face de Nathaniel avec 10 ans de plus, les cheveux teints en brun. ? Est-ce que ça vous arrive de vous incarner dans un de vos personnages ?
Oh, forcément, chaque personnage de mes romans est sorti de ma tête, ce sont tous des bouts de moi, de ma personnalité, de mes idéaux ou de mes névroses, que ce soit Nathaniel dans toute sa paranoïa, ou bien David, le photographe qui manque de confiance en lui, tout autant que le commandant Vauvert prêt à défoncer une porte quand il est de mauvaise humeur, ou que Kristel qui ne peut s'empêcher de vouloir aider tout le monde autour d'elle. Le physique de ces personnages peut être inspiré par des gens que j'ai croisés, ou même par des amis proches (c'est le cas pour plusieurs personnages dans L'enfant des cimetières) ou même de mes propres traits, à quelques occasions, oui. Ceci étant dit, tous ces personnages se mettent à vivre d'eux-mêmes assez vite, ils « existent » à mes yeux en tant que véritables personnes et je finis par oublier leurs sources d'inspiration initiales.
Vous partez d'une légende urbaine comme fil conducteur. D'où vient ce choix, et pourquoi cette légende ?
Ce qui est fascinant avec les légendes urbaines, c'est qu'il est impossible de démêler la part de vérité et la part de fantasmes. Et c'était exactement ce dont j'avais besoin comme fil conducteur, cela représente en quelque sorte le thème principal du roman : les histoires qu'on se raconte pour se faire peur et auxquelles on finit par croire. Le fait que certaines choses ne sont pas réelles mais existent pourtant bel et bien, dans notre tête. Comme nos souvenirs. Comme nos peurs. Comme nos rêves. Et le fait que rien n'arrive jamais par hasard, aussi. Le mythe urbain de cet enfant albinos s'est donc imposé de lui-même, dès l'écriture de la première scène, quand ce brave homme sans histoire massacre toute sa famille. Je savais que tout mon roman reposerait là-dessus. Sur nos peurs collectives.
Vous inventez un nouveau genre, le thriller gothique. Quelle définition en donnerez-vous ?
Je ne sais pas si j'invente quoi que ce soit, en tout cas c'était une envie qui me taraudait depuis quelques années, de mélanger le surnaturel (ce que les Anglo-saxons appellent le gothique urbain) avec l'univers du polar, sans oublier une certaine forme de poésie de l'étrange.
Précédemment, je vous parlais de l'aspect cinématographique de ma lecture. On a vu les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé adapté, dans un genre similaire. Vous êtes auteur, mais aussi chanteur. À quand le cinéma ?
Un jour peut-être, qui sait ? Voir une de ses histoires adaptée sur grand écran est le rêve de tout auteur !
Durant quelques jours, c'est la fête du livre, ici. Qu'attendez-vous d'un salon ? Est-ce un travail pour vous ?
Les séances de dédicaces font partie du métier, bien sûr, on ne peut pas y couper. Pourtant, en ce qui me concerne, cela n'a jamais été un fardeau, j'éprouve toujours une immense joie à rencontrer mes lecteurs. Et une gratitude non moins immense, d'ailleurs, car je dois tout à ces gens, je n'existe en tant qu'auteur que grâce à eux. Il est bon de ne jamais oublier ça. En outre, cette année, le salon du livre coïncide avec la sortie de L'enfant des cimetières. C'est donc un événement doublement important à mes yeux !

Interview réalisée par Oceliwin


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