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Interview de Sarah Ash aux Utopiales 2009

Par Linaka, le lundi 30 novembre 2009 à 13:21:22

Faisons un petit retour sur les Utopiales de Nantes avec l'interview de la charmante Sarah Ash, auteur, entre autres, des Larmes d'Artamon.
Bien connue d'Elbakin.net, elle a une fois de plus répondu à nos questions avec sa gentillesse coutumière dans une interview où nous avons réussi à lui extorquer un petit indice sur ses projets à venir.
Entre-temps, comme vous le verrez, Mme Ash est d'ailleurs devenue grand-mère pour la deuxième fois - ce dont nous nous réjouissons avec elle.
Après votre lecture, venez donc en discuter en forum !

L'interview

Êtes-vous contente d’être de retour en France ?
Oui, je suis très contente – je suis toujours heureuse de revenir en France, car je la considère comme mon foyer spirituel ! En particulier parce qu’étant enfant je rêvais de venir ici – je suis venue pour la première fois quand j’avais quatorze ans, lors d'un échange avec la France. C’était merveilleux pour moi de voir tous les endroits dont il était question dans mes livres et dont j’avais rêvé. Je pense aussi que j’imaginais que cela pourrait être un peu comme dans les oeuvres de Dumas, mais évidemment ce n’était pas le cas ! (rires) Pas vraiment.
Mais c’était très excitant, et donc c’est toujours un grand plaisir de revenir. Un grand plaisir, oui !*
Que pensez-vous du débat auquel vous venez d’assister ? Comment était-ce ?
C’était très intéressant – un sujet difficile. « Un désir d’éternité... » La conférence s’est écartée du sujet assez tôt, ce qui n’était pas une mauvaise chose car nous avons discuté d’autres aspects de la fantasy qui étaient plus intéressants, d’une certaine façon. C’est très difficile de relier un désir d’éternité à la réalité de la fantasy. Je pense que c’était trop vague, pas assez spécifique – mais les autres conférenciers avaient des idées très intéressantes, donc j’ai apprécié d’écouter ce qu’ils avaient à dire. Il est toujours révélateur d’entendre d’autres auteurs parler de leur écriture. Donc j’ai aimé ça, oui.
Que pensez-vous de l’accueil qui a été fait à vos deux derniers livres publiés en France, les préquelles des Larmes d’Artamon ?
Je n’ai pas eu beaucoup de réaction à leur propos, excepté sur votre aimable site – merci, Elbakin.net ! C’est le cas en particulier pour le tome deux, La Fuite dans les Ténèbres, donc d’une certaine manière je suis dans le flou en ce qui concerne la façon dont ils ont été reçus.
Quand j’étais en train de les écrire, mon éditeur américain a décidé qu’elle voulait que je replace beaucoup de ce qui s’était passé dans les trois premiers tomes dans le deuxième tome des préquelles. Ce qui était assez difficile, car j’avais espéré ne pas avoir à faire cela ! (rires) Et c’est ce que certains critiques n’ont pas aimé, mais c’est une décision qu’elle a prise car elle pensait que les gens n’ayant pas lu les trois autres tomes pourraient être perdus. Alors je comprends pourquoi elle a pris cette décision, mais ça n’a pas plu à tout le monde !
Néanmoins, je suis très contente qu’elles aient été traduites en français. Et j’aimerais dire un mot ici à propos de Colette Carrière, mon excellente traductrice – elle a fait à nouveau du très bon travail.
Donc quiconque ayant des réactions aux livres, veuillez me contacter sur le site internet (rires), en français ou en anglais*, et je répondrai aux questions !
A propos de l’édition française de vos romans : les couvertures sont toujours faites par Didier Graffet, un illustrateur français bien connu. Avez-vous travaillé avec lui sur ces couvertures, l’avez-vous rencontré ? Que pensez-vous de ses couvertures ?
J’adore ses couvertures, et je l’ai rencontré au Salon du Livre en 2007, alors qu’il avait tout juste terminé l’illustration pour le tome trois d’Artamon. J’ai donc vu l’artwork original, qui était extraordinaire. Mais nous n’avons pas vraiment beaucoup discuté – je veux dire, c’était un plaisir de le rencontrer, et de voir beaucoup d’autres travaux de lui. Nous avons aussi son artbook, avec les belles illustrations sur Jules Verne, et celles sur les légendes arthuriennes.
Pour le premier tome, le premier des préquelles, c’est mon éditeur, Stéphane Marsan, qui m’avait demandé des suggestions sur ce qui pourrait figurer sur la couverture, et Didier a choisi l’une d’entre elles pour faire l’illustration.
Durant le deuxième round du tournoi Elbakin.net, votre personnage, Linnaius, va devoir affronter Gargamel – dans environ trois semaines. Pensez-vous qu’il sera capable de vaincre son adversaire – ainsi que beaucoup d’autres ?
Ouh, Gargamel... c’est vraiment difficile ! (rires) Quand j’ai vu que c’était Gargamel, mon coeur a sombré ! Un de mes amis m’a dit : Oh, celui-là va être très difficile, car Gargamel va avoir beaucoup de fans !
Mais je pense que Linnaius est astucieux, et étant un mage, il a plus d’un tour dans son sac ! Lesquels tours il utilisera, je l’espère (rires). Quoiqu’il en soit, ce sera un rude affrontement. J’espère qu’il s’en tirera, mais je n’en suis pas sûre. Nous sommes avec toi, Linnaius !
(tout est fini à présent, snif... 25 :11 :09)
Que vous réserve l’année 2010, du point de vue de l’écriture ?
Il est difficile de répondre à cette question, car je travaille sur un projet mais je ne peux rien en dire pour le moment, je suis vraiment désolée ! C’est tout à fait nouveau, et... dès que je pourrai dire quelque chose, je promets qu’à Elbakin.net, vous serez les premiers à en entendre parler !
Pouvez-vous nous dire si c’est de la fantasy, ou... ?
Oui, c’est de la fantasy. C’est situé dans un cadre très différent, un monde différent, des gens très différents et des challenges différents. Je suis très excitée par ce projet. Le seul indice que je peux donner est que c’est relié à mon amour des mangas, mais c’est tout ce que je peux dire. Je croise les doigts !
Vous avez récemment ouvert un blog sur votre site internet officiel. Que représente cette nouvelle interactivité avec vos lecteurs ?
C’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. J’avais un blog quand le site a été créé au début, mais je ne me débrouillais pas bien avec ! Maintenant j’ai acquis beaucoup plus d’expérience avec d’autres sites internet auxquels je contribue, donc même si ce sont les débuts, j’espère que les gens vont venir, discuter et commenter sur le blog. Et je serai plus qu’heureuse de répondre aux questions, et plus généralement de bavarder. Quelqu’un m’a demandé la semaine dernière si nous aurions un forum, et je n’en suis pas sûre, car je pense que j’aurais besoin que quelqu’un modère pour moi.
Donc pour le moment c’est : S’il vous plaît, faites un saut et commentez, venez dire bonjour, et je promets que je saluerai en retour !
On en parle de plus en plus : quelle est votre opinion à propos des livres électroniques – le Kindle d’Amazon, l’Ereader de Sony ou le Nook de Barnes and Noble ?
Oui, je regardais justement un Kindle l'autre jour, et un Ereader de Sony. Je ne suis pas sûre que ce soit la réponse pour moi pour l'instant, mais je suis très intéressée de voir comment cela évoluera. J'étais un peu inquiète avec cette histoire à propos d'un Kindle et de l'édition de George Orwell que les gens avaient achetée, laquelle avait soudainement disparu sans avertissement de leurs livres électroniques. Je crois qu'il y avait un problème de copyright.
Mais il y a quelques développement excitants : les mangas sur e-books, les mangas sur i-phone aussi par exemple. J'ai entendu dire que cet éditeur, Penguin (?) pourrait faire des éditions électroniques de textes classiques, avec des liens et des illustrations, des notes renvoyant à des sites internet... Je trouve que ce côté est très prometteur.
Donc même si je pense que nous n'en sommes pas encore là, je soupçonne que dans quelques temps ce sera un bon complément – mais pas un substitut – au livre.
Et si, dans quelques années, les livres étaient autant piratés que le sont les livres ? Que deviendrait le métier d'écrivain ?
C'est un problème continuel, mais peut-être que ce n'est pas entièrement négatif, comme en ce qui concerne le problème des mémoires universitaires – des gens avaient emprunté des travaux érudits pour les insérer dans leurs thèses. Faire la distinction entre de l'emprunt conscient et de l'emprunt inconscient est un vrai dilemme.
Mais, pour être honnête, je n'y ai pas encore vraiment réfléchi. Je vais devoir y songer – je sais qu'il va falloir que l'on lise un document de six pages fournit par Google avant le 7 janvier (ce qui, je pense, montre que les choses commencent à changer), et que Google va acheter les droits sur les oeuvres de tout le monde.
Mais alors qu'en est-il de la fanfiction ? Où commence la fanfiction et où s'arrête l'oeuvre de l'auteur ? Définir un contenu original sera un problème épineux. A qui sont les droits intellectuels de qui ? Nous verrons bien.
Je sais que vous aimez les films d'animation – avez-vous vu le dernier Miyasaki, Ponyo sur la falaise ? Quels sont vos animes favoris actuellement ?
Malheureusement, je n'ai pas encore vu le dernier : il n'est pas sorti en Angleterre ! Comme d'habitude, en France, vous êtes en avance sur nous. Je crois qu'il y avait une projection ce weekend à Londres – nous venons d'avoir un de nos festivals sur l'anime – donc je l'ai manquée ! Mais il n'est pas encore sorti sur les écrans !
Nous avons la bande originale à la maison (rires), c'est un début, mais je suis impatiente de le voir – bien que ce soit assez différent, d'après ce que j'ai compris, des autres films. Est-ce vrai ? Le ton est plus jeune.
Oui, l'ambiance générale fait penser à Totoro, avec des personnages très jeunes...
Ah oui ? J'apprécie la recommendation ! J'aime tous les films de Miyasaki – je pense que celui que je préfère est toujours Le Voyage de Chihiro, bien que ce soit très difficile de choisir un favori, car il y en a tant qui sont si bien. Et j'aime Totoro, et Kiki, et je pourrais continuer ainsi.
L'an dernier j'ai écrit une chronique sur The Girl Who Leapt Through Time – je n'arrive pas à me souvenir du titre japonais – un film d'animation de science-fiction que j'ai aussi adoré. C'était la première fois que je le voyais ; une fois de plus, je pense qu'au Royaume-Uni nous étions derrière tout le monde ! C'est honteux ! (rires) Les choses s'améliorent un peu, cependant. C'est un autre film d'animation qui, pour moi, était vraiment à part. Je pense qu'il était assez exceptionnel.
Etes-vous toujours attachée à la fantasy en tant que genre ?
Oh oui, beaucoup ! Comme je le dis souvent, je ne pense pas qu'il y ait un autre genre que je trouverais approprié pour exprimer mes idées. Cependant je trouve que c'est fascinant de voir comment il évolue et comment il change en ce moment – le genre absorbe d'autres influences. En ce moment en Angleterre, comme je pense en France, nous avons un excès de vampires – non que je puisse m'en plaindre, car je suppose que j'ai aussi un « vampire » dans mes livres ! (le Drakhaoul).
Mais cet espèce de côté sombre de la fantasy paraît être particulièrement populaire chez les jeunes lecteurs en ce moment. La fantasy urbaine a été immensément populaire chez nous – je pense qu'ici c'est appelé la bit-lit. Mais c'est agréable aussi de voir des écrivains de fantasy traditionelle (avec une certaine différence pourtant) ou un nouveau point de vue nous parvenir, retravaillant de vieux thèmes d'une façon nouvelle, comme Robert Redick, qui est ici en ce moment. Ses livres m'ont l'air d'être très intéressants, bien que je n'en aie lu aucun pour l'instant.
Il faut que je fasse mention de mon amie Alison Sinclair, écrivain canadienne, dont les écrits de science-fiction ont été jusqu'ici encensés. Elle vient de publier le premier tome de sa première trilogie de fantasy, Darkborn. Cela développe un point de vue très intéressant sur la dichotomie traditionnelle qu'il y a en fantasy entre l'ombre et la lumière. C'est toujours un peu de la science-fiction, je la taquine à ce propos (rires) ! Mais c'est agréable de voir ces nouvelles approches des thèmes traditionnels.
J'ai lu dans votre dernière interview sur Elbakin.net que vous êtes aussi fan d'Alexandre Dumas. Pourriez-vous, un jour, décider de mélanger Dumas et la fantasy – d'écrire dans le genre de la fantasy historique ?
Je l'ai fait, en fait, il y a bien longtemps, mais personne ne voulait le publier ! (rires) J'avais fait ça à la fin des années 80. En Angleterre ils s'en fichaient complètement !
Bien sûr, depuis, d'autres personnes y sont parvenues – je pense au merveilleux Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel. Je l'ai vu et je me suis dit : Oh, non ! Il l'a fait ! (rires)
Mais je pense que j'ai néanmoins glissé des éléments de Dumas dans mes livres. Songspinners, mon deuxième roman de fantasy, a été assez fortement influencé par Dumas. Particulièrement dans les relations en dents de scie entre la Comtesse Fiammis (bon, en réalité c'est la méchante, elle n'est bonne qu'à faire le mal) et Acir Korentan. Acir est un homme qui est très partagé dans son désir de servir la Commanderie de Bel'Esstar. On l'envoie arrêter le protagoniste, qu'il est amené ensuite à apprécier et à respecter.
Donc le conflit entre différentes loyautés était une relation typique de Dumas ; c'est quelque chose que j'ai tiré de ses romans que j'avais aimé lire.
Ursula K.Leguin a maintenant 80 ans. Pensez-vous que vous écrirez toujours à cet âge ? Est-ce que le féminisme est un message important à faire passer dans vos propres oeuvres ?
Bonne question, très bonne question. J'aimerais continuer d'écrire aussi longtemps que possible, et j'aime et je respecte vraiment les oeuvres d'Ursula Leguin. J'étais en train de lire ses essais sur l'écriture de la fantasy avant de venir aux Utopiales – ou de les relire, devrais-je dire, car ils datent des années 70. Et une grande part de ce qu'elle disait alors est toujours vrai maintenant, bien qu'à l'époque elle se battait pour que la fantasy soit acceptée en tant que genre au sens littéraire, de même que la science-fiction.
Et je pense qu'elle est bien plus féministe que je ne le suis, étant donné l'âge qu'elle avait quand le féminisme a commencé, alors que je n'étais qu'une adolescente ! Les féministes ont mené des batailles pour la reconnaissance des femmes, et nous avons hérité de ce pour quoi elles se sont battues. Quoique si J.K. Rowling a dû avoir des initiales (plutôt que d'être appelée Joanna Rowling) pour que ses livres ne rebutent pas les lecteurs garçons, peut-être que la bataille n'a pas été gagnée, je ne sais pas.
Mais je ne me désignerais pas en tant qu'écrivain féministe, je n'ai aucun programme politique de la sorte dans ce domaine. J'aime simplement écrire à propos des gens et de leurs problèmes, en réalité, et comment ils les résolvent. Mais qu'ils soient des hommes ou des femmes, ou quelque soit la société dans laquelle ils se retrouvent, je recherche seulement les situations qui m'intriguent, et auxquelles on peut donner une dimension de fantasy. La fantasy aide parfois à exacerber ces conflits entre hommes et femmes, ou hommes et hommes et femmes et femmes (rires). Ce n'est qu'un thème sur lequel on construit, on développe un personnage.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour les semaines à venir et pour 2010 ?
Pour moi ? Oh, eh bien je dois dire : la naissance d'un deuxième petit-enfant, en novembre ou en décembre – c'est excitant. (NDA : Ruby Eve est née il y a dix jours !)
D'un point de vue professionnel, j'espère recevoir de bonnes nouvelles pour mon nouveau projet ! Je croise les doigts pour celui-ci, car j'adorerais recevoir le feu vert pour m'y lancer à fond.

*En français dans l'interview originale.

  1. L'interview
  2. L'interview en anglais

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